CLASSROOM V6 : ÉPILOGUE


Décisions contrastées

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Traduction : Raitei
Correction : Nova
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Bien que beaucoup d’élèves furent déprimés à cause des longues révisions, le temps s’écoulait tellement vite que nous étions déjà en hiver. Nous venions d’entrer en décembre et l’examen final était dans exactement trois jours. L’école était fermée ce weekend-là alors l’épreuve débutait lundi. L’examen n’était clairement pas inquiétant en soi dans la mesure où les groupes de soutien avaient donné de bons résultats et que chacun avait travaillé avec sérieux, même les élèves les plus problématiques de notre classe comme Sudou.

Ce qui m’inquiétait en revanche était le fait que Ryuuen et Kushida avaient sans aucun doute préparé un plan en coulisses dont j’avais une petite idée. Les buts de Ryuuen sont les suivants :  battre la classe D à examen final et découvrir l’éminence grise cachée derrière Horikita. Pour le premier objectif, les moyens d’actions sont limités car la seule chose qu’il pouvait faire était que sa classe révise sans relâche et prépare des questions très difficiles. Mais notre classe pouvait en faire tout autant et je n’avais vu aucun groupe de soutien de la classe C, que ce soit au Pallet, à la bibliothèque ou bien dans un autre endroit. Révisaient-ils dans un endroit caché ? Dans tous les cas, cela allait être une bataille difficile mais je ne les imaginais pas utiliser une méthode aussi conventionnelle pour gagner. Peut-être la classe C voyait-elle les choses autrement.

Horikita — Tu rêvasses ?

Moi — Oh, désolé.

Vu que j’étais figé, Horikita me regarda depuis le bas des escaliers. Je m’empressai aussitôt de les descendre pour la rejoindre. Elle tenait dans les mains une grande enveloppe marron contenant les questions élaborées avec Hirata le mois dernier. Cette dernière contenait le sort de notre classe. Même moi je ne les connaissais pas et vu que c’était elle qui s’était chargée de la finalisation, elle était la seule au courant.

Moi — Quelles sont nos chances ?

Horikita — Difficile à dire vu que l’établissement a fait de gros ajustements sur les questions. Mais nous avons fait le plus difficile.

Elle se voulait tout de même confiante. Il fallait maintenant apporter l’enveloppe à bon port à la salle des professeurs. Nous croisâmes sur notre chemin un élève qui lui aussi passait dans le couloir.

Ryuuen — Salut Suzune !

Ryuun vint avec un sourire narquois portant la même enveloppe que Horikita.

Horikita — Est-ce une coïncidence ou une embuscade ?

Ryuuen — Notre rencontre était inévitable. Je t’attendais.

Horikita — C’est donc le deuxième cas.

Horikita exprima un soupir de dégoût et tenta de passer en force.

Ryuuen — Une minute ! Toi aussi tu soumets les questions au dernier moment ?  Allons-y ensemble !

Ryuuen s’exprima tout en montrant son enveloppe à Horikita

Ryuuen — Je préfère être prudent, comme toi.

Horikita — Tu as peur qu’un de tes sbires te trahisse ?

Ryuuen — Kuku. Personne dans ma classe n’oserait le faire, vois-tu.

Horikita — C’est pour ça que tu attends le dernier moment, logique !

Horikita répondait avec agressivité pour le bon plaisir de Ryuuen. Il nous suivit.

Ryuuen — J’espère que toute la prudence dont tu fais preuve à cause de tes déchets de camarade nous sera encore utile.

Horikita continua de marcher sans faire attention à lui.

Horikita — Ayanokôji-kun, tu as bien révisé ? Et ta partenaire ?

Moi — On a vraiment nos chances, si tu veux mon avis.

Horikita — Nous n’avons pas le droit à l’erreur. Même si nous sommes sur nos gardes avec ce que pourrait nous réserver la classe C, soyons prudents.

Ryuuen ne comptait pas rester silencieux et répondit à Horikita.

Ryuuen — Huh ? Tu es inquiète pour tes petits camarades ? Je vois que tu as enfin compris notre façon de faire.

Horikita — Les provocations bon marché te ressemblent bien

Ryuuen — Si seulement.

Horikita appela Chabashira-sensei dès notre arrivée à la salle des profs. Elle se mit à approcher dans notre direction. Ryuuen appela lui aussi Sakagami-sensei qui vint prendre l’enveloppe en premier très calmement.

Ryuuen — Vous comptez les accepter hein ?

M. Sakagami — Aah. Je te dirai ça plus tard.

Après ce bref échange, Chabashira-sensei pris la place de Sakagami-sensei.

Mlle. Chabashira — Tu as finalement les questions.

Elle avait l’air de s’y attendre et ignora Ryuuen et son professeur principal.

Horikita — Chabashira-sensei, voici la version finale.

Mlle. Chabashira — Je prends ça.

Ryuuen épiait la conversation avec un effrayant sourire. Avant que le professeur ne s’empare de l’enveloppe, Horikita marqua une brève pause.

Horikita — Puis-je d’abord vous poser une question ?

Mlle. Chabashira — Je t’écoute.

Horikita — Le sort de la classe D repose sur ces questions/réponses alors nous devons éviter toute possibilité de fuite. Pourriez-vous refuser toute personne qui voudrait y jeter un oeil, moi y compris ?

Horikita avait appris de sa défaite lors du festival sportif, voilà pourquoi elle était si méfiante mais Chabashira-sensei allait-elle la comprendre ?

Mlle. Chabashira — Tu veux donc que je refuse de révéler le contenu ?

Horikita — Est-ce trop demander ?

Mlle. Chabashira —  Ce n’est pas le cas et je comprends ta prudence. L’établissement n’a aucune raison de refuser mais à une condition.

Horikita — Laquelle ?

Mlle. Chabashira — Est-ce que toute la classe D approuve ?

Horikita — Je n’ai pas eu de mots de leur part mais il est évident que personne ne refuserait vu que c’est pour le bien de notre classe.

Mlle. Chabashira — Ça c’est toi qui le dit. Chacun peut avoir sa propre opinion sur le sujet. Certains élèves voudraient peut-être perdre.

Horikita — C’est…

Chabashira-sensei croisa les bras et continua.

Mlle. Chabashira — Et puis peux-tu me garantir que tout le monde au sein de la classe est d’accord avec les questions ? Tu n’as pas consulté tes camarades je présume.

Horikita — Vous me demandez de montrer les questions à tout le monde pour qu’ils me confirment si elles sont bonnes ou pas ?

Mlle. Chabashira — Je n’ai pas dit ça. C’est juste que rien ne me dit que tu agis pour le bien de la classe. Néanmoins, je vais accorder ton souhait. Je ne divulguerai ces questions à personne.

Horikita — Merci. Cela m’enlève un poids.

Mlle. Chabashira — Mais laisse-moi te dire que ce n’est pas une bonne chose. Cela montre que la classe n’est pas unie.

