CLASSROOM V7 : CHAPITRE 2


Réunion et rupture

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Traduction : Akai
Correction : Raitei & Nova
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Sudou — Putain, ils se prennent pour qui là ?

Sudou, entrant dans la classe en râlant, passa devant son siège et s’approcha de Horikita. Rien qu’à sa tête, je pouvais deviner qu’il était furieux.

Sudou — Ecoute, Suzune.

Horikita — Que se passe-t-il ?

Horikita l’écouta, incapable de l’ignorer maintenant qu’il s’était mis juste à côté d’elle.

Sudou — C’est ces mecs de la classe C, ou plutôt Ryuuen. Ils me suivent depuis ce matin. Ils m’ont même bloqué le passage quand je marchais dans le couloir. Ça commence à vraiment me souler là.

Horikita — Tu en es pas venu aux mains ou aux insultes j’espère ?

Sudou nia immédiatement la chose lorsque Horikita lui jeta un petit regard.

Sudou — Bien sûr que non. J’ai ignoré ces cancers et j’ai tracé ma route.

Horikita — Je vois. Il semblerait que t’aies suivi mes instructions à la lettre.

La bonne nouvelle c’était qu’il n’avait pas causé de soucis.

Moi — D’ailleurs, tu veux dire quoi par instructions ?

Sudou — Suzune m’a demandé d’ignorer tous ceux qui me provoqueraient gratuitement.

C’était un bon conseil, mieux valait prévenir que guerrir.

Sudou — Bon, à mon retour je les ai un peu bousculés mais les gens des autres classes devaient pas y voir quelque chose mal si ?

Horikita — C’est vrai, je doute qu’ils retiennent ça contre toi.

Après tout, on parlait de gens bien connus de l’administration et du conseil des élèves. De plus, ce n’était pas comme si Sudou leur avait mis un coup de poing, juste passer de force n’allait vraisembablement pas causer de souci.

Horikita — Et donc ? Que t’ont-ils dit ?

Sudou — Ils m’ont traité d’idiot et de singe, quelques insultes de gamins quoi. Ils cherchaient la bagarre.

BANG. Il frappa la paume de sa main pour relâcher un peu sa colère. Je me demandais si cet incident était lié à celui du club de tir à l’arc hier.

Moi — Akit… Miyake aussi avait eu des gars de la classe C à son club.

Horikita — Miyake-kun aussi ? Ils sont très actifs ces jours-ci.

Sudou — C’est quoi leur le but ? Ils veulent créer un autre incident ?

Horikita — Je ne sais pas. Je ne peux rien affirmer pour le moment. Je vais cependant réfléchir à une contre-attaque. S’ils t’approchent comme ça de nouveau, assure-toi de ne pas en venir aux mains.

Sudou — J’ai pigé. Je ne vais pas briser notre promesse. Je ne ferais rien même s’ils commencent à me frapper.

Les mots de Sudou avaient cette fois-ci du poids comparé à la dernière fois où il s’était disputé avec la classe C. C’est parce qu’elle avait compris ceci qu’Horikita les accepta avec sincérité.

Satisfait de son rapport à Horikita, Sudou retourna à sa place et l’air de rien commença à discuter avec Ike et les autres. L’observant, Horikita dit.

Horikita — Sudou-kun est finalement devenu une personne stable.

Moi — Ouais, sa façon de parler est limite mais c’est passable.

Horikita — Il semblerait qu’il soit nécessaire pour lui aussi de faire le prochain pas.

Horikita sortit ensuite un cahier et commença à écrire dessus avec un stylo.

Moi — Qu’est-ce que tu entends par le « prochain pas » ?

J’essayai de jeter un coup d’œil à son cahier mais elle le ferma immédiatement.

Horikita — C’est encore un autre sujet. Pour le moment, notre priorité n’est pas Sudou-kun et ses problèmes.

Elle me dit cela à voix basse. Je ne savais pas ce qu’il se passait dans sa tête mais je ne m’en souciais guère. Depuis quelques temps, elle commençait en tout cas à réfléchir beaucoup plus avant d’agir. Peut-être parce qu’elle s’entendait de plus en plus avec Sudou, Hirata et les autres.

Horikita — Ryuuen est plutôt actif en ce moment alors que l’examen final du second trimestre vient à peine de se terminer.  Je pensais qu’il ferait profil bas quelque temps. Prépare-t-il déjà son prochain coup ?

Moi — C’est bizarre. Surtout qu’il n’y a pas d’examen spécial de prévu.

Horikita — Quand on y pense, les examens n’étaient pas les seules occasions qu’il avait pour nous attaquer. Par exemple il y avait eu l’incident avec Sudou ou bien avec Ichinose-san. Il semble aimer sortir des sentiers battus et imaginer des plans qui n’impliquent pas le gain de points.

« Tu sais déjà tout ça de toute façon non ? », me disait son regard. Bien évidemment, je ne lui avais pas répondu, préférant jouer les naïfs.

Moi — Je me demande ce qu’il cherche cette fois-ci.

Horikita — Tu ne sais vraiment pas ? Ou tu fais semblant ?

Moi — Qu’est ce que tu veux dire ? Je ne comprends pas.

Horikita — Il est à la recherche du véritable cerveau de la classe D. Pour le trouver, il agit à tous les niveaux sans se soucier des conséquences.

Moi — En gros il te cherche ?

Lorsque je dis ça, elle me jeta un regard noir.

Horikita — Se servir de moi comme cape d’invisibilité ne fera plus effet sur Ryuuen-kun.

Horikita ne perdit pas son sérieux et continua.

Moi — Pourquoi tu penses ça ?

Horikita — S’il pensait vraiment, comme tous les autres, que j’étais le maître de la classe il m’aurait directement approchée. Or je te signale que ça n’a pas été le cas.  

Ryuuen avait été obsédé avec Horikita mais l’engouement semblait passé.

Moi — C’est une question de point de vue non ?  Peut-être que tu as été tellement efficace durant l’examen final que ça l’a rendu hésitant sur ses attaques, non ? Il veut d’abord se débarrasser de tous ceux qui obstruent son chemin avant de s’en prendre à toi.

Horikita — Je ne sais pas trop. Je ne le vois pas comme ça. Je dirais plutôt qu’il ne s’intéresse plus à moi.

Moi — Tu veux dire que ça ne te déplaisait pas lorsqu’il s’intéressait à toi ?

Horikita — Pas du tout. Tu veux te manger un coup de pied ?

Moi — Non, sans façons !

Je refusai car elle était tout à fait capable de le faire.

Horikita — Est-ce que tout cela n’arrive pas plutôt parce que notre éminence grise a bêtement attiré l’attention ?

Moi — Blâme-moi autant que tu veux mais doit-on vraiment en parler ici ?

Même si tous les élèves dont Kushida, étaient déjà assis car les cours allaient bientôt commencer et que personne ne tendait l’oreille, ce n’était tout de même pas un sujet de conversation que l’on pouvait avoir là.

Moi — Quand même, tu cernes Ryuuen plutôt bien maintenant. Ahh non, je ne dis pas ça pour me moquer.

Elle me fixa de nouveau alors je préferai anticiper sa réaction.

Horikita — Son modus operandi restait identique, et malgré les échecs il ne changeait pas ses métodes d’attaque. Il était donc tout naturel que je commence à le cerner. C’est ainsi que j’avais prédit qu’il utiliserait Kushida-san encore une fois, même si bien entendu j’aurais préféré avoir tort…

Personne n’aime voir un ancien camarade devenir un traitre. Sans le facteur Kushida, nous n’aurions pas autant galéré pour cet examen, c’était ce que se disait Horikita. Mais, d’un autre côté, c’était précisément parce que Ryuuen avait quelqu’un en interne, Kushida, qu’il s’était permis de baisser sa garde. Au final Kushida, malgré elle, nous avait aidés à mettre à mal la stratégie de Ryuuen puisque c’était grâce à elle que nous nous étions aperçus que la classe était infiltrée.

Horikita — Ce n’était pas le seul imprévu. Pour cet examen, je voulais vraiment battre Ryuuen à plate couture.

Moi — Ben, c’est ce qu’il s’est passé non ?

Horikita — Oui, mais j’aurais aimé que quelqu’un en classe C se fasse exclure pour ne pas avoir révisé. J’ai été trop idéaliste je pense.

Si personnellement on m’avait fournies les questions et les réponses de l’examen à l’avance, je n’aurais probablement pas trop révisé. C’est ce qui aurait dû se passer en classe C, et dans ce scénario des expulsions auraient même dû pleuvoir. Keisei et les autres pensaient la même chose.

Horikita — C’est surement parce que la classe C est composée de personnes intelligentes. On peut penser qu’ils ont eux-aussi eu leur propre système de soutien malgré Ryuuen.

Moi — J’imagine. S’ils ont malgré tout bossé dans les coulisses, ça a le mérite d’être louable.

Après tout, Ryuuen semblait déterminé à trouver la personne derrière Horikita, quitte à attirer l’attention de l’école. C’était ce type de determination que l’on entrevoyait dans ses actions

Horikita — J’imagine que ses attaques répétées vont s’intensifier.

Moi — Je n’ai rien à voir avec ça C’est ton rôle d’encaisser.

Horikita — Me laisser entrainer par tes manigances semble être ma destinée.

Moi — Je suis surpris de te voir l’accepter comme ça. 

Horikita — Ce n’est pas comme si j’avais le choix. Mais tu vas pas non plus rester planqué non ?   

L’optimisme est une bonne chose. Pour commencer, Horikita avait du potentiel. Il fallait juste qu’elle parvienne à communiquer comme Hirata le faisait pour devenir digne de l’image qu’elle renvoit.

Horikita — Et donc— tu as une stratégie en tête ?

Moi —  Pour ?

Horikita — Je te demande si tu as une façon d’empêcher Ryuuen de progresser. Si on n’agit pas tout de suite, ce sera trop tard.

Elle s’inquiétait donc que mon identité soit révélée. Elle n’avait pas à s’en faire.

Moi — Rien en tête.

Horikita — Et tu recommences …

Elle soupira profondément, marquant bien son irritation envers moi, me reprochant de ne rien lui dire

Horikita — Changeons de sujet. Tu participes toujours à leurs réunions ?

Moi — Leurs ? Tu parles de Keisei et des autres ? Il y’a un problème ?

Horikita — Je ne trouve pas ce groupe utile. À l’origine c’était juste pour combler les lacunes de Hasebe-san et Miyake-kun non ? Puisque l’examen s’est terminé, pourquoi continuer de se voir ?

Moi — Je ne juge pas le groupe sur son utilité. Je le trouve agréable et j’aime passer du temps avec eux.

Horikita ne pensant qu’à monter en classe A et ce sujet me passant an dessus de la tête, il fallait bien constater que nous n’avions pas vraiment eu d’occasion de créer de vraies affinités. Peut-être que si elle n’avait pas été du genre à vivre que pour les cours j’aurais pu avoir avec elle la relation que j’avais avec Keisei et les autres.

Horikita — … Tu comptes toujours coopérer avec moi, n’est ce pas ?

Moi — Je suis en train de coopérer du mieux que je peux tu sais.

Elle n’avait pas l’air très convaincue cela dit.

1

Les cours du matin s’étaient terminés, c’était la pause déjeuné. Alors que je m’apprêtais à inviter Akito et Keisei pour manger, je me rendis compte que ma voisine de table me fixait.

Moi — Quoi ? Tu ne vas pas recommencer avec le sujet de ce matin j’espère ?

Horikita — Non. J’ai une faveur à te demander.

Moi — Je m’en passerais si c’est quelque chose de pénible.

Horikita — Je ne vais pas nier qu’elle est pénible mais ce ne sera pas long.

Elle dit cela juste avant de sortir un livre de son sac.

Horikita — Tu m’avais dit que tu voulais le lire la semaine dernière ?

Elle plaça le livre tamponné avec la signature de la bibliothèque sur le bureau.

Moi — « Adieu ma jolie », huh ?

Un chef-d’oeuvre de Raymond Chandler. Ça faisait un moment que ce livre m’intéressait. J’étais même déjà allé plusieurs fois à la bibliothèque pour pouvoir l’emprunter, mais il devait être très demandé vu qu’il était à chaque fois emprunté. J’avais fini par me résoudre à l’acheter.

Moi — Je suis surpris que tu aies pu l’emprunter. Tu vas me le prêter ?

Je me disais qu’un autre allait certainement l’emprunter aussitôt rendu. Je voulais à tout prix être le prochain à l’avoir alors l’emprunter directement des mains du dernier possesseur était l’option la plus sûre, même si c’était un peu injuste.

Horikita — Si tu veux. Ah au fait, le retour est aujourd’hui. Il serait bien que tu ailles d’abord à la bibliothèque pour le rendre et ensuite le réemprunter.

Moi — Tu ne me confierais pas une tâche que tu n’as pas envie de faire ?

Horikita — Tu devras dans tous les cas y aller non ? Autant faire d’une pierre deux coups.

Elle n’avait pas tort, ça lui évitait un détour. En fait on avait besoin de la carte étudiant pour emprunter un livre mais pas pour le rendre, je pouvais donc tout à fait y aller à sa place.

Horikita — Bien sûr, si tu refuses j’irai le rendre moi-même. Cela dit je ne suis pas sûre que tu sois le prochain à avoir ce livre populaire. Moi ça ne me dérange pas de perdre un peu de temps pour aller le redonner.

C’était le genre de pression qu’elle me mettait. Je me demandais si c’était sa façon de se montrer gentille envers moi qui voulais ce livre à tout prix.

Moi — … D’accord. J’accepte avec joie.

Moi — Je te le laisse alors.

Elle me donna ainsi le livre.

Horikita — Tu peux le rendre quand tu veux tant que c’est aujourd’hui durant la pause dej’  ou après les cours. Sois juste certain de le rendre, si je suis pénalisée, tu devras en prendre responsabilité. 

Moi — Je sais.

Je n’avais jamais emprunté de livres mais je comprenais le processus. C’était gratuit mais on perdait des points privés en cas de retard.

Moi — Il faut battre le fer tant qu’il est encore chaud. Allons-y.

C’était le mieux à faire pour éviter de trop tarder sur ce problème et ça soulageait Horikita d’un poids.

2

La bibliothèque était étonnament vide au début de la pause du midi. Puisque la nourriture était interdite à l’intérieur du bâtiment, on ne pouvait pas manger sur place. Seulement quelques personnes étaient présentes alors je pouvais rendre mon livre sans trop de difficulté.

Moi — Tant que je suis là, autant en emprunter un autre…

Que j’en empruntais un ou deux revenait au même. Autant en regarder un autre qui me plaisait avant de remettre celui-ci. Je me dirigeais vers la catégorie Mystère avec le livre « Adieu, ma jolie » dans les mains. J’avais décidé d’emprunter encore un ou deux polars et l’idéal était d’avoir une œuvre du même auteur. A mon arrivée au rayon, j’aperçus une élève qui tentait de prendre un livre un poil trop haut pour elle. Elle luttait littéralement pour essayer de le prendre en faisant des va-et-vient.

Puisqu’elle se sentait capable de le faire, elle évitait d’utiliser le petit tabouret mis à disposition. C’était une attitude qu’on retrouvait chez les garçons comme chez les filles. Le livre qu’elle essayait d’attraper était « Les hauts de hurlevent » d’Emily Brontë. C’était un roman écrit par les sœurs Brontë et réputé dans le monde de la littérature. Je trouve que le livre allait plus dans la catégorie « Romance » bien que le synopsis laissait penser que c’était un mystère.

Je finis par attraper le livre qu’elle essayait de prendre.

Moi — Je n’avais peut-être pas besoin de le faire mais …

À ce moment là je me rendis compte que je la connaissais.

Moi — Tu es la fille en classe C de la dernière fois.

Shiina Hiyori. C’était la fille qu’on avait vu avec Ryuuen à un moment donné. Elle semblait m’avoir reconnu après m’avoir observé en silence.

Hiyori — Si je me souviens tu es … Ayanokôji-kun n’est ce pas ?

Elle avait retenu mon nom. Vu les circonstances étranges dans lesquelles on s’était rencontrés, c’était sûrement logique.

Moi — C’est bien ça. Voilà.

Hiyori — Merci beaucoup.

Moi — Tu aimes bien Brontë ?

Hiyori — Je n’ai pas d’avis là-dessus personnellement. Mais le livre était dans la mauvaise catégorie alors je voulais le ramener à sa place.

Moi — Je vois.

J’aurais fait comme elle dans l’absolu.

Hiyori — D’ailleurs, le livre que tu tiens … c’est « Adieu, ma jolie » non ? C’est un chef-d’œuvre.

