CLASSROOM V7 : CHAPITRE 5


Quand les grands esprits se rencontrent

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Traduction : Nova & Dogyuun
Correction : Nova & Raitei
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Deux heures avant que Karuizawa n’affronte Ryuuen, Chabashira-sensei nous briefait un peu pour les vacances d’hiver.  

Mlle. Chabashira — Une partie du lycée vous sera inaccessible pour cause de travaux. D’autre part, les activités de club n’auront pas lieu aujourd’hui donc nous vous invitons à quitter l’enceinte du lycée aussi vite que possible, après la cérémonie.

Elle nous balançait vraiment le strict minimum. Mais, d’un seul coup, pour une raison inconnue, elle fixa toute la classe. Ike brisa le silence et leva la main.

Ike — Que se passe-t-il, sensei ?

Mlle. Chabashira — Je suppose que vous le savez déjà mais votre promotion en classe C est quasi garantie… Toutes mes félicitations.

Ike — Vous… nous félicitez… Va-t-il neiger ?

Ike dit tout haut ce que tout le monde pensait tout bas.

Mlle. Chabashira — Néanmoins foutez le boxon pendant les vacances et vous verrez bien les conséquences sur les points de classe. Donc gardez les pieds sur terre en conservant un comportement exemplaire.

C’était sur ces paroles que Chabashira-sensei conclut ce second semestre.

Ike — Et elle nous a même rappelés à l’ordre gentiment… On assiste vraiment à quelque chose d’exceptionnel !

Moi — C’est vrai…

Il était évident qu’il fallait nous inviter à la prudence, rien n’était jamais acquis. Pendant que je me disais ça et que je rangeais mes affaires, je regardai vers Karuizawa. Cette dernière en fit de même et regarda à son tour dans ma direction, malgré qu’elle fût en pleine conversation avec d’autres filles.

Elle avait tenté de me contacter dans la matinée, sur le mail que je lui avais donné pour les urgences. Son message disait qu’on lui avait donnée rendez-vous à 14h sur le toit pour parler de l’affaire Manabe. Je n’avais pas répondu. De toute façon je savais déjà tout vu que Ryuuen m’avait aussi prévenu. Après tout c’était moi la vraie cible, il voulait m’appâter.

Nos regards se croisèrent et, je pense, Karuizawa comprit que j’avais connaissance de la situation. Cela sembla la rassurer car elle quitta ensuite la salle de classe avec ses copines d’un air soulagée. Peut-être comptait-elle revenir me voir ensuite ?

A peine une heure après la fin de l’heure, la plupart des gens avaient déjà quitté l’établissement.

Yukimura — On va bouger au centre commercial Keyaki, t’es chaud ?

Yukimura, prêt à partir, m’invita à sortir.

Moi — Carrément ouais ! Je finis de ranger mes affaires et j’arrive, d’accord ?

Yukimura — Ça marche, je t’attends dans le couloir alors.

Je rangeais, en même temps je me disais que je devais prendre le plus de choses possibles étant donné que n’allions pas avoir accès à l’établissement ensuite.

Satô — Hé, du coup t’as des plans pour cet aprèm’ ?

C’était Satô qui m’accostait subitement.

Moi — Oui, je dois aller rejoindre Yukimura et les autres…

Satô —  J-Je vois… Dommage !

Satô baissa les épaules, toute déconfite. Elle voulait sûrement me proposer quelque chose.

Moi — Disons qu’aujourd’hui c’est un peu chaud mais on a qu’à se capter pendant les vacances, non ?

Satô —  Heein ?

Moi — Bah je ne veux pas que tu penses que je te recale exprès, ça fait déjà la deuxième fois. Alors si ça te va…

Satô — V-Vraiment !!?

 Moi — O-Oui.

Je me sentis légèrement comprimé par Satô qui se colla légèrement à moi pour manifester sa joie.

Satô — C’est une promesse alors !

Elle dit ses mots en rougissant et en sautillant un peu partout. Franchement je me demandais bien ce qu’elle me trouvait… En plus y avait encore quelques personnes dans la classe, j’étais gêné.  

Moi — En tout cas à partir de demain je suis dispo en théorie. On en rediscute par message !

Satô — D’accord ! Du coup à plus tard, Ayanokôji-kun !!

Satô rejoignit ainsi Shinohara et ses autres amies, l’air satisfaite. Ces dernières me lancèrent un regard étrange avant de quitter la salle. 

Aller, il était temps de rejoindre Keisei et les autres qui papotaient dans le couloir en m’attendant. La mine tristounette d’Airi ainsi que le sourire malsain d’Haruka me mirent tout de suite dans l’ambiance.

Moi — C’est pas ce que vous croyez.

Hasebe — Mais j’ai rien dit haha.

Moi — T’as même pas besoin de parler.

Hasebe — Vu le comportement de Satô aussi… N’importe qui se méprendrait !

Yukimura — D’abord Horikita, ensuite Satô… En fait t’es un playboy.

Même Keisei commençait à m’attaquer, c’était de la folie ! 

Moi — Elle voulait juste qu’on se pose un jour pour traîner ensemble.

Hasebe — Quand même, ça me paraît pas anodin de la part d’une fille…

Sakura — T-Tu dis que S-Satô serait intéressée par Kiyotaka-kun !??

Airi sortit ça du cœur. Ce n’était pourtant pas la première fois que le sujet venait sur la table.

Moi — Qui sait ? Elle ne m’a rien dit de tel.

Hasebe — Un développement de dernière minute pour un somptueux rencard de Noël ? Comme c’est intéressant !

Haruka était fidèle à elle-même en se faisant ses petits films.

Yukimura — Bon, plus sérieusement, où est-ce qu’on va ? Il risque d’y avoir pas mal de monde dehors aujourd’hui.

Keisei préféra, à juste titre, couper court à la discussion. Les vacances venaient de débuter après tout, donc la fréquentation des lieux risquait d’être bien supérieure à d’habitude même en soirée.

Hasebe — Rhoo t’inquiète, on va bien trouver quelque chose à faire… Y a pas le feu !

Pendant ce temps-là, Akito semblait bien silencieux. Pendant que nous marchions, il semblait ne pas baisser sa garde une seule seconde.

Miyake — Personne derrière nous on dirait…

Akito murmura ça discrètement, d’un air soulagé.

Personne ne nous suivait donc Ryuuen considérait que ce n’était plus nécessaire. Il avait l’intention d’en finir aujourd’hui.

Hasebe — Il y a vraiment tout au centre commercial Keyaki. Mais j’aurais vraiment aimé sortir pour le coup…

Hasebe dit ça en observant le lointain portail du lycée.

Hasebe — Une petite virée à Shibuya ou Harajuku, s’attarder devant les décorations à Omotesando… tout ça quoi !

Yukimura — C’est vrai que l’école n’a pas fait grand-chose de ce côté.

Malgré les fêtes, tout avait exactement le même visage que d’habitude au sein de notre ville-lycée.

Sakura — Moi je suis bien. On a tout ce qu’il faut à portée de main ici ! Tu en penses quoi Kiyotaka-kun ? Toi aussi l’extérieur te manque ?

Que cette situation convienne mieux à la casanière Sakura ne me choquait pas du tout. Quant à moi… Allez, je décidais de répondre franchement.

Moi — Je suis de ton avis, Airi. Je me plais bien ici. Mais je comprends ceux qui voudraient un peu changer d’air.

Hasebe — Ils devraient revoir certaines règles quand même… Aucun contact même avec notre famille, c’est dingue ! C’est un coup à faire mourir les parents d’élève d’inquiétude non ?

En effet, aucun parent sain d’esprit ne serait pas dérouté par l’impossibilité de voir son enfant pendant 3 ans. À en juger par l’expression d’Akito, ce dernier sembla touché par notre discussion.

Miyake — Ma mère est très nerveuse. Je suppose qu’elle doit avoir un peu de mal à gérer ça.

Yukimura — Il semblerait que l’école en tienne compte tout de même, puisqu’elle communique régulièrement avec les parents, ne serait-ce qu’avec l’envoi de bulletins réguliers.

Miyake — Pas sûr que mes bulletins de notes la rassurent d’avantage… Je devrais vraiment me bouger !

Yukimura — Bah, je suppose que des parents ont plus peur pour leurs filles que pour leurs fils non ?

Hasebe — Tu parles !

La réponse d’Haruka était étrange. Mais elle ne semblait pas vraiment prête à rentrer dans les détails et nous parler de son histoire… Donc nous n’avions pas vraiment insisté non plus.

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Hasebe — Allez, un petit karaoké ? Il va sûrement être bondé par contre.

Yukimura — Oh non, pas ces jeux de punition encore…

Hasebe — Et si, pour le plus grand plaisir de notre Yukimu !

Pendant que tout le monde réfléchissait à notre prochaine destination, d’un seul coup, je m’arrêtai.

Sakura — Ça va, Kiyotaka-kun ?

Moi — Désolé, je crois que je vais vous laisser.

Miyake — Mais il est à peine 14h !

C’est ce qu’Akito me rétorqua tout en vérifiant l’heure sur son téléphone.

Moi — J’ai un peu veillé hier soir donc je me sens fatigué d’un coup… On se captera pendant les vacances au pire !

On pouvait lire la déception d’Airi sur son visage. Mais je pouvais la laisser, elle n’était plus dépendante de moi car elle était désormais entre de bonnes mains avec Haruka et le reste du groupe.

Je les saluai proprement et poursuivi dans la direction opposée. Une fois assez éloigné, je passai un coup de fil à ma chère Chabashira-sensei.

Mlle Chabashira — Oui bonjour. Que se passe-t-il ?

Moi — Bonjour. Seriez-vous disponible pour discuter ?

Mlle Chabashira — Je pensais que tu ne voulais plus avoir affaire à moi.

Moi — Certes, mais je viens de me souvenir d’un petit quelque chose… Et je préférerais vous en faire part en personne. Serait-il possible de vous rencontrer au lycée ?

Mlle Chabashira — …Rendez-vous dans la salle de classe.

Moi — Parfait. Je serai là dans quelques minutes.

Sans plus attendre, je regagnais donc rapidement la salle de classe D. Comme je le pensais, elle et moi étions totalement seuls. Chabashira-sensei était placée près de mon siège, regardant par la fenêtre.

Mlle Chabashira — C’est l’année de la « moyenne » pour toi, donc nous avons moyennement de la neige.

Moi — Vous aimez la neige ?

Mlle Chabashira — Je l’aimais. Puis en devenant adulte je me suis mise à la détester.

Chabashira-sensei ferma les rideaux et se retourna lentement.

Mlle Chabashira — Bon, tu voulais t’entretenir avec moi. Que se passe-t-il concrètement ?

Moi — Pourquoi voulez-vous désespérément monter en classe A, au point de vous servir de moi et de me tromper ? Cette question était restée sans réponse l’autre fois.

Mlle Chabashira — Hé bien… Cette école met non seulement en compétition ses élèves mais également ses professeurs.  Cela ne te paraît pas logique, de notre point de vue, de vouloir enseigner dans la classe la plus haute possible ?

Moi — Alors pourquoi nous avoir mis des bâtons dans les roues à nous, votre propre classe, en faisant de la rétention d’information ?

Car rappelons-nous du comportement de Chabashira-sensei au premier trimestre, durant les examens de mi- trimestre : elle nous en avait dit le moins possible, nous obligeant à tout découvrir nous-mêmes au fur et à mesure.

Mlle Chabashira — Cela m’est totalement personnel et je ne te dois strictement aucune explication.

Moi — C’était une façon de nous tester ? De voir si nous étions assez qualifiés pour monter en classe A ?

En réalité je me fichais un peu de ses raisons. Mieux encore, je lui rendais la pareille : je ne faisais que vérifier si elle était assez qualifiée pour devenir une de mes pions.   

