CLASSROOM V7 : CHAPITRE 4


Règlement de compte

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Traduction : Nova
Correction : Nova & Raitei
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M. Sakagami — C’est donc sur ces mots que nous concluons cette heure de vie de classe qui, je l’espère, vous a rappelés que les bonnes habitudes précédemment acquises ne doivent pas être oubliées au cours de ces vacances d’hiver.

Aussi insipides que les discours de M. Sakagami pouvaient paraître, ils étaient assez appréciés des élèves.

Je jetai un coup d’œil à mon téléphone. Le jour où je devais passer à l’attaque était donc arrivé. Et oui, c’était en cette journée que s’achevait officiellement le deuxième semestre. L’école avait tenu à libérer les élèves le plus tôt possible, en cours de matinée, jusqu’à même faire en sorte que les activités de club ne se tiennent pas pour nous permettre de vraiment déconnecter de l’école elle-même… Bref, pour résumer, il n’y allait avoir quasiment personne dans l’enceinte du lycée.

Moi — J’ai enquêté comme je pouvais mais il me reste toujours 10 suspects possibles…

Parmi ces dix personnes, il y en avait certaines dont je ne connaissais même pas l’existence. Je ne voulais pas avoir à me servir de Karuizawa mais, malgré tout, je n’avais toujours pas réussi à mettre la main sur « X ».

Moi — Bah, je suppose qu’au contraire ça va être encore plus drôle. 

Bien entendu j’avais déjà ma petite idée, mais aucune preuve tangible. Mais cela n’en rendait la situation que plus excitante ; le démasquer sans être certain de son identité auparavant maintenait le suspense jusqu’au bout !

D’accord, j’avais commencé à agir après l’examen des duos en faisant suivre les gens de la classe D. Mais il était évident que ça n’allait pas suffire, d’autant qu’il ne fallait pas que les élèves de ma classe soient accusés de harcèlement.

C’est pour cela que je m’étais concentré sur les élèves un peu rebelles comme Sudou ou Miyake, ou au contraire sur les élèves exemplaires comme Hirata. Mais agir sur ce dernier avait d’un seul coup attiré l’attention sur nous. D’ailleurs Sudou, parlons-en. Était-il possible de faire plus débile que lui ? Il avait dépassé toutes mes espérances, il m’était impossible de résister à l’envie de le provoquer.

Enfin, tout ça était surtout pour montrer que je gardais toujours un œil sur eux. X devait d’ailleurs sûrement faire dans sa culotte à cette simple idée, craignant continuellement de voir son identité révélée. Planqué derrière Suzune, le risque d’être exposé au grand jour devait le terrifier. Et cela ne risquait pas de s’arranger puisque j’allais de plus en plus resserrer l’étau.

Je lui avais même dit que je n’allais pas hésiter à m’en prendre à Karuizawa mais X n’avait pas bougé d’un pouce, préférant sûrement réfléchir passivement à comment j’allais approcher Karuizawa. À tous les coups il la surveillait, lui demandant chaque jour si j’avais fait un pas vers elle. Ça ne semblait rien dit comme ça, mais en fait cela témoignait bien qu’X était dans l’interrogation et l’observation continue, sans plan. Et c’est bien plus fatiguant que ça n’en a l’air. X était noyé dans le doute, n’arrivant pas à comprendre la logique derrière mes actions et ne pouvait arriver à une conclusion rationnelle.

Et ce jour-là était le meilleur jour pour coincer X vu que son degré de panique devait être maximal.

En quelques minutes, la salle de classe s’était vidée de moitié. L’horloge semblait tourner plus lentement que d’habitude, et les élèves continuaient de sortir les uns après les autres.

Moi — Hihi…

Mon cœur s’emballait d’une force. Cela faisait des années que je n’avais pas ressenti une excitation pareille !!

Ibuki, une fois, m’avait demandé pourquoi je donnais tout pour ça,  me disant que ça n’avait aucun intérêt. En un sens elle avait raison. Mais il fallait comprendre que ce n’était pas enquêter et découvrir son identité dans le cadre de la géguerre interclasse qui m’intéressait. Non, c’était découvrir cette personne que je savais pouvoir faire jeu égal avec moi, cette personne qui avait développé toutes ces stratégies pour contrer les miennes quand je combattais la classe D sans relâche.  J’avais renoncé à croire qu’une telle personne existait, j’en fus presque ressuscité !

Comment allais-je réagir face à cette personne ? Cette personne qui m’avait fait me sentir si vivant… C’était pratiquement ce que l’on pouvait ressentir pour son premier amour !

Le SMS envoyé dans la matinée était déjà marqué comme « Lu ». Donc pas de doute : X l’avait ouvert. Je me demandais quel genre de stratégie X avait en tête.

Hiyori — Ryuuen-kun.

C’était Shiina Hiyori qui m’appela.

Moi — Quoi ?

Hiyori — Tout le monde a l’air bien excité aujourd’hui.

Elle me dit ça en regardant autour de moi. Les derniers élèves dans la classe se rapprochaient de nous.

Hiyori — Qu’est-ce que tu as prévu toi ?

Moi — Je vais enfin rencontrer cette personne qui m’a tant diverti ces derniers mois. Tu veux te joindre à moi ?

Hiyori — Bof, cela ne m’a pas l’air très amusant.

Puis elle poursuivit.

Hiyori — Est-ce bien utile de s’attarder sur cette personne, au fond ? 

Moi — Hein ?

Hiyori — Enfin, je suppose que c’est la décision du leader de cette classe, je n’y peux rien.

C’était sur ces mots que Hiyori commença à s’en aller

Hiyori — En cas de pépin, tu sais que je serai à la bibliothèque !

Moi — Pff, comme si tu allais m’être d’une quelconque utilité.

Hiyori — Sûrement pas mais bon, sait-on jamais. Aller, bonnes vacances !

C’était en traçant son chemin et en s’éloignant qu’elle me dit ça, sans langue de bois. Hiyori est maline mais elle n’aime vraiment pas le conflit, ainsi la manipuler et s’en servir comme pion était quasi impossible. Fort heureusement j’en avais bien d’autres sous la main.

Ishizaki — Il est temps, Ryuuen-san.

Ishizaki me dit ça avec beaucoup d’entrain.

Moi — Fais-en bonne usage !

Je lui tendis un sac avec tout ce dont nous allions avoir besoin.

Ibuki et Albert se levèrent également. Le nombre importait peu, ce qui comptait était la qualité des soldats. Et bien entendu leur capacité à la boucler, car ce que je m’apprêtais à faire allait transgresser de façon absolu l’ordre instauré par cette école.