On ne pouvait malheureusement pas le nier. J’imaginais difficilement la classe

B avoir quelqu’un leur mettant des bâtons dans les roues en interne.

Horikita — Ne vous en faites pas, je travaille actuellement très dur pour que notre communication s’améliore en interne.

En entendant ça, Chabashira-sensei sourit un petit peu.

Mlle. Chabashira — Tu as bien changé Horikita.

Horikita — ……Il faut bien changer certaines choses dans la vie.

Mlle. Chabashira — J’accepte ta requête mais sache qu’il est nécessaire parfois d’autoriser la divulgation de quelque chose car on ne sait jamais ce qui peut arriver. Ma condition est que si quelqu’un demande à ce que je lui montre le contenu de l’enveloppe, je demanderais ta permission avant de la révéler. En effet, garder une confidentialité sans failles est impossible en soi et c’est même un risque pour toi dans l’absolu.

On avait l’impression qu’elle voulait absolument que l’on puisse avoir la possibilité de voir le contenu des questions/réponses.

Horikita — Dans ce cas-là, il faut que je sois présente en personne.

Mlle. Chabashira — Très bien. Il est vrai que quelqu’un peut mentir en affirmant avoir eu ta permission. Si quelqu’un vient, je lui dirais que tu ne voulais pas qu’on révèle quoi que ce soit sans ton autorisation de peur qu’il y ait une fuite. Je me dois de dire la vérité en tant que professeur.

Horikita — Qu’il en soit ainsi.

Horikita fut soulagée que la négociation se soit bien passée. On pouvait maintenant éviter toute fuite puisqu’il fallait la présence de Horikita en cas de consultation des questions/réponses. Et puis on pouvait être sûr que soudoyer le professeur avec des points n’était pas suffisant pour que cela marche. Néanmoins, il y avait quelque chose de bizarre que je ressentis lorsque j’écoutais leur conversation. Tout avait l’air jusque-là de se passer comme prévu mais cela semblait trop beau pour être vrai. En effet, les questions avaient la difficulté qu’il fallait pour être validées, Horikita avait fait en sorte qu’on doive la consulter si quelqu’un demandait à voir les questions donc Kushida ne pouvait rien tenter. Il n’y avait donc aucune faille, voilà le problème. Chabashira-sensei avait carrément une attitude étrange même si l’on ne voyait rien physiquement. Elle avait accepté la proposition de Horikita sans broncher et la laissa partir tandis que Ryuuen était on ne peut plus décontracté.

Horikita — Partons, Ayanôkoji-kun, nous n’avons plus rien à faire.

Je ne l’écoutai pas et fixa Chabashira-sensei du regard. Elle fit de même. Je priai pour que Horikita remarque la situation avant de franchir le point de non retour. En effet, je ne pouvais pas parler alors que Ryuuen était présent et il ne fallait pas que je lance des regards suspects non plus. Horikita commença à partir de la salle des professeurs puis s’arrêta net.

Horikita — Vous avez dit que vous ne me mentirez pas n’est-ce pas ?

Mlle. Chabashira — En effet, c’est normal pour un professeur.

Horikita — Est-ce que les questions/réponses que je vous ai données

seront acceptées ?

Dieu merci elle l’avait senti. Horikita comprit ce qui clochait.

Mlle. Chabashira — Il faut confirmer qu’il n’y ait aucun problème.

Moi — Qu’est-ce qui ne va pas Horikita ?

Horikita m’ignora complètement.

Horikita — Je vais reformuler la question. Hormis ma liste de questions/réponses, y’a-t-il autre chose qui a été soumis par ma classe et déjà validé ? Ou bien y’a-t-il autre chose en cours de validation ?

Chabashira-sensei s’immobilisa soudainement.

Mlle. Chabashira — Comment ça ?

Horikita — Il n’y a que vous qui puissiez me répondre.

Mlle. Chabashira — Tout ce que je peux dire c’est que l’établissement a fini de vérifier les questions/réponses de l’examen final.

La réalité vint nous frapper au visage.

Horikita — Cela signifie que quelqu’un d’autre a soumis une liste de questions/réponses ?

La discussion allait plus vite que les émotions qu’elle exprimait.

Mlle. Chabashira — En effet, ce qui signifie que ta proposition ne sera pas acceptée dans cette situation.

Horkita — Dans ce cas, veuillez annuler l’ancienne soumission et considérer l’enveloppe que je viens de vous donner comme la version finale !

Horikita pointa du doigt l’enveloppe. Mais cela n’allait pas être aussi simple.

Mlle. Chabashira — Je suis désolée Horikita mais je ne peux accepter cette demande égoïste. Une autre élève m’a déjà donné les questions/réponses avant toi et tout a été validé. Elle avait la même inquiétude que toi en voulant que les questions ne soient révélées à personne pour éviter toute fuite. Les directives étaient de prendre l’enveloppe comme si de rien n’était si un élève de la classe se montrait et de lui dire l’identité de la personne qui s’était montré.

Horikita — Comment cela a pu arriver…

Horikita se liquéfia suite à cette révélation brutale.

Horikita —  Qui est cette élève ?

Mlle. Chabashira— Kushida Kikyô.

La réponse fut évidente. Kushida frappa ainsi la première en prenant une mesure drastique car nous étions au courant de son passé.

Horikita — En fonction de la situation, nous pouvons changer les questions n’est-ce pas ?

Mlle. Chabashira — Alors sache que la date limite est aujourd’hui. Si tu veux changer les questions, amène Kushida ici.

Horikita — C’est…

Impossible, Kushida n’allait pas venir comme ça. Il fallait qu’on aille la chercher avec la prof mais c’était une perte de temps. Elle pouvait éteindre son téléphone et se cacher quelque part on ne sait où.

Mlle. Chabashira — Horikita ou bien Kushida… J’ai ma petite idée sur laquelle de vous deux ment mais ce n’est que pure spéculation de ma part. Il est aussi possible qu’une personne tierce soit dans le coup. C’est vraiment problématique pour moi si vous ne savez pas gérer vos divisions en interne.

Horikita — ……Nous avons jusqu’à quelle heure au juste ?

Mlle. Chabashira — 18h.

En regardant mon portable, je vis qu’il ne restait que deux heures.

Ryuuen — Kukuku…… K-kuhahaha ! Qu’est-ce que tu fous Suzune !?

Ryuuen assista à la discussion et rit bruyamment. Il se délecta de notre vaine résistance, lui qui était au courant de tout ce qui se tramait.

Ryuuen — C’est vraiment dommage d’avoir travaillé autant dans le vent ma pauvre ! Quelle poisse !

Horikita — C’est toi qui a orchestré tout ça ?

Ryuuen — Aah, je suis censé être au courant de ce qui se passe dans votre classe ?

Horikita haussa le ton devant le mensonge éhonté de Ryuuen.

Horikita — J’en ai ma claque de ton attitude ! Qu’un étranger comme toi écoute aux portes me débecte au plus haut point !

Ryuuen — Ooooh t’es effrayante meuf ! Je crois que je vais rentrer sagement chez moi. J’ai hâte de voir les résultats de l’exam !