Moi — Bon, puisque vous ne voulez pas répondre, veuillez arrêter de m’utiliser.

Mlle Chabashira — Mais n’avais-tu pas déjà manifesté ta volonté de ne plus avoir affaire à moi, la dernière fois ?  

Moi — Et si je vous disais que l’avenir de la classe D allait se jouer… Aujourd’hui même ? 

Mlle Chabashira — Pourrais-tu expliciter ? 

Je jetai un regard sur l’horloge de la classe, pour insister sur l’heure.

Moi — Il est 14h. Ryuuen doit être en train de bien s’amuser sur le toit avec Karuizawa.

Mlle Chabashira — Pardon ? Ryuuen… Karuizawa ?

Moi — Le passé de Karuizawa… Que cette dernière a été victime de harcèlement au collège… Alors vous-même ne le saviez pas je suppose ? 

Mlle Chabashira — Effectivement, je n’en avais pas eu vent avant…

Il était difficile d’imaginer la Karuizawa que l’on connaissait être victime de harcèlement, je pouvais lui accorder ça.

Moi — La nouvelle ne va probablement pas tarder à se rependre dans tout le lycée. Conséquence ? Karuizawa tombera en dépression et abandonnera sûrement. Certes, nous pourrions ensuite contrattaquer en disant que la classe C était impliquée, mais à quel prix ?

Nous ne connaissions toujours pas les conséquences du départ d’un élève. Mais, d’après l’expression de Chabashira-sensei, ce n’était vraiment pas à prendre à la légère. D’abord perdue et songeuse, Chabashira-sensei reprit du poil de la bête et regagna sa prestance ainsi que son aura habituelle.

Mlle Chabashira — Je vois… Ce serait plus simple pour un professeur de gérer cette histoire, en plus de pouvoir te permettre de rester dans l’ombre.

Moi — Accepteriez-vous si je vous demandais de coopérer ?   

Mlle Chabashira — Bien sûr que non, je n’ai aucune intention de coopérer avec toi, Ayanokôji.

Moi — Évidemment…

Mlle Chabashira — Je te rappelle que cette école ne voit pas vraiment d’un bon œil le fait que les professeurs se mêlent des affaires des élèves.

Elle marquait un point. Un professeur qui passerait par hasard sur le toit, stopperait Ryuuen et, enfin, le contraindrait à garder le silence sur Karuizawa… Cela paraissait infaisable, je comprenais qu’elle refuse.

Moi — Mais pouvez-vous vraiment vous permettre de refuser ? Changeriez-vous d’avis si je vous menaçais de saboter la classe D carrément ? Détruire tout espoir de progression…

Mlle Chabashira — Un élève me menace ? Cela devrait être l’inverse…

Moi — Si vous m’aidez alors je garantis que je n’entraverai pas l’ascension de la classe D. N’est-ce pas déjà très intéressant pour vous ?

Mlle Chabashira — Dans tous les cas il y a très peu de chances que la classe D monte si tu restes passif, tout revient bien au même…

Chabashira-sensei était vraiment septique et n’était pas prête de m’aider.

Moi — Bon, rassurez-vous, je n’avais pas l’intention de réellement vous demander de l’aide.

Mlle Chabashira — Pardon ?

Cela ne m’avait même pas effleuré l’esprit !

Moi — J’étais seulement en train de vous taquiner un peu. Je vous invite plutôt à venir admirer le spectacle. 

J’invitais ainsi Chabashira-sensei à jouer le rôle de spectateur.

2

Si tout se passait comme prévu, cela faisait déjà une demi-heure que Karuizawa était sur le toit.

Ishizaki avait l’air paniqué. Je pensais qu’il allait se défiler mais en fait il faisait des allers-retours afin de remplir des sceaux d’eau. À en juger par les gouttes au sol, il avait dû en faire déjà plusieurs. Tout ça était sûrement pour humilier Karuizawa afin de la détruire psychologiquement et lui faire cracher le morceau plus vite. Toutefois, vu que tout le monde était encore sur le toit, ils n’y étaient certainement pas encore parvenus. Les choses se passaient encore mieux que je ne l’espérais donc !

Mlle Chabashira — Combien de temps comptes-tu rester planté là, Ayanokôji ?

Chabashira-sensei et moi avions donc quitté notre salle de classe pour attendre de loin, dans un premier temps. Yamada Albert ne nous voyait pas depuis son escalier qu’il gardait. Pourquoi se précipiter après tout ? Plus j’attendais et plus les chances que la situation soit favorable augmentaient. C’était un risque à prendre mais ça en valait grandement la chandelle.

Moi — Pouvons-nous avoir une petite discussion ?

Mlle Chabashira — Là, dans un moment pareil ?

J’ignorai légèrement Chabashira-sensei et lui fis part de ce que j’avais à dire.

Moi — C’est quelque chose qui s’était passé vers le début de l’année. Sudô voulait acheter un point.

Mlle Chabashira — Oui, en effet, je m’en souviens. Cela vous avait coûté la modique somme de 100 000 points privés, à Horikita et toi.

En y repensant cela faisait déjà plus de 6 mois… Le temps passe vraiment vite !

Moi — Il n’y a rien que l’on ne peut acheter avec des points… Tels étaient vos mots, n’est-ce pas ?

Mlle Chabashira — La preuve en est que Sudou est toujours parmi vous.

Moi — Mais est-ce que c’était une opération vraiment légale au fond ? Il suffit donc d’acheter des points à tous les élèves en échec et hop, plus d’expulsion non ? Cela contourne une autre règle.

Mlle Chabashira — C’est loin d’être si évident que tu le dis. Déjà cela nécessite d’avoir des camarades riches en points privés ; cela a été votre cas cette année mais je peux te garantir qu’il n’en a pas toujours été ainsi d’autres classes D. Ensuite cela demande une certaine entraide et solidarité ; penses-tu vraiment que tout le monde est prêt à dépenser des sommes astronomiques de points privés pour les autres, même si c’est pour le bien de la classe ?

Moi — Certes, vous avez raison. Mais aussi longtemps que c’est théoriquement possible, cela rend le système défectueux.

Mlle Chabashira — Peut-être bien.

En me regardant dans les yeux, sans me donner raison, Chabashira-sensei ne me contredit pas non plus.

Moi — La vraie chose sur laquelle je m’interroge était votre prix.

Mlle Chabashira — N’est-ce pas un peu tard pour t’en plaindre ?

Moi — Non non, il ne s’agit pas de ça. Il s’agit plutôt de savoir sur quoi vous vous basiez pour dire qu’un point sur sa note valait 100 000 points privés. Vous aviez l’air d’improviser quand vous nous aviez donné ce prix mais j’ai du mal à imaginer que vous ayez sorti cette somme de votre chapeau.

Mlle Chabashira — Qu’essayes-tu d’affirmer, Ayanokôji ?

Moi — L’école avait déjà pensé à tout ça, n’est-ce pas ?  Il doit même y avoir un document avec la correspondance entre points sur sa note et points privés. Si c’est le cas alors tout est vraiment bien ficelé…

Mlle Chabashira — Donc le prix que je vous ai indiqué pour le point sur la note de Sudou était celui fixé par le système de l’école selon toi ?

Moi — Tout à fait. Je serais très honoré que vous puissiez répondre à ça.

Chabashira-sensei, qui jusque-là répondait du tac au tac, observait un temps de réflexion avant de sembler s’étouffer avec ses mots.

Mlle Chabashira — Ce n’est pas comme si j’allais répondre à tout ce que tu allais me de demander !

Moi — Dois-je en conclure que vous ne pouvez pas répondre ?

Mlle Chabashira — Interprète donc ça comme tu le veux.

Moi — C’est donc mon hypothèse. Il existe un manuel dans lequel est consignée la valeur de toute chose en points privés. Ainsi par exemple « 1 point sur la note = 100 000 points privés ». Mais une petite zone d’ombre subsiste : dans quelles conditions peut-on le refaire ?

Mlle Chabashira — C’est très brillant mais peux-tu s’il te plaît me dire quel est l’intérêt de tout ça alors que Karuizawa est en tra…

Je la coupai net et poursuivi.

Moi — Ce prix est-il fixe ou bien augmente-t-il à chaque achat ?  Ou, pire encore, il n’est possible de réitérer ce genre d’opération qu’un nombre limité de fois sur une période donnée ? Une question en cache une autre alors, s’il vous plaît, j’aimerais un début de réponse.

Mlle Chabashira — Arrête donc ! Penses-tu vraiment que je peux répondre à de pareilles questions ? Et même si je répondais, qu’est-ce qui te prouverait que je dis vrai ?

Moi — Je le sais que vous dîtes vrai, sensei.

Je maintins le regard avec encore plus de force. Elle voulait s’échapper.

Moi — Pour le prochain examen de mi- trimestre, combien coûterait un point ?

Mlle Chabashira — …

Silence radio du côté de Chabashira-sensei.

Moi — Vous êtes dans l’obligation de me répondre. Le cas échéant je vais m’en aller poser la même question à d’autres professeurs. Et si ces derniers me répondaient, j’en signalerai l’administration en déclarant que notre professeur principal discrimine sa propre classe ! Ce serait dommage non ?

Bon, bien sûr il était probable que les autres professeurs ne m’en disent pas plus non plus. Deux options : ou bien ils m’avouaient que les achats de points de note étaient limités, ou bien ils me disaient n’être pas autorisés à répondre tant qu’ils n’étaient pas face à un élève effectivement en dessous de la moyenne… Cette seconde hypothèse constituait déjà une réponse en elle-même puisque cela revenait à avouer, à demi-mot, que des règles régissant les achats de points sur les notes existaient.

Mlle Chabashira — Envisages-tu d’analyser les règles avec profondeur ?

Moi — Certains élèves le font déjà apparemment. Entre Ichinose dont le bruit court qu’elle dispose d’un nombre de points assez conséquent et Ryuuen qui accorde une grosse importance aux points privés…

Dans l’ombre ces personnes essayaient de cerner le système en tâtonnant, dans le but de trouver LA meilleure stratégie. Ils y travaillaient jour et nuit.

Mlle Chabashira — Très bien, je vais te répondre. Il est vrai que les points privés sont la clé du système de cette école.  Tous les élèves ont toujours essayé de résoudre le mystère autour des points privés, même les classes D des années d’avant. Acheter des points sur les notes, effacer les mauvaises appréciations du bulletin, éviter l’expulsion… Le nombre de points nécessaires pour ces opérations est en effet fixé. Mais l’école a aussi envisagé ces cas où des élèves poseraient des questions aux professeurs. Ainsi, nous seulement nous ne sommes pas autorisés à tout vous dire, mais surtout il y a des choses que nous-mêmes ignorons.

Moi — Donc j’avais vu juste quand j’avais supposé que vous ne pouviez pas répondre à ma question ?

Mlle Chabashira — En effet.

Voici donc la conclusion : il y avait beaucoup d’informations dont les professeurs eux-mêmes ne disposaient pas. La plupart des infos ne leur étaient données qu’au dernier moment, quand ils se trouvaient devant le fait accompli.

Le prix d’un point pour le prochain examen de mi- trimestre était donc déjà fixé. Le connaître à l’avance aurait permis de s’organiser et de prendre le système à contre-pied. En attendant, il nous fallait rester extrêmement prudent car nous n’étions pas à l’abri d’une augmentation du prix. Déjà que 100 000 points ce n’était pas donné !

Mlle Chabashira — Cela a-t-il un rapport avec notre affaire en cours ?

Moi — Non, absolument aucun. C’était vraiment comme ça.

Chabashira-sensei ne pouvait pas du tout cerner mes vraies intentions.

Moi — Bon, je crois que nous avons fini de jouer à cache-cache.

