CLASSROOM V6 : CHAPITRE 5


La formation du groupe d’Ayanokôji

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Traduction : Akai, Raitei
Correction : Nova
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Les jours passèrent et Yukimura commença sa cinquième séance de révisions en groupe. La deuxième, la troisième ainsi que la quatrième séance avaient eu lieu au Pallet mais, pour celle-ci, le choix du café du centre commercial Keyaki avait été fait. Les activités de club ayant cessé pour permettre aux élèves de réviser leurs exams finaux, nous avions peur que le Pallet soit bondé.

        Yukimura — Eh ben, c’est plus agité que je ne le pensais.

Yukimura était surpris du nombre d’étudiants présents, bien qu’on ait réussi à se trouver des places malgré la grosse affluence. Des groupes d’études de différentes années nous entouraient. Même si les élèves bossaient en silence, ce n’était pas aussi calme qu’à la bibliothèque puisqu’il y avait beaucoup de monde.

Yukimura — On aurait dû le faire à la bibliothèque ou chez moi.

Hasebe — Mais non, ça va aller. Pas vrai Miyatchi ?

Miyake — Ouais. J’ai eu ma dose d’atmosphère silencieuse dans le club de tir à l’arc.

Contrairement à Yukimura, ces deux-là n’avaient pas l’air de se soucier du bruit. L’époque durant laquelle on était coincés dans une chambre, face à un bureau, était terminée : la méthode moderne consistait à réviser en parlant avec des amis ! Une régression complète des choses.

Yukimura — C’est vous qui allez bosser ! Si vous dites pouvoir y arriver, je vous crois. J’ai préparé le sujet d’aujourd’hui.

Les deux se préparaient, peu motivés, à bûcher le sujet des arts libéraux avec des questions ciblant exprès leurs faiblesses. Les séries de questions faisaient penser à un festival de feux d’artifice vu toute la place qu’elles prenaient. Yukimura avait l’air déterminé, ce qui se comprenait.

Hasebe — Aagh, encore des questions sur les arts libéraux … Yukimu est sans pitié.Elle n’aimait pas étudier de base, alors en plus la matière qu’elle réussissait le moins ! On comprenait donc facilement pourquoi elle était contrariée. Quant à Miyake, il avait l’air d’une personne voulant vomir à tout moment, pressant sa main contre son estomac en regardant les feuilles.

Yukimura — Comment tu peux avoir peur sans même avoir commencé ?

Hasebe — Tu as raison … mais il y en a plus que la dernière fois et elles semblent plus difficiles également.

Yukimura — En venir à cette conclusion avant même d’avoir commencé est un schéma de pensée classique d’un élève qui n’arrive pas à avoir des notes élevées. C’est la base des bases de réfléchir à comment surmonter la difficulté croissante.

Disait Yukimura, passionné par son rôle de professeur.

Yukimura — Sinon, les questions vous semblent plus simples qu’avant ?

Miyake — Non, il est évident qu’elles sont difficiles.

Hasebe — … Ça c’est certain, elles sont dures.

Elles l’étaient sûrement, il n’était pas possible de s’en tenir éternellement à  des questions simples seulement. Il fallait quand même noter que les questions et les explications de Yukimura étaient plutôt excellentes ; je me demandais même s’il était suffisamment bon pour remplacer un professeur ? Même s’il lui arrivait de les gronder, il ne les laissait jamais tomber ni ne leur criait dessus parce qu’ils n’avaient pas compris. Horikita avait-t-elle influencé Yukimura ? Il avait tellement changé, je n’arrivais pas à y croire.

Pendant le premier trimestre, Yukimura et Horikita avaient insisté sur le fait qu’ils étaient en classe D par erreur. Cela paraissait si lointain vu le progrès qu’ils avaient fait.

Miyake — Allez Hasebe.

Miyake avait compris que ça ne servait à rien de se plaindre et s’était résolu.

Hasebe — Plutôt motivé, Miyatchi. Qu’est-ce qu’il y a, tu bouillis de l’intérieur ?

Miyake — Je ne veux rentabiliser le temps libre offert par le club, qui nous l’a laissé pour travailler. Je peux rentrer chez moi une fois fini ?

Yukimura — Bien sûr.

Yukimura et Horikita enseignaient différemment. Horikita avait des horaires précis pour bosser alors que Yukimura non. Ses cours duraient le temps qu’il fallait pour compléter son programme. Du coup il pouvait finir plus tôt ou plus tard que prévu, c’était aux gens de choisir quelle méthode leur allait le mieux. Si Yukimura se permettait de procéder ainsi c’était parce Hasebe et Miyake étaient probablement capables de le supporter. Pour quelqu’un comme Ike qui n’avait pas de bases solides, le rythme de Yukimura était probablement plus difficile. Il pouvait même répondre quelque chose sans trop réfléchir à la question si ça lui permettait de finir plus tôt. On ne pouvait ainsi rien faire d’autre à part enseigner jusqu’à ce qu’il comprenne

Hasebe — Si tu veux plus de temps libre, t’as qu’à quitter le club.

Miyake — Je veux à la fois participer au club et avoir du temps libre.

Hasebe — Égoïste ~

Dans tous les cas, tant qu’ils regagnaient en motivation, c’était tout ce qui m’importait. Si un des deux ou les deux quittaient le groupe, je n’osais pas imaginer ce que Horikita allait me faire endurer. La confiance que Yukimura avait installé à travers ces séances avait des effets positifs sur eux. J’étais convaincu qu’ils ne doutaient plus du tout de lui ou de ses méthodes.

Yukimura — Ayanokôji, à partir d’aujourd’hui tu vas me faire ceci également.

Moi — …Pardon ?

Yukimura — Tu devrais t’en sortir sans soucis mais le problème c’est ta partenaire, Satô. Va falloir te préparer et bien examiner les questions. Si vous échouez tous les deux, ça en sera fini de nous.

Moi — Non, je-

Hasebe — Fais-le Ayanokôji-kun. Ou bien tu préfères qu’on meurt ensemble ?

La tête de Hasebe ressemblait à celle d’un fantôme avec ses cheveux flottants. Elle m’attrapa par la main comme pour me tirer dans les profondeurs d’un puits.

Hasebe — Je compte sur toi !

Je fus emporté par une voix calme et flippante pour finir englouti dans les ténèbres profondes des questions d’arts libéraux.

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Hasebe — D’ailleurs y’a pas un Yoshimoto-kun dans la classe C ? Miyatchi, tu le connais ?

Miyake — Yoshimoto Kosetsu ? Il est dans le club de tir à l’arc.

Hasebe — Oh oui, c’est lui. J’ai entendu dire qu’il sortait avec une étudiante de première, tu le savais ?

Hasebe, visiblement en train de saturer, commença à divaguer.

Miyake — Je n’étais pas au courant, mais j’ai remarqué qu’il se dépêchait pour rentrer plus tôt que d’habitude récemment. C’était sûrement pour ça.

Chez les adultes, fréquenter quelqu’un qui a quelques années d’écart n’a rien de choquant. Pourtant, au lycée, c’est un véritable scoop quand une personne sort avec quelqu’un d’une année au-dessus ! 

Hasebe — Yoshimoto-kun a l’air déterminé et il aurait même dit qu’ils allaient se marier dans le futur. Ah, quelle naïveté !

Hasebe et Miyake digressaient de plus en plus.

Yukimura — Vous êtes libres de parler des potins que vous voulez et du futur, mais faites-le en bossant. 

Hasebe — Je sais. On discutait juste un peu durant notre petite pause.

Hasebe était habituée à ces réprimandes, du coup les mots de Yukimura ne suffisaient plus à la secouer.

Yukimura — Vraiment ?

Hasebe — Wow, je sens ton sarcasme d’ici. Je retourne remplir mon verre.

Miyake — Tu vas encore rajouter du sucre ? C’était pas assez ?

Hasebe — Moi ce qui m’étonne c’est les gens qui peuvent boire quelque chose d’aussi amer. Ah !

Hasebe se leva avec son verre en plastique mais trébucha sur un sac par terre et tomba. Mes yeux suivirent naturellement le verre roulant sur le sol. Le verre s’arrêta sur le pied d’un étudiant qui passait à côté.

Hasebe — Ah, pard-

Elle tenta de s’excuser mais le verre fut écrasé et Hasebe ravala ses excuses.

— Vous avez l’air de vous amuser. Et si on se joignait à vous ?

Hasebe — Qu’est-ce que…

Hasebe se montra de suite défensive et lança un regard aiguisé au groupe en face. C’était une réaction normale face à l’homme qui se tenait devant elle, le leader de la classe C, Ryuuen. Derrière lui se trouvaient Ishizaki, Komiya et Kondo, un trio de la classe C qu’on voyait souvent ensemble.  Ryuuen montrait un sourire sournois pensant à quelque chose de marrant. Il y avait aussi une fille qu’on ne voyait pas souvent qui se trouvait à côté de Ishizaki. Elle montrait une réaction qui ne collait pas à la situation, il n’y avait aucune forme de tension en elle.

Hasebe — Hé, pourquoi t’as écrasé mon verre ? Ce n’avait pas l’air d’un accident !

Ryuuen — Ça a roulé jusqu’à mon pied, je pensais que tu l’avais jeté. Je l’ai écrasé pour t’économiser du temps.

Il rit et frappa d’un coup de pied le verre écrasé pour le renvoyer vers Hasebe.  Le café s’éparpilla par terre en petites gouttes à cause d’un petit trou dans le verre. Miyake, qui regardait sans dire un mot, se leva.

Miyake — Oi Ryuuen, ça faisait un petit moment que je voulais te le dire mais y’en a marre de ton sale comportement.

Ishizaki — Huh ? Tu crois que tu parles à qui là ?

Comme pour montrer que Ryuuen n’avait pas à s’en soucier, Ishizaki s’avança et attrapa Miyake par son teeshirt.

Miyake — Je ne t’ai pas sonné toi. Un simple sbire ne devrait pas se mêler des affaires des autres !.

Miyake ne bougea pas d’un poil et dégagea la main d’Ishizaki.

Ishizaki — Connard !

Cria Ishizaki, attirant l’attention des gens autour malgré le bruit ambiant.

Cela ne plut pas à Ryuuen qui rappela son camarade à l’ordre.

Ryuuen — Stop ! Tu veux nous causer des ennuis ou quoi, Ishizaki ?

Ishizaki — D-Désolé. Miyake faisait le malin, alors …

Ryuuen — Je déteste pas les idiots impulsifs mais c’est pas le moment.

