CLASSROOM Y2 V11 Chapitre 5

L’observateur et l’observé

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Traduction : Erwan
Correction : Raitei
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En ce deuxième jour, nous commençâmes à 9h. Ceux à qui le leader avait ordonné la participation à beaucoup de matchs avaient une journée un peu plus chargée que les autres. Cependant, ce qu’ils avaient à faire n’était pas différent de la veille dans la mesure où ils n’avaient qu’à suivre les instructions. Ceux qui ne participaient pas étaient bien entendu libres de faire ce qu’ils voulaient. Parmi ceux-là, les bons éléments n’avaient qu’à apprendre un maximum de choses durant les ateliers pratiques tout en collectant les tampons de participation pour la carte à points.

Le sixième match s’articulait autour de la sculpture. C’était une activité à part entière où l’on pouvait utiliser des outils professionnels pour tailler une pierre, loin de ce que nous faisions en cours d’arts plastiques. C’était vraiment une expérience passionnante. Vu que je devais participer à tous les jeux, je n’avais malheureusement pas beaucoup de temps pour m’attarder sur les détails. Il y avait tellement de choses à pratiquer et à apprendre qu’une semaine ou deux aurait été l’idéal. Mais nous devions nous contenter de ces trois malheureux jours. J’étais perdu dans mes pensées alors que je regardais les pierres non taillées et les outils préparés. Les deux groupes qui allaient s’affronter ne s’intéressaient pas à ces œuvres brutes pourtant pleines de charme. Ils étaient occupés à discuter de tout et de rien.

Pour les élèves ordinaires, cette expérience n’est qu’un simple passage de leur vie scolaire parmi tant d’autres…

Au moins, cette atmosphère détendue limitait mon exposition, vu que j’enchainais tous les matchs. Déjà, la liste des participants n’était pas divulguée publiquement. Ensuite, les spectateurs variaient vu qu’il y avait des activités diverses à effectuer et enfin, personne n’essayait de recueillir des informations, car la victoire ou la défaite importait peu. Seul le groupe de Nagumo pouvait savoir à combien de matchs je participais et combien j’en gagnais.

Kushida — Ton groupe a eu un très bon départ Ayanokôji-kun. Cinq victoires consécutives hier, quand même.

Dit-elle tout en s’approchant de moi. Elle faisait partie du groupe adverse.

Moi — Les seconde font vraiment de leur mieux. Ils sont motivés. Mais ton groupe a aussi quatre victoires. C’est vraiment pas mal.

Son groupe n’avait perdu que face à celui de Nagumo, le favori.

Kushida — Nous avons décidé de nous amuser pour le coup.  Tout le monde voulait y aller à la cool et on n’a pas arrêté de me demander des faveurs. C’est ma sixième participation consécutive.

Elle était sincère, mais ne brisa pas pour autant son sourire.

Kushida — Ces ateliers pratiques que c’est nul. Hâte que ça se termine.

Moi — Entre tes dires et tes actes, il y a un décalage.

C’était impressionnant la façon dont elle pouvait critiquer une chose tout en restant de marbre.

Kushida — Je le fais juste parce que c’est nécessaire de faire bonne figure. Je me fiche de ce camp, mais on n’a aucune intimité ici que ce soit dans les dortoirs, les douches et les repas. À aucun moment je peux me détendre.

Elle voulait juste partir, récompense ou non. Elle semblait ressentir un stress extrême vu qu’elle devait jouer un rôle pendant plusieurs jours sans repos.

Moi — Ne laisse pas le stress s’accumuler au risque d’exploser.

Kushida — Je pense que je vais bien pour le moment. Dernièrement, j’ai pu me défouler en m’occupant de ces deux-là.

Il était évident que “ces deux-là” se référaient à Horikita et Ibuki.

Moi — On dirait que tu as perdu contre le groupe de Horikita.

Kushida — Disons que leur seul mérite est leur franchise. Ils arrivent à s’intéresser tout en gardant un visage impassible. Hier, Katsuragi-kun semblait complètement absorbé par la pratique du travail du verre. Vu qu’il ne le maîtrisait pas bien, il s’est même coupé plusieurs fois.