Moi — ……Tu comptes chercher Kushida ?

Horikita — Je n’aime pas les efforts inutiles.

Nous ne pouvons rien y faire, tout était déjà décidé.

Horikita — Est-ce que Kushida-san vous a demandé de ne pas montrer les questions ?

Mlle. Chabashira — Elle ne m’a rien dit de tel.

C’était bien ce que l’on pensait.

Horikita — J’aimerais les voir s’il vous plaît.

Chabashira-sensei nous montra les questions. Je regardai en diagonal.

Moi — La difficulté est assez relevée je trouve.

Horikita — En effet.

Les questions de Kushida n’étaient pas si différentes de celles de Horikita. On pouvait même dire que le travail était remarquable au point qu’on ne pouvait pas remarquer qui de Kushida ou Horikita était l’auteur. Vu que Ryuuen était impliqué, c’était probablement le travail de Kaneda. C’était bien vu de leur part car si les questions avaient été faciles, l’on aurait pu voir qu’il y avait volonté de porter un coup à la classe D.

D’autant plus que si l’on connaissait les questions à l’avance, peu importait leur difficulté, l’on avait juste à apprendre les réponses pour avoir une note très haute. Kushida mena son plan d’une main de maître alors qu’elle participait aux cours de soutien et qu’elle avait accepté le pari de Horikita censé lui donner une pression supplémentaire.


Horikita était le leader de la D. Perdre face à la C aurait forcément porté atteinte à sa crédibilité. Ryuuen voulait donc la mettre au pied du mur. Le pire scénario se réalisait donc pour nous et l’on pouvait clairement imaginer qu’en échange de la coopération de Kushida, celle-ci avait reçu les questions de la classe C ;  Kushida se garantissait ainsi le maximum de points en math et contraignait Horikita à ne faire aucune erreur. Elle avait donc toutes les chances de perdre le pari et, la connaissant, il était inconcevable qu’elle ne tienne pas parole en ne quittant pas l’établissement.

Horikita — Que peut-on faire de plus ? La classe D est vaincue…

L’attaque sournoise de Kushida a dû avoir impact énorme sur Horikita. D’autant plus que nous étions arrivés là à cause de sa propre négligence. Je m’attendais clairement à mieux de sa part. Si c’était moi…

Mlle. Chabashira — C’est quand tu veux. Ryuuen est parti.

Chabashira-sensei dit cela à Horikita alors qu’elle avait la tête baissée. Elle fut comme à son habitude, imperturbable. Que se passait-il au juste ?

Horikita — J’ai préféré jouer la comédie encore un peu au cas où.

Horikita leva la tête. Elle ne fut en aucun cas dépitée. J’avais maintenant compris pourquoi.

Moi — Tu as prévu le coup ?

Autrement dit, Elle avait fait en sorte de faire croire à Kushida que ses questions étaient acceptées.

Horikita — Il faut que les élèves de la classe C partent du principe que les questions de Kushida aient été acceptées. On peut espérer ainsi des exclusions de leur côté s’ils ne font qu’apprendre bêtement par coeur.

Je n’aurais jamais imaginé une si belle contre-attaque de sa part. Pour le coup, il se peut que Ryuuen se soit réellement trompé.

Mlle. Chabashira — Quelle situation déplaisante. De toute ma carrière ici, je n’ai jamais vu ça. C’est la première fois que j’ai une classe où les élèves se mettent des bâtons dans les roues au risque d’emporter la classe entière. Les choses ne se dérouleront pas toujours aussi bien Horikita et s’il y a des traîtres, prépare-toi à en subir des revers.

Elle se montra rarement aussi inquiétante. En effet, aucune autre classe ne perdait son temps à faire ce genre de sales coups. Même pour la classe A, pourtant divisée, il était impensable d’aller si loin. Il fallait donc gérer Kushida.

Horikita — L’examen final mettra un terme à ces discordes.

Je pus ressentir toute sa détermination et l’envie d’en finir avec ça.

Mlle. Chabashira — Vraiment ? Tant mieux alors. Me voilà rassurée.

Horikita fit un soupir de soulagement tandis qu’elle voyait Chabashira-sensei retourner à son bureau avec l’enveloppe.

Horikita — Désolée de t’avoir caché tout ça.

Elle s’inclina et s’excusa lorsque nous fûmes seuls.

Moi — Ne le sois pas. J’avoue n’y avoir vu que du feu.

Certes, je coopérais moins avec elle mais je l’avais quand même sous-estimée.

Horikita — J’ai bien l’intention d’apprendre de mes erreurs face à lui.

Les chances de victoire de la classe C furent évincées et notre classe prit une longueur d’avance. Cependant le plus difficile était à venir avec Kushida

Horikita — Plus qu’à la vaincre pour en finir une bonne fois pour toute.

En effet, battre Kushida était primordial pour avoir un futur ici.

1

La première moitié du 1er jour de l’examen final allait commencer. Chaque duo devait totaliser au minimum 692 points, ce qui au vu des efforts ne paraissait finalement plus si difficile. Mais il ne nous fallait pas baisser notre garde pour autant.  Tout se jouait cette première journée vu que nous avions 4 matières : japonais, sciences sociales, mathématiques et anglais. C’était à la fin de celle-ci que nous allions savoir qui de Kushida ou de Horikita avait gagné. Concernant l’examen de manière général, tout dépendait de la difficulté de nos questions pour les adversaires ainsi que de l’issue de la bataille entre la A et la B.

Tandis que je marchais dans le couloir, je vis Satô qui avait l’air de m’attendre pour le meilleur ou pour le pire. Quand elle me vit, elle s’approcha de moi.

Satô — Salut Ayanokôji-kun. Ça va bientôt commencer.

Moi — Aah, ouais. Bien dormi ?

Satô — Je me suis couchée à 1h du mat après avoir bossé. Je suis un peu stressée là.

Elle posa ses mains sur sa poitrine et prit une profonde inspiration.

Moi — On verra comment ça va se passer mais faisons de notre mieux pour éviter l’exclusion. Si t’as révisé, aucune raison que tu rates.

Satô — Ouais !

Peu importait ce que je pensais, nous ne faisions plus qu’un désormais. Si elle faisait une erreur cela m’impactait et inversement.

Karuizawa — Salut Satô-san.

Satô — Oh ! Salut Karuizawa-san.

Lorsque Karuizawa arriva, elle salua Satô.

Karuizawa — T’avais rendez-vous avec Ayanokôji-kun ? Vous êtes pas du genre à être ensemble.

Satô — P…Pas du tout, c’est un hasard qu’on se soit retrouvés.

Karuizawa — Dans ce cas, on va boire un truc au Pallet avant que l’exam ne commence ?

Satô — Carrément ! On se voit plus tard Ayanokôji-kun !

Elle s’adressa à moi un peu gênée avant de détaler. Karuizawa regarda dans ma direction avant de partir avec Satô.

