CLASSROOM Y2 V2 : CHAPITRE 2


Le passage fluide du temps

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Traduction : Ayanokôji is the best
Correction : Nova, Raitei
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L’interminable mois d’Avril avait enfin pris fin, et nous terminions la première quinzaine de Mai.

L’élève de la White Room ne semblait toujours pas avoir entrepris quoi que ce soit.

Aurait-il échappé au contrôle de Tsukishiro… Mais pourquoi ? À quoi pouvait-il penser ? De toute façon, il pouvait bien faire ce qu’il voulait tant que Sje pouvais passer mes journées paisiblement dans cette école.

Ce matin, j’avais rendez-vous dans le hall avec Horikita. Il y a quelques semaines, j’avais été au centre de l’attention de mes camarades de classe. Mais ils avaient désormais repris leur train-train, sans plus trop se préoccuper de moi. Bien sûr, il était probable que beaucoup d’élèves aient encore quelques ressentiments pour ma note parfaite à l’examen, mais pour l’instant, cela semblait s’être calmé.

En attendant Horikita, j’ouvris l’OAA qui avait été mise à jour comme chaque mois.

Malgré ces 100 points en mathématiques, le score total de mes 5 matières n’était que de 386 points. Par conséquent, l’évaluation de mes capacités académiques, qui était montée à A-, était légèrement plus élevée que prévu. Quant aux autres indices, ils n’avaient pas trop varié par rapport à d’habitude.

1ère D Ayanokôji Kiyotaka.

Évaluation pour l’année de première.

Aptitudes académiques : A- (81)

Aptitude physique : B- (61)

Capacité de réflexion critique : D+ (40)

Contribution sociale : B (68)

Evaluation globale : B- (62)

Horikita, Kitayama, Mii-chan et les autres élèves qui avaient obtenu le rang A d’après leurs notes de l’année dernière avaient maintenu leur niveau.

Peut-être qu’un élève avec un score total de plus de 400 était censé obtenir une note de A ou plus.

Dans l’ensemble, les résultats de l’amélioration étaient clairement reflétés dans l’OAA, mais comme je l’avais dit l’autre jour, c’est Sudou qui avait réalisé la plus grande progression de tous.

1ère D Ken Sudou.

Évaluation pour l’année de première.

Aptitudes académiques : C (54)

Aptitude physique : A+ (96)

Capacité de réflexion critique : C- (42)

Contribution sociale : C+ (60)

Evaluation globale : B- (63)

Si l’on comparait avec sa note générale établie sur ses résultats de seconde qui n’était que de 47, c’était un résultat étonnant. Ceci sans compter sur ses capacités physiques qui lui permettaient même de dépasser Akito ou Keisei dans l’OAA. S’il améliorait ses résultats scolaires et sa contribution sociale, il allait même pouvoir être en mesure de rivaliser avec Hirata Yôsuke et Kushida. Un diamant brut qui avait encore une belle marge de progression.

Cependant, l’évaluation était remise à zéro tous les mois, et la simple progression aux examens n’avait aucun impact sur ses notes en compétences sociales et en communication qui restaient faibles. Mais en s’investissant sérieusement pendant plusieurs mois, sa note de contribution sociale pouvait augmenter.

En plus de Sudou, quelques autres élèves avaient fourni de gros efforts pour réduire leurs carences constatées en première année. La plupart d’entre eux avait progressé en capacité de réflexion et/ou contribution sociale.

Horikita — J’espère que je ne t’ai pas trop fait attendre.

Horikita descendit un instant avant l’heure prévue.

Moi — Non, ça va.

Nous décidâmes de nous diriger vers le bâtiment de l’école. C’était plus commode de parler dehors parce que cela évitait les interruptions ainsi que les oreilles indiscrètes.

Moi — Merci encore. Grâce à ta vivacité d’esprit, le reste de la classe est vite passé à autre chose. J’ai l’impression que les autres classes aussi.

La vigilance des autres classes allait augmenter, mais honnêtement ce n’était pas trop un problème. Sakayanagi de la classe A était déjà au courant depuis le début pour moi et Ryuuen savait que ma limite n’était pas seulement mathématique parce que je l’avais déjà battu directement auparavant. Et il y avait fort à parier qu’Ichinose se doutait que je n’étais pas un élève anodin.

Horikita — J’ai surtout pensé à l’intérêt de la classe. Après tout, faire passer les choses ainsi évitait le gros scandale. Mais comment aurais tu fais si je n’avais pas été là, par curiosité ? 

Moi — Je me serais caché sous tes jupons aussi, je suppose. 

C’était un de mes classiques. Si elle n’avait pas été présente, j’aurais probablement improvisé la même chose. Horikita semblait l’avoir deviné sans que je n’aie à le dire.

Horikita — Pourquoi est-ce que ça ne m’étonne même pas ?

Moi — J’ai pour règle de ne jamais être sur le devant de la scène.

Horikita se tourna pour regarder ma main gauche.

Horikita — Ta blessure à la main gauche est-elle guérie ?

Moi — Pas tout à fait. Il faudra encore du temps pour cicatriser, mais comme ce n’est pas ma main principale, ce n’est pas trop gênant.

Horikita — Si tu le dis. Au fait, as-tu été en contact avec Hôsen depuis ?

Moi — Non, du tout. Une fois, je suis passé devant Hôsen et Nanase, mais sans leur parler.

Nos deux regards s’étaient croisés mais aucun n’était allé vers l’autre.

Horikita — Ils ne sont pas venus s’excuser, mais en même temps ils doivent avoir conscience d’avoir fait quelque chose de mal.

Moi — Ce n’est pas tout à fait l’impression que j’ai eue.

Horikita — Pour eux deux ?

Moi — En effet.

L’audace de monter une telle opération alors qu’ils n’étaient même pas là depuis un mois.

Horikita — Est-il vrai que les 2nde obtiendront 20 millions de points en récompense s’ils arrivent à te faire quitter le lycée ?

Moi — Je n’ai aucune preuve pour le moment, mais ils n’auraient pas de telles choses sans une grosse récompense à la clé.

Horikita — …C’est vrai.

Il était peu probable qu’ils tentent de me faire expulser sans une bonne raison. L’examen spécial en duo avait très probablement été créé pour fournir à l’élève de la White Room une occasion de passer à l’action discrètement.

Moi — Nous le saurons tôt ou tard.

Horikita — Mais c’est quand même très bizarre. Si c’est un examen spécial, la totalité des 4 classes auraient dû être au courant, non ?

Moi — J’en avais parlé à Nanase, lui demandant de se renseigner sur les autres classes. Et il est certain qu’au moins 3 personnes sont au courant sur 3 classes différentes.

Horikita — Amasawa de la classe A… Même si on lui en doit une pour Sudou, il est sûr qu’elle était complice. N’est-ce pas ?

Je hochai légèrement la tête. Ichika Amasawa, de la seconde A, était l’une des personnes dont j’étais quasi certain qu’elle avait connaissance de l’examen secret des 20 Millions. Nous ignorions qui parmi les classes B et C pouvaient le savoir, toutefois.

Horikita — Est-ce que ce sont les seuls qui ont essayé de te faire expulser ?

Moi — Oui, d’après ce que j’ai pu observer pour le moment.

Horikita — Si c’est le cas, c’est un peu étrange… Hôsen-kun n’a pas l’air si apprécié que ça, pour parler gentiment. Par conséquent, est-ce logique que les autres lui laissent profiter de ces points comme ça ?

C’était bien ce point qui me préoccupait. Il était difficile d’identifier la raison pour laquelle ils avaient accepté de coopérer avec lui.