Il n’était pas évident d’avoir une place dans un atelier vu que le nombre de professeurs et d’équipement était limité. Sans compter d’autres problèmes, il y avait aussi le fait que les matchs pouvaient se dérouler en même temps qu’un cours. Une file d’attente était inévitable.

Moi — Nagumo est déterminé à gagner, et ses membres sont du genre à tout prendre au sérieux, alors il ne se retiendra pas.

Kushida — Tu penses qu’ils auront la première place ?

Moi — Si l’on n’agit pas alors oui, il y a de fortes chances.

Elle me répondit par une autre question avec un air intrigué.

Kushida — Agir ok, mais tout ce qu’il y a faire est d’espérer tomber sur une épreuve que l’on peut maitriser. Même si le leader peut bien optimiser en choisissant les bons éléments, c’est…

Moi — Il y a plusieurs autres manières d’augmenter ses chances de victoire. On peut par exemple soudoyer le groupe adverse pour qu’il perde. Si tu proposes des points privés et que tu te montres sincère, il y a de la marge pour négocier, tu ne penses pas ?

L’efficacité était aussi un autre facteur à prendre en compte. C’était juste un exemple de moyen pour augmenter ses chances de victoire. Kushida s’imagina ainsi une scène où elle était approchée par un adversaire.

Kushida — En effet, si on me donne 10 000 pp, j’ai moins de raison de refuser. Je serais même heureuse de leur donner la victoire. Mais est-ce vraiment profitable pour eux ? Ils finiraient dans le rouge à force.

Cela dépendait du montant négocié. Donner 10 000 pp à cinq adversaires c’était 50 000 pp de perdus. Après, il y avait possibilité de soudoyer directement le leader pour 20 000 ou 30 000 pp. Mais une telle stratégie ne fonctionnait pas, car la récompense n’était pas grande. Même si notre groupe gagnait seize ou dix-sept matchs en soudoyant ses adversaires, des groupes comme celui de Nagumo, déterminés à finir premiers, ne marcheraient pas. Finir alors deuxième ou troisième pouvait nous mettre dans le négatif.

         Moi — C’est pour ça que personne ne le fait. Ce n’est pas rentable.

Le seul voulant probablement le titre quoiqu’il en coûte était Nagumo.

Moi — C’est éprouvant et peu évident. Mais il y a d’autres méthodes comme le fait de bloquer certains ateliers et de ne pas laisser ses rivaux pratiquer. Les activités populaires ont une longue file d’attente.

Bloquer les groupes rivaux pour gêner leur pratique était également efficace.

Kushida — On dirait une pratique que Ryuuen-kun aurait utilisé avec joie.

Moi — Oui, mais s’il n’y a rien pour le moment c’est parce cela cause les mêmes problèmes que les pots-de-vin.

Kushida — Le jeu n’en vaudrait donc pas la chandelle, c’est ça ?

Moi — Exactement.

Un instructeur en salopette apparut et demanda aux élèves de se rassembler.

Kushida — D’ailleurs, je soutiens ton groupe. Je serais contente si tu pouvais faire sentir le goût de la défaite à Horikita-san.

Même si elles étaient en bons termes, elle voulait toujours que Horikita et Ibuki perdent. La relation de ce trio a su trouver un équilibre bien miraculeux.

Moi — Tu comptes nous laisser gagner ?

Kushida — Qui sait ?

Elle arborait un sourire adorable, mais ne semblait pas vouloir nous ménager pour autant. Cela se finit par une victoire 3-2 en notre faveur. Grâce à ma passion pour les activités artistiques, que les autres élèves ne partageaient pas, j’avais pu remporter la victoire. Par la suite, les différents matchs s’étaient déroulés sans incident particulier tout le long de la journée.

[Pouilleux]

Pour ce septième match, la chance avait joué un grand rôle. Ce fut une défaite écrasante pour notre groupe. Je ne pouvais maintenant me permettre qu’une seule défaite. Cependant, il y avait eu pas mal de volontaires pour participer à ce jeu de cartes. L’engouement avait été bien supérieur aux autres épreuves.

[Craie artistique]

Le dessin se faisait sur un tableau noir de taille ordinaire. Nous ne faisions que de la copie alors cela rendait les choses moins compliquées. Une craie était bien différente d’un crayon. Lutter contre sa texture particulière contrastait avec mon plaisir de découvrir un nouvel art. Nous remportâmes l’épreuve avec trois manches contre deux. Cela incluait ma victoire personnelle. Nous avions réussi à faire quelque chose de qualitatif.