Elle me disait ça avec les yeux qui brillaient de plus en plus.

Moi — J’ai réussi à l’obtenir grâce à une amie aujourd’hui.

Hiyori — Tu en as de la chance alors, Raymond Chandler semble très populaire chez les élèves de première et tout le monde se bat depuis un moment pour l’avoir. Je voulais le lire depuis un certain temps également mais je n’avais pas réussi à le trouver aujourd’hui.

Moi — Il semblerait que j’ai fait quelque chose de mal en le monopolisant.

Hiyori — T’en fais pas, je l’ai déjà lu par le passé. De plus, en cherchant ce livre j’ai eu la chance de tomber sur un autre. Cette bibliothèque semble avoir une large collection. Je finirai diplômée avant d’avoir pu tout lire.

Me dit-elle avec un petit sourire et le livre de Brontë entre les mains.

Moi — Je vois, c’est en effet très probable.

Il est vrai qu’il y avait une grosse quantité de livres ici. Même sans être un fana de lecture, on pouvait tout de même venir lire pour passer le temps.

Moi — Désolé de t’avoir dérangée. 

La pause de midi était précieuse. Si elle venait ici au lieu de manger, ce n’était sûrement pas pour être dérangée, et encore moins avec un élève étranger.

Hiyori — Umm … tu ne recherchais pas un livre par hasard ? Ça me ferait plaisir de t’aider. Tant que tu es là, autant en profiter non ?

Moi — Je pensais remettre ça à un autre jour mais bon.

Shiina n’avait plus les yeux sur moi et cherchait un livre dans le rayon.

Hiyori — Tu as lu les livres de Dorothy L. Sayers ?

Moi — Non, j’ai lu du Christie mais pas encore du Dorothy.

Hiyori — Dans ce cas, je te conseille « Lord Peter et l’Inconnu ». Je dirais même la série du Lord Peter en général.  C’est très prenant.

Ayant dit cela, elle sortit les livres de l’étagère et me les présenta.

Moi — Ummm.

Ce développement soudain m’étonna. Je ne savais plus quoi lui répondre.

Hiyori — Désolé de t’avoir parlé comme ça. Je t’ai perturbé ?

Même si ça ne m’intéressait pas, je ne pouvais pas juste refuser comme ça. Emprunter des livres était gratuit alors autant accepter son aide.

Moi — Désolé. J’étais juste un peu surpris. Mais puisque je suis déjà là, autant les prendre je pense.

Hiyori — Si tu veux—

Je ne savais pas ce qu’elle voulait me dire mais Shiina me regarda le visage joyeux et me demanda.

Hiyori — On a encore un peu de temps avant la fin de la pause-déjeuner. Si tu es d’accord … voudrais-tu que l’on mange ensemble ?  

Moi —Eh ?

D’une recommendation de livres à une situation pareille, voilà un développement auquel je ne m’attendais pas. Plutôt que de voir cela comme une chance, je me disais plutôt qu’elle ne faisait sûrement qu’exécuter les instructions de Ryuuen. Que j’accepte ou que je refuse, cela n’allait sûrement lui faire ni chaud ni froid.

Hiyori — Personne dans la classe C n’aime lire de romans alors je n’ai personne à qui en parler.

Peut-être que c’est parce qu’elle ne supporte pas le silence mais Shiina rajouta cette précision.

Moi — Ça ne va pas poser problème ? La classe C a l’air de chercher quelqu’un dans notre classe et je dois faire partie des suspects.

Elle avait probablement entendu que j’étais celui derrière l’affaire de Karuizawa et Horikita et voulait le confirmer. De toute evidence, elle avait été envoyée pour sympatiser avec moi, pour preuve on ne s’était quasiment jamais croisés auparavant. On pouvait dire que son existence était encore plus menaçante que celle de Ryuuen.

En effet, Shiina Hiyori était un sujet totalement inconnu. Je ne l’avais même pas remarquée dans les précédents examens. J’aurais pu en apprendre plus sur elle à travers Karuizawa mais puisque celle-ci était ciblée par Ryuuen, ce n’était plus une option envisageable. Mon réseau étant restreint, je n’avais pas les moyens nécessaires pour enquêter sur elle à ce moment-là. Keisei et Haruka n’étaient évidemment pas efficaces pour rassembler des informations sur les autres classes. J’aurais pu utiliser Hirata mais il était plus ou moins neutre et, puisque je ne savais pas vraiment ce qu’il pensait de moi, je préférais ne pas compter sur lui. Pas pour le moment du moins.

Hiyori — Sois tranquille. J’agissais sur demande de Ryuuen mais, depuis le début, les conflits ne m’ont jamais intéressée. Ou bien ça te pose un problème de me parler ?

Moi — Non. Si ça ne te pose pas de problèmes alors moi non plus.

Hiyori — Ça me rassure. Je détesterais de voir des classes se battre pour des choses aussi futiles. Se faire des amis est le plus important à mon avis.

Ce n’était pas comme si on avait vraiment le choix par contre, vu le système compétitif instauré par l’établissement. Néanmoins, au final, il existait des liens entre les classes malgré tout. Les gens populaires comme Hirata et Kushida avaient par exemple des amis partout.

Hiyori — On y va ? Le temps passe vite.

Je regardai l’horloge.

Moi — Donne moi juste un instant, que je finisse d’emprunter ce livre.

Qui aurait cru que j’allais vivre ce genre d’histoire dans une bibliothèque ?

3

On se dirigeai tous les deux vers la catéféria. La pause de midi ayant commencé depuis 20 minutes déjà, l’endroit était bondé. Mais pas mal de gens semblaient être sur la fin du repas v qu’il y’avait peu de monde devant la machine à tickets. J’avais choisi la spécialité du jour mais, elle, sembla indécise et ses doigts défilaient entre plusieurs boutons.

Hiyori — S’il te plait, patiente un peu… 

J’attendis patiemment pendant deux minutes. Elle finit par se décider et prit le même repas que moi.

Hiyori — J’ai été un peu indécise sur le coup.

Moi — Ce n’est pas grave, personne n’attendait dans la file après nous.

Deux repas avaient été déposés sur le comptoir juste après. Elle semblait avoir du mal à tenir son plateau à cause de son sac, qu’elle avait pris avec elle.

Moi — Le sac te dérange non ? Je vais le porter.

Hiyori — Non, je ne veux pas te gêner avec ça …

Moi — Ça ira. Te voir tomber avec le plateau dans les mains serait pire.

Hiyori — Désolée …

Elle me donna le sac en s’excusant, je le pris et il était bien lourd. Je me demandais bien ce qu’il y avait à l’intérieur en plus de ses cours.

Hiyori — C’est lourd, non ? Merci beaucoup en tout cas.

On faisait de notre mieux pour éviter les foules, on avait réussi à trouver deux chaises vides et nous nous assîmes l’un en face de l’autre. Bien qu’en retard, nous prîmes notre temps pour manger.  

Moi — Tu manges à la cafétéria d’habitude ?

Hiyori — Non. D’habitude j’achète mon repas à l’épicerie le matin et mange en classe. Tu viens ici souvent, Ayanokôji-kun ?

Moi — Je ne suis pas fan de l’épicerie. Je me dis que rien ne bat la nourriture fraichement sortie du four.

Puis on vous déposait le repas littéralement sur un plateau, avec tout le nécessaire. C’était bien plus pratique et question goût ça valait le coup. Shiina prit la nourriture avec ses baguettes et l’approcha de sa bouche d’une façon très noble. J’observai ses mouvements avec admiration. Elle maniait ses baguettes avec beaucoup d’élégance.

Hiyori — Hmm je vois … la nourriture de la cafétéria est certainement délicieuse. Je m’en souviendrai pour la prochaine fois.

Moi — Est-ce que c’est la première fois que tu manges ici ?

Hiyori — Je suis démasquée j’imagine ?

Moi — J’ai commencé à le penser depuis la machine à tickets.

On était déjà à la fin du second trimestre, les élèves qui n’avaient pas encore fréquenté la caféteria étaient une espèce rare.

Hiyori — En fait je voulais tester depuis un moment mais, une fois que tu as loupé « le coche » du début ça devient plus difficile de manger ic, pas vrai ? J’ai vu notre rencontre comme une bonne opportunité, donc j’ai pris mon courage à deux mains !

Quelque part, je voyais où elle voulait en venir. À la fois tu veux essayer mais à la fois tu as peur de passer pour quelqu’un de bizarre auprès des habitués, tu n’as pas envie d’être grillé donc tu finis par ne pas y aller du tout… J’étais hésitant moi aussi lorsqu’on m’avait recommandé d’acheter du café filtré. Je n’étais pas sûr de pouvoir réussir à faire du café avec seulement une tasse de café et des glaçons dedans. Mais dans la majorité des cas, on se rend compte qu’il n’y a rien de compliqué une fois qu’on s’y essaye.

Moi — Cela voudrait dire que cette opportunité est l’élément déclencheur qui va te permettre de venir plus souvent.

Hiyori — Oui.

Une fois le repas fini, nous avions un peu discuté. Puisqu’on était venus en retard, la plupart des élèves avaient déjà fini et étaient partis. Bien sûr, il y avait des élèves ça et là qui restaient discuter ou qui prenaient leur temps pour manger.

Hiyori — J’aimerais continuer la discussion qu’on avait à la bibliothèque. Si ça ne te dérange pas, tu peux lire ça ?

Shiina plaça quelque chose sur la table.  Un gros son résona.

Hiyori — As-tu lu un de ces livres Ayanokôji-kun ?

Elle sortit 4 livres de son sac. Pas étonnant que c’était lourd. William Irish, Ellery Queen ainsi que Lawrence Block et Isaac Asimov.

Moi — Tu as de bons goûts …

C’étaient tous des romans policiers, des chefs-d’œuvres d’un autre temps.

Hiyori — Tu t’y connais ?

Moi — J’aime aussi le genre mystère.

Hiyori — Je vois.

Shiina rit joyeusement en appuyant ses mains l’une contre l’autre. À ce moment là je me rendis compte que quelque chose n’allait pas avec ces livres. 

Moi — Ils ne viennent pas de la bibliothèque, si ?

Hiyori — Ils sont tous à moi. Je les prends avec moi au cas où je rencontre quelqu’un qui partage mon intérêt pour ces romans comme ça je peux leur prêter. AÀ la base je n’avais qu’un livre mais puisque je ne trouvais personne, ils ont fini par s’empiler.

Moi — Je vois le genre.

Cette fille avait un côté déjanté.

Hiyori — Te retiens pas, prends celui qui te plaît.

Moi — Dans ce cas … je pense choisir du Ellery Queen puisque je ne l’ai pas encore lu. 

Hiyori — Je t’en prie.

Si tout ça n’était que de la comédie alors elle était vraiment douée ! Mais je ne sentais pas ce genre de nature en elle, elle me paraissait vraiment sincère dans sa passion des livres en tout cas.  

Cela dit j’avais forgé une connexion bizarre dans un lieu bizarre. Bien sûr, il fallait que je reste sur mes gardes au cas où c’était un piège de la classe C mais j’étais presque sûr que tout ça n’était qu’une grosse coïncidence.

J’avais promis de lui rendre le livre plus tard et au même moment la sonnerie marquant la fin de la pause-déjeuner retenti.  

4

Comme d’habitude à la fin des cours, on m’envoya un message sur le tchat du groupe.

Haruka — Viens au centre commercial de Keyaki si tu peux. Même endroit que d’habitude.

Un message banal de Haruka. J’allais lui répondre par message mais, au même moment, je reçus une attaque verbale qui eut l’effet d’un poignard.

Horikita — Ton sourire me donne des frissons.

Moi — Tu parles de moi ?

Horikita — À ton avis ? Tu te connais un minimum non ? J’avais vraiment besoin de le préciser ?

Moi — Je peux t’assurer que je ne souriais pas. 

Je ne me rappelais pas avoir senti les coins de ma bouche se curver.

Horikita — Arrête de jouer sur les mots. C’est ton sourir intérieur qui dégoulinait.

Visiblement Horikita pouvait deviner que l’invitation d’une amie m’avait rendu très heureux. 

Horikita — Tu t’intègres parfaitement au groupe on dirait.

La remarque faite, Horikita prit son sac et partit seule.

Moi — Donc je souriais ?

Puisque se faire inviter par des gens faisait plaisir, s’il s’avérait que je souriais pour de vrai alors Horikita n’avait pas à en faire tout un plat.

Moi — Elle aime tant que ça rester seule ?

Je rassemblai rapidement mes affaires et partis de la classe. Si on avait été un groupe normal, il aurait été logique de se rendre à la destination prévue en discutant durant le trajet mais nous n’avions pas de moteur de groupe. On ne se rassemblait que si l’un d’entre nous le voulait. Quand j’arrivai au centre commercial de Keyaki, tout le monde était déjà là.

Yukimura — Et tes activités de club Akito ? 

Miyake — … Je sèche aujourd’hui. Les gars de la C sont encore venus à mon club mais ils n’ont pas cherché la merde.

Ils avaient peut-être été réprimandés.

Miyake — J’ai dit à mes ainés que je ne me sentais pas de venir et qu’il me fallait une pause. Le club est assez tolérant, tu vois.

Même s’il avait demandé une pause, il n’avait pas hésité à dire la vérité. D’un autre côté, s’il avait prétexté ne pas se sentir bien il n’aurait pas pu se montrer publiquement ici en théorie.

Yukimura — On doit vraiment mettre un terme aux attaques de la classe C. Ils commencent vraiment à être intrusifs.

Hasebe — Et si on en parlait à nos professeurs ?

Haruka proposa cela et Akito hocha la tête.

Yukimura — Si tout ce que tu as à leur dire c’est que la classe C te surveille, ça ne mènera à rien. Ça aurait été une autre histoire s’ils s’étaient incrustés dans des zones privées mais c’est dans leur droit de venir visiter les clubs.

Dans les faits ils avaient en effet le droit de venir aussi souvent qu’ils le voulaient, même s’ils se fichaient bien du club lui-même certainement.

Hasebe — J’imagine. La classe C ne nous rend vraiment pas la tâche facile n’est ce pas ? Ahhh, d’ailleurs en parlant de la classe C, j’ai tout vu. C’est pas sympa Boss~

Haruka, qui m’appellait avec des termes déplacés, me tapota à coup de coudes sur les côtés

Moi — Tu as tout vu ? De quoi tu parles ?

Hasebe — Comment ça « de quoi » ? Je parle de toi Kiyopon et Shiina-san de la classe C. Vous avez mangé ensemble.

C’était donc ça. Elle nous avait sûrement vus à la cafétéria. Bien que l’endroit était rempli, il restait moins d’élèves à ce moment là donc ce n’était pas étonnant.

Hasebe — Laisse moi te dire que Airi est préoccupée depuis qu’elle a entendu cette histoire. Elle n’arrête pas de faire tomber son riz partout.

Sakura — Hein ? Tu m’avais promis que tu ne dirais rien Haruka-chan !

Hasebe — Ah oui ? Dans ce cas, oublions ce que je viens de dire.

Comme si on oubliait sur commande !+Enfin avec ce qu’elle venait de dire, j’avais plus ou moins compris. Il était évident qu’elle nous avait réunis ici pour aborder ce sujet justement.

Hasebe — Juste avant noël ? C’est un coup de foudre de dernière minute ?

Yukimura — Vraiment Kiyotaka ? T’es vraiment sociable en fait.

Keisei dit cela d’un ton légèrement agacé.

Hasebe —  Sociable ? Non c’est toi qui est à la ramasse Yukimu ~. Il ne faut jamais négliger l’amour, qui plus est de nos jours où ça va encore plus vite.

Yukimura — Comment ça « plus vite » ? On est qu’en seconde, tu sais.

Hasebe — Ecoute-moi, découvrir l’amour pour la première fois en seconde c’est déjà considéré comme trop tard à notre époque. Dans mon école primaire, des gens de ma classe sortaient déjà avec des collégiens et des lycéens.

Keisei resta bouche bée suite à la déclaration choquante de Haruka, il ne savait plus quoi dire.

Yukimura — P-première fois que j’entends parler de ça.

Hasebe — Ça veut juste dire que tu ne suis pas ce qu’il se passe autour de toi, Yukimu~. La plupart des filles ne sont pas attirées par des gamins.

Je n’étais pas d’accord avec l’idée d’appliquer ce raisonnement à des écoliers toutefois. Enfin c’était sûrement ça qu’on appellait le « progrès », mais Keisei et moi n’étions visiblement pas encore prêts.

Moi — Désolé de gâcher le plaisir mais il n’y a rien de tel me concernant.

Hasebe — T’es sûr ? Tu ne serais pas juste gêné de l’admettre ?