Moi — Huh, alors elles s’entendent bien ?

Je ne pensais pas Karuizawa jalouse.

Moi — Eh ?

Ce fut Hirata qui s’adressa à moi.

Hirata — Salut !

Moi — Yo. Qu’est-ce tu veux dire ?

Hirata — J’ai passé beaucoup de temps avec elle en jouant son petit ami. J’ai remarqué qu’elle faisait plus attention à toi, Ayanokôji-kun.

Moi — Non, tu délires.

J’étais juste le nouvel hôte de Karuizawa. Normal qu’il voyait les choses ainsi.

Hirata — Tu crois ? Perso je suis content car prétendre être dans une relation n’est pas sain. M’enfin, fais pas attention à ce que je dis.

Après ces mots, nous partîmes vers la salle de classe.

Hirata — Les questions concoctées par Horikita devraient clairement gêner la classe C. Sinon je pense qu’on a carrément nos chances.

Hirata fut confiant à tel point qu’il y voyait une victoire pour notre classe. Même si certaines paires furent imprévues, on avait grossomodo tout calculé.

Hirata — D’ailleurs, je voulais te demander quelque chose. Tu connais Shiina Hiyori ?

Moi — C’est une élève de la classe C. On s’était rencontrés quand les élèves de la C s’étaient ramenés au groupe de soutien de Keisei.

Hirata — Ils sont aussi venus dans mon groupe. On dirait bien que la classe C cherche l’éminence grise derrière Horikita.

Moi — On dirait bien.

Hirata — Ayanokôji-kun, tu es la personne qu’ils cherchent n’est-ce pas ?

Hirata n’avait pas demandé ça car il savait mais parce qu’il voulait confirmation.

Hirata —Ah, je ne le dirai à personne bien entendu. J’imagine que tu dois avoir tes raisons pour cacher ton identité. Tant que tu as un impact positif pour la classe, c’est le principal.

Moi — Je vois. Je vais prendre ça comme un avertissement.

Hirata — Tu ne le nies pas ?

Moi — Si je niais, tu me croirais ?

Hirata — Tu as raison.

Moi — Je ne suis ni un héros ni quelqu’un qui essaye de cacher ce qu’il est vraiment. Tout ce que je veux c’est ne pas me mettre en avant.

Hirata — Alors tu avais tes raisons j’imagine pour avoir réagi comme ça durant le festival sportif ? Etait-ce vraiment la meilleure solution ? La C est maintenant en mouvement. Si tu as besoin de moi, je serai là pour aider !

J’appréciais son offre mais c’était inutile pour le moment.

Moi — Ne t’en fais pas. Si j’ai besoin de toi, je t’appellerai.

Hirata — Je vois.

Nous arrivâmes en salle de classe. J’observai Sudou et les autres au loin et nous pûmes clairement voir un changement. Chacun faisait preuve de sang-froid et utilisait le temps qu’il restait pour relire ce qui devait être relu. C’était fini l’époque non lointaine où certains apprenaient à la dernière minute ce qu’ils pouvaient en panique. Plus de la moitié de la classe était ainsi très concentrée.

Hirata — On ne reconnaît plus notre classe.

Moi — C’est clair.

La classe était clairement méconnaissable pour quelqu’un qui fut témoin de la D quelques mois avant. Le fait que l’établissement mette l’emphase sur la compétition entre classes y est pour quelque chose.

Horikita — Tu es prêt ?

Ma voisine, Horikita, lisait un livre au lieu de réviser.

Moi — Tu lis quoi au juste ?

Horikita — Les “Dix Petits Nègres”.

Moi — d’Agatha Christie ? Espérons qu’on s’en sorte indemne.

Horikita ferma son livre comme pour rejeter ma blague.

Horikita — Personne ne disparaîtra. Encore moins nous deux.

Moi — Je vois une détermination sans faille dans ton regard. Tu es prête à écraser n’importe quel adversaire ?

Horikita — Naturellement. Mon objectif est aussi d’avoir la première place parmi les élèves de seconde.

Moi — Si les questions de la classe C s’avèrent difficiles, la première place ne sera pas évidente

Horikita — Plus y’a du challenge, plus c’est motivant.

j’avais hâte de voir cette confiance inébranlable de sa part à l’œuvre.

2

Quand la sonnerie retentit, chacun commença à préparer ses affaires. Tout ce qui n’était pas nécessaire à l’examen devait être déposé dans les casiers au fond de la classe.  Tout ce que l’on avait sur notre bureau était de quoi écrire. Si nous avions besoin d’une nouvelle gomme, d’une cartouche d’encre ou d’un taille crayon, il fallait le demander à Chabashira-sensei.

Mlle. Chabashira — Vous allez commencer par le Japonais moderne. Il est interdit de tourner la feuille avant mon signal, compris ?

Chabashira-sensei ne fit pas passer les polycopiés. Elle les posa d’elle-même sur chacun de nos bureaux, un à un.

Mlle. Chabashira — L’examen va durer 50 minutes. Je vous suggère d’éviter autant que possible les envies d’aller aux toilettes ou les maux de tête soudain. Si c’est vraiment urgent, levez la main mais sinon vous n’êtes pas autorisés à sortir durant toute la durée de l’épreuve.

Tandis qu’elle distribuait les polys, elle énonçait les règles. Il n’y avait aucun chuchotement car chacun était concentré sur sa feuille. Une nouvelle sonnerie retentit annonçant cette fois le début de l’examen.

Mlle. Chabashira — Vous pouvez commencer.

Tout le monde tourna la feuille aussitôt. Si Keisei avait vu juste, les questions devaient suivre une certaine tendance, rendant notre contre-attaque efficace. Je parcourais le poly de haut en bas pour connaître la difficulté du test. Dès la première question on y allait pas de main morte mais on pouvait clairement trouver une réponse à chaque fois. De plus certaines questions furent exactement prédites tandis que d’autres étaient résolvables avec un peu de concentration. Keisei avait donc bien anticipé les choses. On pouvait voir d’ailleurs que pas mal de questions avaient été remaniées par le corps enseignant car jugées trop trompeuses. Au final, il était peu probable que nous fassions pire que le mi-exam du trimestre mais si un élève arrivait à avoir 10 ou 20 points seulement dans une matière, il fallait que son partenaire obtienne 60 points. Pour les duo avec un bon élève, les 60 points n’étaient rien mais pour les paires moyenne comme Haruka et Akito, c’était un problème : vu qu’ils étaient tous les deux faibles en sciences humaines, il fallait absolument qu’ils mettent les bouchées double car l’un ne pouvait compenser l’autre.

Horikita avait déjà commencé à répondre à la première question. Elle s’était engagée dans une voie où la défaite était inenvisageable. Tandis que j’observais le spectacle, je faisais tourner mon stylo en cercle. Je commençais à réfléchir à ce que je devais faire.  Contrairement aux autres, Satô était enthousiaste à l’idée de participer à ces cours de soutien alors je partais du principe qu’elle allait faire mieux qu’Ike ou Yamauchi. Il fallait cependant assurer le coup alors je décidai d’obtenir les 60 points requis à chaque fois.