Peut-être que Hôsen et Nanase ne voulaient pas réellement que je parte ? Ou bien ils n’avaient pas l’intention de participer à cet examen spécial dès le départ ? Ou peut-être qu’ils avaient des doutes concernant la validité de cet examen.

Horikita, qui marchait à côté de moi, n’était pas en mesure de répondre à cette question. J’essayai donc de changer l’angle d’approche.

Moi — Pourquoi penses-tu que cela ne concerne pas tous les élèves de seconde ?

Je décidai de demander l’avis de Horikita puisqu’elle avait l’air de vouloir dire quelque chose de toute façon.

Horikita — Si on avait dit qu’il y avait un examen spécial pour expulser Kiyotaka Ayanokôji à tous les élèves de seconde, la nouvelle se serait vite répandue auprès des élèves de première et de terminale. Ce qui aurait posé un énorme problème. Et, bien entendu, notre classe aurait protesté contre cet examen injuste. C’est pourquoi ils ont peut-être limité le nombre de participants. Qu’en penses-tu ?

C’était en effet la bonne réponse. Elle pouvait même aller plus en profondeur dans l’analyse.

Horikita — Cette école a-t-elle vraiment organisé un test spécial si déraisonnable ?

Moi — C’est exact. J’ai vérifié auprès de Mlle Chabashira, mais elle-même ne savait rien.

Je ne l’avais pas vraiment confirmé, mais j’étais certain que rien n’avait été communiqué aux autres professeurs.

Moi — À partir de là, on peut émettre deux hypothèses. Ou Nanase et Hôsen bluffent, donc toute cette histoire d’examen est fausse. Mais ça ne résout pas le problème de base, à savoir qu’ils n’ont sûrement pas fait tout ça pour rien.

Horikita — Ou alors, du coup ?

Moi — Il n’est pas absolument impossible que cela ait été mis en place par des élèves de seconde comme un jeu ou un défi entre eux. Mais c’est très improbable de parvenir à un tel niveau de connivence et de confiance entre nouveaux. La personne l’ayant proposé devait donc avoir non seulement la confiance de tout le monde, mais surtout 20 Millions à sortir.

Horikita interrompit mon raisonnement pour dire une seule phrase…

Horikita — Le président du Conseil des élèves…

Les mots coincèrent étrangement avant de sortir.

Horikita — Je me demande si le président du Conseil des élèves Nagumo pourrait être impliqué dans cette affaire ?

Moi — Je ne sais pas. Mais je ne suis pas sûr que cela lui corresponde, alors ce serait un peu tiré par les cheveux… Réunir les 20 millions pour ça. Et pourquoi recruterait-il ainsi des novices dont il ignore tout des capacités ?

S’il voulait vraiment de l’aide pour m’expulser, il aurait été plus efficace d’utiliser les élèves de terminale qu’il connait bien et qui sont à sa botte.

Horikita — Il n’a peut-être rien à voir avec tout ça, tout compte fait.

Il n’y avait aucun élément attestant ou réfutant son implication. Mais son statut de président faisait assez figure d’autorité pour convaincre des nouveaux arrivants.

Horikita — Toutefois on ne peut pas nier une certaine forme de jalousie. Nagumo se focalisait beaucoup sur mon frère, qui lui, se préoccupait bien davantage de toi.

Si c’était vrai, cela n’allait pas arranger mes affaires.

Moi — Ce ne serait pas une bonne chose. La raison de ce rendez-vous est que je voulais te demander de me conduire à la salle du Conseil des élèves pour demander à Nagumo de t’accepter chez eux.

Les choses prenaient une certaine ampleur, mais cela allait être une assez bonne occasion de progresser sur le dossier que le frère de Horikita m’avait laissé.

Horikita — Je vois…

Horikita — Mais s’il refuse, que feras-tu ?

Moi — Comme je te l’ai dit, il n’est pas dans une situation où il va refuser.

Horikita — ….C’est vrai

Manabu venait d’être diplômé, ce qui n’avait pas manqué d’émouvoir Horikita. Mais elle-même savait tout.  Suzune était la petite sœur de Manabu, qu’il cherchait à dépasser depuis toujours. Il était impensable que Nagumo néglige cette précieuse personne.

Horikita — Pourquoi voulais-tu que je rejoigne le Conseil des élèves, au fait ?  Tu as dit que c’était juste pour surveiller le président mais n’est-ce pas insuffisant de garder juste un œil de loin ?

Elle demandait des instructions sur ce qu’elle allait devoir faire une fois admise.

Moi — Je pense que tu l’as déjà remarqué, mais ton frère et Nagumo ont des visions différentes des choses. Manabu défendait une continuité pour le fonctionnement de l’école et n’aimait pas les réformes de Nagumo. Il me l’a dit avant de partir. Pour maintenir les traditions de cette école il faut…

Horikita — Il défendait une vision diamétralement opposée de ce que l’actuel président du Conseil essaye de mettre en place.

Moi — Me concernant, je n’ai pas encore décidé de quel côté je me situe, mais ce dont je suis sûr, c’est que je veux voir ce qu’il entend faire.

En effet, étudier la façon de penser de Nagumo et ses réformes n’était pas une mauvaise chose.

Horikita — Donc tu ne me demandes rien de particulier.

Moi — Voilà.

Horikita — Mais dans ce cas, pourquoi, me demander de rejoindre le Conseil des élèves ?

Moi — S’il fait de mauvaises choses, il sera nécessaire de l’arrêter.

Et la personne qui allait devoir s’en charger était Suzune, la sœur de Manabu, pas moi. Après quoi je ramenai le sujet sur l’examen spécial des secondes.

Moi — Et je pense que ce sera pratique pour l’autre chose…

Nagumo avait peut-être un lien avec le prix de l’examen secret, comme elle l’avait dit elle-même plus tôt. Entrer dans le Conseil des élèves allait certainement augmenter nos  chances d’obtenir des informations.

Horikita — Je ne suis pas en mesure d’imposer puisque j’ai perdu le pari, mais pourrais-tu te joindre à moi ?

Moi — Tu es sûre ?

Horikita — Oui. J’aimerais que tu assistes en direct à la réaction du président lors de ma demande. Pour en témoigner en cas de refus.

Dans le cas improbable où elle ne soit pas admise au Conseil des élèves, elle voulait que je serve de témoin pour attester de la véracité de la situation.

Horikita — Puis si Nagumo, le président du Conseil des élèves, est impliqué dans le prix de l’examen spécial, il pourrait laisser trahir quelques petites choses sur son expression.

Ce qui donnerait des indices sur son implication dans l’examen des 20 Millions.

Moi — Ok, alors après les cours ?

Après ce nouveau rendez-vous avec Horikita, la journée pouvait enfin commencer.

1

Après l’école, nous nous dirigeâmes vers la salle du Conseil des élèves.

Horikita — Tu as pris rendez-vous ?

En venant à l’improviste, il n’y avait aucune certitude de le trouver dans la salle.

Moi — Bien sûr. J’ai demandé à Mlle Chabashira d’arranger la rencontre avec Nagumo. Du coup j’ai prévu l’entrevue aujourd’hui.

Horikita — Je pense que ça tombe bien. Ma motivation pour rejoindre le Conseil des élèves a un peu augmenté.

Moi — C’est à cause de l’histoire des 20 Millions ?

Horikita — Oui. Si le Conseil des élèves, qui doit être totalement neutre, complote pour créer des injustices contre notre classe… Ce serait un énorme problème.

Je jetai un regard en coin sur le visage de Horikita, qui affichait un sentiment de détermination.

