CLASSROOM Y2 V11 Épilogue

Défi

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Traduction : Sacha / Erwan
Correction : Raitei
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Le camp de découverte, qui avait profondément changé nos relations sociales, touchait à sa fin. Ainsi, notre vie scolaire quotidienne reprit son cours. Récemment, j’avais pris l’habitude de voir Kei tous les matins, que ce soit dans ma chambre ou dans le hall dans l’optique d’aller en cours ensemble. Mais aujourd’hui, c’était différent. J’étais parti de chez moi environ 20 minutes plus tôt que d’habitude. Je sortis de l’ascenseur et quittai le bâtiment.

Il faisait anormalement froid aujourd’hui, peut-être à cause du vent qui soufflait. Février touchait à sa fin et le mois prochain allait être plus chargé que jamais. D’abord, j’allais devoir régler le problème concernant Karuizawa Kei, mais il n’était pas nécessaire de faire quoi que ce soit. Je devais continuer le processus mis en place. Le problème suivant qui s’était imposé était Ichinose Honami. La leader de la classe D éprouvait des difficultés à se mettre au niveau des trois autres et ma prédiction s’avéra : la classe D était en déclin alors que l’année de première arrivait à son terme.

Toutefois, contrairement à Kei, quelques ajustements pouvaient être nécessaires. Je comptais prendre ma décision après les résultats de l’examen de fin d’année, car peu importait à quel point Ichinose pouvait se développer, il n’y allait pas avoir de changements majeurs. Mais un imprévu était survenu, me forçant à changer un peu mes plans. Il y allait avoir quelques conséquences négatives, mais c’était pour le mieux. Au moment où je pénétrai l’enceinte de l’école, je m’arrêtai.

Moi — Tu es en avance.

Dans mon champ de vision, je vis la personne avec qui j’avais rendez-vous. Il restait encore un peu de temps avant l’heure prévue, mais elle m’attendait déjà. Ne m’ayant pas remarqué, elle expirait des sortes de nuages blancs, comme si elle avait froid. Ensuite, son regard croisa le mien.

— Bonjour, Ayanokôji-kun.

Alors que je m’approchais, elle me salua.

Moi — Salut. Désolé de t’avoir appelée si tôt.

Horikita — Je n’y vois aucun inconvénient. De quoi voulais-tu me parler au juste ? Quelque chose que tu ne peux pas dire au téléphone ?

En tant que camarades de classe, nous connaissions mutuellement nos informations de contact. Normalement, on aurait pu communiquer en utilisant nos portables. Elle se demandait pourquoi je n’avais pas fait cela.

Moi — D’une certaine manière, peut-être.

Horikita se rangea à mes côtés. Nous commençâmes à marcher côte à côte.

Horikita — Comment ça ? C’est inquiétant de le dire comme ça.

Moi — Il n’y a rien qui justifie ces craintes.

Horikita — Vraiment ?

Elle me regarda avec des doutes pleins les yeux, mais sans reproche. C’était naturel au vu de notre relation amicale. On pouvait même y voir une certaine tendresse.

Moi — J’évoque souvent avec toi les examens spéciaux ou les problèmes concernant la classe, mais parfois, j’ai envie de parler avec toi de choses qui n’ont rien à voir avec tout ça.

Horikita — Hein ? Désolée, mais je ne comprends pas. Que veux-tu dire ?

C’était fort regrettable. J’aurais voulu être plus direct de base, mais j’y avais renoncé, de peur de la troubler.

Moi — J’avais envie d’avoir une simple conversation avec toi. Il ne doit pas forcément y avoir un intérêt, non ? Est-ce que ça fait sens maintenant ?

Horikita — Heu, oui ?

Elle sembla pendant un moment dans ses pensées. Mais elle était toujours perdue.

Moi — Nous sommes camarades de classe depuis un bon bout de temps déjà, mais ce n’est pas comme si cela allait durer indéfiniment.