[Mini-golf]

Nous étions toujours en session matinale, mais cette fois en extérieur. Il y avait eu beaucoup de volontaires masculins alors nous avions fini par ne former qu’une équipe de garçons.  Tout le monde était inexpérimenté, mais comme le jeu de cartes, cela avait créé un enthousiasme général. Malgré ma victoire personnelle, le groupe avait perdu toutes les autres manches ce qui occasionna notre deuxième défaite.

[Patchwork]

C’était un mot que l’on n’entendait pas souvent. Le patchwork était un type d’artisanat où de petits morceaux de tissu étaient reliés entre eux. L’objectif était d’aboutir à quelque chose d’artistique à la fin. La quantité utilisée de tissu dans le temps imparti, l’esthétique, etc., pas mal de choses étaient évaluées. On affrontait cette fois le groupe Tatebayashi, qui avait eu un différend le premier jour en raison du comportement égoïste de Kôenji. Leur bilan jusqu’à présent était d’une victoire et neuf défaites. Les cinq participantes étaient des filles et des couturières expérimentées, soit des ennemies redoutables. De plus, le malheur de se heurter à Inogashira, qui excellait parmi les meilleures couturières, entraîna ma deuxième défaite individuelle. Ce fut la troisième défaite du groupe.

[Tir à l’arc]

Pour la onzième épreuve, nous étions revenus en extérieur. La règle était facile à deviner même si nous n’avions jamais pratiqué le sport. Nous avions en main un arc spécial pour ce type de compétition et il fallait viser une cible. La réglementation était de 70 mètres, mais dans cette initiation, cela avait été réduit à 20 mètres. Chaque personne recevait six flèches et il y avait un nombre de points attribués en fonction des zones. Le centre de la cible valait dix points et la partie la plus extérieure valait un point. Morishita, qui s’était portée volontaire pour participer, entra en jeu, mais n’avait réussi à toucher la cible aucune fois. Comme nous avions ensuite gagné toutes les autres manches, cela n’eut pas vraiment de conséquences.

[Travail du verre]

La dernière épreuve du deuxième jour était le travail du verre. Il y avait un grand atelier dans ce camp à cet effet et les objets fabriqués pouvaient être emportés chez-nous, ce qui en faisait une activité attractive pour les élèves.

Notre adversaire cette fois ne se souciait pas vraiment de gagner et avait donc un taux de victoire assez faible. Chaque personne fabriquait ce qu’elle voulait, alors j’ai pu gagner facilement que ce soit au niveau de la qualité et la rapidité.

Hiyori s’était ainsi illustrée de nouveau lors de ce deuxième jour et avait contribué à la victoire.

En cette fin de journée, nous avions effectué douze épreuves pour un total de neuf victoires et trois défaites.

1

Nous étions peu avant 18h, moment où l’on pouvait se détendre après la session active de l’après-midi. La zone de repos à l’intérieur du bâtiment était un peu encombrée. C’était parce qu’un coin boisson gratuit avait été mis en place pour que les élèves fatigués puissent se détendre. Il y avait plusieurs types de thé, du café, des jus, ainsi qu’une rangée de petits gobelets disposés à l’envers.

Sanada — Ton groupe semble plutôt bien se débrouiller,

Dit-il alors que nous nous croisions. Nous nous étions arrêtés dans cette zone de repos presque en même temps. Le groupe de Kiryûin était à égalité à la sixième place avec neuf victoires et trois défaites. En fonction des résultats de demain, il était possible de viser le podium.

Moi — Il faut dire que j’ai des camarades plutôt fiables.

Je pensais notamment à Hiyori pour son travail minutieux et sa capacité à maitriser des activités comme l’oshibana ou le travail du verre avec un niveau bien supérieur à celui d’un élève moyen. Cela nécessitait non seulement des compétences techniques, mais aussi un certain sens de l’esthétique. C’était quelque chose que je n’aurais jamais remarqué si je n’avais pas passé du temps avec elle lors des diverses initiations.

Sanada — Alors, les élèves de la classe A. Coopèrent-ils bien ?