Ishizaki — Oui …

Ryuuen avait raison. Il n’y avait pas que des élèves de seconde mais aussi des classes supérieures, sans compter les employés de magasins et les nombreuses caméras de surveillance. C’était un espace public sans endroits discrets. Si un incident avait eu lieu, la classe C aurait immédiatement été chargée avec toutes les potentielles preuves vidéos.

Ryuuen — Ce n’est pas pour toi que je suis venu, mais plutôt pour ces deux-là.

Ryuuen avait désormais le regard fixé sur Yukimura et moi.

Ryuuen — T’as eu mon cadeau ?

Yukimura — De quoi tu parles…

Il était normal pour Yukimura de ne pas comprendre de quoi il s’agissait. Il me regarda pour voir si Ryuuen s’adressait à moi. Le fameux « cadeau » était de toute évidence le message contenant les mots « Qui es-tu ? »

Ryuuen — Qui sait …

J’avais feint l’ignorance. Ryuuen avait sorti la grosse artillerie pour avoir des réponses, je n’allais pas creuser ma propre tombe en répondant à ses questions. Même si je paraissais plus suspect à ses yeux, il ne pouvait rien en conclure. La raison étant que peu importe ce qui allait se passer, toute cette situation était encore bien floue.

Ryuuen — T’en dis quoi ? T’as appris quelque chose Hiyori ?

Ryuuen détourna son regard en direction d’une fille de sa classe pour lui demander son avis.

Hiyori — Comment dire ? Rien n’est sûr à ce stade.

Beaucoup d’élèves travaillant pour Ryuuen avaient peur de lui mais cette fille nommée Hiyori restait totalement calme. Son regard changeait de cible répétitivement.  Que comptait faire Ryuuen en amenant cette élève ici ?

Hiyori — Leurs visages m’inspirent rien donc je les oublierai sûrement très vite.

Ryuuen — Kukuku, dis pas ça. Ils seront nos amis pendant un bon bout de temps.

Hiyori — Yukimura-san … Ayanokôji-san … Kôenji-san, c’était qui le dernier?

Ishizaki — C’est Hirata. Hirata.

Hiyori — C’est vrai, c’était Hirata-san. Pourquoi est-il si dur de se souvenir des prénoms et des visages ?

Elle dégageait une aura mystérieuse mais, ce qui m’intriguait le plus, c’est le respect avec lequel lui parlait Ishizaki. Je l’avais déjà vue avant, je savais que c’était une élève de la classe C.

Ryuuen — Je savais que tu ne retiendrais que Kôenji.

Ishizaki — Vu sa personnalité, difficile de l’oublier.

On dirait que Ryuuen avait aussi ciblé Kôenji et Hirata. Concernant Kôenji, ses actions ne faisaient vraiment pas de sens mais il était normal de le suspecter vu son potentiel.

Cela dit, je m’attendais à ce que Ryuuen abandonne rapidement la piste de Kôenji en apprenant qu’il était naturellement étrange et que ce n’était pas un jeu d’acteur.

Miyake — C’est quoi ton problème Ryuuen ? On est occupé là donc si t’as quelque chose à nous dire, fais-le rapidement.

Miyake lui répondit agressivement, lui transmettant tous les sentiments qu’on ne montrait pas. 

Ryuuen — Il n’y a rien. On venait juste vous dire bonjour aujourd’hui. Je préviens cela dit, on va se revoir dans un futur proche.

Miyake — Ça veut dire quoi ça ?

Ryuuen quitta le café, ignorant la question de Miyake. L’endroit qui fut temporairement plongé dans un silence reprit rapidement son ambiance conviviale et tout le monde se remit à réviser. Toutefois, cette Hiyori était encore là, nous observant toujours. Il nous était impossible de nous concentrer sur nos révisions dans ces conditions. Hasebe, irritée, s’adressa à elle.

Hasebe — Qu’est-ce qu’il y a ? Tu nous déranges là !

Hiyori — Un instant s’il te plaît.

Hasebe — Quoi ? T’es sérieuse là ? Je te dis que tu nous déranges, donc va ailleurs, ok ?

Hasebe, à qui on a écrasé le gobelet plus tôt, était énervée. Hiyori répondit à l’irritation de Hasebe par un sourire niais. Elle prit le sac situé à ses pieds et se dirigea vers la caisse.

Hasebe — C’était quoi ça ?

Yukimura — Qui sait. Je ne sais pas trop ce qu’il se passe et j’ai pas envie de le savoir.

Yukimura n’arrivait pas à comprendre ce que faisait Hiyori et semblait perdu. N’arrivant pas à en conclure quoi que ce soit, il préféra ne plus y penser.

Miyake — Je crois que c’est Hiyori Shiina. Je l’ai déjà vue avant.

Miyake sembla être le seul à retenir son prénom. La Shiina en question commanda quelque chose au comptoir et revint avec deux gobelets.

Hiyori — Si ça ne te dérange pas, tu peux le prendre.

Hasebe — Comment ça ? Pourquoi tu me le donnes ?

Miyake — Tu n’as pas à te méfier de moi. J’ai vu ce qu’il s’est passé plus tôt et Ryuuen était en tort. Je tenais à m’excuser au nom de la classe C. Je me suis permise d’y rajouter le sucre moi-même.

Hasebe — Tu l’as fait … eh ? T’es trop forte ! C’est genre exactement ce que je buvais plus tôt !

Hiyori — Le gobelet écrasé plus tôt avait beaucoup de résidus de sucre au fond du verre, je me suis donc dit que tu aimais un café bien sucré. Je suis contente de ne pas m’être trompée.

Hasebe — Mais, ah, on dirait exactement la même quantité de sucre que j’avais mise … coïncidence ?

Hiyori — J’ai fait un calcul à l’envers en observant le sucre qui n’avait pas encore été dissous dans ton verre.

Hasebe — Hein ?! Tu peux faire ça ?!

Hiyori — Ça doit paraître surprenant je suppose. Même si je n’en ai pas l’air, je suis plutôt douée pour l’observation.

Elle se tourna ensuite vers Yukimura, Miyake et moi.

Hiyori —Vous êtes en train de faire des révisions en groupe non ?

Hasebe — Les gens comme elle me vident de toute mon énergie …

Hasebe était jusque-là irritée mais elle se sentit d’un coup, dépassée par l’attitude de Hiyori. Yukimura, quant à lui, ne voulait pas donner plus d’informations et cacha donc rapidement les notes de tout le monde.

Hiyori — Est-ce qu’il est possible que vous me voyiez comme une espionne ?

Yukimura — Tu connais déjà la réponse à cette question je crois !

Hiyori — Je ne ferais rien de la sorte. Après tout, j’ai tendance à me tenir à distance de Ryuuen-kun.

Yukimura — Pourtant Ryuuen-kun t’a bien appelée par ton prénom ?

Hiyori — Je lui ai demandé si je pouvais l’accompagner car j’étais intéressée par la classe D.

Tous les trois ne parvenaient pas à comprendre la logique derrière les propos de Hiyori et penchèrent la tête.  Bien sûr j’en fis de même, faisant semblant de ne rien comprendre non plus.

Hiyori — Vous ne le saviez pas ? Tout le monde en parle dans la classe C, il y a une personne qui ne montre pas ses vraies compétences chez vous.Apparemment cette personne aurait énormément contribué à la réussite de votre classe durant l’examen de l’île déserte, du bateau et du festival sportif.

Hiyori exposa une vérité dont les gens de la classe D eux-mêmes n’avaient pas conscience. Hasebe et les autres furent en pleine réflexion.

Miyake — Aucune idée. Tu ne parles pas de Horikita ?

Hasebe — Ouais je ne vois que Horikita-san.

Hiyori — Il semblerait que ce soit une autre personne et non Horikita Suzune-san.

Hiyori interrompit de suite cette conclusion.

Hiyori — Ayanokôji-san, j’ai entendu dire que tu passais beaucoup de temps avec Horikita-san.

Moi — Pas trop récemment, mais comparé aux autres on peut dire que j’ai passé beaucoup de temps avec elle.

Hasebe — Après tout, t’es son voisin de table.

Moi — Je ne vois pas qui pourrait être meilleur qu’elle.

Miyake — Ouais, toutes les stratégies principales de la classe D proviennent d’elle.

Hasebe et Miyake s’étaient mis d’accord sur ce point, rendant mon discours plus crédible. Je n’avais pas besoin de confirmer ou infirmer quoi que ce soit concernant le temps passé avec elle. Tout ce qui importait c’était que je dise la vérité d’un point de vue d’un élève lambda de la classe D.

Hiyori — Je vois. Vous portez tous la même opinion à son égard visiblement.

Yukimura — Tu peux arrêter de nous déranger avec ces stupidités ?

Yukimura, de plus en plus influencé par l’atmosphère étrange qu’installait Hiyori, haussa le ton.  Il semblait ne plus pouvoir résister en voyant son temps de révision se réduire petit à petit.

Hiyori — Désolée. C’est ma faute si vos révisions sont interrompues non ?

Yukimura — Effectivement.

Hasebe — Pas besoin d’aller aussi loin Yukimu.

Yukimura — Si ça te va d’échouer et de te faire exclure, dans ce cas je t’en prie, prends tes aises. Je rentre chez moi.

Hasebe — Ah, pardonne-moi. Continue à m’aider s’il te plaît.

Hasebe inclina légèrement la tête.

Yukimura— C’est simple, si tu veux parler de sujets sans queue ni tête, fais-le après l’examen.

Yukimura força quasiment l’interruption de la discussion avec Hiyori qui se leva de sa chaise.

Hiyori — Je suis vraiment désolée. Il est en effet risqué pour vous que vous arrêtiez d’étudier pour cet examen.

Etait-ce une petite pique lancée envers les élèves qui risquaient l’exclusion ? J’avais l’impression qu’elle était ainsi de nature mais je ne savais pas encore si c’était une personne de confiance.

Hiyori — On en reparlera après les examens alors, il ne sera pas trop tard à mon avis.

Hiyori prit sa tasse et décida de s’en aller.

Hasebe — Merci pour le café, c’était un régal.

Hiyori — Non non, ce n’était rien de spécial. Bonne journée.

Enfin Hiyori, qui de base était venue avec Ryuuen, était partie !  Je ne savais pas encore si elle faisait partie du plan de Ryuuen pour me démasquer, mais j’avais toutes les raisons de rester sur mes gardes. Je décidai de garder un œil sur elle pour le moment.