Horikita — Indéfiniment, est une exagération évidente. Mais nous avons encore du temps avant la remise des diplômes, non ? Nous n’avons pas besoin de prévoir de rendez-vous de ce genre. Nous pouvons tout le temps nous parler.

Moi — Et si l’un d’entre nous était expulsé avant la fin de l’année ?

Horikita — C’est très peu probable quand même. Mais vu ta fébrilité en culture générale, sait-on jamais.

Après avoir formulé une réponse tout à fait sérieuse, elle rigola un peu.

Horikita — Es-tu vraiment inquiet d’être expulsé ? C’est pour cela que tu voulais me parler si tôt dans la matinée ?

Moi — Le dernier examen spécial fut une sorte de traumatisme pour moi.

Horikita — Alors pourquoi n’essayes-tu pas de mémoriser les questions ? C’est dans tes cordes pourtant.

Elle me montrait que j’avais connaissance de mes points faibles.

Moi — Peux-tu mémoriser les termes propres aux jeux vidéo et aux animes aussi rapidement que pour les autres sujets ?

Horikita — Hein… ? Je me le demande bien. Quand Onizuka avait essayé de me pousser à jouer à un jeu vidéo auparavant, il me parlait de « DP » quelque chose ou « DEF » machin. J’ai également eu droit à « Cooldown », mais mon cerveau refuse de se souvenir du sens de tout ça.

Moi — C’est pareil pour moi. Je n’ai aucune envie de m’en rappeler.

Je voulais retenir le plus d’informations possible, mais j’avais des préférences.

Horikita — Ne t’inquiète pas. Du point de vue de la classe, ton existence est essentielle. Même si tu butes sur certaines questions, je serai toujours là derrière toi. Autrement dit, tu ne seras pas expulsé.

Horikita mit les choses au clair.

Moi — C’est rassurant.

Je tapotai doucement l’épaule de Horikita de la main gauche. Elle prenait cette conversation très au sérieux.

Horikita — Tu t’inquiètes vraiment pour ton expulsion ? Cela ne semble pas être le cas. Dis-moi, quel est le vrai problème ?

Moi — En fait, je m’inquiète surtout pour ton éventuelle expulsion.

Horikita — Cela est plus probable en effet.

Elle se montra un peu ennuyée, mais elle revint rapidement à la normale.

Moi — Le dernier examen s’est terminé par l’expulsion de Kamuro. Toutefois, il pourrait y en avoir plus la prochaine fois.

Horikita — Tu t’attends à de nouvelles expulsions ?

Moi — Ouais. Au moins une personne de notre promotion. En fonction du déroulement de l’examen et de son contenu, il pourrait même y en avoir plus.

Horikita — …Autant ?

Moi — C’est mieux de raisonner ainsi. L’école a bien dit que nous n’avions que très peu d’expulsions au sein de notre promotion.

Horikita — Ce serait tout de même un peu extrême de forcer une expulsion sous prétexte que notre promotion serait plus solide que celles des autres.

Elle n’avait pas tort. Mais parfois, un forcing était nécessaire.

Moi — Cela dépend comment on nous perçoit de l’extérieur. Le gouvernement est impliqué dans l’école. S’il y a par un exemple un objectif de dix expulsions par an, alors on ne respecte pas le quota. Il serait idéal que notre promo soit considérée comme exceptionnelle, mais on ne sait pas à quel point les gens d’en haut nous considèrent. Nous ne sommes que des chiffres, après tout.

Horikita — Être strict pour être en accord avec la politique gouvernementale ?

Moi — L’année dernière, parce qu’il n’y avait pas eu d’expulsions, l’école a dû forcer la chose. Je ne serais pas étonné de voir des expulsions bientôt.

Le conseil de senpai que j’avais reçu pendant les vacances d’hiver n’était peut-être pas que pour l’examen de survie et d’élimination. Après, les terminale ne pouvaient pas non plus savoir ce qui nous attendait.

Horikita — Tu ne réfléchirais pas un peu trop ?