1(Ryuuen)

Comme prévu il n’y avait plus grand monde ici. C’était le pouvoir des vacances : en une demi-heure à peine, le bâtiment était déjà pratiquement vide ! Personne ne prêta attention à nous, trop emportés par l’euphorie de la fin de l’heure. J’avais observé la même chose pour les vacances d’été.  

Ibuki — Bon alors… Comment on va s’y prendre ?

Je n’avais détaillé mon plan à personne, Ibuki incluse. Tout ce qu’ils savaient, c’était que j’avais fait suivre Miyake et compagnie. Ils ne savaient donc bien entendu pas que j’avais aussi approché Kôenji. Je limitais les informations au maximum afin d’éviter que des gens de la classe C ne se fassent piéger et collaborent comme Manabe et sa bande l’avaient fait. Comme X faisait tout pour préserver son identité, moi je faisais tout pour le piéger en gardant mon plan secret.

Moi — Tu es curieuse hein, Ibuki ?

Ibuki — Tu m’embarques toujours dans tes sales coups mais cette fois-ci, en plus, je n’ai aucune visibilité.

Ishizaki tendit lui aussi l’oreille. Bah, je suppose que c’était normal de vouloir en savoir plus.

Moi — Tu te souviens de cette Karuizawa ? La fille à cause de qui Manabe et ses copines ont fini par devenir des espions.

Ibuki — Cette fille extravagante de la classe D ? Oui oui, je vois très bien.

Vu qu’elle avait infiltré la classe D pendant l’examen de l’île, c’était logique qu’Ibuki la connaisse.

Moi — J’ai donné rendez-vous à Karuizawa sur le toit aujourd’hui. J’ai récupéré son mail d’une fille qui la connait bien. Bien entendu je lui ai bien fait comprendre que c’était moi qui voulais la rencontrer.

“Une fille qui la connait bien”… inutile de nommer Kushida, ils n’avaient pas besoin de le savoir.

Ibuki — Sur le toit ? Pas moyen qu’elle se pointe si elle sait que t’es derrière tout ça.

Moi — C’est ça ou je balance tout son passé. Donc en fait elle n’a pas trop le choix.

Si son passé venait à se savoir, cela allait faire l’effet d’une bombe. Bien entendu qu’elle allait venir si sa popularité était en jeu.

Ibuki — Et même si elle vient, tu crois qu’elle va parler comme ça ? 

Moi — En temps normal je suppose que non.

X lui avait sûrement promis sa protection ou un truc du genre, Manabe et les autres en avaient fait les frais.

Moi — J’ai aussi prévenu X de notre petite entrevue avec Karuizawa. Que son identité risquait d’être dévoilée et que j’allais user de tous les moyens possibles et imaginables. Je fais d’une pierre deux coups en lui mettant la pression à lui aussi.

Ibuki — Et t’as pas peur que Karuizawa balance à l’école ? Elle a le SMS quand même, et X va sûrement lui conseiller de le faire…

Cherchait-elle à me provoquer avec toutes ses questions ?

Moi — Si elle le fait je balance tout. Donc je ne pense pas qu’elle prendra le risque, non.

X et Karuizawa n’avaient d’autre choix que de venir me supplier en personne.

Moi — Au pire du pire X viendra à sa place, et c’est tout bénef. Je reste curieux de l’éventuelle réaction de Karuizawa en plus !

Ibuki — Je reste toujours pas certaine que ça vaille le coup mais bon…

Moi — Anéantir Karuizawa revient à anéantir une des pièces maîtresses de X tu sais ? Il a l’air de beaucoup compter sur elle.

Ibuki — Et comment peux-tu en être aussi sûr ? Car il a menacé le groupe de Manabe pour la protéger, et puis ? 

Certes, j’avais mis du temps à me rendre compte du rôle de Karuizawa. L’examen des duos m’y avait bien aidé.

Moi — Enfin, observe bien. À la seconde où X sera en difficulté, Karuizawa n’aura plus que les yeux pour pleurer. 

Ibuki — Mais du coup, concrètement, on lui fait quoi si elle ne parle pas ?

Ibuki et Ishizaki semblés vraiment préoccupés par ça.

Moi — Les gens qui ont été victimes de harcèlement scolaire en gardent des séquelles. Les mettre dans une situation analogue leur fait perdre tous leurs moyens, les accrochages entre elle et la bande à Manabe en sont la preuve. Alors agissons normalement et, si elle ne veut pas coopérer, on sévira jusqu’à ce qu’elle crache le morceau.

Ibuki — Alors on va s’en prendre à elle …?

Ishizaki — La classe a déjà eu des ennuis à cause de l’affaire Sudou. Qu’est-ce qui va se passer si les caméras nous prennent en flag en train de harceler une élève ?

Moi — J’ai prévu le coup à ce niveau-là.  

Je commençai mon ascension vers le toit. Au milieu de l’escalier, je m’adressai une dernière fois à Ibuki et Ishizaki.

Moi — Vous êtes libres de faire demi-tour si vous le voulez vraiment.

Ishizaki — N-non ! Je te suis, Ryuuen-san !

Moi — Et toi Ibuki ?

Ibuki — Moi aussi. Mais si je sens que ça devient dangereux je n’hésiterai pas à mettre le holà.

Je suppose qu’elle avait aussi envie de savoir qui était X après tout. Ishizaki et Ibuki étaient donc à mes côtés devant la porte permettant l’accès au toit. Je pris dans le sac d’Ishizaki les outils dont j’avais besoin puis ouvrais la porte.

Ibuki — C’est… !?

Moi — Attendez ici.

Peu de lycées laissaient leur toit accessible toute l’année. Si c’était le cas dans le nôtre c’était non seulement car le toit était très sécurisé, avec des rambardes dernier cri, mais aussi car le lieu était placé sous vidéosurveillance. Ainsi chaque débordement pouvait être enregistré. Néanmoins, malgré que les élèves sachent ça, ce spot n’était vraiment pas populaire. Forcément, pourquoi traîner sur le toit quand le lycée proposait une offre impressionnante de cafés, de boutiques ainsi que d’autres divertissements divers et variés de qualité ? J’étais pratiquement le seul à venir ici.

Mais il y avait une limite au nombre de caméras que l’on pouvait installer. Par exemple, une caméra était placée juste au-dessus de la porte d’accès au toit ; en dessous de cette porte était donc un angle mort. C’était suffisant pour  désactiver cette caméra et nous affranchir de toute surveillance sur le toit !