Sakura — T-tu vois ? Je t’ai dit qu’il n’y avait rien, Haruka-chan.

Moi — J’avais quelque chose à faire à la bibliothèque durant le déjeuner et je suis tombé sur elle par hasard. Elle me surveillait probablement de la même manière que Ishizaki et son groupe surveillaient Akito à son club. Elle m’a posé plein de questions et je voulais pas juste l’ignorer, au risque de produire l’effet inverse et de paraître suspect.

Vu le ton que prenait la conversation, ma justification paraissait crédible. Je ne disais que la vérité après tout. Même si notre rencontre n’était qu’une coïncidence, elle voulait probablement profiter de la situation pour me soutirer des informations.

Miyake — Tu as fini par être visé toi aussi Ayanokôji ? Ryuuen déteste tant que ça d’être surpassé par la classe D ?

Disait un Akito irrité, conscient qu’il n’était plus le seul concerné. Mais Keisei commença à analyser cette surveillance d’un autre angle. 

Yukimura — Non, je ne pense pas que ce soit ça. Tu as entendu parler des rumeurs comme quoi il y aurait un autre cerveau à la tête de la classe D, non ? Je ne me suis pas trop atardé là-dessus jusqu’à maintenant mais c’est sûrement pour ça que Ryuuen nous traque. Ayanokôji, elle t’a demandé quoi Shiina au juste ?

Moi — Tu as tout à fait raison, Keisei. Elle pensait sûrement que j’étais une cible facile pour discuter puisque j’étais seul. Elle m’a parlé d’un tas de trucs différents mais elle m’a aussi posé quelques questions sur ce cerveau de la classe, un truc du genre.

Sakura — J-je vois, c’était donc ça. Ce n’était pas un rencard.

Airi, la main sur sa poitrine, se rassura en apprenant que ça n’avait rien à voir.

Moi — Mais je ne savais pas de quoi elle parlait donc je n’ai rien pu lui dire, même si elle me l’avait demandé plusieurs fois. C’était dur pour être franc.

Hasebe — T’avais quand même l’air de t’amuser je trouve.

Moi — Je ne vais pas non plus dire que c’était désagréable, elle reste quand même une camarade de lycée.

Haruka sembla encore me suspecter mais Keisei changea immédiatement de sujet.

Yukimura — Les propos de la classe C sont quand même inquiétants. Je n’aime pas tendre l’oreille mais j’ai appris que Sudou aussi avait été pris dans ces histoires et est allé demander à Horikita des conseils.  

Keisei a dû entendre la conversation avec Sudou ce matin.

Miyake — Et toi Keisei ? Tout se passe bien de ton côté ?

Keisei se mit à réfléchir pour répondre aux inquiétudes d’Akito.

Yukimura — Il ne m’est rien arrivé jusqu’à maintenant, du moins pas directement. Cela dit je mentirais en disant que rien ne m’inquiète. 

Keisei, se rappelant de quelque chose, nous expliqua ce qu’il avait en tête.

Yukimura — Ces jours-ci, j’ai croisé le chemin d’élèves de la classe C plus souvent que d’habitude. Je ne leur ai pas trop prêté attention mais c’était tous des sbires de Ryuuen. Il se peut que je sois aussi ciblé.

C’était très probablement le cas.

Sakura — Je vois … ils ne m’ont encore rien fait pourtant.

Elle leva sa main avec hésitation ne se souvenant de rien dans le genre.

Hasebe — Idem.

Haruka leva sa main comme Airi. Il était difficile de se rendre compte que quelqu’un nous suivait, généralement ce n’était pas quelque chose d’évident.  

Sakura — Peut-être que comme Keisei on a rien remarqué et qu’on nous surveillait depuis tout ce temps.

Hasebe — Ehh~ C’est ce qu’on appelerait un stalker, non ? Flippant.

Il était evident que si un garçon suivait une fille de la même façon, ça causerait des problèmes. Pour éviter cela, Ryuuen utilisait sûrement des filles pour que sa stratégie n’ait aucune faille.

Yukimura — Être surveillé, huh ? C’est peut-être le cas…

Entendant cela, Akito mit sa main devant sa bouche et marmonna quelque chose comme pour dire qu’il s’est souvenu d’un truc.

Miyake — D’habitude quand je finis mes activités de club et que je vous rejoins, il est souvent tard non ?

Yukimura — Oui. Souvent après 18h ou 19h non ?

Miyake — Je sentais qu’il y avait plus d’élèves de la classe C que d’habitude par ici. L’autre jour quand on s’est rencontrés au Keyaki, Komiya était là. Et il est encore là aujourd’hui.

Akito était le plus malin du groupe, il avait un excellent sens de l’observation. Haruka essaya de regarder autour mais Akito l’arrêta aussitôt.

Miyake — Arrête. On ne sait pas ce qu’ils cherchent, il ne faut pas qu’on réagisse.

J’allais le faire s’il n’avait pas réagi. Il valait mieux éviter toute confrontation.

Hasebe — Flippant.

Haruka lança un regard noir dans la direction de Komiya, sans indiscretion.

Hasebe —La classe D aurait un leader caché ?

Haruka ne prenait pas cela au sérieux, elle semblait encore avoir des doutes à ce sujet.

Miyake — Te prends pas la tête avec ça Haruka. Ça ne serait pas la première fois que Ryuuen mentirait. Rien ne dit que quelqu’un comme ça existe dans notre classe.

Akito nia la rumeur mais Keisei ne semblait pas de cet avis.

Yukimura — Je suis sûr que Ryuuen a ses raisons. Il nous fait suivre parce qu’il est persuadé que cette personne existe. Mais dans ce cas, qui ça pourrait être ?

Miyake —T’y crois vraiment ?

Yukimura — Tout cela n’aurait aucun sens sinon.

Akito n’avait pas l’air très convaincu.

Miyake — Comme si les actions de Ryuuen en général avaient un sens.

Akito doutait de Ryuuen, sûrement car il n’avait essuyé que échecs jusqu’à maintenant.

Hasebe — T’en penses quoi Kiyopon ?

La question que je voyais arriver vint enfin.

Moi — Que ce soit vrai ou faux, c’est sûrement à cause de ça qu’ils nous surveillent.

Après nous avoir tous entendus sur le sujet, Haruka croisa les bras et parla.

Hasebe — Donc on parle de quelqu’un qui n’est pas Horikita-san et qui nous a permis de réussir tous nos examens grâce à ses interventions ? Quelqu’un comme Yukimu peut-être ? Il est intelligent et toujours parmi les premiers de la classe.

Yukimura — Je n’ai rien fait de tel. Je ne faisais que suivre durant l’examen de l’île inhabitée et l’examen du bateau.

Keisei soupira trouvant cette remarque pathétique.

Hasebe — Kôenji-kun alors ? On connait tous sa personnalité mais lorsqu’il s’agit de sport ou d’étude, il est dans le top de la classe.

Miyake — Impossible Haruka. Comme tu le dis on sait tous quel genre de personne il est. Tu le vois vraiment agir dans l’intérêt de la classe ?

Son manque de coopération surpassait de loin celui de Horikita, au point où ça paraissait impossible d’être aussi déconnecté.

Hasebe — Il fait semblant peut-être ?

Miyake — Tu veux dire que sa personnalité absurde était juste un masque ?

Hasebe — Peut-être qu’en réalité il est posé et que c’est un stratège… non ?

Ils secouèrent tous la tête.

Yukimura — Impossible. Il est juste capricieux.

Ils connaissaient suffisamment Kôenji maintenant pour affirmer qu’il était juste comme ça de nature.

Yukimura — Même si on ne tenait pas compte de sa personnalité, Kôenji en tant que meneur caché de la classe reste très peu probable. 

Ajouta Keisei qui semblait avoir un argument supplémentaire.

Yukimura — Il a déclaré forfait dès le premier jour pour l’examen de l’île. En d’autres termes, il n’aurait pas été capable de comprendre ce qui se tramait durant l’épreuve. S’il y avait un leader de classe autre que Horikita ça n’aurait pas pu être lui.  

Hasebe — Ahh—je comprends, tu es plutôt convaincant Yukimu.

Miyake — Tout ça c’est en partant du principe que Ryuuen dit vrai. Qu’une entité autre que Horikita existe dans notre classe, pourquoi pas, mais que cette personne planifie seule en secret toutes nos réussites depuis le début je trouve ça gros.

Hasebe — Je vois. T’as sûrement raison.

Yukimura — Mais je pense que cette personne existe.

Miyake — Pourquoi ça Keisei ?

Keisei continua de répondre à Akito qui avait encore ses doutes.

Yukimura — Juste une impression. Si je devais me justifier, je dirais que ça expliquerait l’évolution de la classe D jusqu’à maintenant.

Hasebe — Mais comment Ryuuen-kun aurait su que ce n’était pas grâce à Horikita-san ?

Puisque personne ne savait expliquer pourquoi, la conversation stagna un moment.

Hasebe — C’était peut-être Hirata-kun ? Si je me souviens bien, il avait reçu quelques conseils de Horikita-san durant l’examen de l’île.

Miyake — Donc c’est lui qui aurait en réalité expliqué à Horikita quoi faire ?

Yukimura — Ça ne lui correspond pas d’après moi mais c’est pas impossible.

Au final, Hirata finit par devenir le suspect principal.

Miyake — Je suis sûr que Hirata aussi a été ciblé par Ryuuen.

Hasebe — C’est mauvais … Ça fait déjà 10 personnes de ciblées?

Se dire qu’autant de gens étaient sous surveillance obligeait chacun à monter sa garde. Tout comme Ishizaki surveillait Akito, Hirata était probablement la cible d’un autre. Mais Hirata avait tendance à rester neutre. Je l’imaginais compréhensif même envers les ennemis qu’il devait combattre. Ça faisait quelques temps que je n’avais pas discuté avec Hirata. Il était indéniable qu’avec l’enquête de Ryuuen je ne pouvais pas librement agir. Aucun intérêt de donner aux ennemis ce qu’ils recherchaient.  

Sakura — U-um, Kiyotaka-kun ?

Après avoir entendu tout le monde, Airi s’exprima à son tour avec quelques signes d’hésitation.

Moi — Hmm ?

Sakura — Te fâche pas s’il te plaît mais … est-ce qu’il se pourrait que tu sois le leader caché Kiyotaka-kun ?

Entendant ces mots, les autres se tournèrent tous instantanément vers moi.

Moi — Pourquoi tu penses ça ?

Sakura — C-C’est que, euh … Kiyotaka-kun est toujours calme et il est intelligent… et puis on peut aussi compter sur lui… enfin, je me disais que tu donnais beaucoup de conseils à Horikita-san, donc …

Hasebe — Kiyopon a de bonnes notes au moins?

Yukimura — Il est ni bon ni mauvais.

Keisei remonta ses lunettes.

Je me disais qu’elle était comme ça de nature, la remarque d’Airi n’avait pas de mauvaises intentions puisqu’elle-même ne savait pas ce qui se passait en interne dans la classe.

Sakura — D-désolé. J’ai juste, comment dire, cru que … qu’en donnant des conseils tu devenais la cible de Ryuuen et ça m’a rendue triste.

Moi — Malheureusement, c’est plutôt moi qui en reçoit de la part de Horikita.

Hasebe — On ne peut pas nier que Kiyopon a un côté mystérieux. En plus il est proche de Horikita-san. Il fait un bon suspect.

Miyake — C’est… pas faux. C’est peut-être la raison pour laquelle Shiina l’a directement rencontré.

Lui qui jusqu’à maintenant niait l’existence d’un meneur caché conclua cela.

Yukimura — Il y a effectivement des raisons de douter de Ayanokôji. Même s’il n’y avait pas de leader caché, le fait qu’il soit proche de Horikita peut faire croire qu’il y en a un.

Hasebe — Si c’est le cas, c’est terrible pour toi Kiyopon.

Moi — … Tu l’as dit.

Miyake — Une surveillance poussée de la part de Ryuuen à cause d’un malentendu, huh ? Rien que d’y penser, ça m’irrite. S’il y a qui que ce soit qui te dérange, tu nous le dis, d’accord ?

Dit Akito en posant sa main sur mon épaule.

Moi — Ouais, je le ferai.

Mais cette surveillance n’allait pas continuer indéfiniment. Il suffisait qu’une opportunité se présente pour que Ryuuen commence à attaquer.

5

C’était le lendemain juste après les cours, je soupirai discrètement en étirant mes épaules tendues. Elles étaient ainsi à cause d’une camarade de classe dont les agissements ne faisaient pas de sens à mes yeux.  Cette personne qui n’avait aucune idée de mes soucis vint me voir. Sa jupe valsant légèrement dans l’air, elle s’arrêta devant moi.

— Dis, Ayanokôji-kun, t’as quelque chose à faire aujourd’hui ? 

La fille qui me parlait était Satô, de ma classe.

Satô — Si ça te convient, pourquoi on n’irait pas boire du thé sur le retour ?

Me demanda-t-elle en faisant virevolter ses cheveux, avec l’un de ses doigts de la main gauche. Comment la présenter … je la voyais comme une élève audacieuse et agressive. Elle se comportait comme si elle s’était déjà déclarée à moi et qu’elle venait m’inviter à un rencard. Ma voisine de table, Horikita, ne porta aucune attention à notre conversation, se contentant de ranger ses affaires et de quitter la classe. Je sentis cependant les membres de mon groupe observer la situation. “Pourquoi une fille populaire comme Satô parle à Ayanokôji ? » c’était sûrement ce qu’ils se demandaient surtout Haruka, la spécialiste des potins.  

Moi — Hmm…

Je n’avais rien de prévu ce jour-là. Nos reunions de groupe n’étaient pas obligatoires et je me fichais de leur regard. Mais j’étais inquiet.

Satô — Je tombe mal ?

Ne lui ayant pas répondu de suite, elle me demanda cela, gênée.

Moi — Désolé, Satô. Je ne peux pas aujourd’hui.

J’avais hésité un peu mais je finis par refuser car mes épaules étaient tendues. Mais surtout, j’étais inquiet car depuis ce matin jusqu’à la fin des cours, j’étais dérangé par les regards qui étaient portés sur moi de temps à autre. Même durant ma conversation avec Satô, ce regard resta braqué sur moi. Il venait de notre professeur. Chabashira-sensei resta dans la classe même après les cours. Elle faisait semblant de remplir quelques documents mais il était évident qu’elle me regardait de temps à autre. Elle semblait vouloir me parler.

Moi — J-Je vois. À plus, Ayanokôji-kun.

Je me sentais mal de décevoir Satô mais elle ne tombait juste pas au bon moment. Je sortis dans le couloir pour faire comme si je la raccompagnais mais c’était surtout pour rentrer chez moi. En faisant ça, le problème était résolu … Mais au final, le danger n’avait fait que se rapprocher davantage. Tout de suite après, Chabashira-sensei quitta la classe et m’approcha. J’avais raison, c’était à moi qu’elle voulait parler. J’avais bien fait de décliner l’offre de Satô. J’avais quitté le couloir pour éviter tout soupçon et m’étais dirigé vers un escalier menant aux vestiaires. 

Mlle. Chabashira — … Ayanokôji.

Elle profita du peu de monde autour pour réduire la distance et m’appeler.

Moi — Vous me voulez quelque chose ?

Mlle. Chabashira — Oui, suis-moi. Je dois te parler.

Moi — Hmm, j’ai un rendez-vous avec Horikita bientôt.

Mlle. Chabashira — Je ne veux pas paraître irresponsable en gâchant ton rendez-vous mais les circonstances m’y obligent.

Le visage de Chabashira-sensei montrait des signes de vulnérabilité, ce qui n’était pas normal pour quelqu’un comme elle vu qu’elle exprimait rarement ses émotions.

Moi — J’ai un mauvais presentiment.

Mlle. Chabashira — Malheureusement c’est très urgent, tu ne peux pas refuser.

Je ne voulais pas vraiment lui obéir mais je n’étais pas en capacité de décliner les ordres d’un professeur non plus. Le peu de résistance que je lui avais montré jusque là avait semblé inutile alors je ne pouvais que la suivre.  Nous quittâmes l’espace pour les élèves et arrivâmes à cet endroit.

Moi — L’accueil ? De quoi va-t-on parler qui nécessite de venir jusqu’ici ? Il est encore trop tôt pour parler orientation, non ?

Mlle. Chabashira — Tu comprendras assez vite.

J’avais tenté une petite blague mais elle ne sembla pas vouloir répondre aux question de son élève. Mais plus que ce qui se trouvait derrière cette porte, c’était surtout Chabashira-sensei qui m’intriguait. Son calme légendaire semblait mis à l’épreuve. Même si je m’attendais à la personne derrière la porte, paniquer ainsi ne lui ressemblait absolument pas. Et sans s’apercevoir que ses réactions me paraissaient suspectes, Chabashira-sensei toqua.