Demanda-t-il hésitant, semblant se soucier de ses camarades.

Moi — Hashimoto n’a pas encore participé. Il a plutôt un rôle de soutien. Yamamura participe aux matchs et suit les directives comme il faut.

Cependant, je préférai ne pas mentionner l’apathie dont Yamamura faisait preuve. Le fait de parler positivement d’eux rendit joyeux Sanada, comme s’il recevait lui-même les compliments.

Moi — Ensuite, il y a Morishita… Eh bien, coopérative… non, créative, je suppose.

Sanada — Créative. Je veux bien le croire.

Morishita, contrairement à Hiyori, n’était pas adroite de ses mains. Elle était même plutôt maladroite. Je pense qu’elle essaye sérieusement, mais elle ne produit pas de résultats. Il y avait peut-être quelque chose d’artistique dans sa capacité à créer des choses bizarres. Même sa tentative de tir à l’arc était terrible. Pendant que nous parlions, nous nous retrouvâmes dans une courte file d’attente. Je préparai un gobelet en papier pour y verser plus tard du thé. Sanada semblait avoir opté pour du café.

Sanada — Je vois. Honnêtement, je suis content que ces trois-là soient dans le même groupe que toi.

Cela pouvait être de la simple courtoisie de sa part, mais quelque chose à propos de l’attitude de Sanada me dérangeait.

Moi — Pourquoi ça ? Il y a tant de personnes plus sociables que moi.

Même en se limitant à la classe de Horikita, Yôsuke et Kushida auraient été bien plus capables que moi.

Sanada — C’est en grande partie grâce à la manière dont Sakayanagi-san voit les choses. Même moi, je peux dire qu’elle te traite différemment des autres. Après le dernier examen, Kitô-kun avait vraiment perdu les nerfs. S’il garde son sang-froid, c’est parce que tu es avec Hashimoto-kun.

Hashimoto avait donc eu beaucoup de chance jusque-là.

Sanada — Ils sont bien intégrés dans le groupe ? Je ne m’inquiète pas pour Hashimoto-kun, mais pas sûr pour Morishita et Yamamura-san.

Moi — Je me le demande. Honnêtement, je ne m’occupe pas trop de ce qu’il se passe entre les filles. Tu es inquiet ?

Il était évident qu’elles avaient des personnalités bien distinctes, mais se préoccupait-il d’elles juste parce qu’ils étaient camarades ?

Sanada — En fait, je surveille Morishita-san depuis le début.

Moi — Si Miya entendait ça, elle pourrait en pleurer.

Sanada — Hein ? Mais non. Je n’ai d’yeux que pour Miya-san !

Sanada, qui était habituellement calme, se corrigea rapidement. Son expression indiquait clairement qu’il ne voulait pas être mal compris.

Sanada — C’est en partie parce que nous étions assis voisins de table en seconde. Elle est du genre à dire tout ce qui lui passe par la tête alors elle a eu son lot de problèmes.

Elle avait récemment fait plusieurs remarques ayant surpris Hashimoto.

Moi — On dirait bien qu’elle est mise à l’écart au sein de votre classe.

Sanada — Oui… Même si je n’aime pas le terme, c’est un peu ça.

Ce n’était pas comme dans la classe d’Ichinose, où tout le monde était ami. On ne pouvait pas aimer tout le monde. C’est tout à fait naturel.

Moi — Mais Morishita a l’air de se ficher du regard des gens, je trouve.

Si Morishita aimait être seule, les autres n’étaient pas en position pour la juger.  C’était probablement pour cela que Sanada disait qu’il l’avait surveillée.

Sanada — Oui. Elle n’a pas l’air de se préoccuper des autres.

Moi — Pas besoin de t’inquiéter autant. Mais je comprends ce que tu veux dire. Je garderai un œil sur elle pour le peu de temps qui nous reste.

Sanada — …Oui. Merci bien.

Sanada prit une gorgée de café après avoir soufflé un peu dessus pour le refroidir. Il semblait enfin détendu.

— Sanada-senpai !

Une fille de seconde B, Miya, repéra Sanada et se précipita vers lui. Réalisant que je parlais avec Sanada, elle s’inclina précipitamment pour me saluer.

Moi — Je ne compte pas vous gêner alors je vais retourner dans ma chambre. À plus tard, Sanada.