Je confirmai ça en voyant qu’il était 14h40. Je contactai une personne et lui demandai de venir sans plus attendre.

Mlle Chabashira — Je ne connais pas tous les détails mais il me semble que Karuizawa est en train de passer un très mauvais quart-d ’heure… Si tu n’as aucunement l’intention d’intervenir alors appelle au moins quelqu’un pour le faire.

Moi — Je vais monter sur le toit.

Chabashira-sensei ne put contenir sa surprise face à ces mots.

Mlle Chabashira — Vraiment ? Sais-tu que si tu le fais toute l’école sera au courant ?

Moi — Me démasquer n’apportera rien à Ryuuen. Au contraire peut-être même qu’il concentrera trop ses efforts sur moi, à l’avenir, ce qui ne le rendra que plus facile à duper. Cela se retournera contre lui.

Mlle Chabashira — Tu pourras dire adieu à ta petite vie tranquille…

Elle ne disait pas ça pour moi. En effet, si je ne me cachais plus elle ne disposait plus d’aucun moyen de pression sur moi pour me faire coopérer. Mais me montrer sur le toit constituait effectivement un aveu à Ryuuen que j’étais X. Enfin pas vraiment, j’allais d’abord devenir son suspect numéro 1… mais rien que ça allait suffire à transformer ma vie dans ce lycée à jamais.

Chabashira-sensei, médusée, détourna le regard.

Mlle Chabashira — Peut-être que j’ai fait une erreur…

Moi — Une erreur ?

Mlle Chabashira — Le directeur Sakayanagi m’avait parlé de toi avant la rentrée. Il m’avait notamment dit que tu avais été élevé dans un environnement sans amour mais que tu étais très spécial, talentueux, et que nous devions te protéger. Lui et moi étions arrivés à cette conclusion commune : nous voulions que tu te plaises ici, voire que tu te sentes éternellement attaché à cette école. J’avais menti en évoquant ton père et ses envies de te voir quitter l’établissement, mais on dirait bien qu’il y avait finalement un fond de vérité.

Moi — Je vois. Non vous n’avez rien fait de mal. Me secouer un peu en me donnant un objectif était votre façon d’essayer de m’intégrer. Mais je n’avais pas besoin de ça car, peu importe les menaces d’une tierce personne, je n’ai pas l’intention de quitter cette école. En tout cas je ne veux pas revenir sous l’autorité de cet homme.

Mlle Chabashira — Alors essayer de me servir de toi en était une. Me servir de toi pour un rêve fantaisiste était pathétique, n’est-ce pas ?

Chabashira-sensei lâcha ça comme un ultime cri de résignation. Que c’était étrange de la voir abandonner tout un coup.

Moi — Fantaisiste non, nous sommes sur le point d’être promus en classe C. Et ce n’est qu’une question de temps avant que Horikita n’unisse la classe. Elle est définitivement note future leader.

Mlle Chabashira — Tu as raison, c’est du jamais vu pour une classe D, donc je suppose que je peux encore espérer. En revanche Horikita qui fédère la classe, tu te payes ma tête ?

Moi — N’avez-vous pas honte en tant que professeur principale ? C’est votre travail de croire en vos élèves voyons !

Il était vrai que, du point de vue de Chabashira-sensei, Horikita n’était qu’un outil pour se servir de moi.

Moi — Vous ne l’avez pas encore remarqué mais Horikita a fait du chemin, comme pas mal d’autres camarades. Tout ce que vous avez à faire est de donner le meilleur de vous-même en tant que professeur pour les guider et la classe C ne sera qu’une formalité. Ensuite on pourra même envisager plus haut.

Bien sûr nous étions encore loin du compte pour la classe A mais bon, comme on dit, Rome ne s’est pas faite en un jour !

Mlle Chabashira — Et toi ? Vas-tu vraiment te mettre en retrait ? 

Moi — C’est ce qui est prévu oui.

Normalement un professeur n’était pas censé faire appel aux émotions, elle le savait très bien. Mais bon, ma décision était prise, et c’était bien pour lui faire comprendre tout ça que je l’avais amenée ici, pas pour le plaisir d’être avec ma prof principale.

Mlle Chabashira — Revenons à nos moutons. Va donc sur le toit si ça te chante mais crois-tu que ça suffira à régler le problème ?

Moi — Je n’ai aucune garantie non. Je vais juste tenter de temporiser Ryuuen, connaissant un peu sa personnalité. En tout cas merci beaucoup de m’avoir tenu compagnie, sensei.

Une fois que la personne que j’attendais arriva, je saluai Chabashira-sensei. Elle était donc libre de partir si elle voulait.

Désolé de t’avoir fait attendre, Ayanokôji.

Chabashira-sensei fut très surprise à la vue de Horikita Manabu, l’ancien président du conseil des élèves.

Mlle Chabashira — Qu’est-ce que cela veut dire… ?

Moi — J’avais besoin d’un témoin. On n’est jamais trop prudent non ?

Un professeur aurait été super mais, apparemment, ce n’était pas possible. J’avais donc d’autres cartes en main.

Mlle Chabashira — Penses-tu te servir du président Horikita en lui faisant faire ce dont on a discuté plus tôt ?

Moi — Vous croyez vraiment que c’est le genre de l’ancien président du Conseil des élèves ? 

Chabashira-sensei observa le grand frère Horikita et compris l’absurdité de sa question. Ces deux-là avaient bien une chose en commun : ils détestaient les futilités !

Moi — Tant qu’une personne m’accompagne, je suppose que je ne risque rien.

Je me disais qu’il était sûrement la personne idéale pour ça, même si ça paraissait assez surréaliste !

Moi — Pendant que je serai sur le toit, j’aimerais que tu m’attendes dans l’escalier d’accès. Inutile de leur adresser la parole ou de les menacer, le tout est de simplement faire en sorte qu’ils remarquent ta présence et te voient de loin.  

Le simple fait qu’il soit là allait m’être utile contre la bande à Ryuuen.

Horikita — Très bien. Mais n’oublie pas cette autre promesse, du coup.

Moi — Bien entendu, ou alors je perdrai ta complicité.

Horikita — Tant que tu comprends ça. Allez, dépêche-toi.

Donc Horikita le grand me donna l’ordre d’aller sur le toit.

Mlle Chabashira — Attends une minute… Qu’aurais-tu fais si tu n’avais pas obtenu la coopération de Manabu Horikita ?

Moi — Je me le demande moi-même.

Bon, j’aurais sûrement trouvé quelque chose. Sakayanagi, qui me connaissait par cœur, aurait pu faire l’affaire. Sinon… Allez, ça ne servait plus à rien de penser à ça.

Moi — Donne-moi donc 10 à 20 minutes !

3

Une par une, je grimpais les marches. Une ombre se dessinait petit à petit : celle de Yamada Albert, le gardien de la porte. Il devait être un des subalternes les plus proches de Ryuuen. Physiquement très imposant, il m’analysa de la tête aux pieds sans même prononcer un seul mot.

Moi — Je peux passer ?

Je n’étais même pas certain qu’il comprenait le japonais tant il restait encore de marbre. Me refusait-il le passage ou bien ne me comprenait-il tout simplement pas ? C’était compliqué. Il sortit son téléphone et tenta alors d’appeler.

Moi Don’t panic. I’m the one you are seeking for.

Albert sembla plus réceptif dès que je communiquai en anglais. Mais il ne répondit pas pour autant.

Moi Today I’ll solve the trouble by myself, and no one interferes.

Il regarda une dernière fois son téléphone avant de, finalement, me céder le passage en me faisant un signe. Mais cela ne suffisait pas : je ne voulais pas qu’il reste planté devant la porte ou alors mon plan allait tomber à l’eau.

Moi — Tu devrais tout de même venir, je crois que Ryuuen en aura besoin vu que je vais lui botter le cul !

Je le provoquai légèrement, cette fois en japonais. Après un dernier coup d’œil pour s’assurer qu’il n’y avait personne d’autre, Albert me suivit et quitta son poste pour nous rejoindre sur le toit. Le ciel donnait l’impression qu’il allait pleuvoir à tout moment. J’aperçus Karuizawa, en PLS près des barrières, ainsi qu’Ishizaki et Ibuki qui se rendirent compte de ma présence aussitôt. Ryuuen me regarda peu après. Il avait tout prévu : la caméra était taguée de noir et donc dans l’impossibilité d’enregistrer ce qui se passait. Je décidai d’entrer dans le vif du sujet.

Ibuki — Ayano…kôji…!?

Ibuki fut la première à parler. Karuizawa sembla réagir immédiatement à mon nom. Son regard voulait tout dire.

Moi — Désolé. Je suis en retard !

Karuizawa — P…Pourquoi est-ce que t’es venu…!?

Karuizawa utilisa le peu qu’il lui restait de voix, me fixant intensément.

Moi — Pourquoi… Je t’avais promis de te venir en aide à tout moment il me semble, non ?

Ishizaki — R-Ryuuen-san, Ayanokôji serait donc X !?

Ibuki — Non. C’est impossible.

Ibuki s’empressa de lui répondre avant même que Ryuuen ne le fasse.

Ibuki — Ayanokôji est sûrement un pion de X. D’ailleurs Karuizawa était sûrement déjà au courant qu’il allait envoyer quelqu’un à sa place…

Ryuuen — Mais ta gueule Ibuki !!

Pris de fou rire, Ryuuen s’approcha de moi et en oublia Karuizawa. Mais il conserva une distance entre nous, ce qui témoignait de sa méfiance.

Ryuuen — Eh bien, qui vois-je ? L’acolyte de Suzune. Qu’est-ce qui t’amène dans cet endroit sordide alors que les vacances ont débuté ?

Moi — Karuizawa m’a contactée. Elle m’a demandé de la sauver.

Je n’avais pas évoqué son message à lui, histoire de toujours brouiller un peu les pistes. Quelle idée de m’inviter ici aussi, tel est pris qui croyait prendre !

Ryuuen — Hmm ?

Ibuki — Il ment, c’est certain. Dis-le que tu ne fais que suivre les ordres !

Ibuki se montra bien téméraire, malgré que Ryuuen lui avait demandé de se taire deux secondes plus tôt.

Ryuuen — Que se passe-t-il ? On dirait presque que tu ne veux y croire.

Ibuki — Ce n’est pas que je ne veux pas, c’est que c’est impossible… Ce gars est juste trop gentil et bonne poire, je parie même qu’il n’est au courant de rien… Pas vrai ?

Ryuuen — « Trop gentil » ? Je peux savoir ce qui te fait dire ça ?

Ibuki — Sur l’île, pendant l’examen, j’avais dérobé un sous-vêtement de Karuizawa et l’avait rangé dans le sac d’un des garçons. Mais il n’avait pas douté de moi une seule fois et avait même pris ma défense !

Ryuuen — Et bien sûr ça t’avait touchée, hein ?  

Ibuki — Arrête ça ! Non mais tout ça pour dire qu’il est bête au point d’écarter le suspect tout tracé, c’est ridicule.

C’était donc pour ça qu’elle ne me voyait pas être l’éminence grise de la classe.

Ibuki — Et toi, Ryuuen-san ? Penses-tu qu’Ayanokôji est X ?

Ryuuen — À vrai dire je l’ai toujours soupçonné, déjà simplement parce qu’il trainait avec la « brillante » Horikita.

Ishizaki — Mais ce n’est pas un peu trop… facile ? Une personne qui veut vraiment se cacher s’afficherait-elle comme ça ?

Ryuuen — C’est exactement ce que je m’étais dit, Ishizaki. Voilà pourquoi je n’avais écarté absolument aucune piste. Mais l’incident avec le groupe de Manabe m’a mis la puce à l’oreille… Le problème concernait Karuizawa, donc Hirata ou Ayanokôji étaient de très gros suspects.