2

Puisqu’on habitait tous dans les mêmes dortoirs, on finissait toujours par rentrer ensemble. Yukimura regardait le progrès de nos révisions en consultant son téléphone portable.

Hasebe — Ça faisait longtemps que je n’avais pas autant étudié. 6 heures en classe et deux heures après les cours, c’est ça ? Même les élèves des écoles des autres pays n’en font pas autant, si ?

Miyake — Mais les élèves de la classe C nous ont fait perdre du temps avec leur interruption.

Hasebe — Ça nous a pas ralenti pour autant, je dirais qu’on a bien travaillé aujourd’hui.

Les deux continuèrent de marcher en discutant, satisfaits de leurs efforts du jour. Yukimura paraissait agacé en entendant cela.

Yukimura — N’importe quoi. Quand les examens d’entrée à l’université débuteront, tu devras bosser au moins 3 heures par jours après les cours, voire quatre si tu le peux. Avec l’approche des examens, ça devra passer à 10 heures !

Hasebe — Eeeh ?! Pas moyen ! Je peux pas faire ça Yukimu. Tu sais bien.

Yukimura — Ma sœur aînée est professeur. C’est devenu une habitude pour elle de faire ça avant les examens.

Hasebe — Tu viens d’une lignée d’élite Yukimu, tu veux aussi devenir prof’ dans l’avenir ?

Yukimura — Y’a rien de particulièrement élitiste dans le fait de devenir professeur. De plus, ce n’est pas ce que je veux faire. Si je voulais en devenir un pourquoi je me serai pris la tête à intégrer une école avec un système aussi déconnecté de la société normale ? 

Sans dire que c’était simple de devenir prof, ça l’était sûrement plus que de devenir avocat ou expert-comptable, par exemple. De plus, Yukimura assurait très bien le rythme infernal des études et académiquement il était bien au-dessus de la moyenne, il avait certainement plus d’ambition. En tout cas, quel était l’intérêt d’avoir rejoint ce lycée pour ça ?

Hasebe — Pourquoi t’as choisi ce lycée du coup ?

Yukimura — … Peu importe la raison. Tu veux nous interroger sur les motifs pour lesquelles nous sommes ici ? Demande-toi pourquoi tu es là et tu verras ce que ça fait.

Sa question fut rejetée mais ses propos n’eurent pas eu l’effet escompté. En effet, Hasebe ne se montra pas hésitante et répondit instantanément.

Hasebe — Eh bien, j’ai dû faire partie des gens attirés par la publicité de cette école je pense ? Si l’école te promet un boulot ou des études supérieures une fois diplômé, pourquoi ne pas venir ? Ça suffirait à motiver la plupart des élèves non ?

Miyake — Je tiens à rajouter aussi qu’on ne doit pas dépenser le moindre centime pour venir ici. Cela comprend aussi les dortoirs pour lesquels on doit normalement payer. On peut même vivre dans le campus sans points privés non ? Cet aspect-là me plaît encore plus que la garantie d’une poursuite de carrière après le diplôme.

Hasebe — C’est exagéré. C’est vraiment incroyable de se dire qu’on pourra étudier ou bosser où l’on veut.

Yukimura — Réussis d’abord cette examen et ensuite on en reparlera ! De plus le système sur lequel tu fantasmes, Hasebe, ne signifie rien tant que nous ne sommes pas en classe A.

Hasebe — On ne pourra vraiment pas tirer profit de la réputation de l’école d’une façon ou d’une autre, dans tous les cas  ? Si ça se trouve l’école ment quand elle dit que c’est tout pour la classe A, pour nous mettre la pression, et en fait on pourra aller où on veut aussi…

Yukimura — Impossible. Si c’était le cas, les élèves auraient déjà fait passer le mot. Or je n’en ai jamais entendu parler personnellement, même durant les activités de club. De plus, les classes D des années de première et de terminale paraissent plutôt misérables.

Je n’avais jamais été impliqué dans des activités de club donc cet aspect-là m’était totalement inconnu mais je n’avais cerné aucune ambition des élèves de la classe D avec qui j’étais en contact durant cette année.

Yukimura — Même si cette école est sous la direction de l’Etat, quand on voit que l’établissement ne fait aucun traitement de faveur aux élèves à l’exception de la classe A, je me dis que ça va influencer négativement ma capacité à obtenir un boulot parce que je serais vu comme une personne incapable de monter. C’est pour ça que je dois absolument parvenir au sommet.

Hasebe — Er… ça me fait peur d’avance.

Etre diplômé et constituer un bon dossier paraît suffisant lorsque l’on sort d’une école prestigieuse. Cependant, cette école était légèrement différente : comme l’avait dit Yukimura, il y avait “les élèves de la classe A” et “les autres”. La présence d’élèves comme Ike, avec peu de potentiel académique, mettait l’accent  sur les bizarres conditions d’admission et discréditait les autres classes. Il était donc certain que les universités et les entreprises allaient se méfier de notre lycée, et que faire partie d’une autre classe que la A était carrément un désavantage, pas seulement quelque chose de neutre.

Hasebe —  Miyatchi, je suis étonnée que tu viennes encore à toutes les sessions de révisions. J’ai vraiment cru que t’allais abandonner sur le champ.

Miyake — T’es encore plus surprenante tu sais ? Pour commencer, je pensais que tu ne voulais pas t’impliquer avec des garçons d’une quelconque manière.

Hasebe — J’imagine … mais je me dis que si c’est vous trois ça va.

Hasebe avait l’air d’avoir son propre avis sur la question.

Je me disais que c’était le bon moment donc je posai la question.

Moi — Hasebe, je voulais te demander quelque chose.

Hasebe — Hm ?

Moi — T’es proche de Satô ?

Hasebe — Satô-san ? Nope, pas vraiment proche ni quoi que ce soit, pour commencer j’aime pas les gros groupes tu sais ? Si elle t’intéresse autant demander à Karuizawa-san non ?

Sur le moment je me serais bien passé de cette discussion, mais je n’avais pas vraiment de choix de personnes à qui parler de ça.

Hasebe — C’est quoi le truc du coup ?

Moi — Erm-

Je ne savais pas comment en parler et je ne pouvais pas non plus révéler la vérité. Yukimura avait remarqué que j’étais coincé et parla.

Yukimura — Je comprends pourquoi tu veux en savoir plus sur elle puisque vous êtes binômes pour l’exam final. C’est dérangeant de ne pas connaître les qualités et les défauts de son partenaire.

Hasebe — Ahh c’est pour ça ? C’est vrai que t’en avais parlé.

Moi — Même si je comptais lui demander directement, faut dire qu’on est pas très intimes…

Hasebe colla ses mains comme pour m’exprimer ses condoléances. Toutefois, elle eut une idée qu’elle me partagea.

Hasebe — Si c’est difficile de demander à Karuizawa-san, pourquoi pas demander à Kyo-chan ? Elle et Satô sont très proches et tu serais à l’aise avec Kyo-chan non ?

Moi — Huh ? Kyo-chan ?

Je n’avais jamais entendu ce surnom auparavant donc je n’avais pas d’autre choix que de lui demander.

Miyake — Je parle de Kikyô-chan. Il me semble que vous parlez souvent.

Du coup Kikyô devenait Kyo-chan ? Bref, admettons, il était logique de penser à Kushida, après tout il n’y avait pas plus calée qu’elle sur les affaires internes de la classe ! Mais étant donné les circonstances et le conflit qui nous opposait, je n’étais pas sûr de pouvoir lui faire confiance.  Miyake, voyant que j’étais dubitatif, argumenta.

Miyake — Kushida est très populaire auprès des filles comme des garçons.

Hasebe — Je suis d’accord. Je déteste beaucoup de filles mais j’adore Kyo-chan. Elle s’occupe de la plupart des tâches difficiles dans l’intérêt de la classe tout en gardant le sourire. J’ai tendance à ne pas trop me confier aux gens mais Kyo-chan est spéciale. Elle se prépare toujours pour t’écouter et n’irait jamais balancer.

Miyake — Est-ce que ça veut dire que tu as des problèmes nécessitant son soutien ?

Hasebe — Wow, c’est méchant Miyatchi. Les jeunes filles de mon âge ont plein de problèmes.

Miyake — Comme quoi?

Hasebe — ’Fin, pourquoi je devrais te le dire ? T’irais en parler aux autres.

Miyake — C’est faux … Pas sûr en fait. Dépend de ce que tu me racontes.

Ce qui était sûr c’était que je ne pouvais mettre aucun d’eux dans la confidence. 

Yukimura — Si quelque chose te perturbe, le mieux c’est vraiment d’en parler à Kushida. Je suis d’accord là-dessus.

Hasebe — Tu vois ? Je ne sais pas si t’as le béguin pour Satô-san mais elle ne divulguerait jamais tes secrets.

Yukimura — Quoi ? T’aimes Satô, Ayanokôji ?

Moi — C’est pas ce que j’ai dit. J’ai juste demandé à Hasebe si elles s’entendaient bien.

Hasebe — C’est bizarre non ? T’as jamais été proche de Satô-san jusqu’à maintenant je crois ?

Miyake — C’est justce parce qu’ils sont en binômes. T’as déjà oublié ?

Même face au bloc de Miyake, Hasebe n’abandonna pas.

Hasebe — Oui mais on dirait qu’il y a autre chose, vu comment il m’a posé la question !

L’intuition féminine, c’est vraiment le truc qui reste un grand mystère à mes yeux.

Miyake — Ah d’ailleurs, c’est ok si on s’arrête deux secondes à l’épicerie ?

Miyake me sauva indirectement en changeant de sujet. Ceci dit, tout ça m’avait fait comprendre que Kushida était devenue essentielle à la classe D. Peu importe ses intentions, le fait est qu’en toute circonstance elle était toujours là pour les autres sans rien demander en retour, quitte à se sacrifier en rendant service. Ses efforts semblaient porter leurs fruits car elle était l’une des membres de la classe les plus influentes, avec une personnalité bien à elle et des camarades de classe qui ne s’arrêtaient jamais de la complimenter. Les gens ont tendance à parler dans le dos des autres mais pour Kushida, c’était toujours en bien !

Hasebe — Ah, moi aussi. Venez aussi tous les deux.

Yukimura — On dirait une gamine.

Yukimura dit cela non sans montrer un certain enthousiasme.

3

On était là tous les quatre à profiter des glaces qu’on venait d’acheter.

Hasebe — Les glaces encore fraîches sont tellement bonnes. 