Mlle. Chabashira — Monsieur le directeur, voici Ayanokôji Kiyotaka-kun.

Le directeur, huh ? C’était le genre de personne avec lequel un élève n’échangeait pas jusqu’à la cérémonie des diplômés.

Directeur — Entrez s’il vous plaît.

J’entendis une voix douce mais dignifiée, ce qui collait à son âge. Chabashira-sensei ouvrit la porte. Un homme dans la soixantaine était assis sur le sofa. Je l’avais déjà vu plusieurs fois, que ce soit à la cérémonie de bienvenue ou à la fin du trimestre, cet homme était, sans aucun doute, le proviseur de l’école.

Il ne paraissait pas détendu cela dit, quelques gouttes de sueur pouvaient être aperçues sur son front. En face de lui il y avait une autre personne. J’avais compris désormais la raison de ma venue ici.

Proviseur — Bien, maintenant vous pouvez discuter tous les deux… Cela vous convient ?

— Bien entendu.

Proviseur — Je vais quitter la pièce mais prenez tout le temps qu’il faut. Si vous voulez bien m’excuser.

L’homme assis en face du proviseur était dans la quarantaine. Même si le proviseur avait deux fois l’âge de cet homme, il se comportait tout de même avec politesse et prudence en lui parlant. Il quitta ensuite la pièce comme s’il fuyait de son propre territoire.

Mlle. Chabashira — Dans ce cas, je vais faire de même…

Elle s’inclina également devant cet homme et partit avec le proviseur. J’avais remarqué des signes d’inquiétude dans ses yeux lorsqu’elle me regarda une dernière fois avant de partir. Une fois la porte fermée, je n’entendis plus que le son léger émis par le système de chauffage. Alors que je restais là, debout, sans dire un mot, l’homme en question se mit à parler d’un ton calme.

— Viens t’asseoir. Je viens te parler en personne après tout.

Cela faisait un an, non… plutôt un an et demi que je n’avais pas entendu la voix de cet homme. Sa façon de parler et le ton qu’il utilisait n’avaient pas changé. Je ne voulais pas nécessairement qu’il change aussi.

Moi — Je ne compte pas mener une conversation suffisamment longue pour m’asseoir. Je prévois de rencontrer quelques amis plus tard.

— Amis ? Ne me fais pas rire. Tu es incapable de ce genre de choses.

Il n’avait même pas vu ma façon de vivre mais était tout de même persuadé d’avoir raison. Il était toujours comme ça, convaincu que tout ce qu’il disait était vrai.

Moi — Qu’on parle ou non ne changera rien. 

— Je peux donc en conclure que tu acceptes ? Dans ce cas, pas besoin de parler. Je suis occupé également, j’ai profité d’un moment de liberté pour venir.

Il ne faisait même pas attention à ce que je voulais dire et conclus directement.

Moi — Je ne sais pas ce que tu cherches comme réponse.

— J’ai préparé les papiers pour te faire sortir d’ici. J’en parlais au proviseur plus tôt. Tout ce que tu as à dire c’est « oui » pour qu’on en finisse avec tout ceci.

Il avait remarqué que je tentais de tourner autour du pot et sauta directement au sujet principal.

Moi — Je ne vois pas pourquoi je devrais.

— Peut-être toi mais ce n’est pas le cas pour moi.

Il me regarda pour la première fois. Son regard tranchant n’avait pas pris une ride, je pensais même qu’il s’était renforcé avec l’âge. Des pupilles ressemblant à des pointes d’épées aiguisées, comme s’il pouvait directement sonder les cœurs. Plein de gens avaient dû se sentir agressés par ce regard et je continuais de lui faire face.

Moi — Tu veux dire qu’un parent, en ce moment, souhaite briser les rêves d’un enfant pour ses propres intérêts ?

Pr. Ayanokôji — Parent tu dis ? Tu ne m’as jamais considéré comme un parent.

Moi — C’est vrai.

J’avais des doutes quant au fait qu’il m’eut déjà considéré comme son enfant pour commencer. On se considérait probablement comme père et fils sur le papier uniquement. 

Pr. Ayanokôji — Tu as décidé des choses tout seul alors que je t’avais simplement ordonné de patienter.

Il rajouta cela, oubliant de me dire de m’asseoir. Puis il continua.

Pr. Ayanokôji — Tu as défié mes ordres et tu as rejoins cette école. Je te somme de la quitter dans l’immédiat. Suis-je bien clair ?

Moi — Tes ordres ne valaient qu’à l’intérieur de la White Room. Désormais, je ne suis plus sous l’obligation de les suivre.

C’était une logique simple. Mais évidemment ça n’allait pas lui convenir.

Pr. Ayanokôji — Tu es devenu plutôt bavard depuis la dernière fois que je t’ai vu. Je vois que cette école sans valeur t’a influencé.

Posant sa joue contre sa main, cet homme me regardait comme s’il voyait des excréments.

Moi — En tout cas, dis-moi plutôt ta réponse à ma dernière question.

Pr. Ayanokôji — La question inutile disant que tu n’as plus à m’obéir ? Tu m’appartiens. Le propriétaire peut utiliser sa propriété comme il l’entend. Je n’ai pas besoin de t’expliquer cela. Que tu vives ou que tu meurs c’est à moi de décider.

Être capable de dire cela avec tant d’honnêteté dans un Etat de droit, quelle personne insensée.

Moi — Peu importe à quel point tu insistes, je ne compte pas partir d’ici.

Je pouvais lui répondre ce que je voulais, on revenait toujours au point de départ. Il détestait perdre du temps avec des discussions inutiles. Quelle était la prochaine étape du coup ? Il allait forcément jouer sa prochaine carte.

Pr. Ayanokôji — Tu n’es pas curieux de savoir ce qu’est devenu Matsuo, celui qui t’avait parlé de cette école et t’avait suggéré de t’y inscrire ?

Moi — Pas vraiment.

Je me rappelais de ce prénom, son visage apparut dans ma tête.

Pr. Ayanokôji — Il s’occupait de toi en tant que majordome pendant un an. Au final, il n’a pas suivi les ordres de son employeur.

Il parlait sans cesse puis s’arrêta soudainement. En faisant cela, il pouvait structurer ses propos et faire comprendre à son auditeur la gravité de la situation. Avec un ton grave et un regard profond, l’auditeur comprenait que la discussion allait prendre une mauvaise tournure et commençait à réaliser la gravité de la situation.

Pr. Ayanokôji — T’apprendre à fuir mon emprise avec l’existence de cette école puis ignorer ma volonté alors que je suis ton tuteur en envoyant les papiers d’inscription derrière mon dos… C’était vraiment inconscient de sa part.

Il prit la tasse de thé préparée par l’école et but un peu.

Pr. Ayanokôji — C’est un acte inexcusable et impardonnable. Bien sûr il devait être puni.

Ce n’était pas une menace, il étalait juste les faits sans y rajouter son ressenti.

Pr. Ayanokôji — Tu l’as sûrement déjà compris. Je l’ai viré.

Moi — Tu es son employé, c’est une raison valable.

Cet homme qui était mon majordome approchait les 60 ans. Il était incroyablement bon pour s’occuper des autres et était attachant. Le genre d’homme qui plaisait à tous les enfants, bien que du côté personnel la vie ne l’ait pas gâté à ce niveau. En effet, il s’était marié jeune mais n’eut son premier enfant que dans la quarantaine, et sa femme y resta. Son fils avait mon âge et je me souvenais l’entendre vanter son enfant à chaque occasion. Je n’avais jamais rencontré son fils mais Matsuo m’avait dit qu’il travaillait vraiment dur pour un jour repayer son père pour tout ce qu’il avait fait. Son sourire était encore ancré dans mes souvenirs.

Pr. Ayanokôji — Tu as dû en entendre parler de lui, son fils qu’il aimait tant.  

Il avait dû s’apercevoir que je pensais à eux avant de continuer.

Pr. Ayanokôji — Á la période durant laquelle tu t’es inscrite ici, Matsuo avait aussi réussi son examen difficile et avait pu accéder à une école privée réputée. Il avait dû faire tant d’efforts pour y parvenir.

Il fit une pause pendant un moment puis continua.

Pr. Ayanokôji — Mais il a finalement été expulsé.

Ses mots étaient simples, la signification évidente.

Il me faisait comprendre de façon implicite qu’il avait annulé l’admission de son fils pour le punir. Parce qu’il avait le pouvoir de le faire.

Moi — Et donc ? Quelqu’un comme toi s’est arrêté là ? C’est gentil.

Pr. Ayanokôji — Son fils était quelqu’un de fort. Même après cette exclusion, il ne se montra pas affaibli. Il s’était inscrit dans d’autres écoles. Je faisais en sorte qu’il soit refusé dans chacune d’entre elle cela dit. J’arrêtais chacune de ses tentatives jusqu’à ce qu’il finisse par abandonner. De même pour Matsuo. J’avais propagé sa mauvaise réputation jusqu’à ce qu’il ne puisse plus trouver d’emploi. En fin de compte, son fils a perdu son parcours scolaire et il est devenu chômeur.   

C’était un discours expliquant comment, à cause de mes actions, Matsuo et son fils avaient perdu tout ce qu’ils avaient. Ce n’était pas une fiction mais bien la réalité. Cela dit, si c’était tout ce qu’il voulait me dire, c’était décevant.

Pr. Ayanokôji — Tu n’es toujours pas étonné j’imagine. Puisqu’ils n’ont pas respecté les ordres de leur employeur, tout cela n’est qu’une simple compensation. Mais il semblerait que tu ne t’attendais pas à ce que ça aille aussi loin. C’était un homme bon et responsable depuis le début. Il avait perdu sa femme tôt et avait élevé son fils tout seul, il était en plein chagrin en se disant que ses actions avaient volé le futur de son fils. Il ne voyait qu’une façon de sauver son fils. Pour réparer ses erreurs, il m’avait supplié de ne plus toucher à son fils avant de s’immoler par le feu le mois dernier. 

C’est là qu’il voulait en venir avec tout ce discours. Il voulait me montrer comment mes actions étaient liées à la tragédie des autres.

Pr. Ayanokôji — Son fils travaille maintenant à temps partiel sans savoir s’il survivra au lendemain. Pas de rêves, pas d’espoir. Sa famille est en ruines par ta faute. Son fils doit te detester. Pas de pardon même après la mort.

Alors que je m’apprêtais à dire « et donc », les coins de sa bouche se courbèrent légèrement.

Pr. Ayanokôji — L’homme qui avait pris soin de toi, celui qui t’a sauvé est mort et tu t’en fiches. Matsuo se retournerait dans sa tombe s’il voyait ton attitude. L’attitude de celui sur lequel il a parié sa vie.

Vrai ou pas, Matsuo et son fils perdirent tout ce qu’ils avaient à cause de cet homme. Je n’avais pas à ressentir de regrets envers un homme mort. Cela dit cette personne ne cherchait pas à me faire culpabiliser. Il ne voulait pas non plus que je me montre empathique. Il voulait simplement m’en informer. Me dire qu’il ne montrait aucune pitié envers les personnes qui l’avaient enragé. Rien de plus rien de moins.

Moi — Pour commencer, je n’ai aucune preuve de ce que tu avances.

Pr. Ayanokôji — Il y a un acte de décès confirmant la mort de Matsuo. Je peux te l’apporter si besoin.

« Demande-moi quand tu veux », c’est ce qu’il me disait.

Moi — S’il est vraiment mort, j’ai toutes les raisons de ne pas partir d’ici. Si Matsuo m’avait aidé à m’inscrire en sachant les conséquences, je me dois de réussir en son nom.

Une réponse probablement ridicule pour lui.

Pr. Ayanokôji — Tu as vraiment changé, Kiyotaka.

Je comprenais pourquoi il disait ça. J’avais toujours suivi ses… non plus précisément, les ordres de la White Room. C’était tout mon monde. Son plus gros échec était probablement cette période floue qui avait duré une année me concernant.

Pr. Ayanokôji — Que s’est-il passé pendant cette année ? Qu’est ce qui t’a fait décider de choisir cette école pour commencer ?

Il le savait mais je le dis quand même.

Moi — Certainement, tu nous as fourni la meilleure éducation qui soit. Tu usais peut-être de méthodes peu morales mais je ne vais quand même pas rejeter la White Room. C’est pour cette raison que je ne compte pas parler de mon passé à qui que ce ne soit ni te mettre dans une position délicate. Toutefois, tu ne fais que poursuivre un idéal de façon obsessionnelle. Le résultat de ces poursuites excessives, c’est moi.

J’étais un lycéen de 16 ans qui était en seconde. Mon savoir cela dit excédait de loin celui qu’on pouvait apprendre en toute une vie. Je l’avais compris, j’avais été fait pour le comprendre. Les humains avaient une curiosité quasi-infinie.

Moi — Tu nous as appris beaucoup de choses. Non seulement l’art et les sciences mais aussi les arts martiaux, le self-defense, la sagesse et bien plus. C’était grâce à tout celà que je voulais en savoir davantage sur ce monde que tu as rejeté.

Pr. Ayanokôji — Est-ce que ta conclusion, la réponse à cette question, a quoi que ce soit à avoir avec ta fuite ?

Moi — Est-ce que je pourrais apprendre dans cette école les mêmes choses qu’à la White Room ? Ce qu’est la liberté, comment on se sent lorsque rien ne nous retient. Je n’aurais pas pu apprendre tout ça là-bas.

C’était un fait que lui-même ne pouvait pas nier. La White Room était peut-être l’endroit le plus optimal pour élever un humain, mais on ne pouvait pas tout y apprendre. C’était une institution qui rejetait radicalement tout ce qui était considéré comme inutile.

Moi — Matsuo m’avait expliqué, que le seul endroit au Japon où tu ne pourrais pas m’atteindre était ici.

Si j’avais patiemment attendu de recevoir des ordres au lieu de choisir cette école, ou si j’avais pris une décision différente, on m’aurait sûrement fait revenir à la White Room. En d’autres termes, il était hors de question de quitter cette école.

Pr. Ayanokôji — Il y a des choses que je ne comprends pas mais il semblerait que je n’ai pas d’autre choix que d’accepter la situation comme elle est. Je vois maintenant pourquoi avoir fermé temporairement l’institution avant que le plan ne soit accompli ait été une erreur. De penser qu’une année seulement a suffit à mettre en péril 16 ans de travail. Qui plus est, tu as réussi à te cacher dans un endroit où je ne peux pas t’atteindre.

Je savais que cette fermeture temporaire était un souvenir douloureux pour lui. C’était la raison pour laquelle il voulait tant que je revienne. Mais prendre contact seulement une demi-année après avec moi… Il avait certainement dû se passer autre chose que je ne savais pas. Est-ce que la personne qui gérait notre établissement était quelqu’un de puissant ?

Pr. Ayanokôji — Je comprends maintenant pourquoi tu es venu ici, mais ne crois pas pour autant que tout est fini. Comme pour le fils de Matsuo, je peux te faire quitter cette école de force tu sais.

Moi — Je ne crois pas que tu puisses interférer avec cette école dans ton état actuel puisque celle-ci est maintenu par le gouvernement.

Pr. Ayanokôji — Qu’est-ce qui te fait dire ça ? Tu n’as aucune preuve pour soutenir ce que tu affirmes.

Moi — Tout d’abord, les gardes du corps qui t’entourent ne se trouvent nul part. Tu fais des choses qui en énervent plus d’un donc je te vois mal te séparer d’eux. Pourtant, ils ne sont même pas dans le couloir on dirait.

Il prit la tasse et but le thé désormais tiède.

Pr. Ayanokôji — Pourquoi prendrais-je des gardes du corps dans un lycée ?

Moi — Tu es prudent. Tu leur demandais même de te défendre aux toilettes. J’ai plutôt l’impression que tu as dû t’en passer malgré toi, à cause des consignes des autorités derrière cette école. En refusant, ils ne te laissaient pas entrer.  

Pr. Ayanokôji — Tu n’as toujours pas de preuves.

Moi — Ensuite, si tu avais le pouvoir de m’expulser, tu l’aurais fait en un clin d’oeil. Mais tu ne l’as pas fait, à la place, tu t’es déplacé jusqu’ici pour me convaincre de partir.

Cela ne collait pas.

Moi — Et encore une chose, si tu tentais tes manigances dans un territoire ennemi comme cette école et que cela s’ébruitait, tes ambitions, ton retour… Tout ça ne serait plus qu’un rêve lointain, n’est-ce pas ?