Moi — C’est bien d’être motivée, mais il ne faut pas être trop direct. Il n’y a aucune certitude que Nagumo soit impliqué. Et même si c’était le cas, ce n’est pas une personne que l’on doit attaquer de façon frontale.

Ce n’était pas comme s’il allait répondre docilement à nos questions.

Horikita — Bien sûr, je ne ferai rien d’imprudent avant d’en être certaine.

Je me sentais soulagé car elle semblait dégager un fort sentiment de maîtrise de soi, utile si la situation devenait délicate.

Nous arrivâmes peu de temps après devant la salle du Conseil des élèves et ouvrîmes la porte.

Moi — Excusez-nous…

Lorsque j’entrai dans la salle, Nagumo était assis sur le siège du président du Conseil des élèves, les jambes croisées. Il salua Horikita comme s’il était le roi.

L’atmosphère de la pièce était calme, c’était le bon moment pour aller à la salle du président du Conseil des élèves. D’ailleurs, je sentis que Nagumo était plus détendu qu’à l’accoutumée. C’était probablement parce que Manabu, le seul égal ou supérieur à Nagumo, n’était plus présent.

Le vice-président Kiriyama se tenait également près du mur. Il se dirigea vers Horikita après m’avoir jeté un regard.

Kiriyama — Vous avez rendez-vous avec le Conseil des élèves ?

Horikita — Oui. Merci de nous recevoir.

Kiriyama désigna des sièges et nous proposa de nous asseoir.

Nagumo — Ne vous inquiétez pas, j’ai tout mon temps.

Même avec moi en face de lui, la posture et l’expression calme qu’arborait Nagumo à notre entrée dans la pièce ne changèrent pas. Je n’aurais pas été surpris de constater un léger petit quelque chose, mais rien[1].

Nagumo — Alors, quel sujet souhaitiez-vous aborder ? Vous n’avez pas sollicité une audience ici pour simplement parler de la pluie et du beau temps, pas vrai ?

À l’invitation de Nagumo, Horikita entra dans le vif du sujet.

Horikita — En effet, le temps est une chose précieuse, alors je vais aller droit au but. Je voudrais rejoindre le Conseil des élèves.

La voix claire de Horikita résonna dans la pièce.

En entendant cela, les deux membres du Conseil eurent la même réaction. Un sentiment de surprise, sans montrer acceptation ou rejet.

Nagumo — Tu veux rejoindre le Conseil des élèves ?

En réponse à la demande de Horikita, l’expression de Nagumo passa de la surprise à l’anticipation.

Nagumo — Que ferais-tu si je n’acceptais pas ?

Horikita — En d’autres termes, c’est non ?

Nagumo — Non, je ne refuse pratiquement jamais ceux qui veulent se joindre à nous. Quand une personne veut rejoindre le Conseil des élèves, je l’autorise tant qu’il y a de la place. Leur motivation ne fait l’objet d’aucun préjugé. Je suis libre de faire ce que je veux.

Contrairement au prudent Manabu, c’était une démarche peu sélective.

Nagumo — Mais tu es spéciale, Suzune Horikita. Je n’accepterai qu’à une seule condition.

Horikita — Quelle est cette condition ?

Nagumo — Pour quelle raison as-tu choisi ce moment précis pour demander à rejoindre le Conseil des élèves ?

Est-ce qu’il se sentait mal à l’aise avec moi qui étais assis à côté de Horikita ? Non, Nagumo n’était pas du genre à vaciller pour de petites choses. Il voulait juste savoir pourquoi la jeune sœur de l’ancien président voulait se joindre à lui.

Bien sûr, elle n’allait pas dire que c’était parce qu’elle avait perdu un pari. Elle n’aurait pas eu la confiance de Nagumo avec une telle déclaration.

Horikita — J’étais en froid avec mon frère. J’ai rejoint cette école pour régler les choses. Cependant, la relation entre mon frère et moi n’a pas changé, même après son départ d’ici.

Il écoutait les paroles de Horikita. Elle parlait lentement mais d’un ton clair.

Horikita — Je ne voulais pas laisser les choses ainsi. Finalement, je n’ai même pas eu la possibilité d’avoir une conversation satisfaisante avec lui avant qu’il ne soit diplômé.  

Horikita semblait avoir décidé de dévoiler sans mentir son passé avec son frère.

Nagumo — Et finalement, vous vous êtes réconciliés ?

Horikita — Oui. Même si c’était à la dernière minute, nous avons pu nous réconcilier. Je me suis ensuite intéressée au Conseil des élèves auquel mon frère avait consacré une grande partie de sa vie scolaire. Et après réflexion, j’ai décidé d’en faire autant.

À l’origine, Horikita ne voulait pas rejoindre le Conseil. Mais tout ça était plus proche du baratin que du vrai.  Cependant, distiller ce petit mensonge au milieu d’un discours de vérités le faisait passer inaperçu aux yeux de Nagumo.

Nagumo — Marcher dans les traces de ton grand frère ? Quelle belle histoire.

Au contraire, Nagumo montra une certaine réticence envers Horikita et ses yeux s’étaient clairement obscurcis.

Nagumo — Autrement dit, tu penses être prête à prendre ma relève.

Sa réponse ne toucha pas le cœur de Nagumo de toute façon. Un nouveau mensonge ici aurait été vain et du plus mauvais effet.

Horikita — Oui. Comme je l’ai dit tout à l’heure, j’entends suivre l’exemple de mon frère et diriger le Conseil des élèves un jour.

C’était un sacré challenge que Horikita venait de se fixer Et cela ne ressemblait pas à un mensonge, elle semblait réellement déterminée à aller dans cette direction.

Nagumo — Je vois. Mais tout au long de l’année dernière, Honami Ichinose a fourni de gros efforts au sein du Conseil. Ne penses-tu pas que tu as un peu trop de retard pour te mettre dans la course ?

Horikita — Je le rattraperai.

Elle répondit avec encore plus de rapidité et de conviction que précédemment. Même s’ils ne se ressemblaient pas beaucoup, elle était quand même la petite sœur de l’ancien président du Conseil des élèves Manabu Horikita. Kiriyama, qui était resté silencieux jusqu’à présent, alla en direction de Nagumo.

Kiriyama — C’est un peu gênant de t’appeler Horikita. Je l’ai peut-être dit plusieurs fois, mais à partir d’aujourd’hui, je t’appellerai Suzune, est-ce que c’est d’accord ?

Horikita — Aucune objection.

Nagumo — Le Conseil des élèves était un peu déséquilibré car Honami était la seule élève de première.

Nagumo, qui avait entendu la vraie raison pour laquelle elle voulait rejoindre le Conseil des élèves, accepta. Il se leva de son siège, s’approcha de cette dernière et tendit sa main gauche à Horikita qui se tenait également debout.

Horikita la saisit fermement.

Nagumo — Bienvenue au Conseil des élèves. À partir d’aujourd’hui, tu vas devoir travailler dur, Suzune.

Horkita — Bien sûr.

Nagumo — Je te félicite pour ton admission et je vais te dire une chose intéressante. Tous les présidents du Conseil ont toujours été diplômés en classe A. Souviens-toi de ça et vise les sommets.

Ces mots firent bondir Horikita, alors en classe D

Horikita — Ne t’en fais pas. Je suis déterminée à finir ma scolarité en classe A. Tu seras d’ailleurs diplômé avant moi, n’est-ce pas ?

La poignée de main qui avait duré un bon moment se termina avec les mots.

Kiriyama — Je suis Ikuto Kiriyama, vice-président du Conseil des élèves.

Horkita — Merci beaucoup.