Ibuki — Arrête ton baratin, t’avais même pas pensé à lui je suis sûre !!

Ils n’avaient pas du tout l’air d’accord, et c’était vraiment paradoxal que Ryuuen fut au final le moins sceptique !

Moi — Plus c’est gros plus ça passe comme on dit non ? Puis je n’avais peut-être pas d’autre choix que de me servir de Horikita non ?

Ibuki — Mais…

Je restai volontairement très vague.

Moi — Inutile d’y aller par quatre chemins en tout cas… Celui que tu cherches, c’est moi !

Ibuki — Comme si ça avait l’air plus convaincant là !

Bon, en y réfléchissant il était logique qu’ils n’y croient pas. Après tout on avait passé des mois à jouer à cache-cache, cela paraissait surréaliste que je sorte de ma cachette comme ça. 

Ishizaki — C’est vrai que c’est bizarre… Rien ne nous dit que c’est réellement lui finalement. 

Ibuki et Ishizaki poussèrent Ryuuen à y réfléchir.

Ibuki — Tu avais bien sûr prévu que X ne viendrait pas, non ?

Ryuuen — Là, comme ça, il est vrai que c’est étrange de se cacher derrière Horikita la moitié de l’année pour se jeter dans le premier piège venu.

 Il était normal d’avoir des réserves, comme je disais.

Ryuuen — Il n’aurait pas été plus simple de lâcher Karuizawa Kei, non ? En y réfléchissant bien je ne peux pas en vouloir à Ibuki et Ishizaki de douter… Si tu es vraiment X, comment est-ce tu vas te sortir de ce pétrin ? 

Telle était la conclusion de Ryuuen.

Moi — Mais quel pétrin, comment ça ? 

Ma question mielleuse ne semblait pas du tout les faire rire.

Moi — Je suis venu car Karuizawa m’a demandé de l’aide. Si vraiment vous voulez savoir qui est X, vous n’avez qu’à attendre le prochain examen.

Ryuuen — Non, pour l’instant admettons. Dans tous les cas, cela risque de très mal se passer pour Karuizawa si tu pars comme ça.

Moi — « Très mal se passer » ?

Ryuuen — Arrête ça !! Que comptes-tu faire ?

Moi — Mais il n’y a rien à faire.

Ishizaki — Ryuuen-san, Sudou et sespotes sont sûrement dans les parages !

Ishizaki jeta un petit coup d’œil à travers la porte entrouverte.

Ishizaki — Ah, pas vraiment…

Ryuuen lui donna un coup sur la tête.

Ryuuen — Qui aurait été assez stupide pour ameuter toute sa classe, histoire que tout le monde puisse admirer Karuizawa en décomposition ? Réfléchis un peu !!

Cela avait du sens, autrement Ryuuen n’aurait pas agi avec ce sentiment de totale impunité.

Ishizaki — O-Oui… 

Ryuuen — Allez, je te conseille d’arrêter de faire le con.

Ibuki —Ryuuen, aucun moyen qu’il soit X, sérieusement. Je ne le vois pas se jeter dans la gueule du loup comme ça !

Ibuki intervint à son tour.

Moi — Ça alors… On dirait bien qu’Ibuki et Ishizaki ne te croient pas.

Ryuuen haussa les épaules et regarda avec exaspération Ibuki et Ishizaki.

Ryuuen — Tu as dit que tu ne n’allais rien faire ? Si c’est vraiment ça je n’ai d’autre choix que de faire profiter tout le monde des petits secrets de Karuizawa !

C’était en affichant un petit sourire narquois qu’il me dit ça.

Moi — J’ai déjà dit ce que j’avais à dire, mais je vais donner plus d’informations si vous ne me croyez pas, hein Ibuki ?

Je m’adressai à elle car c’était la plus sceptique de tous. 

Moi — Pendant l’examen de l’île, tu avais été chargée de surveiller notre leader avec une petite caméra. Mais il semblerait que ta caméra ait eu un petit souci au moment décisif, non ?

Ibuki — Comment est-ce que tu sais !?

Moi — C’est moi qui m’en suis personnellement occupé. Un peu d’eau et je l’ai rendue discrètement inutilisable.

Déjà même au sein de la classe C peu de gens devaient être au courant de l’existence de cette caméra.

Moi — De plus, quand j’ai rencontré d’Ibuki, ses doigts étaient vraiment sales, sans parler du fait que la terre où elle était assise semblait avoir été manipulée. Pour en avoir le cœur net j’ai fouillé cet endroit une fois la nuit venue, et surprise il y avait une radio enterrée. C’était avec ça que tu communiquais avec Ryuuen je suppose hein ?

Qu’ils le voulaient ou non, ils étaient obligés de l’admettre là. En effet j’étais, avec Yamauchi et Airi, parmi les seuls à l’avoir vue ainsi.

Ryuuen — Et bien je crois que c’est clair Ibuki. Ayanokôji est X.

Ibuki — D’accord il est plus malin que je le croyais. Ça ne prouve toujours rien.

Ryuuen — À quoi ça rime à la fin de douter de lui comme ça ?

Ryuuen sembla encore plus exaspéré.

Ibuki — Il faut avouer que c’est étrange quand même… Pourquoi venir au lieu de rester caché !?

Ryuuen — Il a sûrement une idée derrière la tête, quelque chose qu’on ne peut même pas imaginer… Ou alors c’est un crétin fini.

Moi — Une idée ? Vous savez déjà tout de Karuizawa, je ne peux rien faire. Vous avez tout fait pour me verrouiller, hein ?

Ryuuen —  Haha, et donc ? En effet, maintenant on peut révéler ton vrai visage à toute l’école.  On se taira sur Karuizawa mais ça sera un excellent moyen de pression, juste au cas où.

Moi — Et vu que cafter aux profs n’est pas vraiment une option…

À part pendant les examens où des règles précises étaient posées, la violence ne semblait pas constituer un motif d’exclusion. Autrement dit, Ryuuen et les autres ne risquaient pas grand-chose et ils le savaient.

Ryuuen — Si tu le fais, tu sais ce qui attend Karuizawa…

Il avait raison. Tenter quoi que ce soit contre lui revenait à perdre Karuizawa. Cela aurait été comme gagner la bataille mais perdre la guerre… Ryuuen ne s’en servait même pas comme un simple moyen de m’attaquer mais comme une garantie à long terme, passivement.

Ryuuen — Peu importe sous quel angle tu vois les choses, on dirait que c’est moi le gagnant là.

Moi — C’est bon ? Maintenant je peux prendre Karuizawa et m’en aller ?

Ryuuen — Voyons ! Tu crois t’en tirer comme ça ?

Ryuuen tira violement Karuizawa par le bras.

Karuizawa — Ahh !!

Ryuuen — Comme si t’étais venu comme ça, sans plan. Te fous pas de notre gueule !!

Il me tendit la paume de sa main, faisant un geste provocateur.

Moi — Désolé Ryuuen, j’ai bien peur que tu te trompes…

Ryuuen — Hein ?

Moi — Je suis juste venu te voir, pour te rendre visite.

Personne n’aurait imaginé X ainsi. Le X qu’ils pensaient prêt à abandonner Karuizawa, ou au contraire capable de la sauver tout en préservant son identité… Ils devaient tomber de bien haut. 

Le sourire de Ryuuen s’effaça finalement.

Ibuki — Si ce X qu’on s’est donné tant de mal à chercher est aussi simplet que lui, cela veut dire qu’on ne l’a pas trouvé. Le coup de la caméra était sûrement un coup de chance ou un truc du genre.

Même s’ils étaient alliés, Ibuki ne faisait toujours pas confiance à Ryuuen. Ainsi elle préférait le remettre en question plutôt qu’agir. Voyant une brèche, je m’engouffrai dedans.

Moi — J’ai révélé mon identité, effectivement. Les seules personnes qui savent que je suis celui qui tire les ficelles depuis le début sont Horikita et Karuizawa. Si ça venait à s’ébruiter, ça ne pourrait venir que de vous

Ryuuen — Et qu’est-ce que j’en ai à faire ?

Moi — Si tu révèles mon existence, j’irai rapporter à l’école tout ce qu’il s’est passé ici, sur le toit.

Ryuuen — Ne me fais pas rire, je t’ai mis dos au mur, tu n’es pas en mesure de faire ça.

Moi — Ah bon, tu crois ? Pourtant il me suffit de sacrifier Karuizawa.

Ryuuen — Hein ?

Moi —Tu es parti du principe que j’abandonnerai Karuizawa de base mais, lorsque je me suis montré, tu as commencé à discuter avec moi comme si je ne comptais pas l’abandonner, je me trompe ?

Ryuuen — Ça n’a aucun sens. Déjà, si tu l’avais vraiment lâchée, t’aurais gardé ton identité secrète. Alors n’essaie pas de me la faire à l’envers, t’es venu parce que t’avais pas le choix !!

Karuizawa — Ce n’est pas grave…  S’ils connaissent ton secret, Kiyotaka, alors ils peuvent bien révéler le mien aussi.

Alors qu’elle essayait tant bien que mal de se lever, Karuizawa me regarda. Je la regardai en retour un court instant, puis fixa Ryuuen.

Moi — Tu as entendu ? À vous de me croire ou pas mais, si ça arrivait, ce serait une guerre totale.

Ishizaki — Euuuh… On devrait peut-être s’arrêter là, maintenant qu’on a découvert l’identité de X.

Ibuki — C’est possible qu’il la sacrifie pour sauver sa peau, je suis d’accord.

Toutes ces actions avaient été menées afin de démasquer X. Et Ishizaki ainsi qu’Ibuki ne voulaient pas aller plus loin.

Ryuuen — Kukuku…

Pour je ne sais quelle raison, Ryuuen s’agrippa la tête pendant qu’il riait.

Ryuuen — Vous marquez un point, il suffit juste que l’un des camps révèle le secret de l’autre pour qu’une guerre éclate.

Qu’elle soit sévère ou pas, une guerre allait forcément faire des dégâts. Puis rien ne garantissait que Karuizawa finisse détruite, au contraire il était même possible que cela joue en sa faveur en lui donnant une image de fille qui a su se relever malgré son passé difficile. Si Ryuuen acceptait ce statu quo, nous retournerions tout simplement à notre routine. Néanmoins, Ryuuen n’allait évidemment pas se contenter d’un match-nul.

Ryuuen — Honnêtement, pour l’instant je suis plutôt déçu. Non seulement parce que j’ai découvert ton identité sans vraiment me fouler. Mais surtout parce que pour protéger ta tranquillité tu es obligé de placer ton destin entre les mains de l’ennemi. Mais bon, en dépit de cela, je suis persuadé que tu es ce X qui n’a cessé de me divertir depuis le début.  Je perdrais si je ne te faisais pas danser jusqu’à la fin. N’est-ce pas, Ishizaki ?

Ishikazi — O-oui.

Ryuuen — Selon moi, le monde est un terrain de jeu. Ça ne s’arrête pas simplement à l’ascension en classe A. Anéantir Ichinose tout aussi bien que Suzune fait partie du jeu. L’anéantissement de la classe D ou B voire de Sakayanagi que je garde pour la fin… Tout ça, finalement, n’est qu’une façon pour moi de tuer le temps.

En riant aux éclats, Ryuuen tira sur la frange de Karuizawa. Le visage de cette dernière se tordit de douleur. Mais l’on ne sentait plus de peur dans ses yeux.

Ryuuen — Kuku… Tu as beau avoir sombré dans le désespoir, maintenant que ton chevalier blanc est là, tu as agis comme si tu n’avais jamais eu peur. Je me sens bête d’avoir douté de la véracité des propos d’Ayanokôji. Tes yeux me montrent que tu as une foi absolue en lui. Je suis sûr que tu n’hésiterais pas une seconde à révéler ton passé si je venais à compromettre son identité. Mais ne t’agites pas. Maintenant que tu as tiré ta réplique, tu ne m’es plus d’aucune utilité.