Ni une ni deux, tout en me tenant sous celle-ci, je vaporisai une bombe de peinture noire sur la caméra. Je confirmai au passage qu’elle était du même type que celles qu’on retrouvait un peu partout dans l’école ; une caméra dôme dont la lentille bénéficiait d’une protection en polycarbonate, matériel très résistant et intéressant contre le vandalisme. Hélas ils n’avaient pas songé au fait que la violence n’était pas le seul moyen de rendre inutile une caméra.

Moi — Nous sommes désormais à l’abri des regards indiscrets.

J’avais pu conclure que, sauf exceptions dans certains lieux sensibles, la surveillance n’était pas tout à fait en direct. Autrement dit, le temps qu’ils se rendent compte qu’il y a un problème, j’allais déjà avoir fini ce que j’avais à faire depuis longtemps ! Je m’en étais rendu compte après avoir tagué une caméra et l’avoir déclaré à M. Sakagami. Outre que j’avais été pénalisé d’un simple avertissement et en payant les frais de nettoyages de la caméra avec mes points, j’en avais profité pour me renseigner sur la fréquence d’observation des caméras. Déjà qu’en temps normal elle était plutôt light, alors en plus un jour comme celui-ci, où l’établissement se vidait de ses élèves, il y avait toutes les chances qu’elle le soit encore plus.

Moi — Albert, reste où tu es. Outre Karuizawa, si la moindre personne se pointe, genre un prof, tu m’appelle immédiatement.

Son travail était de monter la garde plus en bas. Albert me fit comprendre qu’il avait compris la consigne.

Ibuki — Tag de caméra… Ce n’est pas sanctionné par le règlement ça ?

Moi — Rien de fou, t’inquiète.

Ibuki — J’espère juste qu’elle viendra comme tu l’as prévu.

Moi Elle ne peut pas ne pas venir. C’est une question de vie ou de mort pour elle.

Il n’y avait désormais plus qu’à attendre.

2(Ryuuen)

Vers 14h, un peu avant l’heure de rendez-vous, la porte du toit s’ouvrit. La reine de la journée était là, tendue à travers cette fraîche brise.

Moi — Hahaha, je savais que tu viendrais… Karuizawa.

J’éteignis et rangeai mon téléphone. Ibuki et Ishizaki, nerveux, manifestèrent aussi leur présence.

Karuizawa — Ton sms de ce matin… Qu’est-ce que ça veut dire ?

Moi — Je pense que tu le sais très bien. Sinon tu ne serais pas là.

Le SMS envoyé était le suivant : « Manabe et son groupe m’ont tout raconté. Viens seule sur le toit après les cours. Inutile de te préciser que tu n’en parles à personne, si tu ne veux pas que tout le monde soit au courant dès demain ». Le simple fait d’évoquer Manabe lui a très bien fait comprendre de quoi je parlais.

Moi — Comme prévu tu as gardé ça pour toi hein ? Enfin, je suppose que tu n’avais pas vraiment d’autre choix.

Elle avait sûrement mis X dans la confidence, mais ça n’avait aucune importance vu que moi-même je l’avais prévenu. Aujourd’hui allait être prononcée la peine de Karuizawa, en plus de la découverte de l’identité de X. Qu’il soit dans le coup ou non n’y changeait absolument rien.

Moi — Mais de penser que tu allais vraiment venir seule…

Karuizawa — C’est ce que tu m’avais demandé non ?

Moi — Oui oui.

Il n’y avait pas moyen qu’elle soit venue sans aucun plan. À quoi auraient servi tous ses efforts pour garder son secret auparavant sinon ? Et X était le seul vers qui elle avait pu se tourner puisque c’était le seul au courant de tout. De même qu’X n’avait pas beaucoup d’options non plus.

Karuizawa — Écoute je me les gèle un peu… Si on pouvait aller droit au but.

Elle se frottait les mains pour illustrer ses propos. Elle ne pouvait pas faire semblant de ne pas savoir.

Moi — Pourquoi es-tu venue ? Tu aurais pu me mettre un vent.

Karuizawa — Bah… Je voulais pas qu’on lance des rumeurs sur moi comme ça.

Elle tentait de garder la face mais c’était vain.

Moi — Des « rumeurs » ? Pourtant, ici, nous savons tout. Que tu étais la paumée du collège et que tout le monde te harcelait.

Karuizawa — …

Elle ne pouvait pas rester indifférente face à cette vérité.

Moi — C’est vraiment pas de chance que la bande à Manabe l’ait découvert… Tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même pour le coup.

Karuizawa — Et du coup… Tu vas vouloir me faire chanter ?

Moi — Si je te disais que je faisais juste ça pour m’amuser ?

Karuizawa n’allait pas tarder à perdre tous ses moyens.

Karuizawa — Si tu me touches… Je le signalerai, tu sais ?

Moi — S’il te plaît… Si c’était vraiment le cas tu ne serais pas là en train de me parler non ?

Ibuki — Elle a peut-être une stratégie, redescends un peu quand même.

Ibuki semblait méfiante, après tout Karuizawa s’était vraiment pointée toute seule.

Moi — Karuizawa ne peut rien sans X actuellement. Et supposons à tout hasard qu’elle ait filmé notre échange, elle ne pourrait pas s’en servir au risque que la vérité sur son passé éclate. Et c’est ce qu’elle ne veut pas.

Ibuki — Mais…

Moi — Aller c’est bon, maintenant ferme-la. 

Bien sûr que j’avais déjà pensé à tout ça. Ibuki craignait qu’on ne puisse nous faire chanter comme X a fait chanter le groupe de Manabe, après avoir obtenu la preuve qu’elles harcelaient Karuizawa. Mais cette fois il allait en être autrement.

Moi — Oui, elle veut cacher ce passé dans lequel elle s’est fait victimiser !!

Nous dénoncer revenait à vendre Karuizawa également, c’était notre garantie. Toutefois, il était vrai que tout mon plan reposait sur l’espoir que X réagisse. Bah oui, je n’avais pas besoin de toute cette mise en scène pour détruire Karuizawa… Le passé de Karuizawa était le moyen de pression que j’avais sur X. Autrement dit, m’en servir sans découvrir son identité représentait un échec total. C’est pour cela que je voulais vérifier à quel point ils étaient proches déjà.

Moi — Bon, tu veux vite repartir il me semble. Dans ce cas, dis-moi quelle est la personne qui se cache derrière toi ? Si tu le fais je garderai le silence sur ton passé.

Karuizawa — Je ne vois pas de quoi tu parles.

Karuizawa avait clairement l’air plus nerveuse que jamais. Elle devait bien se  douter  que j’allais lui parler de cette personne qui gouvernait la classe D, mais certainement pas que je savais déjà qu’elle était liée à X.

Moi — X t’a couverte quand t’as eu des ennuis avec le groupe de Manabe.