Quand je levai la tête, je croisai le regard de Chabashira-sensei observant la classe depuis l’estrade. Mais ce n’était pas elle qui m’intéressait mais Kushida Kikyô. J’étais curieux à propos de son attitude car dès le début de l’épreuve, sa main n’avait pas bougé. Elle regardait les questions plusieurs fois comme si elle cherchait une confirmation. Elle ne commença qu’au bout de deux ou trois minutes.

Ces épreuves complexes se succédèrent sans qu’on ait le temps de profiter de quoi que ce soit et tout passa sans incidents jusqu’à la quatrième matière. En effet lorsqu’arriva l’épreuve de mathématiques qui devait décider de l’issue du duel entre Horikita et Kushida, cette dernière s’exprima inconsciemment à voix haute, tout juste après que Chabashira-sensei nous donna le signal pour commencer.

Kushida — Pourquoi…

Mlle. Chabashira — Un problème Kushida ?

Kushida — N-non, désolée, ce n’est rien !

Certains camarades exprimèrent leurs inquiétudes à son égard mais elle reprit son calme et commença à répondre aux questions.  En observant de plus près, j’avais compris sa réaction de surprise. La voir aussi troublée contrastait fortement avec son attitude habituelle mais si elle avait réagi comme ça c’était parce que “cette personne” avait opté pour ce choix-là.

Horikita ignora complètement Kushida et fut concentrée sur l’épreuve

Nous étions ainsi lancés dans un duel sans merci mais puissant de par sa simplicité. Horikita allait pouvoir montrer les fruits de son dur labeur.

Quant à moi, maintenant que la source de mes inquiétudes avait disparu, je pouvais me concentrer pleinement sur l’épreuve.

3

Horikita — ……Fuu.

Horikita soupira et leva lentement les yeux vers le plafond.

Moi — On dirait bien que tu as tout donné.

Horikita — Etudier n’a jamais été un poids mais j’ai révisé plus qu’il ne fallait pour cette matière.

Moi — Tu te donnerais combien ?

Horikita —100 points…… Enfin j’aimerais bien que ce soit le cas vu qu’il n’y avait pas vraiment de questions tordues. Allez, disons au minimum 98 points vu qu’il y avait quand même quelques questions assez complexes.

Elle dit cela comme si de rien était.

Moi — Tu es sûre que tu n’auras pas une note plus basse que 98 ?

Horikita — Certaine. Je suis persuadée d’avoir réussi l’examen. Je pense aussi avoir une note presque parfaite dans les trois autres matières.

Moi — C’est rassurant.

Horikita — J’ai défié Kushida-san en partant du principe qu’elle pouvait avoir 100. J’ai vraiment fait attention à toutes mes réponses alors c’est vraiment dommage pour ces deux points que j’ai peut-être manqués.

L’erreur est humaine et il était possible qu’elle ait moins de 98 points car les questions de Kaneda n’étaient en aucun cas faciles. Même pour quelqu’un comme Keisei, avoir plus de 90 n’était pas chose aisée alors rien n’était moins sûr. Si elle avait vraiment réussi à faire un tel score alors elle allait sans doute obtenir la meilleure note de la classe. Alors qu’elle donnait des cours de soutien, elle avait réussi à surmonter tous les obstacles sur son chemin grâce à sa volonté.

Sudou —Suzune, j’ai quelque chose à te dire. On fait le chemin du retour ensemble ?

Sudou s’approcha de nous avec son sac à la main, visiblement déprimé.

Horikita —Tu ne peux me pas me le dire ici ?

Sudou — Je ne pense pas avoir atteint 40 points dans les matières d’aujourd’hui. J’voulais m’excuser pour ça.

Il comptait s’excuser sur le chemin mais a fini par le faire ici.

Horikita — Ce n’est pas forcément mauvais vu que la difficulté change à chaque fois. Tu as fait du bon travail car c’était loin d’être facile.

Il était en effet logique de ne pas avoir des notes brillantes.

Horikita — J’ai des trucs à faire alors tu peux rentrer avec tes amis.

Sudou — Tu restes aussi Ayanokôji ? Vous rentrez ensemble ?

Il nous regarda tous les deux avec un regard sceptique.

Horikita — J’ai juste rendez-vous avec Kushida. Est-ce un problème ?

Sudou — Avec Kushida ? Pas de soucis alors.

Sudou se retira sans demander son reste vu qu’il était soulagé.

Sudou — Je retourne chez moi bosser.

Horikita — Ne dors pas trop tard je te prie.

Sudou — Je sais bien. Kanji, Haruki, on peut y aller.

Sudou leur dit cela de façon posée. Il était loin le temps où il était grognon. Réviser c’était réduire les chances de faillir surtout que là nous pouvions compter sur notre partenaire pour compenser ses erreurs.

Moi — Pourquoi tu dois voir Kushida d’ailleurs ?

Horikita — Rien d’important. Elle a dû elle aussi compter la note qu’elle pouvait potentiellement obtenir alors je voudrais voir ce qu’il en est.

Il y avait encore un peu de temps avant l’annonce des résultats.

Il n’y avait pas besoin d’attendre les résultats si elles avaient compté leurs points mais, de toute manière, j’étais déjà convaincue que Horikita Suzune avait gagné. Rien qu’à voir comment Kushida fut troublée était suffisant pour le deviner. Elle avait d’ailleurs quitté la salle de classe en titubant.

Horikita — Je me demande ce qui ne va pas avec elle.

Moi — Peut-être qu’elle pensait faire mieux.

Horikita — J’espère mais on ne sait jamais avec lui.

Moi — Tu parles de Ryuuen ?

Horikita — S’il lui a donné les questions/réponses en avance, il y a moyen qu’elle ait obtenu un score parfait. Dans ce cas soit je perds soit nous faisons égalité et nous tirons au sort. Rien n’est joué, la possibilité de quitter l’établissement est toujours là.

Moi — Du coup tu comptes faire un kowtow à Kushida pour la supplier de revenir sur sa décision ?

Horikita — C’est du sarcasme ?

Moi — Hein ?

Horikita — Rien, oublie.

Horikita partit à la poursuite de Kushida et je décidai de la suivre.

Horikita — Kushida-san.

À l’appel de Horikita, Kushida s’immobilisa doucement.

Kushida — Qu’est-ce qu’il y a, Horikita-san ?

Elle avait l’air d’être au bout de sa vie.

Horikita — Je te dérange pas ? J’aimerais confirmer quelque chose. Si on pouvait aussi changer d’endroit par la même occasion car y’a du passage.

Kushida — Tout dépend de quoi tu veux parler.

Horikita — Avant que tu ne prennes une décision, sache qu’Ayanokôji-kun vient vu qu’il est dans l’histoire. Tu es ok avec ça ?