Elle serra la main de Kiriyama et le salua, et devint ainsi officiellement membre du Conseil des élèves.  À partir de maintenant, Horikita allait pouvoir observer de ses propres yeux la façon dont Nagumo faisait les choses. Un système scolaire basé sur le mérite qui donnait la priorité aux individus. Comment allait-elle s’attaquer à ce système qui est à l’inverse de ce qu’elle voulait promouvoir ?

Du reste, je ne pouvais plus poser de question sur l’examen, et je n’avais pu obtenir aucun indice à ce sujet. J’allais donc partir. Pendant que je réfléchissais à un moyen…

Nagumo — Veux-tu aussi nous rejoindre, Ayanokôji-kun ?

Kiriyama — Qu’est-ce que tu veux dire, Nagumo. Pourquoi l’inviterais-tu à rejoindre le Conseil des élèves lui aussi ?

Kiriyama se demandait si la proposition de Nagumo était sérieuse.

Nagumo — Ce n’est pas incongru. Ayanokôji est un élève auquel s’intéressait l’ancien président Horikita. Il n’y a aucune raison de ne pas lui proposer de se joindre à nous. Et dans l’examen spécial de l’autre jour, il semble que seule une personne ait obtenu un score parfait.

En disant cela, Nagumo semblait avoir tourné son attention vers moi pour la première fois. J’étais bien conscient que ma prouesse avait déjà fait le tour de tout le lycée.

Moi — Je vais m’abstenir.  Je ne suis pas intéressé par le Conseil des élèves.

Nagumo — Je savais que tu dirais ça.

Ayant terminé, je souhaitais m’éclipser aussi vite que possible.

Nagumo — Ayanokôji.

Il prononça mon nom, tandis que nous nous fixions l’un l’autre dans cette salle silencieuse.

Nagumo — Le travail du Conseil des élèves est très prenant. Mais il est temps pour moi de me poser un peu. À partir de l’été, j’aimerais commencer à passer du temps avec mes chers élèves de première.

Qu’est-ce que ça voulait dire ? Avant même que je ne puisse lui demander…

Nagumo — J’ai décidé de jouer un peu avec vous, alors attends-toi à cela dans le futur.

Ce n’était même pas une déclaration de guerre, plus une affirmation de quelqu’un de fort à l’égard de quelqu’un de faible.

Moi — Sakayanagi, Ichinose et Ryuuen vont certainement en être ravis !

En répondant cela, l’attention de Nagumo me quitta.

Nagumo — Au fait, Kiriyama. Pourquoi es-tu venu pour la demande de Horikita ?

Kiriyama — …C’est à dire ?

Nagumo — Tu n’avais pas voulu assister aux demandes d’admission de la part d’élèves autres que les terminale.  Mais cette fois-ci, tu es venu pour Suzune Horikita. N’est-ce pas étrange ?

Demanda Nagumo à Kiriyama, à la fin de la discussion. Cette remarque soudaine interrompit le cours de notre conversation. Bien sûr, je n’avais aucune idée de la raison pour laquelle Kiriyama était présent, mais il était clairement contrarié par cette remarque.

Kiriyama — J’étais juste curieux au sujet de la sœur de Horikita-senpai. Y a-t-il un problème ?

Malgré sa réponse plausible, Kiriyama avait parlé d’une voix à peine audible et n’avait pas retrouvé son calme. Nagumo sourit joyeusement.

Nagumo — Non, ça m’est égal. Ne t’inquiète pas.

Nagumo ne creusa pas davantage, la seule réaction de Kiriyama trahissait son embarras.

Nagumo — Bien, Suzune, voudrais-tu rester un moment ? Je souhaite te présenter les autres membres du Conseil.

Horikita — Très bien.

Il n’y avait aucune raison pour moi de rester ici plus longtemps puisque j’avais refusé de rejoindre le Conseil des élèves.

Je quittai la pièce, laissant Horikita en compagnie de Nagumo.

2

Ayant quitté la pièce, je me dirigeai vers la porte d’entrée.

Kiriyama avait intégré le Conseil des élèves à l’initiative de Manabu pour surveiller Nagumo. Il soutenait Manabu dans son opposition à Nagumo et m’avait contacté quand j’étais en seconde. Il avait probablement pensé que Horikita, la jeune sœur de Manabu, voulait tenter quelque chose tandis que lui avait capitulé face à Nagumo. Et il était conscient du signal qu’était son entrée au Conseil des élèves.

Cependant, la bataille entre Nagumo et Kiriyama avait déjà rendu son verdict. Il n’était déjà plus possible de renverser la tendance.

Enfin… Peut-être que Kiriyama n’avait pas tout à fait abandonné finalement.

Moi — Très bien.

N’ayant aucune raison de rester là-bas, je décidai de rentrer directement et digérer lentement tout ça le restant de la journée. Je sortis mon téléphone portable pour vérifier l’heure.

Karuizawa — Si tu n’as rien prévu aujourd’hui… Je peux venir dans ta chambre pour qu’on se voit un peu ?

Ça ne me dérangeait pas de regarder ce qui allait se passer au Conseil des élèves, mais j’avais reçu un message de Kei. Il datait de plus de 30 minutes, mais elle attendait toujours car le message n’avait pas été annulé et il n’y avait pas de suite.

Comme je n’avais pas de projets particuliers, je décidai de répondre.

Même si nous disions sortir ensemble, dans les faits ça ne s’était pas vraiment traduit en actes. Il y avait très peu d’endroits où nous pouvions être seuls sans que personne ne découvre notre relation.

Et le dortoir n’y faisait pas exception. Nous y surprendre ensemble rien qu’une seule fois pouvait être fatal.

Moi — Ok.

Karuizawa — Je peux venir maintenant ?

Répondit-elle dans la foulée. Je répondis qu’elle pouvait venir dans environ 20 minutes. Il ne lui restait plus qu’à venir dans ma chambre comme d’habitude sans se faire prendre.

Même si elle croisait quelqu’un au même étage, Kei était sûrement capable d’improviser un petit truc.

Il fallait environ 10 minutes pour revenir au dortoir. Je laissai la porte entrouverte, nettoyant la chambre pour tuer le temps, quand j’entendis trois coups intenses.

Kei et moi avions établi quelques signes secrets à partir de coups frappés à la porte selon les circonstances. En cas d’urgence, il fallait frapper trois fois. Dans le dortoir, où les élèves allaient et venaient toute la journée, n’importe qui pouvait surgir depuis une porte et la voir.

Karuizawa — Coucou !

Dit-elle, plongeant dans la pièce en proie à la panique. Elle referma immédiatement la porte avant de s’adosser à elle et lâcher un soupir de soulagement.

Karuizawa — L’ascenseur venait de s’arrêter au quatrième, alors j’étais pressée ! J’avais le cœur qui battait à fond.

Dit-elle, posant une main sur sa poitrine.

Des gens allaient arriver dans le couloir, il était donc normal qu’elle soit tendue.

Moi — Il sera impossible de cacher éternellement notre relation.

Karuizawa — Je sais ça, mais…

Je mis ses chaussures dans le placard. Après quoi, je verrouillai la porte d’entrée, et, juste au cas où, je mis également l’entrebâilleur, qui limitait l’ouverture. De cette façon, même si quelqu’un me rendait visite, je pouvais le renvoyer sans qu’il ne voie nécessairement ce qui se passait chez moi, à l’intérieur. Certes, mettre l’entrebâilleur alors qu’il était aussi tôt dans la soirée pouvait paraitre suspect, mais c’était toujours mieux que de risquer l’intrusion de quelqu’un qui me surprendrait avec Kei. Puis si vraiment la personne voulait vraiment me voir, je n’avais qu’à trouver une excuse, comme prétexter un désordre dans la pièce pour lui demander de m’attendre dehors. Kei profiterait alors de notre absence pour quitter tranquillement ma chambre après mon départ.