Moi — Bien sûr, ce n’est qu’une hypothèse. C’est juste un pressentiment qui résulte de ce que j’ai pu observer jusqu’à maintenant. Rien de concret.

Horikita — Je m’en réjouis. J’aimerais bien te voir travailler dur également.

Elle dit cela en plaisantant à moitié. Ma réponse était déjà décidée.

Moi — Si une telle situation se produisait à la fin de l’année, et que je peux apporter mon aide, alors je coopérerai autant que possible.

Horikita — C’est une réponse très inhabituelle de ta part. Entre le camp d’entraînement et maintenant, tu as été même trop coopératif dernièrement. Tu nous as bien aidées pour Amasawa-san. Tu y as même pris du plaisir.

Moi — J’ai beaucoup délégué aux autres jusqu’à présent. Je dois prêter main-forte, même si ce n’est qu’un petit peu.

Horikita — C’est une raison louable, mais…  Cela ne te ressemble pas.

Moi — Je me le demande. Il y a peut-être un piège.

Horikita — J’espère que ce n’est pas le cas.

Nos yeux se croisèrent. Nous pensions probablement à la même chose.

Horikita — Ahah, tu m’avais invitée pour discuter, mais finalement, on se retrouve à parler de l’examen.

Moi — Oui. Aucun intérêt à t’appeler si c’est pour ça. Passons à autre chose.

Grace à cela, j’avais mis fin à ce sujet de discussion.

Moi — Kushida me l’a dit. C’était un beau combat, mais vous avez perdu.

Horikita — Elle est vraiment forte, hein ? Même à deux contre un, nous n’avons pas réussi à décrocher la victoire.

Amasawa avait été frappée plusieurs fois. Elle fut ensuite capable de les analyser.

Moi — Tu devrais pouvoir faire mieux la prochaine fois.

Horikita — En deux contre un ?

Moi — L’idée ne te plaît pas ?

Horikita — Oui. Ibuki-san a dit qu’elle ne comptait plus coopérer avec moi.

Moi — Ça ira. Elle oublie vite.

Horikita se mit à rire.

Horikita — Amasawa-san a remarqué ton influence d’amblée après le début du combat. Elle semblait très heureuse. Quelle relation entretiens-tu avec elle ?

Moi — C’est mon ex.

Horikita — Tu es sérieux ? Ou c’est une blague de mauvais goût ?

Moi — Juste une blague de mauvais goût.

Horikita — Alors ce n’est pas du tout drôle.

Elle me répondit sèchement.

Horikita — Un jour, j’aimerai entendre la vérité de ta bouche, Ayanokôji-kun.

Moi — Je vais y réfléchir. Mais n’espè—

Horikita — Je n’espère rien !

Elle plissa les yeux et sourit. J’apprenais beaucoup avec elle, mais cette relation était sur la fin vu les difficultés qui l’attendaient à l’avenir. Mais pas de quoi s’inquiéter. Son développement interne et ses camarades seront d’une aide précieuse.

1

Remontons légèrement le temps, avant mon rendez-vous à l’école avec Horikita et le camp de découverte. C’était à ce moment que Hashimoto était venu dans ma chambre pour me demander de l’aide. Pourquoi Hashimoto a-t-il délibérément commis cet acte de trahison ? Pourquoi a-t-il pris cet énorme risque ?  Les circonstances furent expliquées en détail par la personne concernée.

Hashimoto — Avant que je ne te parle de la suite, il y a quelque chose que je dois d’ores et déjà confirmer avec toi.

Hashimoto devait avoir une détermination extraordinaire pour prendre une telle décision. Ce qu’il voulait confirmer, c’était le nombre d’informations que j’avais actuellement en ma possession. C’était un facteur important que cet homme ne pouvait pas ne pas prendre en compte.

Hashimoto — J’ai été tenté de trahir Ryuuen bien avant le dernier examen spécial. Il voulait carrément m’inviter dans sa classe.