Kushida ne dit rien mais ne montra aucun refus. Elle regarda l’heure sur son téléphone et opina du chef. Elle devait avoir rendez-vous avec quelqu’un après. Nous nous rendîmes dans le bâtiment spécial pour être au calme.

Kushida — J’imagine que tu es venue voir qui avait gagné ?

Horikita — En effet, tu as dû compter les points toi aussi.

Kushida — En effet.

Horikita avait joué son futur tandis que Kushida avait misé une grosse partie de sa dignité. Il était évident qu’elle compterait ses points durant l’épreuve.

Horikita — Je pense au moins avoir 98 points. Et toi ?

Bien que ce fut léger, on pouvait sentir un peu d’anxiété chez Horikita car si Ryuuen avait aidé Kushida, la situation était tendue. Mais Kushida ne fut pas surprise de l’annonce de Horikita, elle semblait au contraire s’y attendre.

Kushida — Pas besoin d’attendre les résultats. L’issue est claire.

Elle marmonna cela non sans un ton d’auto-dérision.

Kushida — Je n’aurai pas plus de 80. Probablement moins que ça même. C’est donc ta victoire Horikita-san.

Horikita — Je vois…

Horikita fut perplexe car elle pensait que Kushida allait faire mieux que ça.

Horikita — Vu que tu as révisé, je pensais que tu ferais mieux.

Kushida — C’est comme ça. C’est le genre de personne que je suis.

Elle répondit de façon désabusée puis soupira.

Horikita — Attendons tout de même les résultats officiels.

En effet, l’annonce de l’établissement faisait office d’arbitrage absolu.

Kushida — Cela ne sera pas nécessaire. Tu as gagné Horikita-san, n’es-tu pas satisfaite ?

Kushida avait compris que même si Horikita s’était un peu trompé, elle n’aurait pas eu une marge d’erreur de presque 20 points.

Horikita — Dois-je considérer que tu coopéreras dans le futur ?

Kushida — Je vais tenir parole, même à contrecoeur. Tu veux une promesse écrite ?

Horikita — Pas besoin. Commençons d’abord par nous faire confiance.

Horikita tendit sa main.

Elle voulait conclure son accord de cette façon symbolique. Kushida fut immobile et regarda la main de Horikita les yeux dans le vide.

Kushida — Je te déteste Horikita-san.

Horikita — Je sais mais je pense que je peux réussir à changer ça.

Horikita encaissa de plein fouet l’aveu sans filtre de Kushida.

Kushida — On dirait bien que ma haine envers toi est en train de s’accroître.

Kushida passa devant Horikita comme si de rien était tandis que la main de Horikita fut toujours tendue dans le vent.

Kushida — Je n’interviendrai plus mais je ne coopérerais jamais avec toi, mets-toi ça dans la tête.

Horikita — ……C’est bien dommage mais on ne peut rien y faire, cela faisait partie des conditions après tout.

Kushida — N’oublie pas Horikita-san que la seule condition était que j’évite de te mettre des bâtons dans les roues. Rien de plus.

Bien que son regard était vide, les ténèbres dans ses yeux me scotchèrent.

Horikita — C’est…

Kushida partit sans un mot comme pour signifier qu’elle ne voulait plus avoir affaire à elle plus longtemps. Vu que Horikita n’était plus sa cible, devais-je en conclure que c’était mon tour ? Certes, cela aurait été jouer sur les mots, mais nous n’avions pas parié ma sécurité, seulement celle de Horikita.

Moi — J’aurais peut-être dû faire plus attention aux enjeux…

De toute manière, ce qui était fait était fait et j’étais maintenant persuadé que Kushida n’allait pas en rester là. Elle en avait trop sur le coeur pour abandonner. Horikita et moi étions des menaces à éliminer si elle voulait se garantir un futur sans accrocs potentiels.

Tout ce que je pouvais entrevoir était que cette trêve temporaire n’allait pas durer très longtemps.

4

Après m’être séparé de Horikita, je commençai à imaginer le futur. Le Ryuuen Kakeru que je connaissais n’était également pas du genre à en rester là. Il fallait reconnaître que, cette fois-ci, Horikita avait fait du bon boulot en frappant la première et en laissant Kushida se faire manipuler par ce dernier. Son plan n’aurait pas marché si notre classe était unie alors ce n’était pas une méthode que l’on pouvait continuer à utiliser tout le temps. C’était plutôt adapté pour des événements comme le festival sportif ou cet examen final. Elle a su proposer un deal alléchant à Kushida en apportant de la crédibilité de par la présence de son frère. Qui plus est, la classe D avait vraiment révisé comme une folle ce mois dernier alors on pouvait considérer que c’était une victoire totale.

Mon téléphone commença à vibrer.

Qu’est-ce que tu mijotes ?

C’était le message que je reçus. Mais je pouvais en dire autant de lui. Qu’est-ce qu’il mijotait au juste ?

Je te ferai payer ton audace pour m’avoir manipulé.

Il envoya ensuite un autre message avec un document en pièce jointe. C’était une photo sans message car elle en disait long sur la chose. J’avais en effet compris que Manabe et les autres avaient tout révélé à Ryuuen. Je m’en étais douté au moment où Ryuuen était entré en contact avec Hiyori. Même si je n’étais pas là pour voir comment il gérait les choses, j’imaginais facilement. Il avait probablement dû utiliser l’intimidation et/ou les menaces pour débusquer la taupe, ce qui faisait que mon nom et celui de Keisei devaient apparaître dans sa liste de suspects.

Mais il n’avait aucune preuve. Il ne pouvait donc rien en conclure. Il y avait aussi la possibilité que l’éminence grise qu’il cherchait temps à débusquer se jouait de lui en lui faisant croire en ces plusieurs suspects. Ceci étant dit, j’imaginais clairement la raison pour que Ryuuen essaie de me coincer avec la photo de cette personne ; cela signifiait qu’il connaissait son passé dans une certaine mesure. En fonction de la situation il pourrait s’attaquer à cette personne.

C’était clairement même une déclaration de guerre de sa part comme s’il me sous-estimait. Prenait-il du plaisir à révéler les infos qu’on lui donnait aussi facilement ? 

Je commençais à être las de son obsession à mon sujet. Je fermai ainsi mon téléphone et me retenus de lui répondre.

Si mon but était de le faire craquer mentalement, il ne fallait pas que je fasse les choses à moitié. S’il voulait la guerre alors il allait l’avoir.

Moi — Donne-toi à fond Ryuuen pour n’avoir aucun regret. Mais tu verras, Je te battrais à ton propre jeu.

Malgré ma réticence, je ne pus m’empêcher de ressentir un peu d’excitation.

5

Ryuuen —  T’es en retard Kikyô. T’as eu du mal à fuir tes camarades ?

Kushida — Qu’est-ce que tu sous-entends Ryūen-kun ?

Ils furent sur un toit et elle s’approcha de lui sans cacher sa vraie nature.

Ryuuen — Ah ?

Kushida — Les questions n’étaient pas celles que tu m’avais données.

Ryuuen — Ah oui, j’ai dû changer les questions à la dernière minute.