Sanada — Oui, à plus.

Ils n’étaient pas en couple depuis longtemps, mais ils semblaient bien s’entendre. Ils se côtoyaient au club de fanfare et avaient l’air d’être sur la même longueur d’onde en général. Il était sage de les laisser dans leur intimité.

2

Après le dîner, la plupart se relaxaient dans leur chambre ou prenaient un bain.  Tokitô avait discrètement quitté le dortoir après avoir reçu un appel d’Ishizaki. Hôsen Kazuomi, un seconde bien problématique, était dans son groupe. Cependant, pour Tokitô, l’existence de Hôsen n’était pas un problème. Il critiquait même son attitude arrogante. Il ne brillait pas particulièrement pour ses aptitudes au combat, sa capacité à raisonner ou à s’exprimer. La seule raison pour laquelle Tokitô pouvait se tenir sans crainte était parce qu’il avait gardé cet esprit rebelle face à Ryuuen durant deux ans.

Ishizaki lui avait donné rendez-vous et attendait devant l’atelier de poterie. Quand il regarda à travers la fenêtre du couloir, il vit plusieurs œuvres d’élèves placées en ligne. La poterie et les autres objets fabriqués dans ce camp, comme dans l’atelier du travail du verre, pouvaient être expédiés chez nous après cuisson[1]. Pareil pour ceux qui avaient participé à l’atelier de peinture comme durant le match de ce matin pour Tokitô.

Tokitô — On me fait venir pour finalement ne pas se pointer devant moi.

Il était en train de sortir le téléphone de la poche de son haut avec irritation.

Ishizaki — Hey désolé de t’avoir fait attendre

Tokitô — Que veux-tu, Ishizaki ?

Tokitô, irrité par l’approche nonchalante d’Ishizaki, le pressa. Mais ce dernier se leva sans répondre à la question.

Ishizaki — Tu ne sais pas ce que je veux ?

Tokitô — Comment tu veux que je le sache ? Tu n’as rien précisé.

Le message qu’il avait reçu ne suggérait aucune urgence.

Ishizaki — Pas faux.  En fait, je sais même pas ce que je veux.

C’était une situation assez étrange. Pourquoi l’avoir appelé alors ?

Tokitô — Tu ne sais pas ? C’est quoi ton pr…

Juste au moment où il allait exprimer son insatisfaction, Tokitô sentit une forte pression sur son dos. Et immédiatement après, il réalisa qu’il avait été poussé de force contre le mur.

Ryuuen — Hé, tu crois faire quoi là ?

Une voix diabolique lui murmura la chose à l’oreille avec un rire.

Tokitô — Ryuuen…? Qu’est-ce que tu veux ? Pourquoi tu fais ça ?!

Surpris, mais réussissant à garder un minimum de calme, il le fixa.

Ryuuen — Je me disais qu’il fallait te discipliner un peu. Voilà pourquoi j’ai fait une apparition surprise.

Maintenu de force, Tokitô ne pouvait pas s’échapper. Même s’il pouvait momentanément se libérer de son étreinte, il savait qu’Ishizaki, qui observait à proximité, viendrait aider.

Tokitô — Je ne comprends pas…

Son bras était serré à l’extrême et la douleur montait jusqu’à son dos.

Ryuuen — Tu ne comprends vraiment pas ?

Il y avait une chose dont il se souvenait réellement, mais il ne pouvait pas le dire et faisait semblant d’être ignorant.

Tokitô — Je n’ai rien fait…

Ryuuen — Vraiment ? J’ai reçu un rapport de mes observateurs.

Tokitô — Qu…Quoi ? De quoi tu parles ?

Il insistait sur le fait qu’il ne comprenait pas, mais son cœur battait fort à cause de l’anxiété. Il espérait que ce qu’il avait pressenti n’avait rien à voir avec elle, mais cet espoir fut brisé immédiatement après.

Ryuuen — Depuis ton arrivée dans ce camp, j’ai reçu quatre rapports disant que tu essayais de discuter avec Sakayanagi.

À la mention de Sakayanagi, Tokitô cessa de faire l’innocent.

Tokitô — C’était un hasard. On a discuté comme ça ! Je n’ai rien fait de mal bon sang !