C’était évident, mais Hashimoto n’avait aucun intérêt en tant qu’élève de la classe A d’aller chez Ryuuen. Le cas Katsuragi était particulier, car il avait perdu sa place et puis à ce moment-là, la classe A avait une position stable dans le classement.

Hashimoto — Je n’avais clairement pas pris une telle invitation au sérieux. Toutefois, juste après cela, j’ai entendu de Ryuuen que si je ne changeais pas de classe, je finirais par le regretter à la fin de l’année.

Moi — Regretter ? Est-ce parce que Ryuuen lui-même est confiant en sa victoire ?

Hashimoto — Il semblerait que même toi ne connaisses pas le contenu du pari entre Sakayanagi et Ryūen.

Moi — Un pari hein ? Je ne sais pas si cela est lié, mais j’avais entendu quelque chose de ce genre lors du dernier examen de l’île déserte. Malheureusement, je n’en connais pas les détails.

Après que je lui ai dit ce que je savais, Hashimoto claqua ses doigts, comme s’il acquiesçait qu’il s’agissait du sujet qu’il voulait confirmer à l’avance.

Hashimoto — Cool. C’est la raison pour laquelle je suis venu ici.

Acceptant que les points clés de nos histoires coïncident, Hashimoto leva légèrement les coins de sa bouche et sourit. Après cela, Hashimoto détailla le pari que les deux leaders avaient fait.

Hashimoto — Quand j’en avais entendu parler, j’ai d’abord cru à une blague, mais il s’avère que c’est on ne peut plus sérieux.

Moi — Je vois. Donc tu avais une raison de les trahir durant l’examen de survie et d’élimination.

Il était maintenant clair que ce n’était pas une décision prise sur un coup de tête.

Hashimoto — Il n’aurait pas été honteux de remettre en cause le pari en soi. Il est clair que Sakayanagi est désavantagée.

Moi — En effet. Toutefois, Sakayanagi ne déclinerait pas le pari simplement parce que ce n’est pas à son avantage.

Sakayanagi était comme Ryuuen, assurée de sa victoire ultime, et ce, sans l’ombre d’un doute.

Hashimoto — Tu penses que Sakayanagi a cédé au caprice de Ryuuen ou alors y a-t-il des conditions que l’on ne connait pas ?

Hashimoto, étant incapable de contrôler les émotions qui le submergeaient et s’inclina comme pour appuyer sa question.

Moi — Les deux sont possibles, mais les détails du pari finiront par être révélés. En considérant cela, ta dernière hypothèse est sans doute vraie. Elle a dû autoriser Ryuuen à accumuler des points privés.

Hashimoto — Nickel. En effet, ça nous laisse une bonne marge de manœuvre.

Moi — Qui a connaissance du pari, si ce n’est toi et quelques concernés ?

Hashimoto — Sauf mensonge de Ryuuen, personne. Il n’y a que toi et moi. Mais les deux autres seraient énervés à l’idée de perdre le pari à cause d’une fuite.

Cette hypothèse était sans doute correcte. Il serait préférable de rendre cela public après que tout soit confirmé. Le seul à qui Ryuuen a communiqué des informations est Hashimoto, mais cela devait être une prise de risque très importante. Cela a dû se faire à la fin de l’examen spécial sur l’île déserte de seconde.

Hashimoto — Ce jour a pris du temps à arriver.

Ayant dû conserver ce secret seul, Hashimoto s’inquiétait dans son coin.

Hashimoto — Que Ryuuen ou Sakayanagi ressorte vainqueur, je ne saurais le dire. Enfin… Je pense quand même que Sakayanagi pourrait gagner.

Hashimoto se corrigea immédiatement.

Hashimoto — Mais quand bien même, c’est du 55/45. Tout n’est pas joué.

J’étais d’accord.  Au-dessus de 3 chances sur 7, l’issue était difficilement prévisible.

Hashimoto — Je suis donc parti rechercher un facteur décisif. Et c’était…

Moi — Moi, je présume ?

Hashimoto — Si tu suivais Sakayanagi, j’aurais été prêt à tout donner pour ma classe. Voilà pourquoi je lui ai demandé de t’avoir comme allié.