Il eut un rire méprisant avant de boire de l’eau de sa bouteille en plastique.

Kushida — Je t’avais dit que je comptais faire exclure Horikita par tous les moyens et pour ça, j’ai trahi mes camarades comme tu dis, en te donnant la liste des questions de notre classe.  Je t’avais juste demandé vos questions de math en retour. Si tu avais tenu ta promesse, Horikita serait partie de l’établissement d’elle-même mais tu as joué au con.

Ryuuen — Quoi ? T’es vraiment en colère pour un truc comme ça ?

Kushida — C’est tout ce que tu as dire dans ta croisade contre la D ?

Ryuuen — Ce que tu ne comprends pas Kikyô c’est les questions que tu m’as données ne m’ont pas été utiles.

Kushida — Huh ? Comment ça ? J’ai donné l’enveloppe de questions à Chabashira-sensei comme convenu. Il n’y a eu aucune erreur possible.

Ryuuen — Tu ne t’en étais pas rendu compte ? Suzune avait déjà pris les devants. Vu que toute notre classe comptait sur cette fuite, nous avons non seulement échoué face à la D mais avons aussi frôlé l’expulsion.

Kushida — Attends……Elle avait pris les devants ? Non… Impossible…

Ryuuen — Tu verras lors des résultats de l’examen final.  La classe D nous a clairement battu ce qui fait que notre accord est invalidé. Je ne pouvais donc pas te montrer les questions de math vu que j’avais rien eu en retour.

Kushida — Tsk……!

Ryuuen — Tu n’as donc aucun droit de te montrer rancunière envers moi. Tu devrais même me remercier.

Kushida — Te remercier ? Et puis quoi encore ? J’ai perdu face à elle !

Elle pensa à l’humiliation subie de devoir admettre sa défaite. Cette pensée suffisait à la faire bouillir de rage.

Ryuuen — Te montrer aussi capricieuse alors que tu te fais piéger aussi facilement, faut oser.

Ryuuen s’approcha de Kushida et l’attrapa par son uniforme. Il détacha de force le bouton de son blazer et commença à mettre sa main à l’intérieur.

Kushida — Hey ! Qu’est-ce que tu fais !

Ryuuen sourit lorsque Kushida le repoussa en panique.

Ryuuen — Calme-toi meuf. Regarde dans ta poche intérieure.

Kushida — ……à l’intérieur de ma poche ?

Toujours sur ses gardes, Kushida mit la main dans sa poche et sentit un bout de papier plié qu’elle n’avait pas remarqué avant.

Kushida — Qu’est-ce que c’est ?

Ryūen n’avait pas eu le temps de le mettre à l’instant ce qui signifiait que c’était là depuis un bout de temps déjà. En ouvrant le papier, elle trouva la liste des questions/réponses de l’exam final de math. Pas la liste qui fut officiellement donnée par la C à la dernière minute mais celle que Ryuuen comptait à la base soumettre.

Kushida — Qu’est-ce que ça fout dans mon blazer ?

Ryuuen — Ce ne doit pas être tout. Il doit y avoir d’autres antisèches dans tes affaires. Tu les trouveras en cherchant.

Kushida — Je ne comprends pas.

Ryuuen — Quelqu’un de la classe D a préparé minutieusement ton exclusion. Imagine que j’avais soumis mon ancienne liste de questions de math, que ce serait-il passé ensuite après l’examen si on t’avait trouvé avec ce bout de papier dans la poche ?

Kushida — J’aurais été exclue mais je n’ai en aucun cas triché !

Ryuuen — Certes, tu pourrais prouver ton innocence mais le fait est que tu m’as sollicité pour avoir les questions/réponses avant l’exam. Donc même si tu es jugée innocente, ton image sera tout de même ternie.

Bien entendu elle pouvait dire que c’était un coup monté mais les suspicions d’alliance avec Ryuuen auraient suffi à ternir sa réputation. La graine du doute, encore une fois… Et l’accusation de tricherie aurait pu remettre en cause les résultats de l’épreuve de maths et mettre les classes C et D dans de sales draps.

Kushida — Comment ce papier est-il arrivé là ?

Ryuuen — Il n’y a pas eu des choses étranges ces temps-ci ?

Kushida — Pas vraiment mais… Je m’étais présenté à une réunion stratégique avec Horikita et les autres au karaoké la semaine dernière. Je ne sais pas pourquoi mais une fille de ma classe a commencé à être désagréable et a fini par balancer son jus sur moi. Elle a fini par s’excuser en voulant me payer les frais pour la laverie. Je ne sais pas si y’a vraiment une relation avec cet incident mais ça me trouble.

Ryuuen Cette fille ce n’était pas Karuizawa Kei par hasard ?

Kushida — Comment tu sais ? T’as vu la scène ?

Ryuuen — Comment aurais-je pu être là ? C’est juste logique en fait.

Ryuuen tapota son doigt sur le côté de la tête pour mettre l’emphase sur sa capacité de déduction.

Ryuuen — Explique-moi en détail ce qui s’est passé depuis le début.

Bien que Kushida n’était pas d’humeur, elle expliqua tout en détail. Que Horikita et Hirata avait rassemblé des gens de la classe D et qu’elle avait été placée avec Ayanokôji, Sudou et Karuizawa sur une table. Que cette dernière avait commencé à s’en prendre à elle pour finir par lui renverser son jus sur elle. Ryuuen l’écouta en silence et commença à pousser le raisonnement un cran au-dessus.

Ryuuen — C’est sûr à 100% que c’était un coup monté.

Kushida — Impossible. Mon uniforme est parti à la laverie mais j’ai vérifié les poches avant de le donner. Le gérant de la boutique me l’aurait dit s’il y avait quelque chose à l’intérieur après m’avoir rendu l’uniforme.

Ryuuen — En effet c’est bien impossible d’effectuer une telle prouesse mais ce n’était pas son but. On t’a demandé si t’avais un uniforme de rechange ?

Kushida — Ça aurait changé quoi au juste ? Rien du tout !

Ryuuen — Qu’est-ce qui te rend si sûre de toi ?

Kushida — T’es en train de me dire que tout le monde m’a tendu un piège sans que je m’en aperçoive ? Je ne suis pas idiote, j’observe toujours le comportement des gens autour de moi. Si tout le monde me mentait, je l’aurais compris.

Ryuuen — Tu as probablement raison mais il y a au maximum deux personnes qui essaient de se jouer de toi.

Kushida — Haa ? Comment tu es au courant de ça ?

Ryuuen Pas d’inquiétudes à avoir en tout cas. Il est normal de te faire piéger par quelqu’un qui a une réelle aptitude à appréhender les situations. C’est quelqu’un qui arrive à comprendre la manière de penser des gens qui l’entourent, leurs habitudes, leurs réactions, leurs particularités… À tel point qu’il arrive à tout anticiper. Il a planifié le script de ton scénario avant que ne tu ne l’écrives.