Ryuuen — C’est possible, mais malheureusement, je ne te crois pas.

Considérant la fréquence à laquelle ils parlaient, sachant qu’ils n’étaient même pas dans le même groupe, difficile d’y voir une coïncidence.

Ryuuen — Et tu ne vois pas le mal là-dedans ? Laisse-moi rire.

Tokitô — Ugh…

Il détourna le regard, sachant qu’il avait été percé à jour. Ryuuen poursuivit son approche brutale et le força à le regarder en approchant sa tête de lui.

Ryuuen — Elle est sur le déclin maintenant. Elle mordra la poussière lors du prochain exam de fin d’année. Voilà pourquoi je t’avais dit de pas jouer au con.

Ryuuen avait d’ailleurs bien mis en garde Kondô et Jîma dans le bus de ne pas discuter avec elle, car dans le même groupe que Sakayanagi.

Il était impossible que Tokitô n’ait pas écouté l’avertissement.

Tokitô — Ce n’est pas un peu disproportionné là ?

Ryuuen — Non ! Et j’avais prévenu tout le monde. Soit tu ignores Sakayanagi, soit tu l’intimides pour la mettre au pied du mur. Ishizaki, j’ai dit que les bavardages inutiles étaient autorisés ?

Ishizaki — Absolument pas !

Ryuuen — Exact. Quelqu’un de plus intelligent qu’Ishizaki, aurait dû comprendre.

En réalité, Tokitô faisait exactement le contraire. Les rapports indiquaient qu’on le voyait souvent être aux petits soins avec Sakayanagi Ce n’étaient pas juste des conversations triviales.

Ryuuen — Tu as même dit à Isoyama, qui t’a vu parler, de ne rien dire. Tu suis les ordres de qui au juste ? Les miens ou les tiens ?

Ishizaki, qui écoutait à proximité, hocha vigoureusement la tête plusieurs fois.

Ishizaki — Apprends de tes erreurs, Tokitô. Ça te facilitera les choses. Ryuuen-san te pardonnera.

S’il promettait obéissance ici, il serait au moins libéré. Mais Tokitô serra les dents, lançant un regard furieux vers Ryuuen tout en essayant de se dégager.

Tokitô — Je… Je n’ai juste…

Ryuuen — Juste quoi ?

N’ayant plus de raison de cacher quoi que ce soit, et se sentant idiot d’avoir essayé, Tokitô révéla ce qu’il avait sur le cœur.

Tokitô — Je voulais juste réconforter Sakayanagi. Elle était triste à cause de l’exclusion de son amie.

Ryuuen — Ah. Tu veux donc coucher avec Sakayanagi à ce point[2] ?

Tokitô — Non, ce n’est pas ça ! Ce n’est pas ça du tout !

Ryuuen — Ah bon ? Moi, je le comprends comme ça.

Ryuuen, qui ricanait, continua son discours.

Ryuuen — Je devrais te donner l’occasion de l’agresser alors. Histoire que tu la défonces physiquement et mentalement si tu vois ce que je veux dire.

Au murmure diabolique de Ryuuen, la colère de Tokitô explosa subitement, augmentant sa force. Il se libéra de l’emprise de Ryuuen.

Tokitô — Ne te fous pas de moi !

Emporté par la rage, il essaya de saisir Ryuuen avec les deux mains, mais la silhouette ricaneuse disparut de sa vue. Il reçut un coup de pied qui arriva d’en bas. Il serra les dents et fut de nouveau maîtrisé.

Ryuuen — Héhé, c’était une blague. Mais si ça te tente, je peux te laisser jouer un grand rôle dans la soumission de Sakayanagi.

Tokitô — Je ne t’obéirai pas ! Je n’accepterai jamais ça !

Il refusa de céder à la menace et semblait avoir exprimé son intention de continuer à soutenir Sakayanagi. Se rendant compte que sa détermination était sincère, Ryuuen ne mit pas fin à son traitement.

Ryuuen — Alors, dois-je te le faire comprendre physiquement ?

Tokitô — Ne joue pas avec moi, tu ne peux p…

Avant que Tokitô ne puisse finir de parler, Ryuuen serra le poing gauche et le porta sans hésitation dans l’abdomen de Tokitô.

Tokitô — Ugh…!