Karuizawa — Hein ? Tu dis de la merde.

Moi — On sait déjà tout je t’ai dit, on a des preuves.

Karuizawa — Des preuves…?

Il semblait bien que X ne lui disait pas non plus tout. Je comptais petit à petit resserrer l’étau pour m’en assurer.

Moi — Comment X t’as protégé de Manabe dans l’ombre ?

Karuizawa — Je vois pas de quoi tu parles. J’ai pas eu d’ennuis… Et « X »… ?

Moi — Bon, si tu ne veux rien dire je vais parler à ta place.

Karuizawa ne semblait pas vouloir coopérer.

Moi — X a menacé le groupe de Manabe de signaler ce qu’elles t’ont fait à l’établissement. C’est uniquement pour ça qu’elles se sont tues.

Karuizawa ne répondit rien.

Moi — Mais je suppose que tu le savais déjà, haha.

Karuizawa — Je n’ai pas répondu.

Moi — Inutile, ton regard parle pour toi.

Je poursuivis.

Moi — Mais X ne s’est pas arrêté là et a même transformé Manabe et son groupe en espionnes qui m’ont trahi pendant le festival sportif. Bien entendu toujours sous la menace de rapporter ce qu’elles t’ont fait à l’école.

Karuizawa — Vraiment, je ne te suis pas là…

Karuizawa — Douce menteuse hihihi. Tu as pourtant l’air bien au courant de ce que je viens d’énoncer.

Peut-être que Karuizawa ne savait réellement pas qui était X ? Ce dernier lui donnait donc des consignes anonymement, via une adresse spéciale… Non, cela ne tenait pas, je ne la voyais pas obéir à un inconnu.  Et puis pourquoi niait-elle tout en bloc ? Admettre ces premiers faits aurait été bien moins suspect… Il y avait donc quelque chose.

Moi — En vrai ton histoire je m’en tamponne, tout ce qui m’intéresse c’est X. Alors ce serait pas plus simple que tu parles ?

Karuizawa — Mais ma réponse sera la même en fait, j’en sais pas plus… Et vraiment il fait trop froid ici.

Elle était habillée assez légèrement en même temps. Mais peut-être était-ce parce qu’elle n’avait pas prévu de s’éterniser.

Moi — Bien sûr qu’il fait froid, alors autant que tu parles rapidement comme ça tu en seras débarrassée non ?

Karuizawa — Je n’ai rien à te dire.

Moi — D’accord, tu as décidé de le couvrir. Je dois donc comprendre que tu n’as aucune objection à ce que tout le monde sache pour toi.

Karuizawa — …

Karuizawa était vraiment prise entre deux feux. Je pouvais lui faire ce que je voulais qu’elle n’avait d’autre choix que de garder le silence. Peu importe ce qu’elle choisissait, elle était perdante.

Moi — Mais pourquoi tu réfléchis encore ? T’as cru que t’avais encore la moindre échappatoire ? C’est bon, balance et c’est réglé Haha.

La seule chose qu’elle pouvait faire pour se protéger était de dénoncer X.

Moi — Q-Quand bien même il y avait quelqu’un derrière moi… Je peux te balancer un nom au hasard, qu’est-ce qui te prouverait que je te dis la vérité ?

Ishizaki se permis d’intervenir sans y avoir été invité, sûrement par peur.

Ishizaki — Elle n’a pas tort, en vrai elle…

D’un regard je lui fis comprendre qu’il avait intérêt à fermer sa gueule. Ce n’était pas le moment de donner des idées à Karuizawa.

Moi — Il est évident que je n’hésiterai pas à parler de ton passé si je découvre que tu m’aurais menti. 

Karuizawa — C’est…  

Moi — Donc t’as pas d’autre choix, comme je disais. 

J’éclatais de rire mais Karuizawa ne semblait toujours pas disposée à parler.

Karuizawa — Tu me prends pour une débile ? Même si je coopère cette fois-ci rien ne me dit que tu ne me menaceras pas à nouveau à l’avenir. 

Moi — Haha. En effet je pourrais t’utiliser comme X a fait avec le groupe de Manabe. Mais à ton stade est-ce que ça change vraiment quelque chose pour toi ?

Karuizawa — Je ne te donnerai aucun nom. En fait je ne te dirais même pas s’il y a vraiment quelqu’un ou non derrière moi.  

Alors Karuizawa pensait qu’elle pouvait se permettre de garder le silence.

Moi — Et ton passé, tu t’en fiches alors ?

Karuizawa — Tu penses qu’il y a quelqu’un derrière moi et tu m’as approchée à sa place. Je ne crois pas que tu déballeras tout sans être sûr que ça t’apporte quelque chose en ce but.

Moi — Je vois. Donc d’après toi si je révélais ton passé tu n’aurais plus aucun raison de parler. Pire, ma quête de X serait rallongée.  

C’était ce que semblait dire Karuizawa à demi-mots, en détournant le regard.

Moi — Je me fiche que tu gardes le silence, des opportunités de coincer X j’en aurai plein !

Karuizawa — Sauf si c’est « X » qui veut d’abord s’occuper de toi. En plus tu ne penses pas qu’une personne comme ça prendrait ses précautions s’il savait que t’en avais après lui ?

Elle n’était pas si bête que je le croyais. Puisque X pensait exactement comme moi je comprenais pourquoi il avait fait usage de Karuizawa, cette fille populaire à l’esprit vif qui n’avait pas la langue dans sa poche !

Mais X n’avait sûrement pas peur de se servir des autres et de s’en débarrasser comme de vieilles chaussettes, Karuizawa n’échappait probablement pas à cette règle. Bien sûr que X œuvrait pour la classe D mais c’était certainement le genre à se préoccuper avant tout de sa personne. Donc il s’en fichait que je dévoile tout sur Karuizawa puisque cela signifiait sécuriser son identité. Il était allé si loin pour ça alors ?

Néanmoins je ne pouvais pas croire que Karuizawa était venue les mains vides. Peut-être même avait-elle eu des conseils de X… Mais vu mes conclusions, cela me paraissait assez improbable.

Karuizawa — Du coup t’as compris ? Je peux y aller ?

Je guettai mon téléphone mais aucun signe de X. L’envoi du SMS avait-il échoué ? Enfin, cela voulait dire que je devais passer à la vitesse supérieure et prendre quelques risques.

Moi — En fait tout ce que j’ai à faire c’est de te faire cracher le morceau ici et maintenant. Si tu sais quelque chose je te garantis que tu vas parler !!

C’est de ta faute, X. Tu as rendu Karuizawa complice de tes machinations.

Karuizawa — Et comment est-ce que tu comptes me faire parler du coup ?