Pr. Ayanokôji — … Est-ce que c’est Matsuo qui t’a mis tout ça dans le crâne ? Même mort il continue de m’harceler.

Moi — Je n’ai pas eu besoin de lui pour apprendre ça.

Il ne m’avait appris aucun de ces détails pour commencer, j’étais juste capable de les trouver tout seul. Cet homme ne pouvait pas être stoppé si on ne l’attaquait pas sans pitié et Matsuo le savait sûrement lui aussi.

Moi — Même en mettant de côté la fermeture de l’institution et son influence, il y a une autre chose à savoir. Peu importe à quel point l’éducation est parfaite, tous les humains finissent par connaître une période de rébellion.

Une petite quinzaine d’années d’éducation ne pouvait pas rivaliser avec l’ADN inscrit en nous depuis des millénaires.

Pr. Ayanokôji — Parlons plutôt de la raison pour laquelle quelqu’un comme toi, qui avait un avenir tout tracé, a dérapé. Tu sais très bien que tu me racontes des foutaises. Explique-moi pourquoi ?

Moi — La forte curiosité et l’envie de décider de ma destinée. C’est tout.

Pr. Ayanokôji — Balivernes. Ta seule destinée est celle que je t’ai préparée. Tu es celui qui un jour me remplacera et dirigera le Japon. Pourquoi tu ne t’en rends pas compte ?

Moi — Ça c’est juste ta fantaisie.

Pr. Ayanokôji — Je n’arrive pas à t’atteindre visiblement.

Moi — Il semblerait que l’on soit d’accord pour une fois.

Peu importe les tentatives, on était toujours aux antipodes On n’arrivait jamais à aboutir sur des compromis.

Pr. Ayanokôji — La White Room s’est relancée. Cette fois-ci, elle sera parfaite. J’ai également prévu des choses pour rattraper le temps perdu.

Moi — Dans ce cas tu dois avoir plein d’héritiers qui te remplaceront. Pourquoi perdre ton temps avec moi ?

Pr. Ayanokôji — Certes, mais personne n’a encore ton talent. 

Moi — À d’autres.

Pr. Ayanokôji — Comme si la flatterie avait effet sur toi.

Il marquait un point.

Pr. Ayanokôji — C’est mon dernier mot, Kiyotaka. Réfléchis bien avant de répondre. Qu’est-ce que tu souhaites ? Partir de cette école de ton plein gré ou laisser ton parent te forcer à la quitter ?

Il semblait déterminé à l’idée de me traîner hors de cette école, peu importait les moyens. Je n’avais aucune idée des plans qu’il allait développer pour atteindre son objectif mais ça ne valait pas la peine de les écouter.

Moi — … Je ne compte pas revenir.

Je lui répondis rapidement, brisant le silence ambiant.

Moi — Je ne sais pas si toi tu y trouves ton intérêt, mais moi je ne compte pas arrêter d’apprendre. Les méthodes de cette école sont peut-être différentes, mais elle aussi est en train de former des élèves talentueux. C’est dans cette école que j’ai placé mes espoirs.

Pr. Ayanokôji — Foutaises. Tu ne comprends pas quel genre d’endroit est cette école. Ce n’est rien de plus qu’une cabane où se réunit la foule. Il doit y en avoir dans ta classe aussi. Des incapables qui n’évolueront jamais.

Moi — La foule ? C’est faux. C’est un endroit qui me permet de voir si les gens sont égaux ou pas. Ils ont une politique plutôt intéressante je trouve.

Pr. Ayanokôji — Donc tu penses que même des incapables peuvent évoluer et jouer dans la même cours que les génies ?

Moi — C’est ce que je souhaite.

Pr. Ayanokôji — À quel point vas-tu t’éloigner de mes doctrines ?

Moi — On devrait en rester là, tu le sais bien que ça ne mènera nulle part.

Alors que je lui montrais ma volonté de finir la conversation, un bruit provenant de l’accueil résonna.

— Excusez-moi.

Quand la porte s’ouvrit, un homme, visiblement dans sa quarantaine, apparut. Il devint en quelques sortes vigilant en voyant cet invité soudain.

— Cela faisait longtemps, Ayanokôji-sensei.

L’homme s’inclina. C’était comme si on assistait à une scène entre un subordonné et son patron.

Pr. Ayanokôji — … Sakayanagi. Ce visage me rend nostalgique. Ça doit faire 7 ou 8 ans je dirais.

M. Sakayanagi — Oui, depuis que j’ai remplacé mon père en tant que Président du Conseil. Le temps passe vite.

Sakayanagi ? Je me sentais un peu incongru après l’avoir entendu se présenter sous ce nom.  Je ne pouvais m’empêcher d’associer son nom à celui de Sakayanagi Arisu de la classe A.

M. Sakayanagi — Tu dois être le fils d’Ayanokôji-sensei… Kiyotaka-kun c’est ça ? Je suis enchanté de te rencontrer.

Il pencha légèrement sa tête en me parlant.

Moi — Merci pour tout. On en a fini donc je vais m’en aller.

M. Sakayanagi — Ah. Peux-tu attendre encore un peu ? J’aimerais vous parler à tous les deux.

Je ne pouvais pas lui dire non, pas au Président du Conseil de l’école.

M. Sakayanagi — Bien dans ce cas, allons nous asseoir.

J’acceptai son invitation et il s’assit à côté de moi.

M. Sakayanagi — Le proviseur m’a expliqué la situation. Il semblerait que vous souhaitez le pousser à quitter cette école ?

Si le président se servait de son autorité pour m’expulser, j’étais coincé.

Pr. Ayanokôji — Tout à fait. C’est son parent qui le demande donc commencez la procédure.

Je me demandais comment le président du conseil, M. Sakayanagi allait lui répondre. S’inquiétant d’autre chose, Sakayanagi regarda cet homme dans les yeux et répondit.

M. Sakayanagi — Vous avez tort. Il est vrai que les parents ont une certaine autorité sur leurs enfants. Il y a des cas dans lesquels la forte volonté du parent prime sur les désirs de l’élève. Toutefois, il faut prendre en considération les faits et les motifs. Par exemple s’ils ont été victimes d’harcèlement, ça pourrait être pris en considération. Est-ce que ça te concerne, Kiyotaka-kun ?

Moi — Pas du tout.

Pr. Ayanokôji — C’est une blague. Ce n’est pas mon problème. Je veux juste qu’il quitte l’école qu’il a rejoint sans mon autorisation.

M. Sakayanagi — Aller au lycée n’est pas obligatoire. C’est l’élève qui choisit l’école dans laquelle il va. Evidemment, si les parents payaient des choses comme les frais de scolarité cela aurait été une autre histoire. En l’occurrence toutes les dépenses de cette école sont couvertes par le gouvernement donc l’argent et le matériel ne posent pas problème. C’est pourquoi l’autonomie des élèves est ce qui prime à nos yeux. 

Je m’attendais à ça mais j’étais tout de même reconnaissant de l’entendre prononcer ces mots.  Et en même temps, j’avais compris. Matsuo m’avait une fois dit, à la White Room, que cette école m’aiderait à échapper. Il m’avait déclaré cela parce qu’il était au courant de l’existence de cet homme. Il discutait avec mon père sans aucune crainte. Et ça marchait. Contrairement au proviseur qui s’inclina de suite face à son autorité, cet homme semblait être quelqu’un sur qui je pouvais compter.

Pr. Ayanokôji — Toi aussi tu as bien changé. Ou est passé celui qui m’obéissait sans sourciller ?

M. Sakayanagi — Je continue de vous admirer Ayanokôji-sensei. Mais si j’ai remplacé mon père c’est parce que je suis d’accord avec les valeurs qu’il a transmise en construisant cette école. Je suis sûr que vous le savez mieux que quiconque. Aucune de ces valeurs n’ont changé depuis son époque.

Pr. Ayanokôji — Je ne vais pas t’empêcher de fonctionner à ta manière. Libre à toi de succéder ton père. Mais dans ce cas pourquoi tu as accepté Kiyotaka dans cette école ?

Ayant encore des doutes, il commença à interroger le président Sakayanagi.

M. Sakayanagi — Pourquoi ? Après avoir lu son rapport d’entretien et ses résultats, j’en ai conclu qu’il était qualifié pour accéder à cette école.

Pr. Ayanokôji — N’esquive pas la question. Je sais que cette école ne fonctionne pas comme les autres. Kiyotaka n’était même pas un candidat pour admission. Je sais que les entretiens et les examens sont une farce.

Entendant cela, l’expression du président Sakayanagi changea, le doux sourire qu’il avait jusqu’à maintenant disparut.

M. Sakayanagi — … Alors que vous n’étiez plus sur le devant de la scène, c’est incroyable que vous soyez toujours aussi bien informé.

Pr. Ayanokôji — La lettre de recommandation le concernant a dû être soumise en cachette car, sans ça, même le plus excellent des élèves ne peut pas intégrer ton établissement.

Ils parlaient de quelque chose qu’un simple élève n’aurait jamais dû savoir.

Pr. Ayanokôji —Kiyotaka ne faisait pas partie de votre liste de candidats.

M. Sakayanagi — C’est juste. Son nom ne figurait pas dans la liste des élèves censés être admis. Normalement, quand un élève ne faisant pas partie de cette liste postule pour l’école, il est refusé d’office. Pour camoufler la chose, nous avons mis en place les entretiens et les examens. Ce garçon était le seul qui a été accepté et c’était suite à ma décision personnelle. Vous voulez peut-être le récupérer mais pour le moment c’est un de mes précieux élèves et je suis sous l’obligation de le protéger même si la demande vient de vous. Lui seul peut décider de quitter l’établissement.  

Pr. Ayanokôji — Ne te fiche pas de moi.

Son regard se dirigea vers moi. Cela dit, le president Sakayanagi continua.

M. Sakayanagi — Bien entendu, nous n’allons pas ignorer l’opinion d’un parent. Si vous souhaitez toujours son expulsion, nous allons mener une discussion entre Kiyotaka-kun et l’école pour arriver à un consensus.

C’était une autre façon de dire non à l’expulsion. Il était évident que cet homme n’avait plus de cartes à jouer.

Pr. Ayanokôji — Je ne peux certes pas te pousser à faire l’impossible. Toutefois, si c’est ça ta réponse alors je dois juste changer de méthode.

M. Sakayanagi — Que comptez-vous faire ? Si vous tentez quelque chose d’extrême—

Pr. Ayanokôji — Je comprends, je ne compte pas te mettre la pression.

Le fait que cet homme, un expert de la contrainte, n’allait pas se servir de ses méthodes montrait qu’il en était incapable à cet endroit.

Pr. Ayanokôji — Ça ne devrait pas poser problème si Kiyotaka est viré en utilisant les règles du lycée n’est-ce pas ?

M. Sakayanagi —  Je vous promets que je ne lui ferai pas de traitement de faveur parce qu’il est votre fils, professeur.

Pr. Ayanokôji — Dans ce cas, je vais prendre congé.

Il se leva du canapé.

M. Sakayanagi — Quand nous verrons-nous de nouveau ?

Pr. Ayanokôji — Ce qui est sûr c’est que ce ne sera pas ici.

M. Sakayanagi — Je vous raccompagne alors.

Pr. Ayanokôji — Pas besoin.

J’en profitai pour m’adresser à lui.

Moi — Si tu te vois comme un parent, pourquoi ne pas visiter cette école de temps à autre ?

Pr. Ayanokôji — Un endroit comme celui-ci ? Une fois m’a suffit.

Terminant sur ces mots, il quitta le bureau.

M. Sakayanagi — Pfiou. Comme d’habitude, quand le professeur est dans les alentours ça devient tendu. Ça a dû être difficile pour toi aussi, non ?

Moi — Non. Pas vraiment.

Tout ce que j’avais retenu c’était son « comme d’habitude ». Maintenant que nous étions seuls, le président se calma et me regarda avec bienveillance.

M. Sakayanagi — Tu vois, je te connais depuis longtemps. On ne s’est jamais parlé mais je t’ai toujours surveillé à travers la vitre. Le professeur parlait tout le temps de toi, tu sais ?

Moi — Ah bon ? Ça explique des choses.

M. Sakayanagi — Comment ça ? … Je ne vois pas ce que tu veux dire.

Moi — Non rien. Plus important, M. Sakayanagi, à propos de l’élève faisant partie de la classe A—

M. Sakayanagi — Tu parles d’Arisu ? C’est ma fille.

Moi — C’était donc bien elle.

M. Sakayanagi — Ahh, ce n’est pas parce que c’est ma fille qu’elle est en classe A. Je ne fais pas de traitement de faveur.

Moi — Ne vous justifiez pas, je voulais juste rebondir sur autre chose.

Ceci expliquait pourquoi elle me connaissait. Ça n’avait rien d’étonnant si c’était la fille de cet homme.

Moi — Je suis juste curieux à propos de ce qu’il avait dit plus tôt.

M. Sakayanagi — Á propos de l’histoire derrière ton admission ?

Moi — Oui.

M. Sakayanagi — Oui. Comme l’a expliqué Ayanokôji-sensei, cette école n’admet que les collégiens du pays qui avaient passé un interrogatoire préliminaire et qui ont par la suite été jugés comme aptes. Chaque année, on travaille avec les administrations de tous les collèges pour obtenir les rapports de leurs élèves. Les examens et les entretiens ne sont que des formalités. Même si l’on a 0 au test, on est quand quand même admis si on faisait partie de la liste des candidats. Des élèves venant des quatre coins du pays postulent dans cette école cela dit donc les examens sont une façon de les repousser. Même un sans-faute à l’examen ou un un bon entretien ne changeait pas la chose.

Ça suffisait pour me convaincre. Des élèves comme Sudou, Ike et d’autres qui n’étaient pas des plus brillants ainsi que des élèves comme Hirata et Karuizawa qui avaient plein de problèmes dans le passé avaient pu être admis grâce à ce système. Les choses comme le bon sens et les capacités académiques passaient au second plan dans cette école.

M. Sakayanagi — Quant à ton cas, à partir du moment que j’avais décidé de t’admettre ici, tu étais accepté. Obtenir 50% dans toutes les épreuves écrites n’influençait pas non plus tes chances de succès ou d’échec.

C’était vraiment une école unique. Il était très probable que ce soit la seule école de ce genre au Japon.  

M. Sakayanagi — Toi tout comme Ayanokôji-sensei, tu dois te demander pourquoi cette école, gérée par le gouvernement, n’admet pas les élèves en se basant sur l’ensemble de leurs capacités. Tu comprendras dans le futur la doctrine que nous prônons concernant le système éducatif et les fruits que nous cherchons à récolter.

Le president Sakayanagi rayonnait de confiance en lui. 

M. Sakayanagi — J’ai fini par trop en dire alors je vais devoir m’arrêter là. Tu restes un élève et je suis le président de l’établissement.

Il m’avait sûrement raconté toutes ces choses parce que j’étais dans une position délicate, étant la cible des attaques de mon père.

M. Sakayanagi — En tant que responsable, je protégerai mes élèves tant que ces derniers respectent les règles. Tu vois où je veux en venir ?

Si je ne me comportais pas comme il fallait, il ne pouvait rien faire pour moi.

Moi — Bien sûr. J’ai mon idée quant à ce que mon père complote.

Ses options pour me faire virer de cette école étaient très limitées.

Moi — Bien dans ce cas, veuillez m’excuser je vais devoir y aller.

M. Sakayanagi — Très bien. Bon courage.

Après avoir entendu ses mots d’encouragement, je quittai le bureau. Une fois dehors, je vis Chabashira-sensei qui attendait un peu plus loin que notre conversation se termine.  Je m’inclinai devant elle avant de tenter de la passer mais elle se mit à marcher à mon rythme.

Mlle. Chabashira — Comment était le duel avec ton père ?

Moi — C’est inutile de chercher à vous renseigner de façon si imprudente. J’ai déjà tout compris.

Mlle. Chabashira — … Comment ça tu as tout compris ?

Moi — Je dis que tout ce que vous m’avez raconté n’était que mensonge.

Mlle. Chabashira — De quoi tu parles ?

Moi — Vous cherchez peut-être à cacher votre inquiétude mais ce n’est pas très discret.

Sa façon de me regarder, de parler et les mots qu’elle utilisait. Ce n’était pas si flagrant mais ça se distinguait de son attitude habituelle. Elle essayait de cacher ses émotions du mieux qu’elle pouvait mais elle ne semblait pas être capable de les dissimuler entièrement.

Moi — Mon père ne vous a jamais contactée. Bien sûr, il ne vous a pas non plus obligée à me faire quitter cette école.