Hasebe s’exprima tout en mangeant sa glace à la vanille avec une petite cuillère en bois. Quant à Yukimura, il n’avait pas l’air de manger de la glace très souvent puisqu’il en était encore à lire les ingrédients.

Yukimura — Y’a tout ça comme conservateurs et colorants ?

Hasebe — Wow, comment tu fais pour manger quoi que ce soit si tu te préoccupes tant que ça de ce genre de choses ?

Yukimura — Je fais attention à la nourriture que je mange désormais. J’ai commencé à porter attention à tout ça depuis les difficultés physiques que j’ai rencontrées durant l’examen de l’île déserte. Je ne fais que traîner au rayon bio du supermarché Keyaki maintenant !

Hasebe — T’es vraiment un mec sérieux.

Visiblement Yukimura avait commencé à surveiller sa santé.

Yukimura — Déjà, cette épicerie est bien trop trop chère. Si t’as pas la flemme de faire un tour jusqu’au centre commercial, tu trouveras exactement la même chose à des prix bien plus compétitifs. Pourquoi se priver de faire des économies ? 

Il expliquait tout ça en pointant son doigt vers la glace et les friandises qu’avait acheté Hasebe.

Hasebe — Yukimu, est-ce que tu serais par hasard un gros radin ?

Yukimura — J’ai toujours fait attention à mes dépenses. Et tu entends quoi par Yukimu ?

Hasebe — T’es Yukimura-kun donc tu deviens Yukimu. Quand je veux me faire des amis, je commence toujours par des surnoms. Miyatchi, Yukimu et Ayanon. Même si… Ayanon ne sonne pas si bien.

Je venais d’apprendre que je m’étais fait attribuer le nom « trop mignon » d’Ayanon.

Yukimura — M’appelle pas comme ça, c’est gênant.

Hasebe — T’aimes pas ?

Yukimura — … Ce n’est pas ce que j’ai dit, c’est juste gênant.

Hasebe — Et alors ?

Yukimura — Bah en face des autres, Yu-Yukimu c’est un peu …

Yukimura s’arrêta de parler, Hasebe le regarda d’un air sérieux.

Hasebe — J’en suis venue à cette décision après m’être dit que notre relation n’était peut-être pas une si mauvaise chose.

Yukimura — Au point que ça mérite des surnoms ?

Hasebe — Roh, t’façon on a chacun nos petits caractères, on va pas en faire un plat.

Yukimura — C’est vrai, je ne vais pas te contredire là-dessus.

Hasebe — Faudrait peut-être que je vous avoue que cette idée de groupe, depuis que je l’ai testée, elle me plaît beaucoup. Et puis Ayanon et toi, Yukimu, n’avez pas beaucoup d’amis non plus. Le deuxième trimestre est à moitié terminé donc je me suis dit qu’il était temps de m’en faire, ce que j’ai fait avec ces sessions de révisions. Je ne compte pas rattraper le temps perdu mais je veux quand même qu’on devienne plus proches d’où l’idée des surnoms. Je veux vous appeler soit par un surnom ou votre prénom, ça vous va ?

Il était clair que Yukimura et moi ne savions pas quoi dire donc Miyake répondit :

Miyake — Ouais. Moi-même je suis surpris que ça se passe aussi bien. Je me sens vraiment bien et tout. C’est pas comme avec le groupe de Sudou ou celui de Hirata toujours entouré de nanas. Je supporte pas.

Hasebe — Exactement. Et vous deux, vous en dites quoi ?

Miyake et Hasebe aimaient tous les deux notre bande. Est-ce que Yukimura allait oser les contrarier ?

Yukimura — De base j’étais là pour vous aider à réviser. Quand les examens finaux seront finis, j’aurai fini ma mission. Mais j’imagine qu’on aura encore plein de choses à faire ensemble. Entre le troisième trimestre, les prochains examens qui nous attendent… je pense que ça pourrait être sympa de former un groupe avec vous oui.  Au nom de l’efficacité et l’entraide !

Hasebe — Tu m’as un peu perdue là mais merci quand même.

Yukimura — Hmm … En gros je fais ça que pour vous éviter l’exclusion et éviter de voir la côte de la classe baisser.

Hasebe — Il reste Ayanon du coup. Ah, ça te dérangerait peut-être puisque tu es déjà avec Horikita-san ? De plus on te voit parfois avec Ike-kun et Yamauchi-kun.

Moi — Pour parler franchement je n’ai aucune affinité particulière avec eux. Disons que quand je suis avec vous, je peux être moi-même en quelque sorte ? Je me sens plus détendu. Concernant Horikita, nous sommes juste voisins en classe. On se parle beaucoup mais pas au point d’être des amis intimes.

Je pensais sincèrement ce que je disais là.

Hasebe — Ah oui ? Dans ce cas c’est décidé. On sera le groupe d’Ayanokôji à partir de maintenant. Prends soin de nous !

Moi — Attends. Pourquoi ça porte mon nom ?

Hasebe — T’es celui qui nous a rassemblés ! Ça te convient pas ?

Miyake était d’accord avec Hasebe. Quant à Yukimura ?

Yukimura — Ça me va. C’est toujours mieux que de s’appeler le groupe de Yukimura.

Il accepta sans résister.

Hasebe — Une dernière chose avant d’inaugurer notre groupe. On va user de la politesse et s’appeler une dernière fois par nos noms de famille.

Yukimura — En aucun cas je compte dire Mi-Miyatchi ou A-Ayanon ou quoi que ce soit dans le genre. C’est gênant et ça me fait passer pour un idiot.

En effet cela aurait été malaisant de se donner des surnoms entre garçons. Heureusement que Yukimura a pris la peine de le souligner.

Hasebe — Bon, au moins on s’appelle par nos prénoms. D’ailleurs moi c’est Haruka. Appelez-moi comme vous voulez. C’est quoi ton prénom à toi Miyatchi ?

Miyake — Akito.

On devait donc l’appeler comme ça ? Hasebe se montra fière d’elle.

Yukimura — Akito, huh. Ça va, je pense que ça va le faire. Ayanokôji c’est Kiyotaka non ?

On était dans la même chambre sur le bateau donc Yukimura avait l’air d’avoir retenu mon prénom.

Moi — Et je crois que toi c’est Teruhiko ?

Je m’étais également souvenu de son nom quand on était sur le bateau. Yukimura devint soudainement troublé après que j’ai dit ça.

Yukimura — ….Tu t’en es souvenu ?

Yukimura ne paraissait pas étonné mais plutôt crispé.

Hasebe — Oh donc le prénom de Yukimu est Teruhiko. Je devrais réfléchir à un autre surnom du coup ?

Yukimura — Arrête.

Il répondit d’un ton ferme ce qui poussa Hasebe à reculer un peu.

Moi — Quelque chose ne va pas ?

Quand j’ai demandé à Yukimura pourquoi il changea d’expression, sa réponse fut inattendue.

Yukimura — Ca me dérange pas de vous appeler par vos prénoms mais vous pouvez éviter de m’appeler Teruhiko ?

Il y avait donc quelque chose de louche à ce propos.

Hasebe — Tu peux nous appeler par nos prénoms mais pas nous ?!

Yukimura — Ce n’est pas que je vous aime pas. Je déteste juste le prénom que j’ai. Généralement ça me dérange pas parce que personne l’utilise mais cette situation change la donne.

Hasebe — C’est un prénom plutôt courant quand même.

Le prénom Teruhiko était clairement standard. Ce n’était pas le genre de prénom que j’aurais détesté.

Miyake — Y’a une raison spéciale ?

Yukimura — Ah. Teruhiko était le prénom que m’avait donné ma mère, une femme lâche qui nous a abandonnés mon père et moi quand j’étais jeune. C’est pour ça que j’ai du mal à l’accepter.

Les visages de Hasebe et Miyake se crispèrent après avoir su que la raison était bien plus grave qu’ils ne le pensaient. Yukimura s’en rendit compte et mit directement fin à la conversation.

Yukimura — Désolé. J’ai dit quelque chose qu’il fallait pas.

Hasebe — Nan, c’est ma faute. Je suis allée jusqu’à t’appeler par ton prénom sans te demander ton avis.

Yukimura — T’as pas besoin de t’excuser pour ça. Tu n’y pouvais rien vu que tu ne connaissais pas la situation. De plus c’est rare pour quelqu’un de ne pas aimer son prénom. Mais bon, je ne veux pas gâcher l’atmosphère du groupe donc si ça vous va appelez-moi simplement Keisei. C’est le prénom que j’utilise depuis l’enfance.

Hasebe — Keisei ? Ça veut dire que Yukimu a deux prénoms ? Ça devient compliqué.

Yukimura — Keisei n’est pas un prénom qui m’a été donné. C’est le prénom que voulait me donner mon père. Depuis que ma mère est partie, j’ai adopté ce prénom. Si vous ne pouvez pas vous y faire, j’espère que vous m’appellerez Yukimura comme vous l’avez toujours fait.

C’était ce que voulait Yukimura, nous n’avions donc rien d’autre à dire. De plus, ça n’avait rien d’étonnant pour quelqu’un d’utiliser plus d’un prénom. Il n’y avait pas besoin d’être une célébrité pour ça.

Yukimura — Je ne voulais pas en arriver à utiliser ce prénom mais bon c’est pas le plus important ici n’est-ce pas ?

Hasebe — C’est vrai. Echanté en tout cas Keisei.

A notre tour nous avions tous choisi notre façon de l’appeler.

Yukimura — Désolé d’être égoïste, Kiyotaka, Akito, Haruka.

Yukimura s’excusa en nous appelant par nos prénoms.

Hasebe — Ça va, ça va. On a tous nos situations.

Exactement. Tout comme j’avais un passé que je ne voulais pas dévoiler et que je ne voulais pas que les gens apprennent, Yukimura … non, Keisei en avait un aussi. Je voulais essayer de les appeler par leurs prénoms comme Keisei l’avait fait.

Moi — Akito, Keisei, et … Haruka. C’est ça. Je m’en souviendrai.

C’était plus stressant d’appeler une fille par son prénom plutôt qu’un gars.

Hasebe — Enchanté aussi Kiyotaka…

Haruka avait retenu mon prénom également.

Hasebe — Plutôt que t’appeler Ayanon et si je disais Kiyopon ? Ouais, ça sonne mieux je trouve. Yukimu, tu veux l’appeler comme ça aussi ?

Wow, j’avais l’impression d’avoir eu un prénom encore plus gênant que Ayanon. Rien que de penser au fait qu’elle allait m’appeler comme ça devant le reste de l’école me donnait des frissons.