Moi — Au final on va revenir aux fondamentaux… Les châtiments physiques, il n’y a que ça de vrai !

Ishizaki — T’es sérieux Ryuuen ?

Moi — Ibuki, tiens Karuizawa.

Ibuki — Pourquoi ? Comme si tu ne pouvais pas le faire toi-même…

Ibuki, pas vraiment enthousiaste à cette idée, comptait désobéir.

Moi — VAS-Y JE TE DIS !

Ibuki — Je ne veux pas être complice de ça, on risque vraiment gros…

Moi — Tu sais, après tous tes échecs, n’as-tu pas envie de regagner notre confiance ?

Je l’attrapai fermement par le bras.

Moi — T’inquiète, j’en prendrai la responsabilité. Alors fais ton boulot.

Ibuki — Tch…

Une fois de plus je donnai des ordres à la rebelle Ibuki, et celle-ci s’exécuta ! Tout en appuyant sur sa langue, Ibuki approcha Karuizawa.

Karuizawa — H-hein ?

Ibuki — Le prends pas pour toi mais… j’ai mes raisons. Désolé.

Ibuki manœuvra rapidement derrière Karuizawa et retint ses deux mains.

Karuizawa — Aaaah !

Karuizawa cria. Ibuki, malgré ses réticences, l’avait totalement maîtrisée. En même temps Karuizawa ne pouvait rien contre Ibuki et son expérience en arts martiaux.

Moi — Ishizaki, en théorie il n’y a personne aux toilettes à l’étage. Là-bas il y a deux seaux, je voudrais que tu me les remplisses avec de l’eau.

Ishizaki — Hein, de l’eau ? Tu vas faire quoi avec ??

Moi — Toi aussi tu comptes me désobéir ?

Ishizaki — N-non, pas du tout ! J’y vais !

Ishizaki paniqua et s’exécuta. Il semblait sur le point de s’écrouler.

Moi — Poursuivons un peu notre discussion en attendant qu’il revienne.

Karuizawa — Non, laisse-moi partir !

Karuizawa tenta de se débattre mais c’était vain face à Ibuki. En vrai moi aussi je ne voulais pas en arriver là. D’ailleurs la mettre dans cette position n’était pas forcément pour la torturer en soi mais pour amplifier notre ascendant psychologique sur elle.  Elle continuait à se débattre, jusqu’à un point où elle se rendit probablement compte que c’était inutile et compris ce qui allait arriver.

Karuizawa — Je ne me tairai pas si vous touchez ne serait-ce qu’à un seul de mes cheveux !

Moi — Hahaha, la blague. En même temps tu viens toute seule, comme ça. Tu pensais que X allait te protéger encore ?

Peu importe combien de fois je lui demandais, sa réponse restait inchangée. Elle refusait ne serait-ce qu’admettre son existence.

Moi — Car oui, je suppose que X t’a dit qu’il surgirait de l’ombre en cas de pépins, tel un chevalier blanc !!

Le regard de Karuizawa semblait me donner raison.

Moi — Après tout, si c’était arrivé avec le groupe de Manabe, X se disait sûrement que ça pouvait arriver avec d’autres filles de toute classe.

Ibuki me lança un petit regard.

Moi — Tu as vécu chaque jour dans la peur que la vérité soit révélée. Et jusqu’à aujourd’hui tu ne t’étais pas si mal débrouillée puisque tu étais si populaire. Mais s’il en a été ainsi, c’est parce que quelqu’un couvrait bien tes arrières.

Ibuki — Et pour toi c’est X ?

Ibuki posa cette question-là, comme ça.

Moi — En ce moment oui. Après,  est-ce que ça a toujours été le cas ou c’est seulement depuis l’affaire avec le groupe de Manabe ? Autrement tu n’aurais pas fait de Hirata ton petit ami pour te protéger… Je me trompe ?

Karuizawa écarquilla les yeux

Karuizawa — Non… Ce n’est…

Moi — C’est exactement ça non ? Ne me sous-estime pas, Karuizawa.

Ses yeux parlaient pour elle et trahissaient les ténèbres qui la composaient. C’est sûrement ainsi que X avait découvert la vérité aussi.

Karuizawa — Aaaah…

Elle s’était enfin décidée à se montrer mignonne !

Karuizawa — Ryuuen, comment t’as su tout ça ?

Karuizawa n’était pas la seule surprise de mes mots, Ibuki aussi semblait d’une curiosité absolue.

Moi — C’est l’expérience… La pourriture humaine, je l’ai tellement côtoyée.

Ishizaki — Pfiou… D-Désolé de vous avoir fait attendre ! 

Ishizaki semblait avoir couru un marathon et revint quelques minutes plus tard avec les seaux remplis d’eau. Ibuki me posa ensuite une question.

Ibuki — Comment savais-tu qu’il y avait deux seaux ?

Moi — Je suppose que vous ne connaissez pas le nombre de caméras dans l’école non ?

Ibuki — Et comment est-ce qu’on le saurait ?

Moi — C’est ce qu’on appelle se renseigner et faire des recherches.

Un petit peu chaque jour, j’analysais les différentes positions des caméras de surveillance. Ce faisant, j’avais remarqué les deux seaux dans les toilettes.  

Moi — C’est d’ailleurs en travaillant là-dessus que j’avais remarqué, au moment où Ishizaki et les autres s’en étaient pris à Sudou, qu’il y avait en réalité eu une personne de la classe D témoin de l’incident.

Le visage d’Ishizaki sembla confus. En effet, sans témoin compromettant, la classe C aurait dû tirer plus de bénéfices de cette affaire.

Moi — Je te l’avais pourtant dit non, Ishizaki ? De ne jamais admettre que tu es en faute, peu importe la situation.

Ishizaki — O-oui… J’ai juste un peu paniqué sur le moment et…

Et au final, ils avaient craché le morceau en se faisant bluffer par une fausse caméra de surveillance.

Moi — Parce que vous pensez tous que cette école met en avant la discipline. Alors que dans les faits elle n’interdit pas vraiment les coups bas.

C’était plus ou moins dit implicitement par les profs au final.

Moi — Les plus malins sont ceux qui réussissent à contourner les règles, retenez bien ça.

Une des premières choses que j’avais faites en arrivant ici était de déceler les moindres failles au sein du règlement. Ensuite seulement j’avais vérifié l’importance des points privés. 

Moi — Par exemple, est-ce que vous vous êtes attardés sur l’organisation des examens ? Celui de l’île, des duos… En fait il y avait toujours moyen de se renseigner dessus en sondant les élèves des années supérieures… Du moins en partie seulement, et vous comprenez pourquoi ?