Et elle avait refusé, d’où sa trahison. Même si cela fait sens, le cœur du problème restait encore flou. Oui, l’issue de leur duel était imprévisible et je comprenais la logique derrière son envie de me recruter, mais c’était quand même très imprudent.

Hashimoto — Je ferai gagner Ryuuen. Peu importe le contenu de l’examen de fin d’année, je l’aiderai comme il faut. Et si je me rate, c’est la fin pour moi.

Sakayanagi était méfiante envers Hashimoto et ne voulait pas lui donner d’informations. Mais si sa trahison était confirmée alors cela deviendrait un handicap. Hashimoto pourrait alors saboter les examens et avoir zéro.

Hashimoto — Si Sakayanagi avait suivi mes instructions, que ce soit avant ou après ma trahison lors du dernier examen spécial, j’aurais trahi Ryuuen et me serais tenu à ses côtés à la fin de l’année.

Il parla avec une détermination sans faille, mais je n’étais pas sûr de la véracité de l’intégralité de son propos. À l’heure actuelle, la seule chose dont je pouvais être sûr était que tout ce qu’il a dit jusqu’à présent était ambigu.

Moi — Il n’y a pas de problème à ce que tu veuilles faire gagner Ryuuen, mais lui as-tu proposé la même chose qu’à Sakayanagi ?

Hashimoto — Tu fais référence au fait de te recruter ? Oui, c’est évident. Sa réponse était la même que Sakayanagi à une condition près : si j’arrivais à saboter Sakayanagi lors de l’examen de fin d’année, il nous recruterait tous les deux.

Ryuuen a dit ça ?  En considérant les faits passés, il était pareil que Sakayanagi, pas le genre de personne qui essayerait de gagner en me recrutant. Et il faudrait le total colossal de 40M de pp pour nous avoir. Ryuuen a-t-il menti de manière aussi éhontée ? Non. Impossible… Hashimoto ne me disait pas toute la vérité.

Si j’étais Hashimoto, je m’assurerais d’avoir un filet de sécurité pour ma trahison imprudente. Je n’aurais pas décidé de baser ma trahison sur la seule possibilité qu’Ayanokôji Kiyotaka puisse rejoindre la classe que j’avais en tête.

Cela serait étrange si la récompense pour avoir trahi Sakayanagi n’était pas énorme. Le contrat pour transférer vingt millions de points – Ce ferait sens. S’il aidait à défaire Sakayanagi lors de l’examen de fin d’année, il aurait obtenu ce privilège de Ryuuen. Cela rendrait le challenge rentable, et ce malgré le coût de la trahison.

Même si Ryuuen ne pouvait pas préparer une telle somme en amont, il pouvait collecter les points privés attribués à ses camarades tous les mois, ce qui était suffisant d’ici la remise des diplômes. Au final, Hashimoto n’était impacté ni par l’issu de l’examen ni par mon transfert. Tant qu’il avait le privilège d’être en classe A, cela était une victoire pour Hashimoto. Tout cela était pour lui. C’était la réponse qu’il avait choisie en se basant sur tous les scénarios envisagés.

En trahissant la classe lors du dernier examen spécial, Hashimoto allait s’assurer des vraies intentions de Sakayanagi.

Si elle décidait de m’accepter au sein de sa classe, la chose aurait été simple. Si elle collectait les points de chacun de ses camarades, il était presque certain qu’elle aurait pu obtenir 20M de pp assez aisément. Si j’acceptais le changement de classe, Hashimoto aurait choisi de se battre à nos côtés, avec Sakayanagi et moi comme leaders.

Si elle refusait, il pouvait s’arranger en secret avec Ryuuen et gagner 20M de pp. Cependant, bien qu’il reste toujours en classe A dans cette configuration, il ne pouvait éviter les retombées de sa trahison. Non seulement cela fait de Sakayanagi une ennemie en interne, mais il prenait le risque d’être pris pour cible par une tierce personne. La raison pour laquelle il m’avait approché et m’avait communiqué les détails de sa trahison… C’était pour sa propre personne.