Mlle. Chabashira — C’est faux. Ton père m’a demandé de l’aide. D’ailleurs, comme je te l’ai expliqué, j’ai constamment cherché à te virer. 

Il était evident que mon père cherchait à me virer mais, clairement, c’était la première fois qu’il mettait les pieds ici. N’ayant pas de preuves solides, je ne pouvais pas complétement réfuter ses affirmations. Mais contacter pour ça un professeur et non l’administration ne faisait pas sens.

Moi — Cessez d’essayer de me manipuler. Le président Sakayanagi m’a tout expliqué concernant mon admission.

Mlle. Chabashira — … Le président t’a tout expliqué ?

Je souriais légèrement. À cet instant précis, Chabashira-sensei avait compris qu’elle avait fait une bourde.

Mlle. Chabashira — Ayanokôji, tu cherchais à me piéger c’est ça ?

Moi — Oui. Le président ne vous a jamais mentionné devant moi mais je me doutais que vous étiez lié à l’affaire. Je n’ai plus aucun doute désormais.

Après avoir entendu le président Sakayanagi être au courant de mon score de 50% à tous les examens, j’en étais convaincu.

Moi — Je vais vous faire part de mes déductions. Tout d’abord, j’ai postulé dans cette école et le président Sakayanagi, qui me connaissait depuis le début, a agi de son propre chef. Dès que j’ai été admis, c’est à la classe D que j’ai été affecté. La raison pour laquelle ce fut la D était vous, car vous étiez un professeur qui ne s’intéressait pas à la lutte entre les classes. Les professeurs que j’ai rencontrés jusqu’à maintenant se montraient tous très déterminés à battre les autres.

Si j’étais placé dans une classe qui attirait l’attention, les chances pour que les projecteurs se braquent sur moi auraient augmenté considérablement.

Moi — Mais le président a fait une petite erreur de calcul. Il ne savait pas que celle qui ne montrait pas d’amour pour sa classe et qui ne semblait pas avoir d’ambition était secrètement celle qui convoitait le plus la classe A.

Mlle. Chabashira — ……

Chabashira-sensei était incapable de répondre et resta silencieuse. Elle avait probablement compris qu’en se defendant elle pouvait, par manque de prudence, tout dévoiler à la place. C’était pourquoi je ne m’étais pas retenu sur les mots. Je voulais confirmer encore une chose.

Moi — Vous êtes très obstinée à l’idée de monter en classe A. Mais les élèves que vous aviez jusqu’à maintenant ne vous permettaient pas de le faire. C’est pour cela que vous avez préféré cacher vos sentiments en passant le reste de vos journées dans l’indifférence. Ai-je tort ?

Chabashira-sensei ne me regardait plus dans les yeux alors qu’elle le faisait tout à l’heure.

Mlle. Chabashira — Ça c’est juste ta théorie, Ayanokôji.

Les mots de Chabashira-sensei n’avaient plus aucun poids, ils étaient creux. 

Moi — Par chance, un élève inhabituel comme moi se montra dans votre classe, ce qui marqua la fin de vos années répétitives. Même si la classe était remplie d’élèves à l’attitude problématique, il y avait aussi la crème de la crème comme Kushida et Hirata. Ce sont tous des élèves qui, en étant bien formés, peuvent prétendre aux classes supérieures. C’est la raison pour laquelle vous avez recommencé à avoir des attentes et que votre ambition a été ravivée. C’est facile à deviner en repensant aux mots que Hoshinomiya-sensei avait prononcés peu de temps après la rentrée.

Hoshinomiya, qui était une vieille amie de Chabashira-sensei, était au courant de son désir d’atteindre la classe A et ses mots prirent tout leur sens.

Moi — Et maintenant, peu importe à quel point je me montre insolent ou irrespectueux, tout ce que vous pouvez faire c’est l’accepter. Le fait que le président ait proposé de me protéger et le fait que vous vouliez m’utiliser comme outil pour atteindre la classe A fait que vous n’avez pas d’autre choix que de fermer les yeux sur les abus que je suis en train de faire.

Comme je l’avais dit, Chabashira-sensei ne pouvait rien faire d’autre à part écouter mon monologue aiguisé.

Moi — Pour quelqu’un comme vous qui désire atteindre la classe A et qui se retrouve coincée à enseigner en classe D chaque année, ceci est une opportunité que vous ne pouvez pas vous permettre de rater. Vous êtes même allée jusqu’à mentir en disant que mon père avait essayé de me contacter pour essayer de vous servir de moi après tout. C’est la raison pour laquelle vous m’avez approché et Horikita n’était qu’un pion dans l’hsitoire. Comme vous le voyez, les choses ne sont pas aussi simples.

Au départ je n’avais jamais eu d’ambition ou d’intérêt pour la classe A.

Ne sachant pas comment me contrôler, moi qui n’agissait pas beaucoup, elle finit par tenter sa chance durant notre premier examen spécial sur l’île.

Moi — Si on ne pouvait même pas rivaliser avec les autres classes au commencement des examens spéciaux, les rattraper était impossible.  C’est pour ça que vous avez paniqué et que vous avez fini par vous servir de ce que vous avez raconté le président Sakayanagi alors que c’était un secret entre vous et lui. Vous avez pris une mesure désespérée.

Après cette tentative, la classe D commençait à s’améliorer. Toutefois, un imprévu eut lieu.  Cet imprévu était mon père qui avait fini par réellement me contacter. Ce jour-là, à ce moment précis, toutes les vérités et les mensonges s’étalèrent sur le tapis. 

Moi — Vous vouliez me rendre obéissant mais c’est raté maintenant.

Mlle. Chabashira — Je vois. Le président t’a fait un traitement de faveur. Tes capacités sont bien au-délà de celles d’un lycéen normal de seconde après tout. Tu es trop intelligent pour ton âge, c’est ce que ça veut dire, huh ?

Elle respira un bon coup, acquiesça et se confessa.

Mlle. Chabashira — Je l’avoue. Je ne connais pas ton père.

L’attitude qu’elle essaya tant de maintenir s’effondra.

Mlle. Chabashira — Cela dit, quant est-il du fait que j’ai le pouvoir de te faire virer si j’en ai l’envie ? Je peux simplement dire que tu as commis une violation sérieuse des règles et en informer l’école. L’expulsion est ce que tu souhaites le moins, non ?

Dire qu’elle avait fait tout ça juste pour finir par me menacer.

Moi — Techniquement oui, peut-être. Mais est-ce que c’est vraiment ce que vous voulez ?  

Mlle. Chabashira — Et si c’était le cas ?  

Moi — Hélas, à ce stade, je ne crois pas que vous puissiez vraiment vous le permettre.

Mlle. Chabashira —  Puis-je te demander pourquoi ?

Je repris mon calme et cessai cet air agité. Bien entendu j’en avais légèrement rajouté pour faire un électrochoc et confirmer les vraies intentions de Chabashira-sensei.

Moi — La situation actuelle parle d’elle-même. En ce moment, la classe D se porte bien mieux que les années précédentes. Horikita et les autres élèves également commencent à se servir de leurs capacités à bon escient. Même si j’arrête de les aider, ils peuvent tout de même monter en classe A.

Jusqu’à cet instant, la classe D n’avait pas cessé de rattraper les autres classes et surpassait presque la classe C. Je dirais même qu’officieusement on les avait déjà surpassés. Cependant, si une expulsion venait à se produire, l’objectif s’éloignerait naturellement. En d’autres termes, Chabashira-sensei se retrouvait dans une position dans laquelle elle ne pouvait rien faire.

Moi — Même si je quitte la scène principale, la bataille continuera tant que vous aurez de l’ambition sensei.

ll était impossible pour les gens d’éteindre eux-même leurs espoirs.

Moi — C’est pourquoi, vous allez me libérer de votre emprise.

Mlle. Chabashira — Maintenant que tu sais tout, tu cesseras de viser la A ?

Bien sûr que j’allais arrêter. Elle qui avait tenté de me manipuler pour atteindre la classe A en me mentant sur sa relation avec mon père ne pouvait plus me faire chanter. En d’autres termes, ça ne servait à rien que je continue.

Moi — Du moins, je peux dire que j’ai fait ma part.  

Je n’avais pas complétement décliné.

Les gens continuent à se battre tant qu’il y a de l’espoir.

Même en sachant que la probabilité est proche de 0, ils voudront y croire.  

Chabashira-sensei s’arrêta de marcher.

Moi — Pour le moment, restez à votre place et observez. Si vous continuez de m’approcher comme vous l’avez fait à cause de vos sentiments, ça ne fera que nuire à la classe.

Mlle. Chabashira — Si je refuse de te laisser tranquille même si c’est imprudent, qu’est ce que tu feras ?

Moi — Dans ce cas vous mourrez accrochée à vos ambitions, c’est ce qu’il se passera. Ce ne serait pas très intelligent de votre part.

Mlle. Chabashira — Je reformule dans ce cas. Tu ne penses pas que je te trainerais dans la déchéance avec moi si je perdais espoir ?

Moi — Oui, il n’est pas impossible que les points de classe chutent dans le futur, et à ce moment-là, vous perdrez tout espoir. Ça ne me dérange pas, si vous voulez m’attaquer, libre à vous.

Elle n’allait pas arrêter même si je lui demandais alors autant la laisser faire.

Moi — Mais laissez moi vous rappeler que votre position en tant que professeure n’est pas acquise non plus.

C’était juste une menace mais, au moins, ça affectait Chabashira-sensei qui était au courant des détails jusqu’à un certain degré. Elle semblait avoir tout dit donc je partis. La réunion avec mon père n’était pas une partie de plaisir mais elle fut très informative.

Je n’avais plus à aider la classe à monter jusqu’en A, c’est ce que j’en retenais. Peu importe ce que planifiait Ryuuen, ça ne me concernait plus.

De plus, si quelque chose arrivait à Karuizawa je n’en souffrirais pas. Bien évidemment mon identité risquait d’être dévoilée si elle se faisait avoir ou décidait de me trahir, c’était tout.

Et même si Ryuuen me traquait, mon innaction le menerait à une impasse totale, au pire à une situation ambigüe.

6

Dans une rue entourée d’arbres pendant un coucher de soleil, je levai la tête et expirai. De la fumée blanche se forma dans le ciel avant de disparaitre.

Moi — Il fait Froid.

Chaque fois que j’expirai de la bouche et du nez, de la vapeur blanche sortait, disparaissait et réapparaissait, ce qui était plutôt curieux. Il n’était pas dur de se rappeler que nous étions en hiver à cause des variations extrêmes de température mais je n’avais pas l’habitude de ça vu que j’avais été enfermé jusque l’an passé. Quelques instants après, une fille que je ne connaissais pas et qui tremblait de froid passa à côté de moi. Elle tenait un portable et semblait heureuse de discuter.

— Sérieusement, depuis que t’es devenu le président du conseil des élèves, notre relation n’a fait qu’empirer Miyabi ! Ahahaha, je blague, je blague, je ne suis pas vraiment énervée, mais prépare-toi à m’offrir plein de choses.

Ses cuisses exposées dans ces températures paraissaient froides. Ses cheveux longs jusqu’aux épaules sentaient le shampooing.

— Le Conseil des élèves ? Désolée, pas pour moi. Ces trucs là m’intéressent pas. Et toi, tu n’as toujours pas réglé tes histoires avec l’ancien president non ? Hein, pourquoi tu te déclare à moi comme ça aussi soudainement ? Je sais que tu flirtes déjà avec beaucoup de meufs.

Je ne voulais pas tendre l’oreille mais puisqu’elle parlait à voix haute même sans le vouloir, j’entendais tout ce qu’elle racontait. Vu le sujet, je pouvais deviner qu’elle était en première.

— Mais … si tu gagnes contre le président Horikita, j’y réfléchirais. Bien, je te laisse, à plus.

Quand la fille termina son appel, elle expira de la fumée blanche. Puis elle s’arrêta et rangea son téléphone dans sa poche.

— Ce Miyabi commence à être vraiment arrogant. Le président Horikita ne sert vraiment à rien. Je m’attendais à ce qu’il l’arrête. Au final, Miyabi va probablement gagner.

Elle avait l’air joviale jusqu’à maintenant, son ton changea d’un coup quand l’appel se termina. Je n’arrivais pas à savoir si elle remarqua ma présence quand elle passa à côté moi mais elle partit comme si de rien était.

— Uwaaaaaaa ?!

Toutefois un petit accident eut lieu. Elle fit une jolie chute en se dirigeant vers les dortoirs, elle se sentait surement embarrassée. 

— J’ai trop mal…

Elle se leva immédiatement et regarda dans les alentours le visage légèrement rouge. Elle m’avait enfin remarqué bien que je marchai juste derrière elle.Elle fit un sourire forcé, légèrement gênée. Elle ne semblait pas blessée. Elle courut et disparut dans les dortoirs des élèves de première.

Moi — Elle était vraiment en première donc.

Dans cette école, les intéractions avec les élèves des années supérieures en dehors de ceux du Conseil d’élèves ou des clubs étaient limitées. C’était pourquoi je n’arrivais pas à retenir leurs visages.

Moi — Les filles doivent avoir froid également vu leur uniforme.

Souvent, dans notre classe, les filles mettaient des leggins sous leurs jupes. Pour moi c’était une bonne idée mais le règlement de l’école semblait l’interdire. Les filles ne l’avaient vraiment pas facile non plus.  C’était le premier hiver que je vivais en tout cas et jamais je n’aurais pensé vivre ça un jour. Il faisait très froid mais il ne neigeait pas. Il y avait une chanson au sujet d’un chien qui vit la neige pour la première fois et qui courut partout tout excité. Je me demandais si cela allait être la même chose pour moi. J’exhalai et me rappelai de tout ce qui s’était passé aujourd’hui. Avoir revu mon père, apprendre l’existence de M. Sakayanagi, avoir compris que certains paramètres de cette école n’étaient que de la poudre yeux… m’avait fait beaucoup avancer. J’avais aussi réussi à m’extirper des griffes de Chabashira-sensei.

Moi — … Devrais-je arrêter ?

Jusqu’à maintenant, j’avais fait en sorte de manœuvrer dans l’ombre mais vu les résultats des examens, la classe D évoluait. Et okys ekke évoluer, plus elle allait attirer l’attention dans le mauvais sens. La surveillance allait inévitablement s’intensifier et ces personnes allaient finir par découvrir qui était au centre de tout ça. Par exemple, même si j’avais mis Horikita comme leader, Ryuuen avait tout de même compris que ce n’était pas elle. Sakayanagi connaissait mon passé et ce n’était qu’une question de temps avant qu’Ichinose se mette à douter de moi également. C’était ma seule chance de revenir en arrière. Bien sûr, des décisions hâtives pouvaient mener à ma perte donc il fallait que je réfléchisse à une option me permettant de me retirer tout en continuant à agir. En terme de priorité, il fallait s’occuper du cas Ryuuen.

Je sortis le portable de ma poche et écrivis un message à quelqu’un. Ce message lui demandait de m’appeler quand elle pouvait.  Dès que le message fut envoyé, celui-ci fut tout de suite marqué comme « lu ». On dirait que cette personne préférait rentrer chez elle que de sortir avec des amis. Je tapai ensuite les 11 chiffres de son numéro pour l’appeler. 

— Allô ?

La personne derrière cette voix fatiguée était Karuizawa Kei de la classe D.

Elle ne le savait pas encore mais elle était l’une des cibles de Ryuuen. Elle était l’une des personnes qui connaissait ma véritable identité et elle en savait bien plus que Horikita. Bien sûr, elle ne savait pas à quel point j’étais impliqué ni ce que je faisais. S’il y avait une chose qu’elle pouvait dire sur moi à ce moment-là, c’était sûrement le fait qu’elle me voyait comme une personne effrayante.

Moi — Je me demandais ce que tu faisais.

Karuizawa — Tu te moques de moi ? Je sais bien que tu n’appelles pas sans raison.

Je voulais bavarder un peu avant mais Karuizawa n’avait pas compris.

Moi — Ça t’arrive d’apprécier le simple fait de discuter ?

Karuizawa — C’est compliqué quand toi-même tu n’apprécies pas non ?

Moi — … T’as peut-être pas tort.

Elle n’était pas le leader des filles de la classe D pour rien. Elle comprenait très bien les gens.

Moi — Est-ce que Manabe et les autres t’ont contactée d’une quelconque manière ?

Karuizawa — Non. J’ai pas ce genre de problème en ce moment… tu as appelé pour t’en assurer ?

Plutôt qu’un air surpris, c’était de l’exaspération que j’entendais.

Moi — Ça fait déjà un petit moment depuis la dernière fois et toujours rien ? On dirait bien qu’on a plus à s’inquiéter.