Se désintéressant de Karuizawa, il lâcha ses cheveux et la repoussa.

Ryuuen — Tu m’as bien diverti Ayanokôji. Malgré le fait que tu sois un déchet de la classe D, tu as pu contrecarrer mes plans maintes et maintes fois. En prime, ton modus operandi est similaire au mien. Comment aurais-je pu t’ignorer ? Découvrir ton identité était devenu une réelle obsession pour moi, c’en est même devenu amusant. J’avais pensé que je déciderai de ton sort sur le tas.

Il mit tout son cœur et toute son énergie pendant qu’il parlait.

Ryuuen — J’ai pris ma décision.

Ibuki — Qu’est-ce que tu comptes faire à Ayanokôji ?

Ryuuen — Qu’est-ce qu’il y a Ibuki ? Je te sens énervée.

Ibuki s’éloigna de moi et se rapprocha de Ryuuen pour lui faire face.

Ibuki — C’est parce que je sais que ce que tu t’apprêtes à faire pourrait faire couler toute la classe.

Ryuuen — Kuku. Comme c’est hilarant ! Ibuki Mio, le loup solitaire refusant systématiquement de coopérer avec ses camarades, voilà maintenant qu’elle se préoccupe du futur de la classe C !! Te fous pas de moi.

Ibuki — Si je t’ai toujours obéis sans broncher c’est parce que je pensais que la classe pouvait tirer avantage de ton caractère téméraire. Mais là, tu as dépassé les bornes, Ayanokôji n’a plus aucun atout sous la manche.

Comme l’on pouvait s’y attendre Ibuki relâcha toute sa frustration.

Ibuki — C’est pourquoi je désapprouve ce que tu t’apprêtes à faire.

Ryuuen —  Et qu’est-ce je m’apprête à faire ?

Ibuki — Je le sais, je te connais depuis avril déjà. Tu vas le soumettre par la violence n’est-ce pas ?

Ishizaki se figea un moment après avoir entendu Ibuki.

Ibuki —Ishizaki, Komiya, Kondou et même Albert tu les a tous asservis en utilisant cette méthode.

Ryuuen — Je ne vois aucun mal à montrer qui est le plus fort.

Ibuki — Le rapport de force n’est pas déjà évident ?

Ryuuen — Ayanokôji nous a déjà joué des tours plus d’une fois. Il est naturel de lui rendre la pareille. N’est-ce pas logique ?

Ibuki — C’est pourquoi je te dis que ce genre de vendetta risque de faire couler la classe !

BANG !

Un son tonique résonna. Ce son provenait de l’impact entre la joue d’Ibuki et la main de Ryuuen. Ibuki se tut immédiatement.

Ryuuen — Ouvre grand tes oreilles. Tant que ça m’amuse je m’en fous royalement des conséquences. La violence, il n’y a que ça pour se faire comprendre !!

La situation illustrait bien ce qu’il venait de dire. Je me doutais aussi que c’était à ça qu’il voulait en venir. Nous ne pouvions plus qualifier cela de malentendu désormais, cette situation était inévitable.

Ryuuen — Ecoutez bien, ce qui compte maintenant c’est de décider ce que l’on va faire de l’information que l’on a obtenue de l’autre camp. Ayanokôji veut que l’on garde le silence à propos de son identité et du passé de Karuizawa. Quant à nous, on a fait chanter Karuizawa et on l’a aspergé d’eau glacée. Si ça se savait, on serait sévèrement punis. En bref, tant que les deux camps ne révèlent pas ces informations compromettantes, personne ne saura ce qu’il s’est passé ici.

Compte tenu de tout ce qu’il s’est passé, il n’était pas difficile d’en arriver à cette conclusion. En se servant du passé de Karuizawa et de mon identité en tant que bouclier, il s’assurait que ce qu’il se passait ici ne s’ébruiterait jamais.

Ryuuen — Quoi qu’il arrive ici, le perdant ne pourra qu’accepter le dénouement, que ça lui plaise ou pas !

En dépit de cela, la classe C voulait quand même choisir l’option de la bagarre.

Ryuuen — Maintenant, je pense que je sais pourquoi tu as mis tant de temps à te montrer. Hé oui, c’est aux mains que nous sommes obligés d’en venir. Ferme la porte, Albert.

Albert s’exécuta aussitôt après avoir reçu l’ordre.

Ryuuen — Tu as pensé à tort que je me contenterais de te démasquer ! Quelle naïveté !!

Disons que je m’en doutais un petit peu quand même. Pas besoin d’avoir bac+10 pour savoir que Ryuuen n’allait pas changer de méthode.

Moi — C’est fâcheux tout ça, je ne peux plus m’enfuir. Je suis à ta merci.

Ryuuen — D’abord je vais m’arranger pour faire apparaître la peur sur ton visage nonchalant. C’était vraiment me sous-estimer que de penser que je ne ferais rien.

Moi — Tu comptes vraiment utiliser la violence ?

Ryuuen — Les conflits ne sont pas toujours cérébraux. En ce bas monde la violence est absolue. Aussi rusé que tu sois, tu ne peux que t’incliner face à la violence.

Cela s’appliquait effectivement à un général dirigeant ses forces. La violence était un excellent moyen pour soumettre le chef ennemi. Même dans la situation actuelle, alors que la tension était à son comble, parce qu’une altercation était sur le point d’éclater, j’observai leurs visages un moment.

Ryuuen — Je vais graver dans le béton ton existence pathétique et on sera quitte. Je m’occuperai ensuite d’Ichinose pour le troisième trimestre.

Moi — Tu disais plus tôt et à raison que les gens se soumettent à la violence. C’est là ta façon d’agir. Cependant, tu comprends bien que pour agir de la sorte, il ne faut pas être plus faible que l’autre personne ?

Ryuuen — Hein ?

Moi — Ce que je veux dire, c’est que vous n’êtes pas assez nombreux pour m’arrêter.

Ibuki —  …?

Ibuki leva le sourcil pour signifier son incompréhension.

Ryuuen — Kukukukukukukukukukuku.

Apparemment ce fut assez drôle pour que Ryuuen en rie à gorge déployée.

Ryuuen — Ce que cette crevette essaie de dire c’est qu’elle compte nous résister. Bien, alors montre-moi à quel point tu as confiance en toi. Ishizaki !

Ishizaki — O-on est vraiment obligé de faire ça ?

Ishizaki eut un temps d’hésitation après avoir reçu l’ordre d’attaquer. Je comprenais son hésitation, après tout j’avais l’air d’un lycéen normal. Contre une personne belliqueuse comme Sudou, par exemple, il aurait certainement eu moins de retenue.

Ryuuen — Ne te retiens pas, tu peux y aller.

Ishizaki — Mais…

Ryuuen — Rien à craindre, même si nous devions sérieusement lui amocher la tête.

Karuizawa — Attendez !

Lorsque Ishizaki se rapprocha de moi, le cri de Karuizawa l’arrêta.

Karuizawa — Pourquoi vous faites ça ?! Qu’est-ce que vous gagneriez à frapper Kiyotaka ?!

Ryuuen — Nous coupe pas dans le feu de l’action comme ça sérieux !! Ton rôle est terminé, relax. Grâce à cet énergumène, on ne révélera pas ton passé. Tu peux lui être reconnaissant.

Puis il attrapa les cheveux de Karuizawa de la même façon qu’il fit lorsqu’il l’aspergea d’eau.

Karuizawa — !

Après ça il la repoussa violemment vers l’arrière.

Ryuuen — C’est pour ça que je t’ai dit de ne pas intervenir.

Karuizawa avait montré les crocs à Ryuuen pour mon bien. Elle s’apprêtait à bondir sur Ryuuen.

Moi — Ne t’inquiète pas Karuizawa.

Je l’interpellai pour l’arrêter.

Karuizawa — Mais…

Moi — Ne te fais pas de soucis, ça va aller.

Ishizaki — C’est vrai, tu devrais plutôt t’inquiéter pour toi-même.

Ishizaki avança.

Ishizaki — Ne le prend pas mal Ayanokôji. Je ne fais qu’obéir.

Moi — Ça m’est égal.

Pour l’instant tout se passait comme prévu. Ishizaki balança son poing comme pour punir un gamin désobéissant. Le coup était si mou que même un enfant en primaire ou un collégien aurait pu l’éviter.

J’attrapai son poing droit impuissant avec ma main droite.

Ishizaki — Ah… ?

Moi — Ishizaki si tu veux me frapper, tu devrais être moins mollasson.

Je venais l’avertir, toutefois Ishizaki n’avait pas l’air d’avoir compris, même après que son coup de poing se soit fait stopper. Il aurait pourtant dû comprendre qu’il ne pouvait rien faire. J’utilisai ainsi la force préhension de ma main gauche pour serrer le poing droit d’Ishizaki.

Ishizaki — Oh? Ah, uuu, ehh… !?

Son expression se déforma petit à petit et ses jambes commencèrent à trembler.

Ibuki — Attend, Ishizaki ?

Se rendant compte que quelque chose clochait, Ibuki regarda la chose de plus près.

Ishizaki — Ahh, uuu, ahh ? Je-je ne peux pas arrêter !

N’étant plus en mesure de tenir debout, les jambes d’Ishizaki vacillaient et s’entrechoquaient sur le béton. Peut-être parce que c’était insoutenable mais il essaya désespérément d’agripper mon bras avec sa main gauche en vain. Le premier à saisir la situation n’était ni Ibuki, ni même Ryuuen, c’était la personne qui se trouvait derrière moi, Albert.

Une ombre se rapprocha. Sans même l’aval du boss, Albert agita ses énormes bras et les abatis sur moi. La raison pour laquelle il m’avait attaqué du côté gauche était sûrement parce qu’il avait anticipé que j’allais reprendre une posture défensive après qu’Ishizaki se soit libéré.

Mais ce n’était pas très utile. J’aurais pu esquiver mais je décidai de bloquer son poing avec la paume de ma main gauche. J’étais déjà préparé à recevoir quelques dommages.

BASH !

Un bruit sourd résonna. Une force colossale traversa mon coude et se ressentit même dans mon épaule.

Moi — Comme je m’y attendais, ça fait mal.

Ce n’était pas facile de savoir ce qu’Albert pensait derrière ses lunettes de soleil. Mais ce dont j’étais sûr, c’était qu’il avait vite compris la situation.

Ibuki — Vous plaisantez… arrêtez de faire les imbéciles !

Ibuki n’était pas aux premières loges, je suppose qu’elle n’avait pas pu voir qu’Albert avait mis toute sa force et qu’Ishizaki souffrait en silence. Ou peut-être voulait-elle tout simplement nier la réalité. Lorsque je lâchai finalement la pression sur sa main droite, Ishizaki s’effondra en la tenant.

Ryuuen — Tu peux y aller Albert.

L’ordre provenait de Ryuuen. Albert me chargea avec son corps robuste tout en balançant ses bras massifs. Les dommages allaient s’accumuler si je continuais de recevoir ses assauts au-delà de ce qu’un corps humain pouvait supporter. Je l’avais délibérément laissé frapper la première fois mais je ne pouvais pas me faire toucher une fois de plus. Après avoir évité un crochet du gauche, je répondis avec une attaque frontale.

Mon poing vint se loger dans l’abdomen d’Albert. Bien sûr j’aurais pu me retenir mais je ne pouvais pas me le permettre contre un tel adversaire. Un léger changement apparu sur le visage impassible d’Albert, bien que léger. Malgré mon coup sans retenu, les dommages furent légers. En plus d’avoir été béni d’un corps robuste qu’un natif japonais ne possédait pas, il était remarquablement bien entraîné.