Ishizaki — Parce que l’examen peut légèrement changer d’une année à l’autre…

Moi — C’est exactement ça. Bien entendu le contenu de l’examen n’est pas toujours le même, ça c’est logique. Mais, plus précisément, ce sont également les règles qui varient.

Ishizaki — Comment ça …?

Ça aurait été trop facile de juste avoir à parler aux ainés pour réussir. On aurait eu droit à une compétition de qui les flatterait le mieux.

Moi — Et si une règle « Les élèves de 1ère et de Terminale dévoilant des contenus d’examens seront immédiatement expulsés » existait ?

Au final que le contenu des exams soit le même ou non ne changeait rien, leur bouche étaient scellée.

Ishizaki — Ils ne parleraient pas…

Moi — Tout juste. Ils ne risqueraient pas l’expulsion pour quelques seconde qu’ils ne connaissent même pas. J’ai bien essayé de négocier avec des gars de 1ère D avec des points mais ça n’a pas pris, preuve qu’ils ont les pieds et les poings liés.

Ishizaki — Komiya et Kondou ont dit un truc du genre, qu’ils ne tiraient rien des ainés. Pire, on dirait que c’était tabou de leur demander des trucs.

Tout le monde avait l’air de s’être rendu compte que c’était « tabou » comme il disait. Et il y avait certainement des règles les concernant qu’on ne connaissait pas encore. Me concernant, en analysant les caméras de surveillance, en approchant les 1ères, en formant une alliance avec la classe A… j’avais toujours flirté avec les limites de la légalité.

Moi — Vous comprenez que l’expérience est aussi cruciale pour comprendre ce qui est permis ou pas. Et Karuizawa aura l’honneur d’être une de nos cobayes ! 

Karuizawa commença à trembler de froid.

Moi — Les mots c’est une chose… mais un vrai traumatisme ça se vit aussi !!

D’après les dires du groupe de Manabe, Karuizawa n’était pas si forte que ça. Je lançai un regard à Ishizaki et il comprit tout de suite ce que j’attendais de lui. Ibuki poussa Karuizawa et, sans plus attendre, Ishizaki lui balança l’eau à la figure.

Karuizawa — !?

Par ce froid hivernal, le froid de cette eau avait même sûrement atteint son cœur. Karuizawa s’écroula de ce choc et se mis à trembler, se tenant les deux bras. Un simple seau d’eau avait suffi à venir à bout d’elle !  

Moi — Ça te rappelle des souvenirs hein ?

Karuizawa — N-Non… !

Elle se mit les mains sur les yeux puis se couvrit les oreilles, telle une petite fille effrayée.

Moi — Et dis-toi que je ne fais que commencer là !!

Ni une ni deux, je sortis mon téléphone pour filmer ce beau spectacle. Je l’attrapai par les cheveux puis remarquais qu’elle se mit à pleurer.

Moi — J’enregistre toute la scène, et tout le lycée aura le plaisir d’en profiter si tu continues de garder le silence.

C’était bien sûr un mensonge, mais Karuizawa n’était plus en état de s’en rendre compte et de penser rationnellement.

Moi — Mais vas-y, chiale, implore-moi !

Karuizawa — Non… Non !!!

Il n’y avait rien de tel que les blessures profondes de quelqu’un.

Ibuki — Sérieux… J’aurais pas dû te suivre.

Ibuki détourna le regard comme signe de protestation

Moi — C’est bon, on fait que maltraiter les faibles… Pas de quoi en faire un plat !

Certains ne s’étaient pas gênés avec moi, à une époque. Le dernier toutefois pleura comme un bébé quand son arrogance lui revint en pleine poire. Néanmoins Karuizawa ne pouvait pas en espérer autant.

Moi — Malgré ton passé tu t’en es assez bien sortie en classe D. Chapeau !

Elle avait construit une nouvelle personnalité de toute pièce et se plaça au top de la hiérarchie sociale de sa classe grâce à Hirata et à X.

Moi — Blague à part, je le pense sincèrement.

Le harcèlement laisse tellement de séquelles que les victimes peuvent en fait répéter le schéma et finir par le revivre ailleurs.

Moi — Au final t’étais assez courageuse pour m’avoir tenu tête.

Je m’accroupis et continuai, comme pour la narguer encore d’avantage.

Moi — Mais les gens ne peuvent pas changer comme ça. Au fond t’es destinée à être une victime, peu importe ce que tu fais… Mets-toi bien ça dans le crâne.

Je l’achevai avec le second seau qu’Ishizaki avait préparé.

Karuizawa — !?  

Elle souffrait silencieusement et faisait encore de son mieux pour le cacher.

Moi — Ishizaki, retourne chercher de l’eau !

Ishizaki — O-Ok !

Cette fois-ci il s’exécuta immédiatement, sans poser de question.

Moi — Qui t’a protégée du groupe de Manabe alors ?

Karuizawa — Personne… Personne je te dis !!

Elle nia, agitant la tête comme pour tenter de fuir la réalité.

Moi — Alors tu continues à nier ? T’as vraiment du courage… Ou alors peut-être que t’es juste habituée à être traitée comme ça ? Haha.

Je lui saisis le bras avec force et la traîna. 

Ibuki — J’en peux plus de regarder ça…

Moi — Vraiment ? C’est pourtant là que ça devient intéressant !

Ibuki — T’es doublement dégueulasse.

Ibuki resta mais, symboliquement, resta au niveau de la porte d’accès pour montrer qu’elle ne participait plus.

Ibuki — Je partirai après que l’identité de X soit découverte

Moi — C’est très bien !

Qu’est-ce que j’en avais à faire des états d’âme d’Ibuki ? Je faisais ça car je m’amusais, c’était tout ce qui comptait !

3 (Karuizawa)

Je frissonnais comme jamais. L’eau froide me coulait dans les cheveux, c’était le quatrième seau que je me prenais… Plus seulement mes vêtements, mes sous-vêtements aussi étaient trempés.

S’il était dur de supporter le froid physique, c’était la froideur de mon âme qui m’était insupportable. Mes ténèbres qui refaisaient surface et remettaient tout en question… Pourquoi suis-je en vie ? Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ?  Je commençais à m’auto-flageller, mon cœur lui aussi gelé paralysait tout mon corps.

Ryuuen — Allez Karuizawa, abrège tes souffrances !

Ryuuen me mettait la pression pour me faire parler. Mais même si je lui disais tout à propos de Kiyotaka, rien ne me garantissait qu’il allait en rester là avec moi. Ce jour-là il me menaçait pour trouver « X », comme il disait, un autre jour il allait sûrement me demander d’espionner la classe D pour lui… C’était digne d’une série franchement. Trahir ses alliés n’apporte jamais rien, je voulais m’en remettre à Kiyotaka et à sa promesse de me protéger. En fait c’était ce qui me faisait tenir à ce moment-là.