Karuizawa — Je l’espère mais on ne sait pas ce qu’il peut se passer.

De son point de vue, Karuizawa ne pouvait pas complétement se rassurer jusqu’à l’obtention de son diplôme. Un vent froid me souffla au visage.   

Karuizawa — Tu es encore dehors ?

Elle avait sûrement entendu le bruit du vent, à travers le téléphone.

Moi — J’allais rentrer chez moi. T’es plutôt rapide aujourd’hui. Généralement tu rentres plus tard.

Karuizawa — J’ai mes jours où j’ai envie de rentrer tôt, c’est tout.

Elle me répondit sur un ton agressif.

Moi — Ahhh.

J’avais réagi instinctivement après avoir trouvé quelque chose.

Karuizawa — Quoi ?

Karuizawa réagit en pensant que je m’adressai à elle.

Moi — Non rien.

À l’endroit où le chemin était ramifié, une amulette rouge était tombée là où l’élève de première avait eu un accident. Je me demandais si ça lui appartenait. Il valait peut-être mieux ne pas la toucher mais puisque les prévisions météo avaient parlé de neige, elle allait finir par être trempée. Rien ne montrait qu’elle s’en était rendue compte et allait revenir la chercher. J’en avais conclu qu’il était préférable de la donner à l’administration des dortoirs.

Karuizawa — Hey, y’a quelque chose que je voulais confirmer avec toi à tout prix. Puisqu’on est déjà en train de parler, je peux ?

Moi — Tu veux confirmer quoi ? 

Récupérant l’amulette, je repris ma conversation avec Karuizawa en marchant vers les dortoirs.

Karuizawa— T’es intelligent et tout alors pourquoi tu ne le montres pas aux autres, ou plutôt, pourquoi tu ne leur dis pas ? La classe D est remplie d’idiots donc si tu te mettais en avant comme Yousuke-kun le fait, tu pourrais mettre un peu d’ordre ici, non ?

Il était facile de comprendre pourquoi elle me posait cette question.

Moi — Je suis intelligent ? Pourquoi tu penses ça ?

Karuizawa — Quoi… ?

Moi — Mes résultats sont moyens. Je ne dis rien de très intelligent en classe non plus. Sur quoi tu te bases pour ça ?

Karuizawa — C’est pas de ça que je parle.

Bien sûr, je comprenais où elle voulait en venir. Jusqu’à maintenant, j’avais demandé à Karuizawa de coopérer dans pas mal de plans en coulisses comme l’épisode du sabotage de l’opération voyeurisme ou l’affaire avec Kushida. Il n’était pas étrange de la voir me poser cette question lorsqu’on prenait en compte ces différents exemples.

Karuizawa — Si tu te montrais comme le véritable auteur de ces plans, ta réputation aurait grimpé.  Tu pourrais même finir par attirer l’attention de tous les élèves de l’école comme tu l’avais fait durant le festival de sports.

Même si ça ne la concernait pas, Karuizawa en parlait toute excitée.

Moi — Tu sais que ce n’est pas mon genre de vouloir tout ça, non ?

Karuizawa — Dans ce cas pourquoi tu fais tout ça ? Tu n’étais pas obligé de faire quoi que ce soit depuis le début si ce n’était pas dans ton intérêt.

Moi — Ton analyse est bonne.

Ce n’était pas vraiment de ma propre volonté que je faisais tout ça.

Moi — Je ne comptais pas faire quoi que ce soit pour commencer mais il s’est passé quelque chose qui m’a obligé à aider la classe D. 

C’était quelque chose que je n’évoquais jamais d’habitude mais ce jour-là était différent. Ce jour là je me sentais bien. 

Karuizawa — C’est juste dommage je trouve.

Moi — Je ne compte rien faire en public. Je n’ai jamais voulu et je ne voudrais jamais le faire non plus.

C’était quelque chose que je devais faire comprendre à Karuizawa. Si la classe D rencontrait des problèmes dans l’avenir, je ne voulais pas qu’elle finisse par compter sur moi.

Karuizawa — C’est toi, non ? Celui que Ryuuen cherche.

Ce n’était pas que Sudou et Akito, la surveillance s’intensifiait de jour en jour et les rumeurs ne circulaient plus seulement dans la classe D mais partout ailleurs aussi. Les rumeurs disaient que Ryuuen avait été battu par quelqu’un de la classe D et qu’il cherchait à se venger. De plus en plus d’élèves en parlaient. Karuizawa avait de suite deviné que c’était moi.

Moi — Karuizawa, je t’ai appelé aujourd’hui pour m’excuser.

Karuizawa — T’excuser ?

Moi — Jusqu’à aujourd’hui j’avais mes propres raisons d’aider la classe D. Ces raisons n’existent plus.

Karuizawa — Tu vas faire profil bas de nouveau ?

Moi — Oui, je vais laisser la gestion de la classe à Horikita et Hirata. Je ne veux pas m’impliquer dans cette histoire avec Ryuuen et être exposé. Tu m’as beaucoup aidé avec le karaoké et quelques autres histoires. Je t’ai causé pas mal d’ennuis.

Karuizawa — Du coup, on va arrêter tout ça, je vais enfin être libre ?

Moi — Oui. C’est ce qu’il va se passer.

Jusqu’à maintenant Karuizawa m’avait loyalement servi à un degré inimaginable. C’était pourquoi je pouvais la libérer sans hésiter également.

Moi — Ça sera la dernière fois que je t’appelle.

Je lui dis clairement.

Karuizawa — Eh ?

Toutefois, Karuizawa me répondit avec un certain décalage.

Karuizawa — Désolée… je n’ai pas bien entendu.

Est-ce qu’elle disait vraiment ne pas avoir entendu alors que le vent ne soufflait pas ?

Moi — Ça sera la dernière fois que je t’appelle.

Je répétai de nouveau la même phrase. Cette fois-ci elle m’avait clairement entendu.

Moi — C’est logique puisque je n’ai plus rien à te demander désormais. Je veux dire, personne n’est au courant de notre relation, Karuizawa. Si on continue de se parler sans raison, ça deviendrait suspect.  

Karuizawa — Eh bien… C’est pas faux… j’imagine.

Karuizawa n’arrivait pas à formuler une vraie phrase. Elle semblait confuse mais je continuai de lui parler.

Moi — Bien sûr, s’il t’arrive quoi que ce soit, je te protégerais. Cette promesse je la tiendrais pour toujours. Pour une quelconque urgence, tu peux me contacter à l’adresse que je vais te donner. Mais rien d’autre que les urgences et s’il te plaît, supprime tous nos messages pour ne pas laisser de preuves. J’ai déjà supprimé les tiens ainsi que ton numéro de mon côté.

Karuizawa — Attends un peu… pourquoi tu me dis tout ça d’un coup ?

Moi — Pourquoi tu me demandes ça ?

Karuizawa — Parce que… c’est froid… même pour quelqu’un comme toi…

Moi — Je ne suis pas froid ou quoi que ce soit, c’était juste le genre de relation qu’on avait.

Je l’avais protégée de Manabe et de son groupe, c’était comme ça qu’on s’était connus. Un garçon blasé et une fille populaire étaient aussi différents que le jour et la nuit.

Moi — De plus tu n’aimais pas que je t’utilise, non ?

Karuizawa — C’est vrai, mais…. 

Karuizawa continua de s’arrêter sur ses mots. Ses silences devenaient de plus en plus longs également.

Moi — J’ai dit tout ce que j’avais à dire. Tu veux rajouter quelque chose ?

Je ne voulais pas rallonger la discussion donc je poussai la Karuizawa confuse dans ses retranchements.

Karuizawa — … D’accord.

Une réponse comme ça n’était en rien une preuve qu’elle était convaincue mais ça restait une réponse. Elle avait peut-être fini par comprendre qu’elle n’y pouvait rien puisqu’elle continua de parler.

Karuizawa — Est-ce que c’est la dernière fois que je vais te parler de cette façon ?

Moi — Ça te dérange ?

Karuizawa — Bien sûr que non.

Moi — Alors pas de problème.

Je continuai à lui parler d’un air indifférent et calme. Je ne laissais aucune émotion transparaître. Il n’y avait pas d’émotions à émettre de toute façon. 

Moi — Dans ce cas je vais raccrocher…

Karuizawa dut ressentir intensément cette froideur qui émanait de moi. Avant de raccrocher, je rajoutai tout de même ceci.

Moi — À plus.

Karuizawa — aaat……

Karuizawa dit quelque chose sans poursuivre derrière. J’attendis quelques secondes puis je finis par raccrocher. Je supprimai mon historique d’appels et mis mon téléphone dans ma poche. Karuizawa avait dû se sentir en paix en étant à mes côtés comme un parasite. Partir d’un coup aurait fortement bousculé son cœur et l’aurait rendu trop anxieuse, ce qui rendrait une attaque de Ryuuen très propice.

Moi — Bien. Cela veut dire que maintenant je peux reprendre là où je m’étais arrêté quand je suis arrivé dans cet établissement.

Je n’avais plus rien à faire de Horikita, Karuizawa, Ryuuen ou Sakayanagi.

Je ne comptais plus m’investir dans les examens non plus.

S’il y’avait un souci, il ne me concernait plus désormais.

Toutefois il était nécessaire de coopérer au cas où des problèmes surgissaient.

J’avais confié à l’administration des dortoirs l’amulette qui semblait appartenir à l’élève de première avant de retourner dans ma chambre.

7

Je retirai le chiffon humide qui avait rassemblé la saleté, en la prenant par le haut puis jetai le tout dans la poubelle. Je m’allongeai sur le lit après m’être lavé les mains, le bruit du sommier résonna dans la pièce. Puisque la fin de l’année approchait, j’avais décidé de nettoyer ma chambre les weekends. Je n’avais pas grand-chose dans celle-ci pour commencer donc une demi-journée suffisait pour tout faire.

Moi — C’est si bon d’avoir une chambre propre.

Je me demandais si j’avais réussi à lui rendre l’éclat qu’elle avait à mon arrivée. Je mettais la bouilloire en marche puis me reposai un peu en attendant. J’hésitais à utiliser cette nouvelle tasse neuve et scintillante mais elle devait bien servir tôt ou tard de toute façon. Je sortis mon téléphone pour me connecter à l’application de l’école. On y affichait les points de classe et les points privés que je regardais sans aucune raison en attendant que l’eau se mette à bouillir. J’essayais par la même occasion de penser à mon avenir.

En reprenant depuis le début, pourquoi j’avais rejoint cette école ? C’était parce que je ne voulais pas retourner là d’où je venais. Ce n’était pas parce que je n’aimais pas la White Room ou quoi que ce soit. En termes de droits de l’Homme, c’était un endroit qui posait beaucoup problème maisn au moins, il était vrai qu’on y recevait la meilleure éducation qui soit. Grâce à cela, j’avais pu former ma propre personnalité et me doter d’une variété de compétences. Toutefois, je ressentais un mécontentement indescriptible lorsque j’étais vanté par mon père comme le chef d’œuvre ultime.

Admettons que j’étais l’humain ultime… est-ce que je devais vraiment m’en réjouir ? J’avais vécu toute ma vie en pensant que celle-ci était un apprentissage, ce qui donnait un sens aux études.

Mais une fois qu’on avait tout appris, qu’est-ce qu’on faisait ensuite ? La vie après paraissait de suite très ennuyante.  Mais ce n’était plus quelque chose qui m’importait. Je préférais réfléchir à ce que j’allais faire par la suite. Je savais que mon père allait finir par me contacter dès la seconde où Chabashira-sensei l’avait évoqué pour me menacer, pendant les vacances d’été. En y repensant, sur le moment, ça me paraissait douteux vu que s’il avait vraiment voulu me faire exclure, passer par un intermédiaire comme elle n’avait aucun sens. Mais dans le doute j’avais préféré me montrer coopératif et avais préparé des stratégies variées pour monter jusqu’en classe A.

J’entendais l’eau qui commençait à bouillir.

Toutefois, tout ceci m’avait permis de comprendre que les dires de Chabashira-sensei étaient des mensonges, que non seulement elle ne connaissait pas mon père mais surtout qu’elle ne pouvait pas m’exclure si je n’y allais pas à fond. Ironiquement c’est en venant ipour me faire quitter l’établissement que mon père a confirmé que je n’étais pas expulsable. Chabashira-sensei portait avec elle un trauma du passé et désirait atteindre la classe A, comme Horikita et Keisei. Non, elle était sûrement encore plus obsédée qu’eux.

Sauf que cette obsession était précisément ce qui l’empêchait de se débarasser de moi. Au début, je pensais qu’elle était dans une stratégie suicidaire puisque, jusqu’à l’examen de l’île, la classe D était dans une position désastreuse. Mais qu’aurait-elle fait si sa petite comédie n’avait pas pris sur moi ? Elle avait tenté le tout pour le tout. Au final, la mascarade fut dévoilée, l’autorité qu’elle avait et qui lui permettait de me donner des ordres s’étaignait.

Pendant ce temps, il était vrai que Sakayanagi et Ichinose avaient commencé à s’intéresser à moi. Il suffisait cela dit que je retourne dans l’ombre pour qu’elles se mettent à perdre tout intérêt à mon égard. Le dernier problème était Ryuuen : m’identifier pouvait lui permettre de s’en prendre à mon entourage. Ainsi il valait mieux qu’il n’y parvienne pas. Bien que ce n’était plus une option envisageable car j’avais mis fin à ma relation avec Kei, il y avait toujours ce lien invisible qui nous connectait.

Si je le laissais faire, Ryuuen allait très certainement finir par trouver ce lien. Peut-être dans une semaine ? Un mois ? Une année ? Ce jour qui allait arriver tôt ou tard me posait problème. L’eau avait fini de bouillir et un bruit de notification se déclencha. La bouilloire s’arrêta automatiquement.

Moi — … je pense que je vais partir sur du thé.

Puisque j’avais l’habitude de recevoir beaucoup de gens, mes étagères étaient remplies de sacs de thé. Il y avait aussi du café, du thé noir et du thé vert. Je possédais toute une variété de goûts. Je posai le sachet de thé sur la tasse quand soudain quelqu’un m’appela du premier étage.

Moi — Le premier étage ?

Si c’était un camarade de classe il n’avait qu’à sonner directement. Pas le choix. Je regardais qui c’était et je vis un visage que je ne m’attendais pas à voir. Je pouvais prétendre que je n’étais pas là mais je préférais rester honnête. Parce que la personne que j’avais prévu d’aller voir s’était déplacée jusqu’à chez moi au final.

— Je peux te prendre un peu de ton temps ou tu préfères que je revienne plus tard ? 

Moi — … Ça ira. Maintenant ou plus tard revient au même.

Dire que ce genre de personne venait jusqu’à chez moi. Celui que je voyais à travers l’écran de l’interphone était le frère de Horikita, le président du Conseil des élèves jusqu’à encore récemment. Je déverrouillai la porte fermée par une serrure automatique et l’invitai dans le dortoir. Pendant ce temps, je versai l’eau bouillante dans la tasse contenant le sachet de thé.

Peu de temps après, la sonnette de ma porte retentit.

Moi — J’aimerais éviter que l’on parle debout, entre je te prie.

Manabu — En effet. Merci à toi.

Si Horikita me voyait, elle allait à coup sûr se plaindre. Je voulais également éviter que d’autres élèves me voient avec l’ancien président du Conseil des élèves. J’invitai ainsi le frère de Horikita dans ma chambre. En entrant, il remarqua tout de suite le thé noir.

Moi — Je pensais m’en faire un peu.

Manabu — Pour un élève de seconde, tu es bien organisé.

Moi — Je n’ai juste pas beaucoup d’affaires.

Il n’y avait pas besoin de lui préciser que j’avais passé ma journée à nettoyer. Malheureusement, il pouvait tout de même le deviner à cause du chiffon à saletés mouillé qui dépassait de la poubelle.

Moi — Venir jusqu’au dortoir des élèves de seconde. Il y a quelque chose d’important que je devrais savoir ? 

Manabu — Le second trimestre finit la semaine prochaine. Il ne me reste plus beaucoup de temps dans cette école.

Il ne lui restait plus que deux mois de cours sans compter les week-ends. C’était un temps qui passait en un clin d’oeil.

Manabu — Il y a quelque chose que je dois te dire avant de quitter cet établissement pour de bon. C’est à propos de Nagumo Miyabi.

Nagumo Miyabi. Je ne pense pas que j’ai besoin de le présenter mais c’était le nouveau président. Il était dans la classe A de première. Je me souvenais de lui dans le festival de sports et dans la cérémonie de bienvenue pour les nouveaux élèves. Il avait l’air d’être une personne assez étrange. Mais peu importe qu’il était, ça ne me concernait pas.