Karuizawa — Ha…. Je suis soulagée.

Kei s’assit sur le lit et se tapota la poitrine de soulagement.

Karuizawa — C’est bon.

Le soir, la plupart des élèves rentraient chez eux à toute vitesse donc le dortoir était assez animé.

Mais, par exemple, l’inviter au beau milieu de la nuit était aussi risqué. Bien qu’il y ait moins d’allées et venues, la voir rentrer dans ma chambre aussi tardivement était beaucoup plus difficile à justifier. Par conséquent, en journée et pendant les vacances scolaires étaient les moments privilégiés.

Moi — Tu veux boire quelque chose ?

Lorsque j’interpellai Kei, qui venait de retrouver son calme, elle se précipita du salon vers la cuisine.

Karuizawa — Je vais le faire.

Moi — Pourquoi ? Tu n’es pas obligée.

Karuizawa — Ta main gauche est blessée et ce sera difficile. Je vais faire bouillir l’eau.

Il semblait qu’elle avait proposé car elle s’inquiétait de ma blessure.

Moi — Très bien, je te laisse faire, mais…

Karuizawa — Oui, oui. Je vais faire du thé, et toi, que veux-tu boire ?

Moi — La même chose que toi.

Dis-je, dans le but de lui faciliter la tâche, mais cela s’avéra contre-productif car elle avait l’air mécontente.

Karuizawa — Tu ne me fais pas confiance ?

Moi — …Alors je vais prendre une tasse de café.

Karuizawa — Laisse-moi faire. Je crois que c’est sur cette étagère, n’est-ce pas ?

En disant cela, Kei ouvrit le placard de la cuisine. Elle remarqua mon regard posé sur elle, et me demanda de l’attendre au salon. Je ne souhaitais pas la mettre en colère.

Karuizawa — C’est vrai.  J’allais t’en parler en entrant dans la chambre, mais t’es vraiment incroyable, hein ? 

C’est ce que j’entendis soudainement venir depuis la cuisine tandis que je prenais la télécommande.

Moi — Pourquoi tu me dis ça, tout d’un coup ?

Karuizawa — Avec ta note parfaite en maths, ce sera plus dur pour moi de dire à tout le monde qu’on sort ensemble…

En effet, le révéler à ce stade n’était pas spécialement une bonne idée.

Karuizawa — Je n’ose pas imaginer la tête de tout le monde si je leur annonçais, comme ça.

Moi — Alors on va continuer comme ça pendant un temps encore, hein ?

Karuizawa — Pas le choix… Autrement je vais passer pour la michto qui sort avec toi seulement car t’as percé.

Moi — C’est mal de sortir avec quelqu’un pour son statut ?

Karuizawa — Eh bien, je ne dis pas que c’est une mauvaise chose, mais…

Moi — Par exemple, sortir avec une fille qui est mignonne est bon pour la réputation d’un garçon, n’est-ce pas ? Ne soyons pas hypocrite, ça joue beaucoup dans le choix d’un partenaire.

Bien sûr, tous les goûts sont dans la nature et personne n’a la beauté absolue. Néanmoins, j’étais de plus en plus conscient qu’il existait bien certains standards.

Je l’avais un peu contredite sur l’argument du statut, mais il n’y avait pas eu de réponse de sa part. Je me disais qu’elle réfléchissait sûrement à comment argumenter, mais…

Karuizawa — Oh. Alors, je suis mignonne ?

Apparemment elle ne pensait pas à réfuter et semblait être restée sur la question de la beauté.

Moi — Alors pourquoi sortirais-je avec quelqu’un qui ne l’est pas ?

Kei, qui avait les lèvres pincées, laissa flotter son regard qui auparavant suivait le mien. L’eau chaude dans la casserole commença à bouillir.

Il n’y a pas que l’apparence qui rend quelqu’un charmant toutefois. Par exemple, sa personnalité, sa forme de corps, sa voix, sa gestuelle et la façon dont elle a été élevée… Divers facteurs entrent en ligne de compte lorsqu’il s’agit d’amour.

Karuizawa — Ah… Je pense aussi que tu es super beau, Kiyotaka.

Ce n’était même pas la question, mais Kei le dit et se retira dans la cuisine.

J’allumai la télé sans trop y prêter attention tout en écoutant le bruit de l’eau chaude versée dans une tasse.

Peu après, Kei revint avec un visage fier et posa une tasse de café sur la table. La boisson de Kei, qui était censée être du thé noir, s’était transformée en café au lait pour une raison inconnue.

Moi — Merci.

Karuizawa — De rien.

Nous étalâmes les manuels de première sur le bureau. Ainsi que des cahiers et des stylos, pour que la situation ait l’apparence de groupe d’étude. Nous pouvions désormais prétexter des révisions en cas d’imprévu, même si je préférais qu’il n’y ait pas de visite à l’improviste.

Depuis le moment où Kei était entrée dans ma chambre jusqu’à maintenant, tout était basé sur une stratégie pour contrer Amasawa.

Après cela, nous passâmes un moment à parler de tout et de rien. En commençant par notre journée et en revenant quelques jours en arrière, sur ce qui s’était passé dans nos vies. Qui nous avons rencontré pendant la Golden Week, et quel genre d’émissions de télé nous avions regardé tout en regardant des photos prises par Kei. Nous avons discuté ensemble de divers sujets, longs ou courts, parfois même en changeant immédiatement de sujet.

Nous semblions tous les deux perdre notre temps. Mais ce rendez-vous en intérieur n’était pas pour me déplaire. Un rendez-vous où Kei montrait différents visages, parfois souriant, parfois se mettant en colère contre moi et me montrant toutes sortes d’expressions.

Finalement, tous les sujets de conversation s’épuisaient, et notre discussion insouciante s’éteignit lentement, laissant place au silence. Ce changement d’atmosphère favorisa l’émergence de quelque chose chez nous deux. Je commençais à ressentir quelque chose, en effet.

Non, ce n’était pas seulement ressentir quelque chose… J’avais déjà connu cela.

Le sentiment de vouloir la toucher, de lui montrer de l’affection. Ce sentiment augmentait lentement en moi. Mais je ne dis rien.

Nos regards étaient fixés l’un sur l’autre comme si nous communiquions uniquement par les yeux.

Mais il n’était jamais facile de passer à l’étape supérieure. Bien qu’il puisse sembler que les deux parties sont d’accord, ce n’est pas nécessairement le cas. Il fallait envisager les conséquences des différentes suites. Si elle refusait, je ne pouvais pas garantir que j’allais garder mon calme.

Quand bien même….

Je cherchais le regard de Kei, qui essayait de fuir le mien.

Était-ce possible ?  Entre nous… Nos sentiments se heurtaient les uns les autres. Bientôt, comme si Kei avait renoncé à se défiler, elle cessa de regarder ailleurs. Plus le temps ralentissait, plus nous ressentions son passage…

Nous réduisîmes progressivement la distance entre nous, rapprochant nos joues l’une de l’autre. Nous avions atteint la distance où nous pouvions sentir le souffle de l’autre et la chaleur de nos peaux. Dans le souffle de Kei, je pouvais sentir l’odeur du café et du lait.