Percer sa défense allait donc me prendre plus de temps. Les humains ont pléthore d’endroit que l’on pouvait qualifier de points faibles. Par exemple, le plexus solaire n’est pas une partie du corps que l’on peut entraîner. Bien sûr, je savais qu’un coup n’allait pas à le mettre K.O, on pouvait supporter la douleur mais c’était une partie que l’on ne pouvait renforcer. Albert qui semblait avoir compris que je tentais de frapper cette zone, essaya d’esquiver en bougeant son corps.

Cependant je vis venir la chose et j’utilisai le bout de mes doigts pour atteindre la gorge.

Albert — !

Albert émit un bruit qui ressemblait à un gargouillement.

Ishizaki — Ayonokôji !!!

Derrière moi, Ishizaki me chargea en criant.

Moi — Si tu comptes m’attaquer alors évite de crier…

Alors que je lui stipulai qu’il aurait dû se taire s’il voulait faire une attaque surprise, je lui assenai un coup de pied dans sa jambe d’appui et, précisément, dans son genou gauche. Il était beaucoup trop prévisible. Après avoir vu Albert s’effondrer, je me retournai et lançai un coup de pied haut en plein dans le visage d’Ishizaki. Puis je le finis avec un crochet du gauche en plein dans la mâchoire. Il tomba en silence. Tout ce que pouvaient faire Ryuuen, Ibuki ainsi que Karuizawa était de regarder, ébahis.

Ryuuen — Je ne m’attendais pas à ce qu’il soit si fort, c’est donc la source de son insolence. C’est pour le moins inattendu.

Ibuki — T’es en train de dire que tu n’avais pas prévu ça ? Tout ce qu’on a préparé tombe à l’eau c’est ça ?

Ryuuen — Ne me fais pas rire.

Ibuki — Hein ?

Moi — Je pense que ça fait un moment que tu sais que Ryuuen est le genre de personne qui utilise la violence afin de dominer ses ennemis. Mais de là à penser que tout irait bien à chaque fois, il fallait le faire.

Ibuki — Comment ça ?

Lorsqu’Ibuki pencha la tête, le doute avait l’air d’avoir également gagné l’esprit de Ryuuen.

Ryuuen — Attend Ayanokôji. Moi-même je ne suis pas sûr de bien comprendre. Le cerveau de cette opération, c’est moi.

Moi — Bien que j’agisse de façon diplomate, tu n’as pas l’air de comprendre ce qu’il se passe réellement.

Après un long soupir je me résignai à lui expliquer la situation.

Moi — Cette confrontation a été prévue longtemps à l’avance. Le fait que l’on soit en situation de statu quo, le fait qu’aucun des camps ne pourrait attaquer l’autre sous peine de représailles, le fait que toi, Kakeru Ryuuen, utiliserait la violence pour régler ce différend. Tous ces événements découlent de ma machination.

Ryuuen croyait dur comme fer que cette altercation résultait de ses manigances. Grave erreur.

Moi — Si je voulais rester anonyme je ne me serais jamais servi de Manabe pour commencer. C’était évident qu’on allait se mettre à ma recherche dès l’instant où j’avais fait d’elle mon espionne. Et bien entendu, comme tout bon dictateur qui se respecte, tu as fait pression sur le groupe de Manabe. C’est ainsi que tu as su qu’elles s’étaient faite menacées après s’en être prises à Karuizawa.

Pour l’instant Ryuuen ne pouvait qu’acquiescer.

Moi — Par conséquent, tu as pu confirmer que Karuizawa était liée à X, tout ce qu’il te restait à faire c’était d’élaborer un plan. C’est pourquoi tu as décrété que nous étouffer de toute part était la meilleure méthode. Donc tu as envoyé Ishizaki, Komiya et d’autres de tes larbins prendre la classe D en filature et approcher ouvertement Kôenji dans le but de mettre la pression sur X.Je suppose qu’à ce moment-là, tu devais bien t’amuser, mais tu n’as fait que me laisser du temps pour réfléchir.

Ryuuen — Kukuku. Tu dis des choses très intéressantes.  Tu insinues que tu ne faisais que danser dans le creux de ma main ?

Moi — Pas exactement, disons plutôt que j’ai prétendu danser dans le creux de ta main alors qu’en réalité c’est toi qui dansait dans le creux de la mienne.

Ryuuen — Permets-moi de m’excuser Ayanokôji. T’es vraiment un sacré phénomène. L’avantage que je gardais dans ma manche a fondu comme neige au soleil. Je suis maintenant dans une sacrée mouise. Tu sais ce qu’il te reste à faire Ibuki.

Après avoir entendu mon explication, Ryuuen ne put s’empêcher de rire gaiement alors qu’il avait vu de quoi j’étais capable.

Ibuki —  Qu’est-ce qui ne va pas avec vous deux ?!

Dans une tentative de m’évincer à cause de sa frustration, Ibuki m’envoya un coup de pied voltige. Le fait que ses sous-vêtements furent visibles n’avait pas l’air de la déranger plus que ça. Ou plutôt, elle avait perdu tout son sens de jugement et ce genre de détail paraissait bien secondaire. Il m’avait suffi de faire un pas sur le côté pour éviter son coup de pied, lui donnant ainsi l’opportunité de changer d’appui. Elle réduisit ainsi l’écart qui nous séparait et envoya un second coup de pied, me laissant une faible de marge manœuvre pour esquiver.

Je devais admettre que c’était assez brillant de sa part. Bien que Horikita fût mal en point à l’époque, Ibuki avait également un excellent niveau. Sa victoire sur Horikita n’était pas due à la chance ou aux circonstances. 

Ibuki — Tss.

Suite à toutes mes esquives, Ibuki s’arrêta un moment et claqua de la langue pour exprimer sa frustration.

Ibuki — Qui es-tu réellement… ?

Moi — Tu arrives encore à douter de moi après avoir assisté à tout ça ?

Ibuki — Tu me mets hors de moi !  J’sais pas pourquoi mais tu me tapes vraiment sur le système !

Ibuki bondit de nouveau vers moi cependant cette fois c’est moi qui réduisit la distance qui nous séparait.

Ibuki — !?

En temps normal, j’aurais été assez joueur mais les circonstances actuelles m’obligeaient à abréger le combat. Je fus sans pitié avec Ibuki ne lui laissant pas la chance d’esquiver ou de bloquer mon coup. Je l’attrapai ainsi par le coup et l’envoya valser sur le sol.  Les yeux d’Ibuki s’écarquillèrent un instant avant qu’elle ne perde connaissance. Honnêtement, un coup à la tête aurait été nettement plus efficace mais je ne voulais pas la tuer.

Moi — Tu n’as pas le monopole de la violence.

Ibuki, Ishizaki et Albert. Maintenant que la garde rapprochée du roi était hors d’état de nuire, il ne restait plus qu’une personne debout. Ayant assisté à toute la scène, Karuizawa n’en croyait pas ses yeux.

Moi — Rester rationnel après avoir assisté à ce spectacle c’est honorable.

Ryuuen — Tu n’es pas seulement malin, tu es aussi un bon combattant. Je t’ai vraiment sous-estimé.

M’applaudissant pour me témoigner de son respect, Ryuuen marcha vers moi.

Ryuuen — Tu sais ce que j’ai d’autre à te dire, Ayanokôji ?

Moi — Aucune idée.

Ne se rendant pas compte de la gravité de la situation, Ryuuen effectua calmement une analyse. Son attitude nonchalante n’était pas une façade, c’était le domaine de prédilection de Ryuuen, le domaine où lui seul excellait. C’est la raison pour laquelle, même après que sa faction se soit fait anéantir, il était capable d’agir de façon si audacieuse.

Ryuuen —La force brute est loin de déterminer la victoire ou la défaite lorsqu’il est question de la violence. Ce qui compte c’est la force de l’esprit.

Ryuuen se baissa et frappa avec son poing gauche. Il ne visait pas mon visage mais plutôt mon abdomen. Je fis un bond en arrière afin de l’éviter. Ryuuen se rapprocha aussitôt et me poursuivit et cette fois ci il utilisa sa main dominante.

Moi — Désolé mais je n’ai pas prévu de me faire toucher.

Après avoir évité j’enclenchai mon assaut. J’attrapai les cheveux de Ryuuen mais il réagit quasi-instantanément et repoussa mon bras avec sa main gauche. Néanmoins, mon coup de pied atteignit ses côtes.

Ryuuen — !?

Je lançai mon attaque au moment où il fut distrait par mon bras droit.

Toutefois, il s’éloigna très vite de moi afin d’éviter un enchaînement.

Moi — Pas mal.

Il va de soi que sa force excédait de loin celle d’Ishizaki. Pour être franc, j’étais plutôt impressionné. Même après avoir reçu un coup assez lourd, il ne faiblissait pas.

Ryuuen — C’est amusant.

Dit-il en rigolant. Pourtant même après avoir vu cela, je doutais encore de ses capacités à défaire Albert. Comment avait-il fait pour l’avoir sous son contrôle ?

Ryuuen — Ce retour après avoir été dos au mur, je ne m’en lasse pas, Ayanokôji.

Son sourire était encore plus large que d’habitude et il continua à attaquer sans aucune retenue. Ses mouvements étaient loin d’être académiques. Il avait un style autodidacte forgé avec l’expérience de nombreux combats. Je ne pouvais pas éviter toutes ses attaques indéfiniment.   Cela aurait été facile de riposter mais j’acceptai ses coups en maintenant ma garde. Après avoir frappé une quatrième fois, Ryuuen s’exprima.

Ryuuen — Pourquoi tu ne répliques pas ? Tu en es pourtant largement capable.

Moi — J’ai mes raisons.

Ryuuen — Des raisons ? D’accord, je prendrai le temps de les écouter après t’avoir bien tabassé comme il le faut.

Moi — Tu penses vraiment pouvoir gagner ?

Ryuuen —Et toi tu te crois peut-être invincible ?

Moi —  Pas vraiment mais dans les circonstances actuelles, désolé mais je me vois difficilement perdre.

Ryuuen et moi ne voyions pas la même chose.

Ryuuen — Tu gagneras probablement ce combat. Mais qu’en est-il de demain, d’après-demain ou même du surlendemain ?

Moi — Tu insinues que l’issue n’est pas certaine si nous répétons cet affrontement ?

Ryuuen — Qu’en est-il de quand tu seras aux toilettes ? Pendant que tu chies ? Je n’hésiterai pas à t’attaquer n’importe où, n’importe quand.

Moi — Tu n’as vraiment pas peur de perdre ?

Ryuuen — Je n’ai jamais ressenti la peur. Pas une fois.

Moi — Pas une fois, eh ?

Voilà qui était intéressant. J’avais enfin trouvé la source de son assurance.

Ryuuen — Tu comprendras ce qu’est la peur quand tu ressentiras la douleur. C’est comme ça que l’on apprend je présume.

Moi — Bien enseigne-moi ce qu’est la douleur alors.

Ryuuen — Compte sur moi, je n’y manquerai pas !

Lorsque Ryuuen m’attrapa l’épaule, il me donna un coup de pied éclair au niveau de l’abdomen.

Karuizawa — Kiyotaka !

Karuizawa cria d’inquiétude. Mais c’était un coup que j’avais l’intention de recevoir.

Ryuuen — Tu comprendras quand tu te feras frapper deux, trois fois. Ha !

Comme je m’y attendais, Ryuuen visait le même endroit et utilisa sa jambe gauche. Alors qu’il eut un moment de recul, il revint à la charge en réduisant la distance et je protégeai mon visage avec mon bras gauche. Il étendit ensuite son bras droit dans le but de me frapper à la jambe droite. Il la releva ensuite en me saisissant le genou et me projeta. C’était le coup le plus sévère que j’avais reçu. Je m’écroulai sur le dos en sentant la douleur envahir mon corps.