Ryuuen — Je sais ce que tu te dis. Que si tu parles X te couvrira plus… hein ?

Mes dents grinçaient, je tapotais du pied pour essayer de couvrir ce bruit que ma tête avait décidé de censurer.  En fait le présent et le futur s’étaient confondus et un douloureux souvenir me revint.

Ryuuen — L’espoir fait vivre comme on dit, même si là tu risques plutôt d’en mourir !

Ses paroles faisaient l’effet d’un coup de poignard.

Ryuuen — X ne te sera d’aucun secours. Moi seul peux t’aider là !

J’ai vraiment la trouille.

Ryuuen — Mais j’admets encore que tu étais une adversaire de taille. Ce n’est pas pour rien que je me suis directement servi de ton point faible !

Aidez-moi.

Ryuuen — Faisons une petite liste de ce que je vais déballer à tout le lycée sur toi…

J’ai peur.

Ryuuen — Tu crois que tu seras toujours aussi cool ?

Aidez-moi.

Ryuuen — Bien entendu que non ! Tu redeviendras cette larve impopulaire !

Tous ces douloureux moments que j’avais vécus se répétaient en boucle dans ma tête.

Karuizawa — Non, non, non, non… !

Je ne voulais pas revivre cette vie que j’avais tout fait pour quitter. Cette vie dans laquelle j’avais presque voulu en finir !

Ryuuen — Alors agis, finissons-en maintenant !

Karuizawa — Pitié, pitié, pitié….

Mon honneur était brisé. En fait ça faisait longtemps qu’il l’était. Je n’avais jamais guéries mes blessures en profondeur, je m’étais juste contenté de foutre des pansements dessus. La cool Karuizawa Kei de seconde venait de mourir en tout cas. Adieu mes belles années de lycée !

Ryuuen — Et je ne suis pas Manabe et ses amies. Moi je suis sans pitié. Et quand bien même, par je ne sais quel miracle, tu parvenais à te débarrasser de moi et me faire expulser, la rumeur serait lancée et tu serais finie sur le champ.

Karuizawa — Non, non, non…

Ryuuen — Allez, souviens-toi… Souviens-toi comment c’était terrible !

Comment aurais-je pu l’oublier, déjà ?  

Je me battais de toutes mes forces mais c’était fini, les ténèbres m’emportaient, je me replongeais dans le passé…En fait j’ai toujours été têtue et assez compét’. C’est la vraie moi. Mais c’était précisément ça qui m’avait attiré les foudres des autres filles du même genre au collège. Chaque jour après le collège semblait un paradis.

Elles gribouillaient ou me volaient mes cahiers, ça c’était encore gentil. Ensuite elles étaient passées à l’étape supérieure en me balançant de l’eau aux toilettes et en me frappant tout en me filmant afin de d’humilier ensuite devant la classe. Mais elles ne s’étaient pas arrêtées là bien sûr ! Punaises dans mes chaussures, cadavres d’animaux sur mon bureau, me planquaient mes sous-vêtements et mon uniforme après les cours de natation… Elles m’avaient même baissé ma jupe une fois devant toute la classe !  Et tout ça était sans évoquer les confessions qu’elles m’obligeaient à faire à des garçons qui ne me plaisaient pas, les fois où elles me faisaient ramasser des déchets avec ma bouche et me les faisaient manger ou encore quand elles me faisaient lécher des chaussures.

La liste d’humiliations que j’avais endurées était longue, et j’avais fini par me remémorer tout ça. Oui, parfois accepter sans broncher est une façon de se protéger. Peut-être que je devais faire la même chose avec Ryuuen là… Est-ce que j’allais revivre cet enfer au lycée ? Voir tout le monde me regarder différemment, mes soi-disant potes changer… je n’étais pas sûr de pouvoir le supporter. L’école n’allait rien faire pour moi, d’ailleurs la seule chose que mon collège avait fait était de m’aiguiller vers cette école, pour me laisser une chance de ne pas recroiser mes tortionnaires. Mais à quoi bon ?

J’observai le ciel et me mis à pleurer comme une madeleine. Pourquoi est-ce que je devais revivre ça ? Il n’en est pas question. Je ne voulais pas revenir à cette situation, ça c’était clair. Ryuuen voulait juste trouver X hein ? Donc j’allais être tranquille si je lui donnais le nom de Kiyotaka. Non, en fait je n’étais pas sûre qu’il allait tenir parole… Que je parlais ou non, peut-être que tout le lycée allait être au courant dès le lendemain ! Et j’allais tout perdre si ça se produisait : la confiance de Kiyotaka, de mes amis, ma réputation…

Pourtant c’était tentant. Au final j’avais une chance de m’en sortir en faisant ainsi. “Je te sauverai” mais, en attendant, Kiyotaka n’était pas là. Avait-il au moins tenu compte du SMS que je lui avais envoyé ? Nos regards s’étaient même croisés, comme pour me faire comprendre qu’il en avait pris connaissance. Les promesses n’engagent que ceux qui les croient… Là je n’avais pas de garantie de sa part non plus. Au final je m’étais peut-être un peu emballée avec Kiyotaka, notre relation n’était pas ce que j’imaginais. Il m’avait ghostée sans même me garantir, finalement, que le groupe de Manabe n’allait rien tenter à nouveau. Sous prétexte qu’il « n’avait plus besoin d’être sur le devant de la scène ».  Quel égoïste. 

Est-ce qu’il m’avait lâchée ?

Ryuuen — Alors Albert, est-ce que quelqu’un est venu ?

Ryuuen ricanna doucement devant moi.

Ryuuen — Je suppose que tu l’attendais encore hein ? Pas de chance !

Donc il m’avait abandonnée… En même temps je ne pouvais rien faire d’autre qu’espérer, puis il m’avait couverte pour l’affaire Manabe…

Ryuuen — Tu lui as un peu trop fait confiance je crois, Karuizawa.

Ryuuen, soupira, expira un grand coup.

Ryuuen — T’AS ÉTÉ LÂCHÉE, CAPICHE ?

Karuizawa — Non, ce n’est pas…

Ryuuen — Et si, c’est vrai ! D’ailleurs voilà la vérité à propos de l’examen du bateau que X ne t’a jamais racontée, je pense…

Karuizawa — La vérité ?

Ryuuen prit soudain un air sérieux.

Ryuuen — Manabe voulait te faire payer pour sa porte, Morofuji, mais n’en avait pas eu l’occasion. Mais il se trouvait, ce jour-là, que tu étais seule sous le pont. Pourquoi ?