Yukimura — Je ne l’appellerai pas comme ça, c’est trop gênant. J’ai déjà décidé et je l’appellerais Kiyotaka.

Outre la gêne que ça aurait causé, on avait enfin statué façon de nous appeler.  Au début c’était étrange de nous appeler par nos prénoms, mais au fil du temps cela devenait de plus en plus naturel et il n’y eut plus aucun problème par rapport à ça. Je regardais toutefois derrière moi, furtivement, vers celle qui nous regardait en cachette…  Allait-elle continuer encore longtemps ? À chaque fois qu’on se regroupait pour réviser, Sakura nous suivait discrètement. 

C’était la même chose ce jour-là, elle nous observait de loin. Elle ne pouvait pas entendre tout ce qui se disait mais elle pouvait en entendre assez pour comprendre.  Maintenant que notre groupe était en pleine création, c’était sa dernière chance de s’incruster …

Yukimura — Bon ! Maintenant qu’on a tous appris les prénoms des uns et des autres, on se regroupe tous les quat—

Sakura — E… Exc… excusez-moi !

BANG ! La poubelle d’à côté fit un gros bruit. Au même moment, Sakura fit son apparition. Elle se leva, gênée, et marcha dans notre direction comme un robot.

SAKURA ???

Tous les trois l’appelèrent par son nom quasiment en même temps.

Sakura — Je … Je … Je veux aussi faire partie du groupe d’Ayanokôji ! 

Alors qu’elle était incapable de se montrer auparavant, Sakura prit son courage à deux mains et balbutia ces mots. Elle était nerveuse et cela se voyait sur son visage. N’ayant pas fait attention, elle n’avait pas remarqué que ses fausses lunettes étaient drôlement positionnées.

Yukimura — Est-ce que tu veux faire partie du groupe car tu as peur de rater l’examen ?Vu tes résultats et la personne avec qui tu es en binôme, je comprends ton inquiétude.

Keisei tentait tant bien que mal de comprendre la présence de Sakura et finit par en conclure que c’était lié à l’examen final.

Yukimura — Si tu veux mon avis, je pense que tu devrais rejoindre le groupe de Horikita. Je ne suis pas capable d’aider autant de gens. De plus ta situation est différente de la leur donc ce que tu devras apprendre va être différent aussi.

Sakura voulait essayer de dire quelque chose mais l’argument de Keisei la repoussa.

Sakura— Ce…Ce n’est p… Ce n’est pas ça… Je veux tout simplement faire partie du groupe d’Ayanokôji.

Quand on voyage, on se fiche de paraître gênant. Un train qui part ne s’arrête pas. La détermination de Sakura n’allait donc pas s’arrêter à cause d’un simple argument. Elle expliqua donc ce qu’elle voulait véritablement.

Miyake — C’est bon non ? Sakura peut nous rejoindre. Après tout, elle semble être faite pour le groupe.

Yukimura — Ça vous va de laisser quelqu’un nous rejoindre aussi facilement ?

Miyake— Ça change rien de rajouter une personne de plus. Et puis il  n’y a pas de condition d’entrée. On est tous des solitaires après tout.

Hasebe — Tous des solitaires ? C’est pas faux.

C’était un fait notoire que Sakura était une marginale dans la classe D.

Miyake — Keisei, ça te va aussi ?

Yukimura — Je n’ai pas de raisons de refuser, mais pas plus de membres que ça. Avec Sakura c’est simple mais si quelqu’un de bruyant débarque, je m’en vais.

Sakura — M-Merci, Miyake-kun … Yukimura-kun …

Malgré les conditions de Keisei, il accepta. Il ne restait plus que Haruka. Elle était généralement la plus réceptive à ce genre de propositions mais, cette fois-ci, il n’y avait aucun sourire sur son visage.

Hasebe — Désolée, Sakura-san, mais ça ne suffit pas pour me convaincre.

Sakura — Ah, eh bien, euh … Je …. Je peux pas … ?

Haruka garda son ton sérieux et fixa Sakura comme si elle était prête à rejeter froidement sa proposition.

Hasebe — Comment te dire que, moi, j’ai plutôt hâte de voir naître ce groupe ? Je sens que je vais bien m’entendre avec eux tous. Donc –

Elle pointa son index en direction de Sakura.

Hasebe — Puisque tu veux faire partie du groupe, sache qu’on a tous l’obligation de nous appeler par des surnoms/prénoms. Ce qui veut dire que toi, Sakura-san, tu devras…Emm…c’était quoi son prénom déjà ?

Moi — Airi.

Je répondis rapidement.

Hasebe — On t’appellera Airi et tu devras tous nous appeler par nos prénoms également. Ça te va ?

On avait tous plus ou moins compris que Sakura n’était pas très douée sur le plan relationnel, c’était la raison pour laquelle il lui avait été demandé ça.

Hasebe — Peux-tu accepter une telle situation ?

Sakura — Eh, bien …

J’aidais la Sakura perdue du mieux que je pouvais car cela devenait plus compliqué pour elle.

Moi — Keisei, Akito et Haruka.

Je donnais leurs prénoms dans l’ordre.

Sakura— Ke-Keisei-kun, Akito-kun et Haruka-san … Pfiou.

Elle avait pu prononcer leurs prénoms d’une voix faible.

Miyake — Y’a pas besoin des honorifiques, si ?

Hasebe — Ouais. Le prénom suffira. Il reste plus que Kiyopon.

Sakura me regarda étourdie, son visage rougissant petit à petit. Devoir appeler trois personnes par leur prénom aussi soudainement n’était déjà pas facile.

Sakura — Hyuu !

Un bruit mystérieux s’échappa de la bouche de Sakura.

Hasebe— Je croyais que tu t’étais rapprochée de Kiyopon dans le passé. Ça devrait pas te gêner de le dire si ?

Haruka persistait, presque d’un ton inquisiteur. 

Moi — Kiyotaka me va.

C’était déjà trop gênant d’appeler quelqu’un Kiyopon de toute façon.

Sakura — K-Kiyo, Kiyo … piyo … !

Tous les yeux étaient braqués sur Sakura. Même si elle ne le faisait pas exprès, la pression montait. Plus le temps passait et plus elle bouillonnait.

Moi — Je ne sais pas jusqu’où notre groupe va t’aider mais tu as déjà fait un énorme pas là ! Un petit pas de plus ne devrait pas être difficile.

Je lui parlai gentiment pour lui signifier qu’elle avait tout mon soutien.

Sakura — Oui… K-Kiyotaka-kun…Je compte sur toi.

Après un bref silence, Sakura me dit cela en me regardant dans les yeux.

Hasebe — T’es acceptée ! Bienvenue Airi !!

Ainsi la venue de Sakura fut approuvée par tous.

Hasebe — Kiyopon, toi aussi, appelle-la par son prénom.

Moi — Ehm…… Airi.

Sakura — O-Oui…

Nous étions nerveux et un peu hésitants mais nous finîmes par réussir par s’appeler par nos prénoms.

Hasebe — On le fait encore une fois tous les cinq ! Nous sommes le groupe de Kiyopon, prions pour notre bonne entente !

Alors que nous avions un nouveau membre dans le groupe, le nom ne changea pas pour autant.

4

Le groupe d’Ayanokôji (prononcer ce nom suscitait encore de la gêne en moi) fut établi et nous fûmes rejoints dans nos activités par Airi. Ceci ne fut pas sans l’influence indirecte de Haruka qui avait créé une conversation de groupe ; c’était super, ça avait énormément augmenté nos interactions en dehors de nos périodes de réunions. Puisqu’on avait tous peu d’amis et avions tendance à rester seuls, le groupe de tchat était plutôt animé et les conversations étaient fréquentes.

Hasebe —  Après les cours demain, vous voulez aller voir un film histoire de vous changer un peu les idées ?

Yukimura —  Tu parles de ce nouveau film ?

Haruka —  Bah ouais  ! J’ai entendu qu’il sortait demain. Vu qu’on est période d’exams y a beaucoup de places disponibles.

Yukimura —  Ce n’est pas une mauvaise idée pour se reposer l’esprit. Quand tu dis « vous », je suis inclus ?

Hasebe —  Bien sûr que tu dois venir ; ça n’aurait pas de sens si Yukimu ne venait pas. Et ce n’est que le début de notre aventure de groupe !! Mais c’est vrai que c’est un peu soudain, si vous pouvez pas demain on ira après les exams !

Elle avait prévu de reporter si on était peu nombreux.

Akito n’avait pas l’air d’avoir vu les messages à ce moment-là mais il était certain qu’il aurait accepté aussi. Keisei et Airi n’avaient, quant à eux, pas encore répondu.  J’étais nerveux mais il fallait faire le premier pas.

Moi —  Je suis chaud !

Après avoir envoyé mon message, Airi répondit quelques secondes après.

 Sakura —  Je viendrai également.

Yukimura —  … J’ai compris. Si Akito vient, je viendrai aussi.

Avec ça, tout le monde hormis Akito, absent, avait accepté de venir. Akito regarda les messages quelques minutes après et envoya sa réponse.

Miyake —  Je suis curieux de voir ce film aussi. Tu peux réserver pour nous tous ?

Hasebe —  D’acc. Je collecterai vos points privés plus tard. Merci tout le monde !

Après ça, le groupe tchat devint inactif. Elle avait probablement changé d’application afin de réserver.

 Sakura —  J’ai hâte de voir ce film.]

Airi m’écrivit en privée.

Moi —  Ouais pareil.

Sakura —  J’espère qu’on s’amusera bien demain, Kiyotaka-kun. Bonne nuit !

Airi termina la conversation avec un court message de politesse.

Moi — J’allais donc faire un ciné avec un groupe d’amis demain ?

D’une certaine manière, ma vie ressemblait de plus en plus à celle d’un lycéen normal d’un point de vue extérieur. Personnellement j’avais un sentiment d’excitation que je n’avais jamais ressenti auparavant.

Moi — Autant me coucher tôt pour éviter d’être en retard.

Mon portable sonna à ce moment-là. Je répondis à l’appel, voyant l’identifiant « Horikita Suzune » sur l’écran.

Horikita — Tu es encore debout on dirait.

Moi — Il n’est que 22h. Tu as besoin de quelque chose ?

Horikita — Les groupes de révision de la bibliothèque sont presque terminés. Après la séance de demain, j’aimerais faire les derniers préparatifs avant l’examen final. Pourras-tu venir ? Si tu peux, fais passer le message à Yukimura-kun, ça me fera gagner du temps.