Dans deux secondes… non, une seconde, nos lèvres allaient se toucher…

— Ding Dong…

Cet instant fut gâché par la sonnerie. Je n’avais même pas eu le temps d’effleurer ses lèvres. Ma conscience, qui était sur le point de se dissoudre et de partir à la dérive me ramena lentement à la réalité.

Karuizawa — Oh… eh… la porte d’entrée ?

Les joues de Kei, qu’elle avait éloignées de moi à la hâte, étaient teintées de rouge vif, mais je n’eus pas le temps de les regarder.

Je décidai qu’il était utile d’aller voir qui me rendait visite et de connaître la raison.

Moi — Un instant.

Karuizawa — Mmph.

Kei hocha la tête, le visage un peu crispé. Suite à l’expérience précédente avec Amasawa, j’avais eu la présence d’esprit de mettre les chaussures de Kei dans le placard, donc au premier regard, on pouvait penser que j’étais seul dans la chambre.

Cependant, cette méthode n’était pas toujours efficace.

Le top était de répondre derrière la porte d’entrée. Mais si jamais la personne insistait pour rentrer, elle verrait que j’avais fermé à clé. La suspicion ainsi éveillée pouvait persister malgré le fait que j’aie rangé les chaussures et caché Kei.

Juste au cas où, j’allais ouvrir la porte avec l’entrebâilleur, comme prévu. Ainsi le meuble à chaussures n’était pas visible et je pouvais aussi gagner du temps pour trouver une excuse et se voir plus tard, ou carrément dans la chambre de l’autre personne.

Mais qui pouvait donc me rendre visite ? Horikita ?  Ou un des garçons ? Convaincu de cela, je regardai par le judas. La première chose dans mon champ de vision fut des cheveux roux.

— Senpai~ !

C’était une voix douce. C’est comme si elle savait que je regardais par le judas.

— C’est moi !

La voix qui traversait la porte semblait certaine que nous étions dans la pièce. C’était une fille souriante et habillée de vêtements ordinaires. Elle n’avait rien de particulier dans les mains et semblait avoir les mains vides. J’ouvris lentement la porte. C’était Ichika Amasawa, de la 2nde A, que je n’avais pas revue depuis la fin du mois d’avril.

C’était une visite inattendue car, littéralement, elle n’avait pas prévenu.

Je pensais qu’Amasawa allait garder une certaine distance avec moi maintenant qu’elle était dans la sauce concernant l’incident d’il y a quelques semaines. Pour rappel, elle avait subtilisé le couteau qu’elle m’avait fait acheter puis l’avait donné à Hôsen.

Cependant, Amasawa se présentait à nouveau devant moi, sans le moindre signe de pudeur.  Impossible… Pensait-elle que j’ignorais son implication ? Non, son implication était l’essence du plan de Hôsen, le couteau qu’il tenait ne trompait pas.

Moi — Que fais-tu ici ?

Amasawa — J’ai rencontré un de tes camarades qui rentrait alors j’ai pris l’ascenseur avec lui pour venir te faire une petite surprise.

L’interphone aurait permis de savoir qui venait, mais elle avait contourné cela en utilisant une autre personne pour entrer.

Moi — Et pourquoi es-tu venue ?

Amasawa — Je suis venue prendre des nouvelles de ta main.

Je me demandais si elle était pleinement consciente de sa propre implication dans l’incident avec Hôsen tant elle se comportait comme une personne parfaitement innocente.

Amasawa désigna l’entrebâilleur avec l’index de sa main droite.

Amasawa — Tu peux enlever ça ?

En riant comme un petit diable, son regard inspecta l’endroit des chaussures derrière la porte d’entrée. Avait-elle regardé par hasard et deviné que quelqu’un était déjà à l’intérieur, ou…

Moi — Il est déjà tard, alors pourquoi ne pas remettre cette visite à demain ? Ce serait un problème si j’incitais les jeunes filles à venir dans la chambre de leurs aînés sans raison valable.

Si elle n’était vraiment venue que pour prendre des nouvelles de ma main, elle n’aurait eu aucun inconvénient à repasser un autre moment. Cependant, Amasawa ne bougea pas.

Elle porta sa main gauche à ses lèvres et fit un geste comme si elle réfléchissait.

Amasawa — On dirait que tu es libre en ce moment, alors tu peux me faire du riz ?

Amasawa changea de sujet pour détourner la conversation de ce sujet.

Amasawa — J’ai le droit d’exiger que tu le fasses. Tu n’as pas oublié que j’ai fait équipe avec Sudou-senpai, n’est-ce pas ?

Je m’attendais à cette demande. Ainsi j’avais déjà prévu une réponse.

Moi — Je suis désolé, mais je n’ai plus d’ingrédients pour le moment. Il n’y a rien dans le frigo avec quoi je puisse cuisiner.

Amasawa — Ah bon ? Hé bien à l’avenir il faudra être plus prévoyant et faire des réserves de nourriture au cas où…

Amasawa se plaignait, alors que son visage montrait clairement qu’elle n’était pas du tout surprise par cette réponse.

Moi — Si tu veux absolument faire ça aujourd’hui, peux-tu attendre un instant que je me prépare à sortir pour que nous allions en acheter ?

Le rendez-vous avec Kei était terminé de toute façon, mais je ne voulais pas agrandir les choses. Je ne voulais pas qu’elle sache que Kei venait me voir régulièrement.

Amasawa — Oh, tu n’as pas les ingrédients. Comme c’est dommage…

Amasawa se mit à rire de façon diabolique.

Amasawa — Ne referme pas la porte, ok ?

En disant cela, Amasawa disparut de ma vue. Elle ramassa avec sa main gauche un sac en plastique qui semblait avoir été posé sur le sol du couloir, et me le fit passer par l’entrebâillement de la porte.

En regardant par le judas, j’avais regardé si elle était venue les mains vides. Mais le sac avait été placé près de son pied, de sorte à ce que je ne puisse pas le voir. C’est donc qu’elle avait songé même à ce détail. Elle avait tout prévu, il m’était impossible de me défiler. L’excuse du manque de nourriture tombait à l’eau en raison du sac de riz qu’elle a apporté.

Je savais qu’elle était très intelligente, mais cela dépassait mes espérances.

Amasawa — Maintenant que tu es coincé, n’est-ce pas le moment d’avouer tes mensonges ?

J’aurais pu mentir en disant que je n’étais pas d’humeur aujourd’hui. Mais avec elle c’était inutile, puisqu’elle savait pour Kei et moi.

Je restais toutefois persuadé qu’avec un élève lambda, mes excuses étaient parfaites.

Amasawa — As-tu menti parce que tu ne voulais pas que j’entre dans ta chambre ?

En moins d’une seconde, elle m’avait encore coupé toute voie de retraite. Si elle savait pour Kei et moi, alors sa petite visite à cet instant était tout sauf une coïncidence.

Amasawa — Est-ce parce que Kei est ici ?

Moi — Pourquoi cette question ?

Après tout, la visite de Kei dans ma chambre aujourd’hui était un indice. Amasawa l’avait probablement vue quand elle venait à ma chambre.

Amasawa — Je l’ai vue venir. Et cela fait un moment qu’elle n’a pas quitté le dortoir.

Amasawa exposa les faits en appui à sa théorie. Après avoir secrètement confirmé que Kei était entrée dans la chambre, elle était probablement allée acheter le sac de riz pour la suite des opérations. Elle semblait avoir mis en place tout un plan destiné à faire tomber chacun mes mensonges.

Amasawa — Tu n’aurais pas caché ses chaussures dans le but de dissimuler sa présence ?

Moi — Je n’ai encore parlé à personne de notre relation. Je l’ai cachée aux autres élèves juste au cas où.