Moi — Qu’est-ce que tu attends de moi ?

Hashimoto se mit à sourire nerveusement.

2

Avec la fin du camp de découverte, le temps s’écoulait doucement, mais sûrement. Sakayanagi patientait en silence l’arrivée de quelqu’un en étant assise sur le canapé de la salle de consultation pour les carrières. À côté d’elle se tenait debout son professeur principal, M. Mashima, les bras croisés à cause de la confusion.

M. Mashima — De quoi comptes-tu parler ? Et avec qui ?

Mashima, qui avait été demandé ici sans qu’on ne lui dise quoi que ce soit, la regarda d’un air perplexe. Bien qu’il ne comprît pas la situation, il pouvait définitivement sentir quelque chose d’inhabituel.

Sakayanagi — Vous semblez agité, Mashima-sensei. Ne vous inquiétez pas, vous comprendrez bientôt.

M. Mashima — Mais…

Plus de dix minutes s’étaient écoulées depuis leur arrivée dans la pièce.

Sakayanagi — Le voilà.

Elle le sentit directement. Au moment où une main fût placée sur la poignée de la porte, elle savait qu’un homme allait apparaître.

Sakayanagi — Tu as cinq minutes de retard, Ryuuen-kun.

Ryuuen — La star du show fait toujours une entrée tardive.

Celui qui avait ouvert la porte de la salle de Conseil était Ryuuen Kakeru. Et derrière lui se tenait son professeur principal, M. Sakagami.

M. Sakagami — Que se passe-t-il ici, Mashima-sensei ?

M. Mashima — Et bien… J’essaye également de comprendre.

Les deux étaient aussi perplexes et se regardaient. Ryuuen s’assit en face du canapé sur lequel était assise Sakayanagi, et il écarta les jambes. Une situation étrange avait été créée. Deux élèves étaient assis tandis que les professeurs se tenaient debout.

Sakayanagi — Même si tu comptais tromper Hashimoto-kun, tu lui as fait faire quelque chose de très audacieux.

Quand Sakayanagi parla, Ryuuen répondit immédiatement.

Ryuuen — Il ne se sent pas en sécurité avec toi. Peut-on lui en vouloir ?

Sakayanagi — Certes, mais il a dû être tenté par les mots doux d’un affabulateur tel que toi, pourtant un adversaire désigné. Il prend les mensonges pour vérité et inversement. Ce n’est qu’une victime parmi tant d’autres.

La discussion entre eux commença, laissant les deux professeurs à l’écart.

Ryuuen — Tu sembles bien en forme pour quelqu’un qui a touché le fond.

Sakayanagi — J’ai en effet ressenti des émotions inédites. Mais si tu pensais que c’était la fin pour moi, je m’excuse de te décevoir.

Ryuuen — Heh, Ayanokôji a fait quelque chose de bien inutile.

Ryuuen mit naturellement en avant le fait qu’Ayanokôji avait approché Sakayanagi à la fin du camp. Après la réunion, Sakayanagi était redevenue elle-même. Un raisonnement complexe n’était pas nécessaire pour faire le lien.

Sakayanagi — Comme tu le dis, j’ai été sauvée par lui… par Ayanokôji-kun.

Faisant face frontalement au regard de Sakayanagi, Ryuuen ressentit son impact à même la peau. Un changement dans son regard, qui jusqu’à maintenant ne faisait que de prendre de haut les autres. Sakayanagi le ressentait aussi. L’homme devant elle était également convaincu qu’elle avait évolué par rapport à leur dernière rencontre.

Sakayanagi — Tu as donc toi aussi été sauvé par Ayanokôji-kun.

Ryuuen — Huh, ne me fais pas rire. On ne s’entendra jamais. Je ne me souviens pas avoir été sauvé par lui. J’ai même développé de la haine pour une revanche.

Il avait largement piétiné sa force, sa fierté ainsi que sa confiance absolue.