Moi — Demain heu…

Horikita — Y’a  un souci ?

Dire le contraire aurait été mentir vu qu’un ciné était prévu.

Horikita — Si ça ne te convient pas, le jour d’après ira aussi, mais jeudi dernier délai. Les questions sont presque toutes terminées, mais il y a des cas pour lesquels on devra revoir les réponses.

Elle voulait à tout prix prendre ses décisions rapidement. Même dans cette situation, je ne voulais pas la décevoir. Elle avait sûrement déjà consulté Hirata là-dessus mais voulait profiter du temps restant pour s’assurer que tout était bien planifié.

Moi — Je comprends. J’en parlerais à Keisei. Ça te dérange si on vient un peu en retard ? Aussi, si tu as besoin de contacter Hirata ou Karuizawa, je peux le faire également.

Horikita — Keisei ? Vous êtes devenus drôlement proches tous les deux. Et ne t’en fais pas pour eux, je leur ai déjà parlé. Je vais leur communiquer la date et l’heure.

Horikita semblait aussi s’être rapprochée des autres grâce aux révisions de groupe. J’étais content de voir qu’elle pouvait initier une conversation avec Hirata et les autres par elle-même. Je raccrochai et, peu de temps après, je reçus un autre message. Décidément ils s’étaient tous passés le mot ce soir-là !!

Cette fois-ci ce n’était pas un message d’Airi mais de Karuizawa.

Karuizawa — J’ai pu confirmer ce que tu m’as demandé. Quelqu’un m’a dit qu’une fille avait été interrogée à propos du nombre de carreaux de sucres que mettait Hasebe-san dans sa tasse. La personne qui l’avait interrogée n’ayant pas obtenu de réponse, elle rajouta du sucre en comparant avec le taux de sucre restant dans la tasse. Ça avait attiré l’attention des gens de la voir en mettre beaucoup.

C’était donc bel et bien ce qu’il s’était passé. Cela signifiait qu’en plus de ses capacités d’observation hors du commun, elle était aussi vive d’esprit. Hiyori avait saisi une bonne opportunité plus tôt dans la journée pour nous déstabiliser avec ses talents.  Cette occasion était parfaite pour lui demander quelque chose.

Moi — Je pense que Horikita te contactera demain. On s’est arrangés pour un meeting à 20h.

Karuizawa — 20h ? C’est pas un peu tard ?

Moi — Je suis occupé avant. Je vais voir un film avec mon groupe de révision.

Karuizawa — Un film? Le nouveau là ?

J’envoyai mes instructions détaillées à Karuizawa. Le meeting de demain était ma seule opportunité. Après avoir lu toutes mes instructions, elle répondit d’un ton légèrement irrité.

          Karuizawa — Encore une demande reloue ! C’est quoi le but ?

Moi — Je t’expliquerai une fois terminé. C’est mieux pour toi.

Karuizawa — Ouais, peu importe. À demain du coup.

Karuizawa lâcha tout de suite l’affaire. Enfin pas vraiment puisque je reçus un autre message, en fait seulement un sticker : c’était un petit gâteau aux fraises bien mignon avec des bougies sur lui.

Karuizawa — J’ai remarqué trop tard.

C’était suivi de ce message, elle n’envoya rien d’autre.

Moi — Elle … Elle a su que c’était mon anniversaire ? Mais comment ?

Je ne me souvenais pas avoir parlé à qui que ce soit de mon anniversaire. En réfléchissant, j’avais fini par comprendre. Sur l’application, il y avait une partie dans laquelle était inscrite nos dates de naissance avec notre nom et notre adresse mail. Puisque je n’avais pas rendu ces informations privées, toute personne qui le souhaitait pouvait le savoir.

Je ne pensais pas vivre quelque chose du genre cette année. Karuizawa était-elle la première personne à avoir remarqué que c’était mon anniversaire ?

Comme d’habitude, je commençai à effacer tous nos messages.

Bien qu’un peu hésitant au début, j’avais également supprimé son sticker d’anniversaire. Tout de suite après, j’avais appuyé sur le profil de Karuizawa pour voir sa date d’anniversaire, c’était le 8 mars.

Moi — Il serait bien de m’en souvenir à partir de maintenant, j’imagine.

5

Les cours d’aujourd’hui paraissaient drôlement longs.

Peut-être parce que j’étais impatient de faire les séances de révision avec mes amis après l’école. Une fois notre séance finie, je me dirigeai vers le cinéma avec Yukimura et les autres.

Sakura — C’est excitant de sortir avec tout le monde … Ki-kiyotaka-kun

Parlant timidement, Airi partagea aussi sa hâte. Elle avait l’air aussi excitée qu’une enfant. Pour être honnête, c’était aussi mon cas.

Moi — C’est vrai. Ce n’est pas un sentiment déplaisant.

Sakura — Eheheh… Kiyotaka-kun.

Moi — Qu’est-ce qu’il y a ?

Sakura — Euh ? De quoi ?

Moi — Tu m’as appelé non ?

Sakura — … J-Je t’ai appelé ? D-Désolée, je voulais pas !!

J’étais sûr d’avoir bien entendu mais Airi nia. Arrivés au centre commercial Keyaki, nous nous dirigeâmes sans tarder vers le cinéma. Haruka avait réservé nos tickets et les distribua un par un.

Sakura — J’avais tellement hâte de –

Satô — Ayanokôji-kun !

Une voix m’appela de loin. C’était Maya Satô. Pourquoi était-elle là ?

Satô — Tu vas au ciné aussi ? Pour voir le nouveau film hyper connu là ?

Elle parla tout excitée en voyant le ticket dans ma main.

Satô — Je suis venue, avec Karuizawa-san et les autres !

Moi — … Je vois ça.

Plusieurs filles s’approchèrent de Satô.

Moi — C’est Karuizawa qui vous a invités ?

Satô — Nan. On discutait pendant notre séance de révision et je lui ai dit que je voulais voir un film. Elle aussi était partante alors on y est allé en groupe. Puisque ce n’est pas tous les jours qu’on se croise comme ça, allons voir le film ensemble !

Ayant dit cela, Satô m’attrapa le bras avec ses deux mains.

Sakura — Fuaa ?!

Airi, qui était derrière moi, avait fait un semblant de cri.

Moi — H-Hé, arrête.

Satô — Eh ? Pourquoi ? C’est pas grave.

Satô parla normalement mais elle avait légèrement rougi. On dirait qu’elle faisait exprès de me taquiner.

Karuizawa — Quelle coïncidence, Yukimura-kun, Ayanokôji-kun. Il y a aussi Hasebe-san et Sakura-san à ce que je vois.

Karuizawa parla sur son ton habituel, légèrement condescendant.

Ce n’était clairement pas une coïncidence, après tout je lui avais parlé de notre séance de cinoche la veille. Je ne m’attendais pas à ce que Karuizawa aille si loin cela dit.

Yukimura — … Quelle coïncidence déplaisante, je vais à l’intérieur.

D’un regard rancunier, Keisei donna son billet et entra à l’intérieur.

Moi — Dans ce cas, j’y vais aussi …

Me séparant de Satô de force, je suivis Keisei et les autres. A l’intérieur du cinéma, il y’avait tellement d’élèves que tous les sièges allaient finir par être remplis. La bonne odeur du popcorn et du hot-dog cuit stimula mes narines.

On avait réservé les 5 sièges en partant de la droite du couloir le plus haut, soit, au fond de la salle. Satô, Karuizawa et le reste du groupe ne savaient pas quoi acheter dans la boutique, elles n’étaient donc pas encore arrivées.

Sakura — Um, K-Kiyotaka-kun.

À peine assis, Airi assise sur le siège d’à côté me chuchota à l’oreille. Étant donné que tous les élèves autour de nous parlaient bruyamment, elle n’avait pas besoin de me parler aussi doucement.

Moi — Qu’est-ce qu’il y a ?

Sakura — Kiyotaka-kun … eh bien … Tu t’entends vraiment bien avec Satô-san ces derniers temps, non … ?

Vu ce qu’il venait de se passer, c’était logique de penser ça. Cela dit, si je ne niais pas quelque chose de faux dès le départ, il allait être plus difficile d’empêcher la rumeur de se répandre par la suite.

Moi — C’est juste un malentendu. Satô et moi sommes en binômes pour l’examen final donc on avait étudié ensemble quelques temps.

Sakura — M-mais, généralement les gens ne marchent pas en se tenant par le b-bras non ?

Moi — Elle l’avait surtout saisi de force.

Sakura — Je pense que si tu n’aimais pas ça, tu aurais pu t’en débarrasser.

Airi répondit timidement mais marqua un point. C’est vrai que je m’étais laissé faire en profitant du moment, mais c’était vraiment un malentendu.

Moi — Il n’y aura pas de prochaine fois. Je serais prudent à l’avenir.

Sakura — D-De plus …

Il y avait encore quelque chose d’autre …

Sakura — Avant la formation des binômes, tu étais allé quelque part seul avec Satô-san non ?

Visiblement, quand Satô m’avait demandé de la suivre, Airi était dans la classe et m’observait.

Sakura — …E-entre vous, il y a quelque chose …

Moi — Non.

Dire non était peut-être un mensonge mais de toute manière elle m’avait seulement demandé mon numéro.

Airi et moi avions aussi échangé nos numéros donc ce n’était pas quelque chose que je pouvais me reprocher.

Moi — Pas convaincue ?

Sakura — Désolée, je te demande plein de trucs bizarres. Je t’ai mis mal à l’aise ?

Moi — Nope. Si quelque chose te dérange, tu peux toujours me le dire.

Sakura — C-compte sur moi ! Je garderai un œil sur toi, Kiyotaka-kun !

C’était stressant de se faire observer de si près mais je ne voulais pas rejeter Airi, qui avait vraiment pris sur elle pour tenir cette discussion. Ainsi je préférai ne pas trop insister.

Rien de plus ne s’était passé après ça donc j’avais tranquillement profité du film, qui était drôlement bizarre au passage.

6

Il y a plusieurs types de boutiques au centre commercial Keyaki. Les supermarchés par exemple sont nécessaires pour notre quotidien mais il y d’autres boutiques qu’on visite plus occasionnellement. Par exemple, il y a un service qui se propose de livrer des produits d’épicerie à la porte de notre chambre ou bien des magasins spécialistes de la réparation électronique, de la plomberie ou du gaz. La laverie est un autre bon exemple car c’était typiquement le genre d’endroit que les salariés fréquentaient mais qui n’était pas vraiment adapté aux élèves, encore moins de ce campus. Cependant, c’était une autre histoire quand notre uniforme venait à être taché par quelque chose que l’on ne pouvait nettoyer nous-mêmes.