Amasawa — Oh, tu vas finalement l’avouer ? Eh bien, je ne sais pas pourquoi tu veux le cacher, mais je le sais déjà, donc tu n’avais pas besoin de me mentir à ce sujet, n’est-ce pas ?

Apparemment, elle était déçue du fait que j’essayais de le lui cacher et son visage afficha une certaine déception.

Moi — Pour l’instant, j’ai gardé le secret pour de bonnes raisons, mais… je me demande si je ne vais pas bientôt le révéler.

Amasawa cherchait peut-être à savoir pourquoi nous n’avions pas officialisé, histoire de voir à quel point elle pouvait me tenir en laisse. Autrement dit, cette conversation prenait la forme d’une négociation. Si je ne coopérais pas, il y avait un risque qu’Amasawa dévoile tout. Et je ne pouvais pas la laisser faire.

Toutefois, je devais me rendre à l’évidence : là, sur le moment, nous n’avions d’autre choix que de nous avouer vaincus et de tout lui dire.

Moi — Attends une minute. Je vais enlever le verrou.

Amasawa — Ok.

Répondit-elle docilement. Après avoir fermé la porte, je jetai un regard vers Kei qui était dans ma chambre et son visage affichait de l’anxiété. Toutes mes stratégies ayant été déjouées, je n’avais pas d’autre choix que d’accepter la défaite. J’enlevai l’entrebâilleur et accueillis Amasawa.

Amasawa sourit à Kei, dont le visage était visible depuis la porte d’entrée, car elle était dans la ligne de mire. Dans un même temps, Kei s’était levée et on aurait dit qu’elle était sur le point d’écraser un ver.

Amasawa — Ce n’est pas bien, vous savez. Un jeune garçon et une jeune fille qui restent seuls dans une pièce fermée.

Dit Amasawa, toujours offensive, en enlevant ses chaussures.

Moi — Ce n’est pas comme si c’était interdit, on n’est pas les seuls.

Amasawa — Eh bien, c’est vrai. Mais il était évident que quelque chose était en train de se passer là, non ?

Je voulais lui démontrer que notre relation était saine, mais il y a juste un moment nous étions sur le point de nous embrasser et de nous laisser emporter par l’atmosphère de la pièce, donc au final je ne pouvais pas lui donner tort.

Depuis son entrée dans le salon, elle avait gardé un œil sur le lit.

Amasawa — Vos vêtements ne sont pas froissés. Le lit ne semble pas avoir été défait, et il semble que rien ne s’est passé.

Karuizawa — Bien sûr ! On a une relation pure !

Avec l’apparition d’Amasawa, Kei qui rougissait au début était maintenant en proie à la colère avec une pointe d’impatience. Elle avait compris que si nous froissions Amasawa, notre relation serait révélée au grand jour.

Amasawa — Je pensais que vous vous étiez laissés aller à quelque chose de moins sage.

C’était une conversation quelque peu décousue, mais Amasawa s’avançait dans la pièce tout en parlant. D’ailleurs, pas à moi, mais à Kei. Sa voix s’étouffa involontairement, et Kei rougissait. Son visage montrait de la colère suite aux insinuations d’Amasawa qui donna d’ailleurs l’impression d’avoir inspecté minutieusement la pièce.

Elle essayait probablement de faire parler Kei après avoir compris qu’elle ne trouverait rien de suspect dans la pièce. Je ne pouvais pas imposer un fardeau supplémentaire à Kei, alors je décidai de l’interrompre.

Moi — Les rapports sexuels sont interdits par le règlement de l’école.

Le but était d’essayer de calmer le cœur de Kei, perturbé, en essayant de répondre calmement. Cependant, Amasawa ne montra aucun signe d’hésitation même après avoir reçu ces mots de ma part.

Amasawa — Les règles de l’école ne sont-elles pas juste décoratives ? Il y a des couples à l’école qui flirtent tous les jours. Je suis allée dans une supérette tout à l’heure et j’ai acheté des pilules contraceptives. Quand j’ai payé, la caissière l’a vu mais n’a pas fait le moindre commentaire. Eh bien, si un jeune couple finissait par se laisser aller à la débauche… ça ne serait pas un problème si une jeune fille finissait enceinte ?

Ce faisant, Amasawa sortit les pilules contraceptives de sa manche et les posa sur la table. Elle les avait réellement achetées et nous le prouvait. Il était certain que si ce genre de produit était disponible sur le campus, certaines élèves pouvaient les utiliser pour avoir des rapports sexuels sans que cela ne conduise à une grossesse.

Le règlement de l’école l’interdisait mais comme les produits étaient disponibles, elle laissait les élèves faire ce qu’elles voulaient dans la mesure où cela restait discret.

Kei était complètement estomaquée et Amasawa et moi regardions les pilules le regard dans le vide

Amasawa — C’est un cadeau de ma part… Mais dans ce cas, je vais m’excuser, je suppose…

Moi — Je ne me souviens pas avoir demandé des excuses.

Amasawa — Encore une fois. Je suis sûre que tu sais que je suis impliquée dans ta blessure, n’est-ce pas ? J’ai coopéré avec Kazuomi-kun.

Elle avouait ouvertement, sans aucune crainte. Sans même que je n’aie à exercer de pression.

Karuizawa — Oh, c’est vrai ?

Kei, qui écoutait l’histoire, laissait voir une certaine perplexité. J’aurais aimé qu’elle s’abstienne de faire des remarques inutiles.

En effet, elle transmettrait des informations à Amasawa, comme par exemple la mesure dans laquelle j’ai parlé de tout ça autour de moi.

Amasawa — Ayanokôji-senpai, je pense que tu m’as mal comprise.

Moi — C’est-à-dire ?

Amasawa — Je veux dire, je ne suis pas ton ennemie.

Moi — Ce n’est pas que j’ai de l’hostilité à ton égard ou quoi que ce soit. Mais ça sonne assez faux.

Amasawa — Ah ? Parce que je me suis entendue avec Kazuomi-kun ?

Si Amasawa n’avait pas été dans le coup, les évènements auraient été totalement différents. Tout d’abord, Hôsen aurait été obligé de mettre en place une tout autre stratégie et n’aurait pas pu mettre en place un coup pareil contre moi. Je ne dis pas qu’il n’aurait pas imaginé quelque chose de totalement loufoque mais en tout cas ça aurait été différent.

Amasawa — Je pense pouvoir deviner ce à quoi tu penses en ce moment. J’ai donné quelques idées à Kazuomi-kun pour augmenter ses chances de te faire expulser. Cependant, je ne suis pas ton ennemie. Je sais toutefois que ça paraît difficile à croire, que tu dois être un peu déçu de moi…

Moi — Je n’ai jamais dit ça. Je t’ai bien analysée.  

Amasawa — Vraiment ?

Kei était abasourdie, mais en entendant la conversation entre Amasawa et moi, elle retrouva un peu de son sang-froid.

Karuizawa — Hé, une minute. Quelqu’un a essayé de forcer Kiyotaka à abandonner ? Qu’est-ce que tu veux dire ?

Si elle était au courant pour ma blessure, je n’étais rentré dans les détails de l’histoire avec personne.

Amasawa — Heeeeee~

En voyant Kei aussi paniquée, Amasawa sourit avec intérêt.

Amasawa — Ayanokôji-senpai, pourquoi ne lui as-tu pas dit ? Alors, qu’en est-il de la récompense de 20 millions de points privés ?

Karuizawa — Quoi… Quoi ? 20 millions ?