Avec un gémissement douloureux dû à la douleur intense jusqu’alors inconnue, les genoux de Tokitô fléchirent. Cependant, la prise de Ryuuen sur lui ne lui permit pas de se reposer au sol.

Ryuuen — Il n’y a pas de caméras ici. N’est-ce pas, Ishizaki ?

Ishizaki — Oui ! J’ai confirmé qu’il n’y en avait pas dans cette zone !

Tokitô — Penser que tu obéirais à un tel gars…!

Tokitô se condamna, irrité par l’attitude d’Ishizaki.

Ryuuen — Je comprends ce que tu veux dire, Tokitô. J’ai fait des ravages en prenant le contrôle de la classe, mais j’ai une fois abandonné mon poste. Tu as dû te sentir bien à ce moment-là, n’est-ce pas ?

Ishizaki — Oui… J’avais l’impression d’avoir chassé le roi nu[3]…!

Face au commentaire impitoyable de Tokitô, Ishizaki porta sa main à son front, comme s’il exprimait un « Oh là là ». Il savait que dire quelque chose de déplacé allait lui couter. C’était la norme. Cependant, Ryuuen montra un regard amusé. Il ne porta aucun coup.

Ryuuen — Dommage pour toi. Je suis de retour à mon ancienne position et je fais tout ce que je veux. Ça doit être frustrant, hein ?

Il s’analysa lui-même objectivement, sans avoir besoin du retour des gens de sa classe. Cela dit, Ryuuen ne changea pas d’attitude.

Ryuuen — Tu me détestes ?

Tokitô — Je te hais… du plus profond de mon être…

Ryuuen — Alors ne te retiens pas. Montre-moi que tu peux me renverser par la force. Je ne fuirai pas. La seule issue sera l’expulsion si tu me déclares la guerre. Mets-toi bien ça en tête.

Tout le monde comprenait bien que Ryuuen n’avait pas peur de la défaite. Pour oser la révolte, il fallait être déterminé à le renverser.

Ryuuen — Pigé ? Un conseil, ne viens plus jamais en aide à Sakayanagi.

Malgré la douleur au bras, il lui dit doucement qu’il pouvait encore se rétracter.

Tokitô — Et si… je désobéis… ?

Ryuuen fit un petit sourire à cette question dont la réponse était évidente.

Ryuuen — Je t’écraserai. C’est aussi simple que ça.

Qu’on déclare la guerre ou non, il était du genre à harceler les désobéissants.

Tokitô — …!

Malgré la menace, Tokitô continua sa rébellion.

Ryuuen — C’est bien, Tokitô. Je trouve cette partie de toi intéressante. Voyons combien de temps tu peux garder ce regard.

En regardant son bras douloureux, dans cette situation désespérée, il prit sa décision.

Ryuuen — Tu peux être tranquille. Je ne laisserai pas Ishizaki te toucher.

Ryuuen, qui avait donné à Tokitô le temps de reprendre son souffle et le droit de frapper en premier, se leva et écarta ses bras.

Tokitô — Je le ferai ! Je ne perdrai pas contre quelqu’un comme toi…

Il se rassura et frotta ses poings. Il y avait un écart significatif en termes d’aptitude au combat. Mais il était prêt à aller jusqu’au bout et à frapper Ryuuen au visage au moins une fois. Il faisait face aux conséquences. Alors qu’il s’apprêtait à le frapper, un imprévu se produisit.

Hôsen — Je cherchais Paisen[4], car je l’avais envoyé faire quelque chose pour moi, mais je ne le trouvais pas. Quelle surprise de tous vous voir.

Celui qui apparut sur les lieux, la main sur le cou, était Hôsen en seconde D. Il connaissait la réputation qui suivait Ryuuen au collège.

Hôsen — Qu’est-ce qui se passe, Tokitô-paisen ?

Tokitô — Rien du tout.

Bien qu’ils soient dans le même groupe, Tokitô ne pouvait pas se plaindre à son kôhai. Il avait une certaine fierté. Mais il était clair que quelque chose se passait, car il avait le poing serré devant Ryuuen. C’était aussi un problème interne à leur classe. Il ne voulait pas causer plus de soucis à son groupe.

Ryuuen — Casse-toi, tu nous gênes.