Ainsi il y a un moment pour tout, et le moment était venu pour que la laverie se rende utile. Il était jeudi soir, 20h et l’examen était prévu pour lundi. Les autres endroits allaient bientôt fermer et c’est pour cela que notre réunion se déroula au karaoké. Outre les horaires, il fallait dire que niveau discrétion ça restait le meilleur endroit. Horikita et Hirata avaient avaient vraiment été au taquet ! Le groupe était le même que d’habitude mais il y avait Keisei en plus cette fois. Il aurait été plus judicieux de se réunir dans la chambre de quelqu’un mais l’un d’entre nous n’avait pas voulu.

Karuizawa —Hey, je peux chanter ?

Hirata — Attends Karuizawa-san, on est pas là pour ça.

Karuizawa —On est quand même dans un karaoké non ?

Hirata — Certes…

Karuizawa —Tu ne voulais pas qu’on se réunisse au dortoir, c’est pour ça qu’on est venu ici non ?

Hirata — Y’a pas meilleur endroit pour parler tranquillement.

Karuizawa —Ok mais c’est dommage d’être là et de pas en profiter !

Hirata —Et pourquoi toute cette nourriture alors ?

Karuizawa avait déjà commandé pas mal de chose. Sur la table il y avait ses frites ainsi que des boissons pour tout le monde.

Karuizawa —Ok alors faisons un duo à la fin de la réu ok, Yôsuke-kun ?

Hirata —Après la réunion pourquoi pas.

Kushida —Je suis bien d’accord, il faudra célébrer la fin de notre meeting dignement. Et puis ça faisait un moment que je ne ne m’étais pas fait un karaoké…

Horikita —……Je vais commencer.

Horikita les ignora et commença à s’exprimer.

Horikita —Tout d’abord, les résultats de

s groupes de soutien. Pour être honnête, c’est excellent. Au début certains garçons faisaient les pitres mais ils ont finalement bossé dur. Ils ont maintenant un certain niveau.

Sudou —J’ai tellement révisé que je suis un dico anglo-japonais.

Il avait formulé les choses à sa manière mais on avait compris le message.

Horikita — Sudou-kun est vraiment parti de loin et sa capacité de concentration n’a rien à voir avec celle d’avant. Mais n’oublie pas que tes connaissances de base ne dépassent pas le niveau d’un sixième.

Sudou —J’ai révisé autant pour être à ce niveau seulement ?

Horikita — Que tu sois au lycée avec un niveau primaire est en soi assez stupéfiant en soi.

Hirata—Ho-Horikita-san, tu vas peut-être un peu trop loin.

Horikita —C’est un fait, il a découvert Pi récemment.

Ce fut le choc général. Il était invraisemblable qu’il ne connaisse pas l’existence de ce chiffre.

Karuizawa —Eeeh? La honte quand même.

Même Karuizawa, qui n’était pas vraiment du genre studieux, s’était permise d’intervenir.

Sudou —La ferme Karuizawa. Fais pas genre tu connais !

Karuizawa —Mec, même moi je sais que c’est 3,14.

La discussion commençait à donner un mal de tête.

Karuizawa — Bref, on a capté ton faible niveau et je vais pas épiloguer. T’es sûr qu’il est ok Horikita ?

Horikita —Pas la peine de s’inquiéter pour lui. Il a encore beaucoup de lacunes mais il comprend à peu près ce qu’il doit connaître pour le trimestre. En aucun cas il ne va à l’examen en touriste. Comment ça se passe de ton côté Yukimura-kun avec Hasebe-san et Miyake-kun ?

Yukimura —Super. Ayanokôji peut le confirmer.

Moi —Je ne les vois pas faillir. Tu les as bien fait réviser.

Kushida —Tant mieux alors. Je n’ai pas envie qu’on perde des camarades. On va tous réussir, tous ensemble !

Karuizawa —……Est-ce que tout ira vraiment bien ?

Karuizawa posa une question troublante après l’intervention de Kushida.

Karuizawa —Je ne veux pas perdre non plus de camarades mais, chaque année, il y a des exclusions. Il n’y a aucune garantie que Sudou-kun ou moi allons réussir par exemple.

Kushida — Je peux en effet pas te le garantir mais…

Karuizawa —Alors pourquoi tu dis que l’on va tous réussir ?

L’ambiance relax laissa tout de suite place à la tension.

Karuizawa —Kushida-san, j’ai l’impression que tu aimes dire des choses sans prendre en considération les autres.

Kushida —Tu crois ? Pourtant j’ai bien envie que tout le monde passe.

Karuizawa —C’est cool d’être une intello. T’as pas à t’inquiéter, tu es en sécurité… c’est facile de parler comme ça !

Hirata —Karuizawa-san du calme, tu es dans un bon groupe de soutien, tu n’as pas à t’inquiéter.

Même avec Hirata pour la rassurer, elle ne sembla pas convaincue.

Karuizawa —Je voulais te le dire depuis longtemps Kushida-san mais tu jouerais pas la miss parfaite ?

Kushida —Eh?…… C-c-comment ça ?

Horikita —Calme-toi Karuizawa-san ! On est en pleine réunion stratégique pour l’examen final. Ce n’est pas le moment.

Karuizawa —Je ne t’ai pas sonné Horikita-san. Kushida-san, tu te moquerais pas un peu de mon intelligence au fond ?

Kushida —Je ne me le permettrais pas.

Karuizawa —Dans ce cas évite ce genre d’affirmation. Chaque examen pour moi est une épreuve. Si je rate, tu en porteras la responsabilité ?

C’était tellement sorti de nulle part que tout le groupe fut confus; pas seulement Kushida. Sa personnalité positive avait eu raison d’elle. Elle prit son jus de raisin qu’elle avait à peine touché et le jeta sur Kushida. Le liquide s’écoula tout le long de son uniforme et le tacha.

Hirata —Karuizawa-san !

Devant l’inattendu, Hirata poussa un cri et attrapa la main qui tenait le verre.

Hirata —C’est trop là ! Tu as dépassé les limites !

Karuizawa —Tu insinues que c’est de ma faute ?

Horikita —Kushida-san n’a rien fait de mal. C’est toi Karuizawa-san qui est en faute pour le coup.

Même Horikita en pleine guerre froide avec Kushida prit sa défense.

Kushida —Y’a pas mort d’homme donc ne lui en voulez pas trop.

Yukimura —Pas une raison pour laisser passer ça.

Keisei dit ce qu’il pensa de façon objective. Et il était vrai que tout le monde donnerait raison à Kushida. Mais Karuizawa n’était pas le genre de fille à agir sans raison.

Karuizawa —Oh, je vois, je suis la méchante dans l’histoire. Après tout,  Kushida-san est la star de la classe.

Tout le monde avait dit ce qu’il pensait sauf moi et Karuizawa se tourna vers moi pour chercher un soutien.

Karuizawa —Hey, Ayanokôji-kun, tu es dans quel camp ?

Moi —Je suis d’accord avec eux pour le coup. Tu as eu tort.

Karuizawa —Je vois, je ne peux compter sur personne.

Karuizawa se leva et pris son sac sans s’excuser.

Hirata —Karuizawa-san, si tu pars comme ça tu le regretteras plus tard. Essaie de faire un effort je te prie.

Hirata voulait éviter que Karuizawa ne quitte le Karaoke.

Karuizawa —Qu’est-ce que je suis censée faire alors bordel ?

Hirata —Le plus important déjà est de t’excuser auprès d’elle.

Malgré sa frustration, elle finit par être convaincu par son petit ami.

Karuizawa —Je pense que j’ai raison mais je dois m’excuser ?

Hirata —Oui, tu dois faire le premier pas.

Karuizawa resta silencieuse un moment.

Karuizawa —……Désolée…

Karuizawa céda ainsi à la persuasion de Hirata.

Kushida —Pas de problèmes. J’aurais dû être plus attentive à tes sentiments.

La majorité des gens auraient été en rogne mais Kushida resta calme et pardonna Karuizawa, ce qui la fit se sentir coupable. Elle retourna s’assoir près de Hirata.

Karuizawa —J’ai perdu mon sang froid. Désolée.

Karuizawa s’excusa encore. Kushida répondit avec un sourire comme pour lui signifier que c’était oublié.

Hirata —Dieu merci…

Hirata eu un soupir de soulagement à la vue de la réconciliation. Mais cela ne voulait pas dire que tout était résolu.

Hirata —Kushida-san, tu as un uniforme de rechange pour demain ?

Kushida —Ah, non. L’autre n’est pas en état alors je n’avais que celui-là.

En général l’établissement nous avait donné deux uniformes mais il pouvait arriver que des personnes grandissent et/ou grossissent. Au centre commercial Keyaki, il y avait une boutique spécialisée mais il fallait un peu de temps car c’était du sur mesure. Qui plus est, le prix n’était pas donné.

Sudou —Y’a une laverie au pire. Je dois y apporter des affaires de basket aujourd’hui alors si je leur donne ton uniforme, tu pourrais l’avoir demain matin tôt.

Kushida —C’est la première fois que j’entends parler d’une laverie vu que je n’en avais pas eu besoin jusqu’à maintenant… Pourquoi pas !

Kushida accepta l’idée de Sudou. Karuizawa, qui écoutait l’échange, réalisa qu’elle pouvait encore mettre la main à la pâte pour résoudre la situation.

Karuizawa —Ce n’est peut-être pas assez mais laisse-moi payer.

Kushida —Pas la peine, franchement.

Karuizawa —J’y tiens. Ça me fera sentir moins coupable.

Kushida —Tu es sûre ?

Karuizawa —Oui. C’est moi la fautive de toute manière.

C’est ainsi qu’une sorte d’arrangement fut trouvé entre les deux.

7

Alors que je retournai au dortoir après le rassemblement chaotique, je croisai la route d’un garçon imposant près de la fontaine. C’était Katsuragi qui, au vu de la situation, semblait n’attendre personne alors je l’appelai.

Moi Qu’est-ce que tu fais ici ?

Katsuragi C’est toi Ayanokôji. Je ne faisais que méditer sur l’examen final de la semaine prochaine.

Moi Ici ?

Katsuragi — C’est un très bon endroit lorsqu’on veut être seul.