Ryuuen — Qu’est-ce que ça fait ? Tu comprends maintenant ?

Moi — Toujours pas, la douleur n’est qu’une information après tout.

Ryuuen — T’essaies de dire que tu n’as peur de rien comme moi ?

Moi — Pas exactement.

Je savais ce que ça faisait d’avoir peur de souffrir. Je savais à quel point c’était humiliant et terrifiant de se sentir faible. J’avais vu des personnes tomber sous mes yeux un nombre incalculables de fois. Néanmoins, après un certain temps, ce n’était plus de la peur. Je ne ressentais plus rien hormis une indifférence complète. Je m’étais rendu compte que peu importait à quel point les autres souffraient et tombaient dans le désespoir, je savais que je n’allais jamais avoir à passer par les mêmes expériences. Aussi longtemps que j’avais les moyens de me protéger, tout allait bien. Tant que tout allait bien, la victoire m’était assurée. Et en restant en sécurité, j’allais me maintenir au sommet.

Ryuuen — Continuons de jouer !

Ryuuen hurla et concentra ses coups vers mon abdomen plusieurs fois. En abaissant mon genou, je fus en mesure d’intercepter le coup de pied de Ryuuen.

Ryuuen — Tss, tu avais déjà anticipé.

Je patienterai autant qu’il le faut en encaissant. Je ne comptais pas le laisser me donner un coup critique de toute manière.

Ryuuen — Tu t’amuses ? Pourquoi tu encaisses des attaques que tu aurais facilement pu esquiver ?

Moi — C’était à but purement expérimental. Je voulais déterminer si je ressentais cette peur que tu m’avais décrite après la douleur.

Ryuuen — Tu n’as pas fini de me sous-estimer, enfoiré !

Bien qu’il fût conscient de notre écart de puissance, Ryuuen ne faiblissait pas pour autant. En temps normal plus l’on a confiance dans ses capacités et plus l’on tombe de haut quand on se rend compte qu’une situation est perdue. Mais Ryuuen, lui, n’avait pas l’air découragé. Lorsqu’il attaquait, j’avais même volontairement incorporé des petites erreurs de calcul dans mes mouvements pour ensuite faire des retours en force et jouer sur cet aspect psychologique. Malheureusement ça n’avait pas eu l’effet escompté. J’avais un peu mal évalué ses limites, c’était ma seule erreur de calcul quelque part. Mais il n’y avait pas de quoi s’inquiéter non plus, il fallait juste rajouter une étape de plus pour briser son esprit une bonne fois pour toute. Et Ryuuen allait devoir endurer encore plus de douleur.

Ryuuen — Comment peux-tu être si fort ? Ce n’est pas normal…

En effet ce n’était pas un niveau que l’on pouvait obtenir en ne faisant que des combats de rue. Je ne répondis pas, je réduisis simplement la distance qui nous séparait pas à pas.  C’était évident que ses yeux aiguisés étaient braqués sur moi.

Ryuuen — Malgré ta grande puissance, tu es allé te réfugier en coulisses bien au chaud. Ça fait quoi de mépriser les petites brebis que tu côtoies tous les jours ? T’as dû prendre ton pied dis-moi.

Moi — Je ne les ai jamais méprisées ou quoi que ce soit. Qu’ils réussissent ou qu’ils échouent dans leur quotidien ne changera en rien ma vie.

Ma réponse ne lui avait probablement pas plu. Ryuuen rit en plaquant ses cheveux en arrière.

Ryuuen — C’est impossible, l’Homme est par nature vaniteux.

Il ne m’avait pas cru, niant la possibilité d’une existence entièrement apathique. Bien sûr, même moi je ressentais des vices telles que la vanité mais c’était une autre histoire. Selon toute vraisemblance ce combat ne m’apporterait rien de plus à présent. Je repris ma position.

Ryuuen — Alors je vais te casser la gueule jusqu’à ce que tu ressentes la peur.

Il fallait maintenant mettre un terme au jeu. J’attrapai son bras droit alors qu’il allait me mettre un coup de genou au visage et le tira vers moi pour lui donner un impactant crochet du droit.

Ryuuen — Gah !?

Après avoir reçu un coup assez puissant pour le faire vaciller, Ryuuen s’envola.  Mais je n’avais pas l’intention de lui faire perdre connaissance, pas en un coup de poing du moins. Par conséquent je me retins. Je chevauchai Ryuuen lorsqu’il tomba et commençai mon avalanche de coup de poing en alternant la main droite puis la gauche.

Moi — Tu m’as bien dit que tu n’avais jamais ressenti la peur ?

Ryuuen — Haa…H… kuku, je ne comprends pas ce sentiment. Je n’ai jamais ressenti une telle émotion.

Même en ayant une bonne moitié de son champ de vision obstrué par les gonflements et les ecchymoses, Ryuuen luttait alors qu’il était à ma merci. Mais sa force était fortement réduite. J’envoyai ainsi encore un coup de poing puissant. Il commençait petit à petit à vaciller et à être sonné. Son expression devint sinistre.

Ryuuen — Zuu, puu… ! Je suis confiant dans ma manière de combattre mais je n’ai jamais dit que je n’avais jamais perdu. C’est justement parce que j’ai perdu tant de fois par le passé que…

Il avait du mal à articuler. Il était possible que l’intérieur de sa bouche ait été endommagé. Il cracha du sang. J’abattis un coup de poing une fois de plus.

Ryuuen — Gah… ahh, merde, ça devient difficile de bien m’exprimer.

J’abattis mes poings de façon régulière, crochet du droit, crochet du gauche et ainsi de suite. Mais même après cela, Ryuuen n’avait toujours pas peur.

Ryuuen — La violence dévoile la véritable nature. Autant chez le chasseur que chez le chassé.

Ryuuen rit en fermant les yeux. Ceci fut un signal pour que je continue de le frapper.

Ryuuen — Hah, hah… kuku… ça doit marrant de ton point de vue. Tu es si fort que tu peux fanfaronner autant que tu le souhaites. Rien ne t’est impossible. C’est pourquoi… Je veux que tu me montres Ayanokôji…

Il ouvrit les yeux. Je commençai à faire pleuvoir des assauts sur son visage. Visage qui était complètement enflé, globalement mal en point, saignant tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Même après cela Ryuuen n’avait toujours pas la peur dans ses yeux. En tant qu’être de chair et de sang, ça devrait être un instinct primaire. Pourtant ce n’était pas le cas avec lui.

Moi — Tu ne penses pas que nous devrions en rester là ?

Je lui avais proposé d’arrêter là mais, bien évidemment, il ne l’entendait pas de cette oreille.

Ryuuen — Kukukuku, qu’est-ce qu’il y a, Ayanokôji ? Tu commences à fatiguer ? Je ne me suis toujours pas soumis. Mets-moi la meilleure raclée de ma vie !

Je frappai Ryuuen encore une fois, qui mettait sa vie en jeu pour me provoquer. Son visage montra des signes de douleur mais seulement pendant un bref instant.

Ryuuen — Ça fait mal, ça fait vraiment mal, mais c’est tout.

Son regard n’avait pas tant changé depuis le début de la rencontre. Ce regard disant qu’il avait perdu la bataille mais qu’il allait gagner la guerre.

Ryuuen — Même si tu sors victorieux de cette altercation, je reviendrai te défier peu importe le nombre de fois que nécessaire. Où que tu sois sur le campus, aussitôt que tu montreras une faille.

Il avait surement suivi ce principe depuis toujours. Peu importe à quel point l’ennemi était fort, il tirait son assurance du fait qu’il attendait une ouverture pour frapper. Il utilisait la violence pour effrayer l’ennemi et le dominer par la suite.

Ryuuen — Rira bien, qui rira le dernier. Profite bien de ce plaisir temporaire. Vas-y, la victoire est à portée de main Ayanokôji !

Malgré le fait qu’il ne pouvait plus répliquer, Ryuuen continua de rire jusqu’à la fin.

Ryuuen — Lorsque l’être humain s’en prend à quelqu’un de plus faible, il ressent du plaisir. Le revers de la médaille est la peur.

La peur serait la face cachée de chaque émotion ?

Ryuuen —  Dis-moi ! Tu veux gagner ?! Ou bien tu ne veux juste pas perdre ?! Qu’est-ce que tu ressens, Ayanokôji ?

Est-ce que je voulais gagner ? Ou est-ce que je ne voulais pas perdre ?

Ryuuen — Profites-tu de ta domination ? Es-tu énervé ? Ou peut-être es-tu émoustillé ? Voire irrité ? Dis-moi !!

Je ne comprenais pas ce qu’il baragouinait depuis un petit moment.  Malheureusement je ne pouvais pas voir mon visage, donc l’expression que je lui faisais Mais il y avait une chose dont j’étais sûr : quelque chose d’aussi futile ne me faisait rien.

Je lui frappai au visage un nombre incalculable de fois. Je ne m’arrêtai pas. J’alternerai. Droite, gauche. Je continuai mon avalanche de coups avec la même intensité. Le visage de Ryuuen se déforma.

Ça y’est. Es-tu parvenu à la ressentir ?

Le sentiment que l’on appelle « peur » existait bel et bien chez lui. J’anéantis Ryuuen avec un coup final dans lequel j’avais mis plus de force. Ce simple coup suffit à le briser.

















Bien que tu avais essayé de me manipuler, sache Ryuuen que je ne suis en aucun cas manipulable.

Je me relevai lentement. Je ne pouvais pas me permettre de laisser Karuizawa mourir de froid plus longtemps.

Moi —Désolé, à cause de moi tu as été embarquée dans une situation un peu tendue… Tu n’es pas blessée ?

Karuizawa — Je vais… bien. Le froid a inhibé ma douleur.

J’attrapai les mains de Karuizawa qui avait témoin de tout ce qu’il s’était passé. Elles étaient si froides que j’eus l’impression qu’elles avaient gelé.

Moi — Est-ce que je t’ai déçu ?

Karuizawa — Evidemment, tu m’as menti depuis le début.

Moi — Tu as raison. Alors pourquoi ne m’as-tu pas vendu à Ryuuen ?

Karuizawa — Pour mon bien, c’est tout…

Elle dit cela avant de s’effondrer dans mes bras, tremblante.

Karuizawa — J’avais peur ! J’avais si peur !

Moi— Ne pense plus à rien. Oublie ce qu’il s’est passé aujourd’hui. Tu auras tout le temps d’y réfléchir plus tard… Une chose est sûre en tout cas, tu t’es libérée de tes chaînes, tu as surmonté ton passé ! Dorénavant, Manabe… non, personne ne sera en mesure de déterrer ton passé. Concernant le reste, tu peux agir comme tu l’as toujours fait.

Tenant à peine debout, Karuizawa s’écroula définitivement sur moi. De son point de vue, ces derniers mois avaient dû être affreux. D’abord l’accrochage avec groupe de Manabe, puis l’agression de Ryuuen…  C’était à cause de moi que Ryuuen a pu déterrer son passé.  Elle devait être à bout, traumatisée.  

Moi — En surmontant ton passé, tu as pu créer un meilleur présent. Tu reprendras ta vie lycéenne habituelle demain, sans aucune incidence.

C’était de Karuizawa Kei dont on parlait tout de même. Ce n’était pas n’importe qui et elle venait de le prouver ! 

Moi — Je suis en partie responsable de ce qu’il t’est arrivé aujourd’hui. Je ne demanderai pas ton pardon. Mais n’oublie pas. Si un événement similaire venait à se reproduire, je viendrai te secourir.