Karuizawa — Heu…

C’était parce que Yousuke-kun m’avait donné rendez-vous là-bas. Le gars que je parasitais. Mais j’étais tombé sur Manabe et son groupe…

Ryuuen — Et tu penses sincèrement que c’était une coïncidence ?

Une fois de plus, Ryuuen lisait en moi comme dans un livre ouvert.

Ryuuen — Il était très improbable qu’elles t’aient suivie, on se perdait facilement sur ce bateau. Donc cette rencontre avait été provoquée, oui.

Est-ce que Yousuke m’avait mentie ? Non, ce n’était pas ça. Je fis un dernier déni en blâmant Yousuke-kun …

 Ryuuen — Bon, je crois qu’à ce stade tu as compris. X avait provoqué cette rencontre entre vous.  Et toi tu étais le dindon de la farce !

C’est vrai, après coup, que cet incident était étrange. Yousuke-kun, qui m’avait pourtant donnée rendez-vous, n’était pas venu. Avec le recul c’était donc Kiyotaka qui lui avait sûrement demandé de me dire ça.

Ryuuen — X t’a remise dans cette position terrible juste pour avoir des preuves contre elles. C’est pas un peu horrible ?

Je ne voulais pas y croire. Mais en même temps ça ne me paraissait pas si improbable. Donc Kiyotaka n’était pas là par hasard.

Ryuuen — Celui qui t’as sauvée est le même que celui qui t’as mise dans cette situation.

J’avais donc été roulée ?

Ryuuen — Est-ce que tu vois X quelque part ? Hein ?

Depuis le début Kiyotaka s’était foutu de ma gueule ?

Ryuuen — Bien sûr il a probablement coupé les ponts avec toi après vu qu’il craignait pour son identité.

Non, ce n’était pas vrai… Ça ne pouvait pas… Je n’avais donc pas été sauvée. J’étais tombée la tête la première dans le piège de Kiyotaka et m’étais mise à espérer naïvement. Et là il m’avait lâchée, quand j’avais le plus besoin de lui…

Ryuuen —  Tu comprends ? T’as juste été manipulée. T’as une fois de plus été la bouffonne !

La trêve fut de courte durée. Au final je ne m’étais pas sortie de cette spirale infernale du harcèlement.

Ryuuen — Il te reste une façon de t’en sortir tu sais…

Oui, tout déballer à Ryuuen.

Karuizawa — Je vois…

Le faire allait-il me permettre d’être tranquille ?

Ryuuen — Bien entendu !

Ryuuen lisait vraiment en moi comme dans un livre ouvert.

Ryuuen — Si tu parles je promets de ne plus jamais t’embêter.

Alors juste prononcer deux mots, « Ayanokoji Kiyotaka », allait me sauver ? Je ne pouvais pas en être certaine à 100% mais je voulais espérer qu’il ait pitié de moi. Et, ni une ni deux, sous l’impulsion de la peur, de la rage et de la déception, mes lèvres se mirent à bouger toutes seules. Mais rien ne sortait.

Ryuuen — Détends-toi, aller, parle.

Karuizawa —…ta… 

Ça ne voulait pas. Je tremblais tellement de peur. Mais une syllabe sortit.   

Ryuuen — « Ta » ?

Ryuuen était tout ouïe.

Karuizawa — Ta…Ka…

Aller, encore un petit effort et j’étais libérée !

Ryuuen — Redis-le, lentement, vas-y !

Ryuuen s’approcha de moi.

Karuizawa — Peu importe…

Les mots sortaient enfin, mais pour d’autres raisons. En fait je n’avais pas l’intention de lui dire, depuis le départ.

Karuizawa — Peu importe combien de fois tu me le demanderas… je ne te le dirai JAMAIS !

Ryuuen — …

Le sourire de Ryuuen se rétracta. Et là, d’un coup, j’eu l’impression d’apercevoir la lumière. Telle était la voie que j’avais choisie.

Karuizawa — Même si demain tout part en vrille pour moi… même si je me remets à souffrir…

C’était à moi d’y croire. Ni Ryuuen ni Kiyotaka ne pouvaient me secourir à ma place.

Karuizawa — Je ne te donnerai pas ce que tu veux.

Un rayon de lumière transperça mon cœur meurtri par les ténèbres.

Ryuuen — Tu en es bien certaine, Karuizawa ?

Oui, j’en ai marre de tout ça. Peut-être bien que je vais le regretter mais bon… J’en ai assez !

Ryuuen — Même en sachant que X se servait de toi ?

Karuizawa — Je ne sais pas…

Oui, réellement, je suis perdue. Mais il y a bien une chose dont je suis sûre.

Karuizawa — Mais je vais rester cool jusqu’au bout !

Tout me parut tellement clair en l’espace d’un instant.

Ryuuen — Je vois. Quel dommage Karuizawa. Je ne voulais pas en arriver là mais dès demain tu es morte dans cette école, tu sais ? Le niveau zéro de l’échelle sociale du lycée t’attend ! Néanmoins je dois bien avouer que tu forces le respect. Malgré tes traumatismes du passé et malgré que tu aies été dupée par cette personne que tu pensais être ton alliée, tu gardes la face.

Ça me va. J’ai fait mon choix.

C’est du moins ce que je me répétais, en me retenant de ne pas m’effondrer. Mais, sans trop savoir pourquoi, j’étais assez fière de moi en même temps. Malgré le fait d’avoir être prise pour une conne, d’avoir été trahie… j’étais restée fidèle à mes principes et n’avais pas agi sous le coup de la vengeance.

Malgré ce que Kiyotaka avait fait, et même si je n’avais pas tout compris, au final je m’étais amusée et avais pris du plaisir à coopérer avec lui. Et, en fin de compte, c’était moi qui finissais par le protéger… N’étais-je pas cool ?

Bref, je ne regrettais rien et, d’une façon ou d’une autre, il m’avait bien sauvée. Sûrement sans le vouloir, d’ailleurs. Je n’avais aucun regret et avais pris ma décision, même si au fond de moi je gardais ce petit espoir qu’il vienne et surgisse de nulle part, tel mon chevalier blanc m’invitant à danser… Ah, décidément, l’espoir fait vivre !

J’étais d’abord passée par Yousuke-kun pour me protéger avant de jeter mon dévolu sur Kiyotaka. Mais merde, ne pouvais-je pas me bouger et agir par moi-même ? C’était là que je compris tout ça.

Sous ce ciel glaçant et grisonnant d’hiver, je ressentis une chose que je n’avais pas ressentie depuis longtemps : être en paix avec soi-même. Adieu la fausse Karuizawa !!


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