Sakayanagi — Je vois. La haine. C’est ce qui t’a conduit ici.

Ryuuen — Es-tu différente ?

En réponse à la question de Ryuuen, Sakayanagi sourit par inadvertance.

Ryuuen — Quelque chose te fait rire ?

Sakayanagi Je m’excuse si cela semblait impoli. J’étais simplement heureuse que tu aies reconnu la force d’Ayanokôji en venant ici.

Contrairement à sa furie à l’encontre de Hashimoto, qui n’était pas basée sur l’expérience personnelle, le Ryuuen qui se tenait face à elle avait directement expérimenté la cause de ses émotions. Elle pensait qu’il était qualifié. Non, Sakayanagi avait immédiatement révisé sa pensée. Ce n’était pas que ça.

Elle sentait un changement dans son interrupteur émotionnel au plus profond de son être, et ce, depuis l’incident avec Kamuro et Yamamura.

Ryuuen — Tu sous-entends que tu l’avais remarqué bien avant ?

Il était connu que Sakayanagi avait prêté attention à Ayanokôji dès le début. Mais Ryuuen ne savait pas où se fit leur premier contact, il essayait donc d’en savoir plus.

Sakayanagi — Oui. Tu as malheureusement seulement appris son existence dans cette école. Contrairement à moi qui le suis depuis ma tendre enfance.

Face à une telle attitude triomphante, Ryuuen s’arrêta de bouger.

Ryuuen — En voilà une déclaration intéressante. Tu connais son enfance ?

Sakayanagi — En effet. Je le considère comme une sorte d’ami d’enfance.

Après avoir entendu ces paroles, Mashima se souvint également de l’histoire que Sakayanagi lui avait contée. Et il n’y avait rien de plus rude que de les interrompre.

Ryuuen — J’avais perdu face à Ayanokôji. Je pensais que ce n’était pas grave tant que je gagnais à la fin, mais cet homme impitoyable a écrasé mon indomptable esprit. Ça m’avait vraiment épuisé.

Mais plus d’un an après, il voulait retourner sur le devant de la scène.

Sakayanagi — Bien que nos raisons soient différentes, il semblerait que nos objectifs convergent, Ryuuen-kun.  J’avais souhaité le combattre bien avant toi. Il ne nous reste qu’un an. J’ai besoin de renverser tous les obstacles d’ici là.

Ryuuen — Je suis parfaitement d’accord. J’en finirai rapidement avec toi avant de prendre ma revanche contre lui.

Sakayanagi, qui avait toujours regardé les autres avec ses yeux froids, sentait sans doute son cœur se réchauffer. Pas envers Ryuuen. Elle pensait à Ayanokôji, qui attendait au-delà. Ryuuen ressentait la même chose. Ses émotions explosaient à l’idée de battre Ayanokôji, juste après Sakayanagi.

Sakayanagi — Oublie ta revanche. Tu trébucheras juste avant de l’atteindre.

Ryuuen — Tu souhaites sans doute une confrontation sur le trône, mais désolé de te le dire, je ne compte pas laisser ton fantasme se réaliser.

Incapable de rester silencieux face à la situation qui s’envenimait, Mashima intervint.

Mashima — Jusque-là, nous vous écoutions, mais expliquez-vous.

Sakayanagi — Je m’excuse.

En réponse à Mashima, légèrement indigné, elle s’excusa et commença à parler.

Sakayanagi — Il serait préférable de ne point perdre de temps. Pourrions-nous en venir au point crucial ?

Ryuuen — Faisons ça.

Sakayanagi mit les deux professeurs l’un à côté de l’autre et les fit tourner dans sa direction. Devant Sakayanagi, debout avec sa canne, Ryuuen se leva également avant de se retourner face aux professeurs..

Sakayanagi — Nous sommes sur le point de faire un énorme pari. En temps normal, nous aurions fait une sorte de promesse verbale ou, si nous ne nous faisions pas confiance, nous aurions établi un contrat. Toutefois, à cause de la nature du contenu de ce pari, nous avons décidé qu’il serait plus sage que les deux professeurs en charge de nos classes respectives soient présents.