Amasawa — J’étais sûre qu’il t’avait déjà tout dit depuis que j’ai découvert votre relation. Je pense que c’est une bonne idée de demander les détails à ton petit ami plus tard. N’est-ce pas senpai ?

Puisque cela a déjà été révélé, je n’avais d’autre choix que de donner les détails de l’incident.

Amasawa — Kazuomi-kun et moi avons essayé d’utiliser un couteau pour forcer Ayanokôji-senpai à quitter ce lycée. Senpai a remarqué que c’était celui que nous avions acheté ensemble, n’est-ce pas ?

Avec tout ce qu’Amasawa venait de dire, je réalisai quelque chose.

Moi — Je n’ai vu ces ustensiles de cuisine pour la première fois qu’ici, dans cette école. Cependant, tu n’as pas hésité une seule seconde avant de les choisir. De plus, après vérification auprès du vendeur, j’ai découvert que quelqu’un d’autre avait essayé d’acheter le même couteau. C’est pourquoi j’ai pu empêcher Kazuomi de se blesser en le laissant me blesser à la place, n’est-ce pas ?

Si j’avais pu arriver à cette conclusion, c’est parce qu’Amasawa m’avait laissé quelques « indices ». Des « indices » qui auraient pu être faciles à dissimuler, mais ça n’avait pas été fait. J’ai intentionnellement laissé Hôsen me blesser car j’avais tout compris, mais j’avais tout compris car Amasawa m’avait peut-être tendu une perche.

Moi — C’était très, très gentil de ta part.

Amasawa — Je pensais juste que ce serait une honte pour toi d’être expulsé de l’école sans raison apparente.

Je me demandais s’il était normal qu’une élève de seconde soit aussi intelligente. Ou c’était juste Ichika Amasawa ?

Si elle m’avait avoué être l’élève issu de la White Room, j’aurais été prêt à y croire. Mais en pensant à tout ce qu’elle venait de me dire, ça aurait pu sonner comme un aveu. Or, quel aurait été l’intérêt pour elle de nous dévoiler son identité maintenant ? Peut-être était-elle plutôt comme Sakayanagi, le genre à avoir développé ses talents ailleurs que dans la White Room ?

Quoi qu’il en soit, je décidai d’augmenter ma prudence à l’égard d’Amasawa.

Amasawa — Oh, j’ai soif. Je prendrais bien un café !

Amasawa réclama une boisson d’une voix chevrotante, presque comme si elle suppliait.

En entendant cela, et au vu de l’attitude qu’elle avait eue à son égard, le visage de Kei afficha ouvertement du dégoût à l’endroit d’Amasawa.

Moi — Peux-tu faire du café pour Amasawa ?

Karuizawa — Eh, pourquoi ?!

Moi — Si tu ne veux pas, je peux le faire. Mais dans ce cas, il te faudra lui tenir compagnie pendant ce temps, s’il te plaît.

Karuizawa — Bon, ok.

Il lui fallait choisir entre le rôle qui consistait à divertir l’invitée et celui qui consistait à préparer le café. Il semble qu’elle ait choisi le second.

 Alors que Kei se dirigeait vers la cuisine, Amasawa parla comme si elle passait commande.

Amasawa — Je voudrais du sucre et du lait, aussi.

Karuizawa — Oui, oui !

Amasawa donna d’autres instructions à Kei, qui les accepta avec une moue furieuse sur les joues.

Moi — Évite de cracher dedans ou de mettre de l’eau usée pour te venger, ok ?

Karuizawa — Promis !

Amasawa souriait joyeusement en continuant de lancer des piques à Kei, que ses remarques rendaient furieuses. Un vrai petit diable… Non, un diable tout court, sans le préfixe « petit ».

Il ne restait que nous deux dans la pièce, après que Kei soit allée à la cuisine pour préparer le café. Amasawa regarda les manuels et les cahiers posés sur la table.

Amasawa — Décidément, vous n’êtes pas crédibles avec vos bouquins comme ça là !  

Moi — En même temps tu sais tout toi, forcément…

Une personne lambda qui ne savait rien à notre situation n’aurait pas forcément vu quelque chose d’anormal.

Amasawa — Voyons voir, quelles conventions ont été adoptées par la conférence générale de l’UNESCO en 1972 ?

Amasawa regarda le questionnaire, s’empara d’un porte-mine de la main gauche et écrivit proprement « Traité du patrimoine mondial » sur le cahier vierge.

Amasawa — Bonne réponse~

Amasawa fit elle-même la correction et s’applaudit.

Karuizawa — Hé, n’écris rien dans mon cahier sans ma permission !

Kei, qui s’inquiétait de la situation, regarda Amasawa et l’avertit, elle qui avait écrit dans son cahier sans permission.

Amasawa — Ce n’est pas grave ? Je ne faisais que t’aider un peu.

Karuizawa — Si, ça l’est !

Kei, en colère, se retira dans la cuisine. Amasawa s’approcha pour me chuchoter à l’oreille.

Amasawa — Je crois que la petite amie de senpai… est un peu en colère.

Ce qui aurait créé un énorme problème si Kei l’avait vue. Heureusement, il n’en fut rien, et Kei revint avec le café dans la tasse sans cacher sa mauvaise humeur. Elle le servit avec du sucre et du lait.

Karuizawa — Voilà !

Amasawa — Merci beaucoup, Karuizawa-senpai~

Dit Amasawa en souriant.

Mais au lieu d’essayer de boire le café que Kei avait préparé, elle se leva.

Amasawa — Eh bien, il semble que j’aie déjà présenté des excuses, alors je pense qu’il est temps de rentrer chez moi. N’hésite pas à utiliser les ingrédients que j’ai achetés.

Une fois son objectif atteint, Amasawa nous tourna le dos.

Karuizawa — Quoi ? Tu vas même pas boire le café ?! Celui que tu m’as demandé de préparer ?!

Amasawa — Si je te demandais si tu voulais que je reste ou que je parte, quelle serait ta réponse ?

Karuizawa — …Eh bien, c’est… Je te retiens pas !  

Amasawa — N’est-ce pas ? C’est pourquoi je pars.

Elle affichait ainsi qu’elle avait fait préparer du café à Kei uniquement dans le but de l’énerver. Je m’en doutais. Elle se leva rapidement et s’éloigna, laissant un léger vent dans son sillage.  Quand Amasawa fut partie, le silence s’empara à nouveau des lieux. Cependant, l’atmosphère douce qui régnait avant cette visite avait laissé place à une ambiance lourde.

Karuizawa — Kiyotaka, c’est qui celle-là au juste ?!

Moi — J’aimerais bien le savoir moi aussi.

Karuizawa — …Je suis vraiment en colère là !

C’était terminé et je sentais qu’il était inutile de poursuivre cette conversation sur Amasawa. Alors, j’essayai de changer de sujet.

Karuizawa — Explique-moi à quoi correspondent ces 20 millions de points privés comme récompense ? Quel est le lien avec ta blessure à la main gauche ?

Je n’avais pas l’intention de lui cacher quoi que ce soit, sincèrement. Je ne voulais juste pas gaspiller ce précieux temps que nous pouvions passer ensemble pour une chose aussi insignifiante.

Mais je n’étais même pas capable de dire ça.

Ainsi donc, je décidai de raconter tout l’incident à Kei.


[1] Ayanokôji démarre une analyse du langage corporel et des expressions faciales. Ici, un mouvement de retrait, donc de fuite, aurait trahi une gêne chez Nagumo. Un seul élément n’est pas suffisant pour conclure car il faut une accumulation pour être sûr si une personne ment. Voir la série « Lie to me » bien mieux que « The Mentalist ».

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Traduction de mangas/novels.