Karuizawa — Kiyo…Taka…

Malgré tout, d’une certaine manière, Karuizawa était toujours dépendante de moi. Elle en était arrivée à un stade où elle n’était plus en mesure de vivre dans cette école sans que je ne sois là. Ma présence était une garantie que son cœur ne vacille pas. Et si j’étais venu plus tôt ? Il aurait été certain que ça n’aurait pas arrangé ce problème de dépendance.

Cependant, en laissant traîner les choses, j’ai pu constater à quel point elle croyait en moi. Elle a fait preuve d’une telle loyauté. D’ailleurs, même si elle avait révélé mon identité, elle aurait sûrement tellement culpabilisé qu’elle n’en serait devenue que plus soumise encore. Dans tous les cas, je pouvais vraiment avoir une confiance aveugle en elle. Elle était un pion d’une grande qualité qu’avoir à portée de main était essentiel.

Moi — Le président du conseil des élèves ou, plutôt, l’ancien président du conseil des élèves ainsi que Mlle Chabashira ne sont pas très loin. Ils ne connaissent pas les détails mais savent vaguement qu’il se trame quelque chose. Donc ils pourront s’occuper de toi et notamment de ton uniforme trempé.

Karuizawa — D-d’accord… Et toi, qu’est-ce que tu vas faire ?

Moi — J’ai besoin de faire le ménage. D’autre part, ce serait fâcheux que l’on soit vu ensemble. Tu devrais y aller en premier.

Dis-je en faisant une petite tape sur le dos de Karuizawa, avant de la voir quitter les lieux.

Moi — Maintenant…

Je ne pouvais pas laisser ces quatre-là sur le toit. Mis à part Mlle Chabashira, je ne voulais pas que des professeurs tombent sur des élèves inconscients. En commençant par Ishizaki, je leur donnais tous de petites gifles afin qu’ils se réveillent. Je laissai Ryuuen pour la fin.

Ryuuen —Kuku.

Moi —Enfin réveillé ?

Ryuuen — Tu crois que ça va s’arrêter là ?

Moi — C’est bel et bien fini, à moins que tu en veuilles encore ?

Peu importe sous quel angle on regardait, le combat était fini.

Ryuuen — Pour gagner je ferais n’importe quoi.

Ryuuen se releva en disant cela.

Ryuuen —  Même la guerre si nécessaire.

Moi — Tu vas me balancer du coup ?

Ryuuen — …Kuku. Là maintenant non, mais je me réserve bien entendu cette option, si jamais.  

Peu importe à quel point c’était pitoyable, il considérait toujours ça comme une option valable pour me défaire.

Ryuuen — Pendant que j’y suis, je devrais peut-être arranger les choses pour faire comme si tu m’avais tendu un guet-apens.

Moi — Je te déconseille fortement de tenter ça. Pour info, l’ancien président du conseil des élèves est dans les parages en train d‘attendre. Même s’il ne sait pas ce qu’il se passe concrètement, je pense qu’il saurait de qui vient le problème. En plus, au moment où les caméras furent détruites, j’étais au centre commercial… l’hypothèse selon laquelle je t’aurai tendu un piège sera écartée en deux secondes. Mon alibi est béton.

Il était tout naturel de mettre toutes les garanties de son côté.

Ryuuen — Alors tu avais d’autres témoins sous la main mais tu ne t’en es pas servi ?

Moi — Tu aurais continué de t’attaquer à moi si je ne t’avais pas réglé ton compte une bonne fois pour toute.

Ryuuen — Tu crois vraiment que je vais en rester là ?

Moi —  Je pense que oui. La seule raison pour laquelle tu as perdu c’est que tu t’es trompé sur l’ordre de conquête… Tu t’es attaqué à beaucoup plus fort que toi d’un seul coup. C’est tout.  Tu aurais dû y aller progressivement avec d’abord Ichinose, ensuite Sakayanagi…Ta curiosité t’as mené à prendre des risques et par conséquent tu as perdu.

Il rit amèrement lorsque je lui crachai ces mots.

Ryuuen — Tu ne mâches pas tes mots…

Moi — J’aurais aimé te dire que j’accepterais volontiers une revanche mais… Je n’ai plus l’intention de sortir des coulisses. Si possible va jouer avec quelqu’un d’autre.

Je m’attendais à ce que Ryuuen me réponde du tac au tac mais, pour une raison qui m’échappait, il arbora une expression pensive.

Ryuuen — Même si je ne comprends toujours pas pourquoi tu ne t’es pas servi de toutes tes cartes, je comprends néanmoins que tu n’hésiterais pas à nous acculer si je t’attaquais à nouveau, même si ça signifie révéler ton identité aussi que le passé de Karuizawa.

Moi — Je préférais éviter mais tu as raison, si tu continues je n’aurais pas d’autre choix que de prendre des mesures répressives.

Ryuuen —Tu n’entraîneras pas seulement moi mais aussi Ishizaki, Ibuki et Albert.

Je ne savais pas trop ce qu’ils risquaient mais il était inutile de lui rappeler à quel point il était dans leur intérêt qu’ils évitent tous de lourdes sanctions.

Moi — Une autre de tes erreurs a été de considérer mon identité ainsi que le passé de Karuizawa comme des choses absolues, des choses pour lesquelles on aurait tout sacrifié… Hé bien non. Si tu voulais m’anéantir d’avance, tu aurais dû viser à plus grande échelle ou alors placer plus de chien de gardes.

Il avait beau parler autant qu’il voulait, il y avait toujours des limites à ce qu’on pouvait faire dans l’école.

Ryuuen — En gros je suis l’épée de Damoclès de la classe C.

Moi — Disons plutôt que si tu ne t’attaques pas à nous, je n’aurai aucune raison de passer mes menaces à exécutions.

Ryuuen — C’est que des paroles ! Tu me prends pour un mioche ? Si la classe C te met en difficulté, tu iras rapporter l’incident d’aujourd’hui !

Moi — Ce n’est pas impossible.

Cela aurait été mentir de dire un non catégorique. Mais la classe C peut-elle pleinement exploiter son potentiel avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête ? C’était surtout ce point-là qui était intéressant.

Moi —  Que vas-tu faire ? Ce qui est fait est fait Ryuuen.

Ryuuen– La ferme. J’en ai fini avec toi. D’ailleurs j’en ai fini tout court.

Ryuuen regarda aux alentours, notamment Ibuki et les deux autres, avant de sortir son téléphone de sa poche. Il fit quelque chose avant de le faire glisser par terre, près du pied d’Ibuki.

Ibuki — Que…

Ibuki, qui écoutait jusque-là silencieusement notre conversation, le regarda brusquement.

Ryuuen — Je prends entièrement la responsabilité de ce qu’il s’est passé. Mais avant ça, je vous transfère tous mes points.

Ibuki — Hein…? T’as pété un câble ou quoi !?

Ishizaki — E-elle a raison, Ryuuen-san ! Ce n’est pas comme si tout le monde savait ce qu’il s’est passé, pas besoin d’aller si loin…

Que ce soit eux ou moi, on avait tous intérêt à ce que cette histoire ne s’ébruite pas. Mais si cela se produisait, la classe D avait un avantage considérable et Ryuuen l’avait compris. Il ne lui restait qu’une seule possibilité.

Ryuuen — Ayanokouji, je suis le cerveau de cette opération. Une expulsion te suffit non ?

Moi — C’est plutôt sérieux de ta part de soulever la responsabilité de tes actions.

Ryuuen — C’est con hein. 

C’était le sang plein la bouche qu’il fit cette grande déclaration. 

Ryuuen — Un tyran est approuvé tant que son pouvoir a un sens. Maintenant que j’ai perdu de façon si écrasante, plus personne ne voudra me suivre.

Ses actions dominantes et son attitude n’étaient tolérées que parce qu’elle apportait des résultats. Il était allé jusqu’à impliquer les autres classes dans la recherche de X. Il faisait les choses à sa manière, avec brutalité, et pensait avoir perdu toute légitimité.

Il était plus vif d’esprit que je ne l’imaginais. Ça avait valu le coup de le pousser dans ses derniers retranchements pour assister à ce spectacle.

Ibuki — Tu te moques de moi. Pourquoi une telle confiance ?

Ryuuen — Parce-que tu me détestes du fond de ton cœur. Divise les points restant avec le reste de classe. Lorsque je serai expulsé, le contrat avec Katsuragi et Sakayanagi sera caduc et ils n’y pourront rien.

Effectivement, si celui à l’origine du contrat quitte l’école, il y avait une probabilité très forte que le contrat tombe à l’eau.

Ishizaki — Est-ce que tu parles sérieusement, Ryuuen-san ?

Ishizaki se leva également et cria, avec une voix emplie de tristesse.

Ryuuen — La ferme. Je peux t’entendre sans que t’aies besoin de crier.

Ryuuen rit doucement.

Ryuuen — Le reste est entre vos mains.

Il était donc vraiment sérieux lorsqu’il parlait de quitter l’école. Il se leva sans même regarder son téléphone.

Ryuuen — A plus.

Il était sur le point de partir. Ni les mots d’Ibuki, ni ceux d’Ishizaki ne le raisonnaient.

Moi — Es-tu vraiment certain ? Je pense que tu risques de le regretter.

J’arrêtai Ryuuen.

Ryuuen — Et qu’est-ce que ça peut te foutre ?

Moi — Si tu quittes tu n’apprendras pas de tes erreurs…

Ryuuen — Hein ?

Moi — Tu ne veux pas savoir pourquoi tu as perdu contre moi ?

Ryuuen — Mais épargne moi ces foutaises !!! Tu n’as aucune bonne raison de me sauver. Tu n’as rien à gagner en m’épargnant, pas après que j’ai appris la vérité sur toi et le passé de Karuizawa. Je peux vendre la mèche à tout moment.

Moi —Tu as raison…  Pour être pragmatique je dirais que ce serait bénéfique à la classe D si tu t’attaquais à Ichinose et Sakayanagi avant nous. De plus, ton contrat avec Katsuragi, de nature à affaiblir progressivement la classe A, serait toujours valide. Mais, le plus important, c’est que si tu te retires brusquement, Ichinose et Sakayanagi en viendront à la conclusion que X a tabassé Ryuuen. Je préférais éviter que ça arrive.

En d’autres termes, c’était donnant-donnant quoi.

Moi — En plus, je n’ai aucune blessure visible. Donc même si toute l’histoire venait à s’ébruiter, pas sûr que tu risques grand-chose. Au pire les gens penseront que vous vous êtes disputés.

Ryuuen — Alors… On a qu’à dire que je voulais vous faire passer un sale quart d’heure car je n’avais pas été satisfait de vos résultats. Mais vous ne vous êtes pas laissé faire cette fois, et ça a fini comme ça. On va rester sur cette version.

Et comme ça j’étais en dehors de l’histoire. Il avait tout compris.

Ibuki — Tu… ça te va vraiment ?

Ryuuen — Ayanokôji nous a tous mis la pétée ! Alors je pense qu’on a vraiment intérêt à garder cette histoire secrète, le meilleur moyen pour ça c’est que je me fasse petit. 

Moi — Laisse-moi ajouter une chose. Libre à toi de quitter l’école ou bien de douter de moi. Mais sache que je n’ai pas l’intention de rapporter. Je me suis également assuré que le président du conseil qui est dans les parages garde le silence. En d’autres termes, rien de ce qu’il s’est passé ici ne mérite une expulsion. Cependant si tu veux vraiment quitter l’école, je ne te retiendrai pas…

Ryuuen —Alors ne me retiens pas. Je ne suis pas le genre de personne à faire confiance si facilement.

Sur cette phrase, Ryuuen quitta les lieux. Ishizaki et même Ibuki n’étaient visiblement pas satisfaits de la décision de Ryuuen.


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