Mashima et Sakagami furent tendus.

M. Mashima — Qu’allez-vous décider entre vous ?

Sakayanagi annonça les détails du pari.

Sakayanagi — Pour l’examen de fin d’année, le perdant devra quitter l’école. C’est de cela que nous parlons.

M. Mashima — Le perdant partira… ? Comment ça ? Ni le contenu ni les règles de l’examen n’ont encore été annoncés. Nous ne savons même pas s’il y a un moyen d’expulser des élèves grâce à l’examen.

Confus, il répondit avec sévérité, expliquant qu’il n’y avait aucune garantie qu’une expulsion se fasse lors de l’examen.

Sakayanagi — Mashima-sensei, qu’avez-vous mal compris ? Seul le résultat de l’examen spécial importe. Et en fonction de ce dernier, le perdant partira de son plein gré. Voilà tout.

Ryuuen — Vous n’êtes témoins de cet échange que pour en garantir le bon déroulement. Ainsi, quoi que nous fassions, nous serons obligés de respecter les termes du contrat que ce soit elle ou moi.

Les deux partis avaient accepté les dangereuses conditions, acceptant l’expulsion en cas de défaite et rendant impossible leur retrait. En raison du pouvoir coercitif qu’impliquait le pari, la coopération de l’école était nécessaire. Mashima essaya de parler, mais aucun mot ne sortit de sa bouche.

M. Sakagami — Mais tu as un point de protection, il me semble ?

Comparé à Mashima, Sakagami était plus calme et mit des mots sur ses doutes.

Sakayanagi — Un point de protection relève du détail en cas de désistement volontaire. Pour l’équité, il a été décidé que nous demanderions des points privés additionnels pour compenser la différence que représente le point de protection, mais nous avons fixé le montant au minimum. Je ne veux pas non plus retirer tous les points privés de la classe de Ryuuen.

Ryuuen — C’est comme compter ses poulets avant qu’ils n’éclosent. Si l’on perd, pas besoin de calculer l’argent nécessaire.

Mashima comprit qu’il ne s’agissait pas d’une blague. Le contrat était quelque chose de sérieux. Il se redressa et adopta une expression sévère.

M. Mashima — Êtes-vous vraiment sûrs ? Si nous nous mettons d’accord, nous serons dans l’obligation de forcer votre expulsion. Vous deux occupez une position importante dans vos classes. Les conséquences seront lourdes.

Sakayanagi — Oui. Il sera pratiquement impossible de relever la classe qui subira une telle défaite. Elle ne fera que sombrer l’année prochaine.

Alors qu’elle prononça ces mots, Sakayanagi pensa de nouveau à Ayanokôji. Dès lors, la compétition entre les quatre classes qu’Ayanokôji idéalisait devint impossible. Même si Ayanokôji changeait de classe et orientait les résultats pour équilibrer les forces, en considérant la déchéance de la classe d’Ichinose, il n’y aura simplement plus assez de joueurs.

Sakayanagi — Ne compte pas sur un match nul pour rendre le pari caduc.

Ryuuen — Je ne reconnaitrai pas le match nul. Si cela se produit, nous pouvons décider par tirage au sort, comme tu l’as fait en abandonnant Kamuro.

Sakayanagi — Cela semble amusant. Voyons maintenant ce que le futur nous réserve.

Les deux partis avaient condamné toute possibilité de retraite même si dès le départ, le match nul n’avait même pas été envisagé. Cela ne pouvait être que la victoire ou la défaite. Une relation similaire aux deux faces d’une même pièce. Le pari était officiellement établi entre Sakayanagi et Ryuuen quand ils l’eurent tous les deux reconnu, et les deux professeurs principaux en étaient conscients. Le perdant disparaitra. L’examen de fin d’année avec comme enjeu une grande expulsion inévitable était sur le point de débuter.

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