Elle prit un temps de réflexion et finit par admettre que c’était possible. Elle pensa à Hirata, le plus pacifiste du groupe, qui voulait à tout prix chercher réparation pour l’uniforme tâché surtout qu’il sortait avec Karuizawa.

Comme c’était quelques jours avant l’examen, il était normal qu’il lui demande si elle avait un uniforme de rechange.

Ryuuen — Quand ils ont su que tu n’avais que celui-là, tout ce qu’il y avait à faire était de mettre ce papier durant le cours d’E.P.S ou un truc du genre. Il est normal que tu n’aies pas vérifié les poches intérieures de ton uniforme un ou deux jours après l’avoir reçu de la laverie. Il y avait bien d’autres occasions pour placer ce bout de papier. La question importante est de savoir qui a pensé à ça et ce n’est pas le genre de Suzune ou de Karuizawa.

Kushida — Tu dis que j’ai été piégé par quelqu’un d’autre ?

Ryuuen — Pas longtemps avant l’exam, il y avait eu une lettre à charge contre Ichinose sur le fait qu’elle cumulait des points illégalement.

Kushida — C’est toi l’auteur de mémoire. Au final, il n’y a rien eu d’illégal. Mais pourquoi tu me parles de ça ?

Ryuuen — Ce type de tactique te donne une idée de quel genre de stratège tu as affaire.

Kushida — Hein ?

Ryuuen — Ce n’est pas moi l’auteur mais celui qui t’a piégé au sein de ta propre classe.

Kushida — Je ne comprends pas où tu veux en venir.

Ryuuen — Tu penses vraiment que je m’embêterais à mettre un papier dans chaque casier des élèves de notre année avec mon nom dessus ? Vu que c’était signé, il était normal qu’on me voit comme l’auteur.

Kushida — Tu aurais dû dire que ce n’était pas toi.

Ryuuen — Tu crois franchement que c’est mon genre ?

Kushida — ……effectivement…

Kushida comprit aussitôt. Ryuuen cherchait toujours la stimulation et a dû trouver la situation amusante. Qui plus est, il avait été aussi curieux de connaître la vérité sur le cas Ichinose. Si la lettre avait été anonyme, la crédibilité de cette dernière aurait été réduite au risque de rendre la situation encore moins sous contrôle.

Kushida — C’était quoi l’intérêt de ça hormis mettre l’attention sur une affaire bizarre et te mettre en porte-à-faux ?

Ryuuen — Je t’avoue que je ne sais pas…… J’y ai réfléchis mais ce n’est pas clair. Ce X voulait-il être sûr du grand nombre de point qu’avait Ichinose ? Non…Ce serait vraiment stupide de sa part…

Ryuuen ne finit pas son raisonnement car c’était invraisemblable pour lui.

Ryuuen — Hey, Kikyô. Je ne connais rien de ton passé et je dois dire que je m’en fiche pas mal. En revanche si tu continues à harceler Horikita tu risques de te faire littéralement anéantir.

Tout avait été minutieusement et froidement préparé pour que Kushida soit prise en flagrant délit de tricherie au cas où cela se passait mal. C’est précisément un individu pareil que Ryuuen cherchait à affronter.

Kushida — Tu devrais t’inquiéter pour ta classe qui vient de perdre face à la nôtre.

Ryuuen — C’est vrai. Maintenant, la classe D est proche d’être promue en C. On s’est fait rattraper au classement général.

Kushida — Ça ne te fait rien de te faire battre par des déchets ?

Ryuuen ne ressentit rien malgré la charge de Kushida tout simplement car il n’en avait rien à faire de ces trivialités.

Ryuuen — C’est fantastique. Que ce soit la classe A, B, C ou D, les choses intéressantes ne font que commencer.

Kushida — ……Comment ça ?

Ryuuen n’allait bien entendu pas répondre mais son objectif n’avait pas changé depuis le début de sa venue dans cet établissement. Même s’il y avait eu des moments où les choses ne se déroulèrent pas comme prévu, les préparatifs pour monter en classe A avançèrent toujours bien.

Ryuuen — Fais de ton mieux et tente de monter en classe supérieure.

Ryuuen dit cela avant de se retourner pour partir.

Kushida — Et ce papier alors ? Attends, y’a un truc pas net là !

Ryuuen — Kuku……

Kushida venait de remarquer quelque chose d’invraisemblable.

Kushida — Explique-toi Ryuuen !

Ryuuen — Tu viens seulement de le remarquer ?

En effet, un nouveau problème avait émergé.

Kushida — Comment quelqu’un de la classe D a-t-il la liste des questions de maths en sa possession alors que nous sommes les seuls à en avoir connaissance ?

Ryuuen — En effet. L’explication est que j’ai donné la liste à X.

Kushida — Alors tu m’as trahie ?

Ryuuen — Pas vraiment. C’était disons une nécessité.

Ryuuen jeta un oeil à son téléphone portable. Il y avait une photo de la liste des questions/réponses de maths avant le changement. On pouvait voir qu’il l’avait envoyée à un destinataire dont le mail était inconnu.

Ryuuen — Il me comprend très bien à vrai dire.

Avant que Ryuuen n’envoie la liste, il avait reçu plusieurs messages de X. Le premier message avait pour titre “Transaction” et le contenu était le suivant :

Me fournir la liste finale des questions/réponses en maths.

Le cas échéant, changer la liste sans prévenir Kushida Kikyô.

En temps normal, Ryuuen n’aurait pas répondu à ça mais, contre toute attente, X lui avait donné une information utile pour sa classe sans aucune condition. En effet, il lui révéla que Horikita Suzune avait vu clair dans le jeu de Ryuuen et qu’elle avait pris les devants. Sans cette révélation inopinée, il n’aurait rien vu venir et certains de ses camarades de classe qui n’étaient pas fortiches en cours auraient été exclus. Ainsi, il avait trois options en main.

La première était de désobéir à X et de laisser Kushida gagner. Mais comme Ryuuen ne voulait pas que Horikita quitte l’établissement, il préféra éviter cette solution le plus possible.

La seconde option était de ne pas changer les questions de l’examen de math et de laisser Kushida se faire accuser de tricherie grâce au petit papier préparé par X pour la faire exclure. Cependant, c’était la solution idéale pour X alors Ryuuen ignora complètement cette option car ce n’était pas amusant.

La dernière option était de changer les questions en math pour laisser Horikita gagner.

Ryuuen — Il a réussi à protéger Suzune tout en te verrouillant.

Suzune se battait en surface tandis que quelqu’un d’autre tirait les ficelles dans l’ombre. Ryuuen ne put s’empêcher de rire en pensant au fait que sa stratégie d’utiliser Kushida s’était retournée contre lui.

Ryuuen — Mais je compte bien le mettre au pied du mur s’il ne se montre pas au grand jour.

Il ouvrit une image qu’il avait envoyée à X.

Ryuuen — À ce moment-là, je le détruirai.

Ryuuen était persuadé que la personne sur la photo était une importante pièce du puzzle pour connaître l’identité de X.


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