Moi — Ça m’étonnerait que tu aies quoi que ce soit d’important à dire à un élève de seconde comme moi. Je ne fais pas non plus partie du Conseil des élèves comme Ichinose.

Je lui expliquais tout ça mais il continua sans me prêter attention.

Manabu — Je n’avais pas prévu d’en parler à qui que ce soit non plus mais les circonstances ont changé.

Les circonstances avaient changé, huh.

Manabu — J’ai préservé les traditions de cet établissement parce que je croyais en son système et avais le sentiment que ça allait sur la bonne voie. Mais Nagumo souhaite tout détruire. L’année prochaine tu vas sûrement faire face à beaucoup d’expulsions.

Il n’avait pas encore agi en tant que nouveau président du Conseil mais ce n’était sûrement qu’une question de temps.

Moi — Quand Nagumo était en seconde, tu étais encore le président du Conseil non ? Comme tu l’as recruté, c’est un peu de ta faute au final.

Manabu — On peut dire que oui.

Le frère Horikita avoua ceci sans rien nier.

Manabu — Après avoir rejoint le Conseil des élèves, ma seule erreur a été que je n’ai pas pu correctement former un successeur. Le seul qui avait du talent était Nagumo mais il finit par développer des idéaux différents des miens. Tous les élèves de première sont sous son influence.

Moi — C’est bizarre, je comprends bien qu’il soit le leader de la classe A  mais les autres classes de première sont ses ennemis non ?

Manabu — Il a déjà conquis toute l’année de première.

Je n’avais aucune idée des stratégies qu’il avait mis en place mais il semblait vraiment avoir réussi à faire quelque chose d’aussi irréel.

Manabu — Cette année, deux élèves de seconde ont postulé pour le Conseil, Katsuragi et Ichinose. Ce sont des élèves prometteurs et talentueux mais je les ai refusés. Je ne voulais pas que leur talent soit entâché par Nagumo. Mais il a cependant rassemblé des informations derrière mon dos et a fini par contacter Ichinose. Elle a donc intégré le Conseil des élèves.

Moi — Pourquoi tu me dis tout ça ?

Manabu — Si tu ne veux pas attirer l’attention alors sers toi de Suzune. Procède comme tu l’as fait jusqu’à maintenant dans les examens, manipule Suzune dans l’ombre. Je servirais de pont entre toi et le Conseil.

Moi — C’est une demande peu raisonnable je trouve. Si tu étais encore dans le Conseil, ta sœur l’aurait rejoint sans hésitation mais maintenant que tu n’y es plus, elle y a perdu tout intérêt. De plus, qu’elle rejoigne le conseil ou non, ce ne sont plus mes affaires.

 Je bus un peu de thé avant de continuer.

Moi — Cette tradition que toi et tes prédécesseurs vouliez protéger est peut-être arrivé à son terme. Tu ne penses pas que c’est le destin ?

Je n’avais même pas besoin de lui dire, Il l’avait déjà compris de lui-même

Manabu — C’est vrai. Tu n’as peut-être pas tort.

Il y avait encore des choses qui étaient floues mais je commençais à comprendre certaines choses. Le frère de Horikita voulait stopper les actions du nouveau président qui allait exercer l’année suivante. Pour cela, il pensait pouvoir se servir de moi. Voilà pourquoi il s’était déplacé jusqu’à notre dortoirs.

Manabu — Il semblerait que je n’ai fait que te déranger. 

Il savait qu’il ne pouvait pas solliciter mon aide sans se servir de ses atouts. Il ne voyait peut-être plus trop l’intérêt de s’en servir à ce stade.

Moi — Au cas où, est-ce que je peux avoir ton numéro ?

Manabu — Quoi ?

Je débranchai mon téléphone et le pris dans ma main.

Moi — Je voudrais prendre un peu de temps pour réfléchir à l’idée de me servir de ta sœur au sein du Conseil des élèves.

Manabu — Cela signifie que tu ne refuses pas ?

Moi — Tu es venu jusqu’ici en te disant que j’allais refuser ? Je ne suis pas irrespectueux, je vais au moins y réfléchir.

Le frère de Horikita n’en croyait pas ses yeux en voyant mon attitude positive. Il m’avait donné son numéro sans hésitation. Ça montrait à quel point il était méfiant du Conseil des élèves que Nagumo Miyabi allait diriger.

Moi — Si ça me tente de coopérer avec toi, je te contacterais.

Manabu — Je patienterai sans trop d’attentes.

Au final, il ne s’était pas assis et n’avait pas bu sa tasse de thé avant de partir.

Moi — Mais je ne pense pas qu’on doit en faire toute une histoire de ce nouveau conseil d’élèves honnêtement.

Ça ne servait à rien de se soucier du sort d’une personne qui n’allait pas tarder à quitter l’école mais j’avais quand même quelques inquiétudes.

8

Tard un samedi soir, des nouvelles disant que de la neige avait été aperçue dans la région circulaient. Le peu de neige qui était tombé avait fondu dès le matin et celle qui restait s’était transformée en flaque d’eau sur le ciment. De plus, bien qu’il avait neigé la journée d’avant, la température montait jusqu’à 24 degrés, ce qui était proche de la température d’une journée d’été. On pouvait sortir en manches courtes sans problème.

Moi — Le second trimestre se termine la semaine prochaine, huh ? J’ai vraiment pas la notion du temps.

Le dimanche, j’étais allé voir Akito le matin durant ses activités de club. À mon départ je lui proposai et au reste du groupe d’aller au centre commercial Keyaki. On avait fait du shopping puis on avait discuté dans un café. On déjeuna puis on alla faire un karaoké. C’était une journée durant laquelle j’avais pu m’amuser comme un lycéen ordinaire.

Yukimura — D’ailleurs… ahem. Ahh— ma gorge m’irrite.

Hasebe — 5 chansons à la suite ! C’est de l’abus, Yukimu ! Mais tu t’en es bien sorti sérieux.

Yukimura — … Ma gorge me fait mal à cause de ce jeu de punition.

Keisei regardait Haruka avec amertume en expliquant pourquoi il avait mal à la gorge. Le menu du karaoké offrait une variété de nourritures mais certaines d’entre elles étaient spécialement conçues pour être mangées en guise de punition.

C’était facile à deviner, parmi les 6 variétés de takoyaki un seul était épicé. C’était un jeu qui consistait à tirer un takoyaki et celui qui avait l’épicé devait le manger en entier puis chanter. La règle disait qu’on ne pouvait boire de l’eau qu’une fois après avoir chanté. Le jeu ne faisait pas trop de sens à mon avis mais puisqu’on s’était amusés, il avait rempli son objectif.

On ne pouvait pas trop appeler ça un jeu d’ailleurs. Un jeu de punition sonnait mieux. Keisei n’arrêtait pas de tirer le takoyaki épicé donc on voulait voir jusqu’où il irait, le résultat fut de cinq. Ça ne paraissait banal dit comme ça mais en réalité la probabilité de le tirer 5 fois de suite était de 1 sur 7776.

Yukimura — Tant de malchance …

Hasebe — Au contraire, tu as de la chance non ? Tu as gaspillé le malheur de toute une année en une fois. Tu vas avoir plein de bonnes choses qui vont t’arriver maintenant.

Yukimura — C’est faux, cette année se termine dans environ deux semaines… Tu te fiches de moi Haruka.

Elle se mit à rire mais finit par s’excuser face au Keisei mécontent.

Hasebe — Désolée, désolée. C’était si mauvais que ça ?

Yukimura — Je pensais que je crachais du feu à un moment… même l’épicé a une limite.

Keisei sortit la langue, le goût épicé n’était visiblement pas encore parti.

Miyake — D’ailleurs, j’en ai souffert aussi puisque je l’ai protégé après.

Celui qui l’empêcha de le faire une 6ème fois était Akito.

Hasebe — Venez on fait la même chose à notre prochaine séance.

Tous les trois paraissaient consternés par cette proposition, Airi y compris.

Yukimura — Ça me va mais tu le mangeras aussi comme il faut si tu tombes dessus.

Hasebe — Ok, ok. Il n’y a pas moyen que celle qui propose se dégonfle.

Elle n’avait clairement pas peur de tirer le takoyaki épicé. Bien entendu, elle était convaincue qu’elle ne serait pas punie.

Moi — Tu n’as en aucun cas l’air de concevoir ce takoyaki épicé comme une punition je me trompe ?

J’essayais de comprendre d’où venait cette confiance que montrait Haruka.

Hasebe— Ahh, démasquée ?

Moi — T’essayais pas vraiment de le cacher en soit…

Hasebe — Je peux même supporter le ramen super épicé. C’est même comme ça que je le préfère en fait. La logique et moi ça fait deux.

Le jeu de punition n’avait vraiment aucun effet sur elle…

Sakura — Je me demande si je peux le manger en entier…

Airi, qui stressait avant même que le jeu ne commence, se posa la question.

Hasebe — Ça va ça va. Si c’est trop tu peux juste le cracher. Je ne pense pas que les garçons veuillent te forcer à vivre cette épreuve affreuse non plus. 

Elle avait raison. Ni Akito ni Keisei insisteraient pour qu’Airi fasse quelque chose d’aussi terrible.

Hasebe — Ça vaut aussi pour toi Yukimu mais Airi tu chantais vraiment bien. C’était vraiment ta première fois dans un karaoké ?

Sakura — O-ouais. C’était gênant quand même …

Moi — Tu dois juste mettre plus de volonté dans ta voix et ça sera parfait.

Malgré sa timidité, Airi avait fait de son mieux. 

9

On revint d’une session de karaoké très satisfaisante. Il n’était même pas 17h que le soleil commençait déjà à se coucher.

Yukimura — La journée étant douce, il y a plein de gens qui se baladent en tenues légères j’ai l’impression.

Miyake — On pouvait sortir en manches courtes cet après midi donc ça se comprend.

Ce jour-là était plutôt chaud donc tout le monde portait des tenues qui ne réchauffaient pas énormément. Même s’il n’allait pas tarder à faire froid de nouveau le soir. 

Hasebe — Je supporte mal le froid.

Disait Haruka tristement en regardant le ciel. Si possible, je voulais également garder la température qu’on avait eu durant la journée.

   Sakura — Je ne le supporte pas trop non plus …

Miyake — Le froid me convient personnellement car je sue moins pendant les entraînements.

De nous tous, Akito était probablement le seul à aimer l’hiver.

Hasebe — Il semblerait qu’il va faire froid à partir de demain.

Yukimura — Je vois. Ça veut dire que je vais devoir faire quelques préparations. Mes dépenses vont augmenter on dirait.

Plus on s’approchait de la fin d’année plus il semblait neiger. Puisqu’on discutait on avait tendance à marcher plus lentement, on entendit alors une voix derrière nous.

Ichinose — Merci de m’avoir accompagnée aujourd’hui, Sakayanagi-san.

Sakayanagi — Non, tout le plaisir était pour moi.

En me tournant je vis vu un duo qu’on ne voyait pas tous les jours, c’était Sakayanagi et Ichinose qui discutaient. Remarquant notre groupe, Ichinose nous salua. Sakayanagi ne me regarda pas en particulier mais plus le groupe en général. Même si elle m’avait fait un semblant de déclaration de guerre, elle ne m’avait pas encore attaqué depuis le festival. De toute façon, peu importe la situation, son vœu n’allait pas s’exaucer dans le futur non plus.

Ichinose — C’est plutôt inhabituel comme groupe, Ayanokôji-kun.

Moi — … Vraiment ?

Je ne voyais pas ce que je pouvais lui répondre d’autre. Dire que les leaders de la classe A et classe B s’étaient vus un weekend.

Ichinose — J’ai plutôt l’habitude de te voir avec Horikita-san du coup ça me surprend un peu.

Disait-elle en observant le groupe.

Ichinose — D’ailleurs, vous avez battu la classe C l’autre jour durant l’examen non ? Bravo à vous.

Les résultats de l’examen final étaient accessibles à toutes les classes.

Ichinose — Nous avons malheuresement perdu.

Sakayanagi — Il n’y avait qu’un écart de deux points. Je pencherais plus pour l’égalité.

Leur confrontation était digne de leurs rangs même si au final la classe B n’avait pas réussi à tenir tête à la classe A. Ainsi cette dernière avait encore grimpé dans le classement.

Sakayanagi — Votre victoire signifie que vous allez être promu en classe C à partir du troisième trimestre.

Ichinose — On doit aussi rester sur nos gardes ou la classe B finira par être surpassée.

Yukimura — Evidemment, on va tout faire pour vous surpasser.

Keisei répondit sérieusement à la blague d’Ichinose.

Yukimura — Puis on finira par devenir la classe A.

Sakayanagi ferma les yeux et sourit légèrement après avoir entendu les propos de Keisei. Il n’y avait pas trop réfléchi mais on était toujours en classe D. Il aurait dû s’en rendre compte que jouer les durs ne servait à rien ici. Ce n’était pas la meilleure des réunions n’empêche puisque le groupe n’était pas familier avec Ichinose. De plus, puisqu’on n’était pas du genre à aimer les mondanités et les sourires forcés, la discussion freina rapidement. Ichinose finit par comprendre qu’elles n’étaient pas les bienvenues.

Ichinose —Ahaha, on vous dérange peut-être ? On vous dit à plus tard alors.

Sakayanagi — Veuillez nous excuser.

Sakayanagi, qui ne m’adressa pas la parole ni ne me regarda pendant toute cette rencontre, suivit Ichinose et partit. On dirait qu’elle n’était pas du genre à tout faire foirer en faisant des sous-entendus.

Miyake — Elles sont rivales, non ? Ces deux là.

Yukimura — Je ne sais pas si c’est la bonne façon de les décrire mais ce qui est sûr c’est qu’elles sont ennemies.

Keisei, trouvant cela suspect, remonta ses lunettes tout en les regardant partir.

Yukimura — On parle d’Ichinose après tout.

C’était un fait bien connu qu’Ichinose pouvait devenir l’amie de n’importe quel étudiant.

Sakura — Comment dire, Ichinose c’est vraiment quelque chose …

Marmonna Airi.

Hasebe — Moi-même une fille, je peux dire que je ne l’aime pas.

Miyake — Haruka, tu détestes Ichinose ?

Hasebe — Je ne la déteste pas particulièrement. C’est juste que je ne l’aime pas non plus. Comment dire, elle est trop parfaite dans tout ce qu’elle fait et trop ambitieuse. Je trouve qu’en manquant de faiblesses elle perd de son charme, tu ne trouves pas ? Pour faire simple, j’aurais aimé qu’elle soit en réalité pourrie de l’intérieur.

Miyake — T’as pas tort. Le fait qu’elle n’ait aucune faiblesse la rend effrayante en vrai. Mais lui souhaiter d’être pourrie de l’intérieur c’est pousser un peu loin.

Akito acquiesça pour montrer qu’il était d’accord avec elle.

Hasebe — C’est vrai mais ce que je veux dire c’est qu’être parfaite et sans failles, c’est nul. Même dans les mangas.

Haruka regarda Ichinose, la main dans sa poche.

Sakura — Je … préfèrerais peut-être croire que c’est possible moi. Parce que s’il s’avère qu’Ichinose cache son jeu, tout le monde serait choqué.

Disait-elle anxieuse, préférant ne pas envisager ce scénario.

Hasebe — J’imagine. Il y a forcément une personne purement gentille quelque part dans ce monde. On ne se rend peut-être juste pas compte car elle est si proche de nous. 

Yukimura — On va bientôt être promu en C. Quand ça arrivera, Ichinose deviendra notre prochain ennemi. Ce qui veut dire qu’elle sera une personne qu’on devra battre à tout prix. Peut-être évitons de la rendre trop sympathique.  

Keisei avait raison. Si Ichinose s’avérait être si parfaite, le combat contre elle n’allait faire que se compliquer.  Si c’était une personne qui se montrait méchante, comme Ryuuen, alors il n’y avait pas à ressentir quoi que ce soit envers elle. Cela dit, pour quelqu’un comme Ichinose, je me demandais si la classe était capable de l’affronter sans se retenir. 

Moi — … Plein de complications nous attendent, huh ?

Une fois promus, on devait inévitablement leur faire face. On avait également Ryuuen sur notre dos ainsi que sa classe qui allait tenter de nous rattraper.

On ne savait pas encore aussi ce qu’il allait advenir de la coopération entre Ichinose et Horikita. Idéalement, le projet était d’être alliés jusqu’à ce que la classe B monte en A et la notre en B. Mais il était sûr que tout n’allait pas se passer selon ce scénario idéal.  


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