Ce n’était pas le genre de comportement qu’avait un élève de seconde lambda mais surtout je ne voyais pas en quoi il y avait matière à être sur ses gardes pour la classe A vu que c’était un examen basé sur les compétences académiques.

Katsuragi — Tu penses que tout va bien se passer ?

Je décidai de répondre de la manière la plus honnête possible.

Moi Qui sait. En tout cas tout le monde révise à fond.

Katsuragi — Ah oui ? J’espère qu’il n’y aura pas d’exclusions.

Je ne ressentis aucun enthousiasme lorsqu’il s’exprima.

Moi Il s’est passé quelque chose ?

Katsuragi commença à répondre sur un ton lourd.

Katsuragi — ……Au collège, as-tu eu l’occasion d’être délégué de ta classe ou bien de rejoindre le Conseil des élèves ?

Moi — Non. Cela ne m’avait jamais intéressé.

Kasturagi J’ai toujours été l’un ou l’autre durant ma scolarité et ce, depuis l’école primaire. J’ai d’ailleurs été président du Conseil en primaire et au collège. Mais après être venu dans cet établissement, j’ai dû faire des concessions.

Moi Tu n’as effectivement pas rejoint le Conseil cette année.

Katsuragi Je voulais candidater mais je n’ai pas obtenu la reconnaissance du président Horikita.

Tout cela ne concernait en aucun cas l’examen final.

Katsuragi — Le Conseil des élèves ou bien les délégués n’ont à première vue pas l’air d’avoir d’autorité particulière, ce qui fait que beaucoup d’élèves n’y voient en ces fonctions qu’un poids, que cela prend du temps et des efforts pour rien. Il y a donc peu de candidats.

C’est exactement ce que je ressentais. Je ne voulais pas m’enfermer dans des responsabilités.

Kasturagi —  Cependant cette position octroie tout de même un privilège et donne accès à un monde que les autres ne peuvent voir. En entrant au lycée, j’ai perdu ce ressenti, ce qui faisait mes repères…

Moi Tu compenses peut-être en étant respecté dans la classe A.

Katsuragi Si c’était le cas, la classe B n’aurait pas été choisie pour être attaquée.

Je me doutais bien qu’il était du genre à être prudent en assurant l’attaque et la défense. Il aurait forcément choisi la classe C ou D.

Moi — Tu es sûr de vouloir parler des divisions au sein de ta classe comme ça, à un étranger ?

Katsuragi Je pense que ce n’est plus vraiment un secret pour les autres classes maintenant, de toute façon.

Moi — Tu réfléchis un peu trop je pense et tu te donnes trop de responsabilités. En apparence et quoi qu’on dise, c’est toi qui guide la classe A même si c’est sûrement plus complexe qu’il n’y paraît. Votre classe est comme une forteresse, il suffit juste de maintenir votre position.

Katsuragi — ……Aah me faire consoler par quelqu’un dont la classe est loin derrière, c’est paradoxal.

Moi — C’est justement parce que je suis loin derrière que je peux peut-être mieux voir les choses.

Lorsque nous retournâmes tous deux au dortoir, nous vîmes une foule au RDC.

Kasturagi C’est vraiment bruyant. Il s’est passé quelque chose ?

Moi Uh… Je vais demander.

J’avais repéré le Doc non loin alors je l’appelai pour lui poser la question.

Moi Il s’est passé quoi ?

Sotomura Votre altesse Ayanokôji, il semblerait que tous les élèves de seconde aient reçu la même lettre dans leur casier.

Moi La même lettre ?

Je me frayai un chemin dans la foule jusqu’à mon casier et composa le digicode. On ne l’utilisait pas souvent, seulement lorsque l’on reçevait des colis, des informations de l’écoles ou lorsque l’on effectuait des transactions entre élèves. D’autres élèves furent curieux de savoir si j’avais aussi reçu une lettre et je vis effectivement un papier plié en quatre. Je retournai vers le Doc.

Moi C’est ce bout de papier ?

Sotomura — C’est ça !

Katsuragi revint avec la même chose et nous ouvrîmes le papier en même temps. Il y avait écrit :

Ichinose Honami de la seconde 1-B pourrait collecter des points de façon illégale ~ Ryuuen Kakeru.

Sotomura ouvrit son papier pour nous montrer qu’il avait eu la même chose. Katsuragi finit de lire et marmonna :

Katsuragi C’est vraiment curieux qu’il ait signé. S’il a tort, il y a des chances qu’il doive en prendre la responsabilité.

Moi Il doit probablement avoir des preuves alors non ?

Katsuragi Si ce n’est pas le cas, c’est bien insensé de sa part ! Néanmoins il y a peut-être réellement quelque chose à creuser, il n’est pas passé à l’offensive pour rien je suppose…  Certes cela peut être de la diffamation mais ce n’est pas comme s’il s’en souciait.

Si c’était un mensonge, Ryuuen risquait sa réputation mais bon, pouvait-il tomber plus bas ?

X Oi, Ryuuen est là !

L’un des élèves vit Ryuuen retourner au dortoir. Ce dernier entra dans la salle commune. Je me demandais s’il se doutait que les gens l’attendaient au tournant.

 Oi, Ryuuen. Qu’est-ce que t’essaies de montrer là ?

Dès son arrivée, des gars de la classe B le questionnèrent et le prirent par le col.

Ryuuen — Ah, de quoi vous parlez bordel ?!

 Ce papier ne te dit rien ? Ravale tes conneries.

On lui montra le papier et à sa lecture, Ryuuen haussa simplement les épaules et sourit.

Ryuuen Oh, ça ? C’est intéressant pas vrai ?

Qu’est-ce qu’il y a de drôle ? Y’a des limites à ne pas franchir !

 Prouve-le alors ! Qu’Ichinose obtient des points illégalement !

Espèce de…

Ryuuen Qu’est-ce que tu en penses Ichinose ?

Faisant face à Ichinose qui vint après avoir entendu le vacarme, Ryuuen lui posa la question en lui montrant la lettre.

Ichinose Peu importe ce que je te dis Ryuuen-kun, tu ne me croiras pas n’est-ce pas ?

Ryuuen — En effet. C’est à l’établissement d’établir ou pas la fraude.

Ichinose Tout le monde, je m’excuse pour cet étrange incident. Mais rassurez-vous, demain je présenterai les choses au professeur principal et prouverai que c’est un malentendu.

Ichinose se défenda toute seule et resta digne comme à son habitude.

Ryuuen — Comment tu comptes me le prouver au juste ?

Ichinose Je dirai tout à l’établissement. Combien de points j’ai et comment je les ai obtenus. J’imagine que c’est ok pour toi ?

Ryuuen Pourquoi tu ne t’expliquerais pas ici avant ?

Ichinose — Tu es en train de me dire qu’il suffit que j’en parle maintenant pour que tu me croies sur parole, Ryuuen-kun ?

Ryuuen — Je ne te croirai pas vu que tu peux mentir facilement à ce sujet.

Ichinose C’est pour ça que je compte tout déclarer à l’établissement qui rendra un jugement impartial.

Ryuuen Kuku, je vois. Tu marques aussi un point.

C’est bon, t’es convaincu ??!

Ce furent des élèves de la classe B qui parlèrent à l’unisson.

Ryuuen — Cependant, les êtres humains sont de vils créatures. Il est possible que tu cherches à camoufler les preuves entre temps.

Ryuuen ne lâcha pas Ichinose d’un poil jusqu’au bout.

Katsuragi — À quoi pense-t-il au juste ? Même si Ichinose a beaucoup de points, elle n’est vraiment pas du genre à faire dans l’illégal. Il n’a rien à y gagner en essayant de la traîner dans la boue et en l’accusant comme il le fait, tel un chien enragé.

Katsuragi n’arrivait pas à comprendre et eut une expression sérieuse tout à coup.

Ichinose — Qu’est-ce que je dois faire pour que tu me croies ?

Ryuuen Dis-nous combien de points tu as et comment tu les as obtenus. Je reportai la même chose demain à l’établissement. Comme ça, il n’y aura plus aucune méfiance à ton égard.

Il est vrai que cela réduisait fortement les chances d’être soupçonnée plus tard mais cela aurait été fou d’accepter si facilement

Ichinose C’est impossible, Ryuuen-kun.

Ryuuen — Tu admets donc avoir contourné les règles ?

Ichinose Ce n’est pas parce que j’ai obtenu légalement mes points que je dois révéler à tout le monde ma méthode. Il est notoire que le nombre de points que quelqu’un accumule est une arme pour les stratégies futures.

En effet, quitte à être suspecte, elle voulait garder son atout en main.

Ichinose À partir du moment où l’établissement sera au courant, une enquête sera faite. Si j’ai effectivement commis une fraude, que je veuille la cacher ou non, l’établissement rendra les choses publiques.

Ryuuen — Rien ne me dit que tu iras voir l’établissement demain.

Ichinose Tu n’as qu’à les prévenir Ryuuen-kun; comme tu l’as fait avec tous les élèves de seconde.

Ryuuen — Vraiment ? Kuku, tu as l’air bien confiante.

Si Ichinose avait collecté des points illégalement, elle aurait dû être plus mal à l’aise qu’à l’ordinaire mais cela ne semblait pas le cas. Elle resta toujours digne et ne vacilla pas d’un pouce.

Ryuuen J’ai hâte d’être à demain.

Ichinose regarda partir Ryuuen. Il prit l’ascenseur avec son rire intrépide.

Katsuragi —  Lorsque le doute s’installe sur quelqu’un, il est difficile de le faire partir. Une personne comme Ichinose ne fait pas exception et elle devra attendre d’être innocentée par l’établissement. Dans tous les cas, il n’est pas exclu que sa popularité en prenne un sacré coup.

Katsuragi analysa la situation et fit une conjecture correcte. Cela s’applique aussi aux politiciens devant représenter notre pays : peu importe combien de soutien un homme politique peut avoir, il suffit d’un mensonge bien ciblé pour qu’il perde tout. Bien entendu, s’il s’avérait qu’elle était innocentée, il se pouvait aussi qu’elle finisse avec plus de soutiens qu’elle n’en avait actuellement. Mais il suffit de faire germer la graine du doute…

Le jour suivant, Ichinose fut innocentée. L’établissement envoya une note d’information signifiant qu’elle n’avait pas enfreint les règles. Ainsi, personne ne discuta la décision et les doutes se dissipèrent sereinement.

En y repensant, au premier trimestre, j’avais vu par inadvertance qu’elle avait accumulé 1 million de points. Et entre-temps ça a dû bien augmenter !


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