Il tenta de l’éconduire d’un geste de la main, montrant qu’il gâchait l’ambiance.

Hôsen — S’il y’a rien alors va acheter des boissons pour les seconde.

Il ignora Ryuuen, s’adressant avec fermeté à Tokitô.

Tokitô — Hein ? Des boissons ? Qu’est-ce que…?

Tokitô, à qui on avait donné le droit de frapper le premier, fut pris de court et rata son opportunité. Le bras de Ryuuen s’étendit à nouveau. Il pressa son avant-bras gauche contre Tokitô et le plaqua contre le mur.

Tokitô — Ugh… !?

Il lâcha un cri de douleur, incapable de pleinement exprimer sa souffrance.

Ryuuen — Dégage Hôsen. On est occupés là.

Hôsen —Je parle à Tokitô-paisen. Tu ne fais pas partie de notre groupe alors ferme-là. Ou tu veux que je te crève ?

Ryuuen — …Ha, je vois ! T’es venu le sauver. On ronfle.

Ryuuen soupçonnait que la présence de Hôsen n’était pas un hasard.

Tokitô — Hôsen n’a rien à voir avec ça ! Ishizaki m’a dit de venir.

Ryuuen — Hein ? Hey Ishizaki, quel genre de message t’as envoyé ?

Ishizaki — Hein ? U…un message normal ! J’ai juste qu’il devait se grouiller de me retrouver à l’atelier, c’est tout.

Il avait oublié le fait que les gens du dortoir de Tokitô pouvait savoir où il allait. En voyant Ryuuen un peu souffler du nez, il réalisa son erreur.

Ishizaki — Désolé, Ryuuen-san ! Hey, Hôsen !

Il essaya de se rattraper en saisissant le bras épais de Hôsen, mais il fut facilement repoussé.

Hôsen — Me touche pas, sinon je te foudroie.

Ishizaki — Uh… !

Ishizaki flancha devant l’intense intimidation de Hôsen, ce qui était totalement différent de la peur éprouvée devant Ryuuen. Au lieu de partir, Hôsen commença à marcher vers Ryuuen et Tokitô.

Ryuuen — On dirait qu’il veut jouer. Vas-y, Albert.

Sans faire de bruit, Albert apparut devant Hôsen, bloquant son chemin.

Hôsen — Comme d’habitude, tu ne peux rien faire sans tes sous-fifres.

Ryuuen — Se battre, ce n’est pas juste foncer comme un débile.

Hôsen bâilla, puis cracha immédiatement un bon gros mollard par terre.

Hôsen — J’ai toujours voulu t’affronter, Albert. Ce sera peut-être plus amusant que de jouer au ping-pong.

Dans cette situation chaotique, loin de l’ambiance relaxante du camp de découverte, Ryuuen détourna son regard de Hôsen pour fixer Tokitô.

Ryuuen — Maintenant que le gêneur est occupé, continuons le combat.

Utomiya — Excuse-moi, mais tu pourrais le lâcher, Ryuuen-senpai ?

Ryuuen — Huh ?

La personne qui prit la parole pour arrêter Ryuuen, qui s’apprêtait à infliger un coup supplémentaire, était Utomiya Riku de la seconde C.

Hôsen — Quoi ? Utomiya, t’es venu aussi ?

Ishizaki — Qu-Qu’est-ce qui se passe ici ?

Le seul qui fut perturbé ici était Ishizaki.

Utomiya — Je suis venu voir si tu comptais lever la main contre senpai.

Ryuuen — Et sur quelle base tu penses que j’allais le cogner ?

Malgré le regard méprisant d’Utomiya envers Hôsen, il s’approcha de Tokitô et Ryuuen. Ishizaki essaya de l’arrêter, mais il fut attrapé par le long bras de Hôsen, qui tenait la manche de son haut. Avec personne pour l’arrêter, Utomiya s’approcha sans peur et saisit le bras de Ryuuen, qui tenait toujours Tokitô.

Utomiya — Tokitô-senpai est un membre de mon groupe. S’il se blesse ici, ça pourrait avoir des conséquences demain. Même si nous ne sommes pas concernés, je ne peux pas laisser passer ça.

Sans avoir besoin d’une explication, Utomiya intervint pour apaiser la situation, sentant l’atmosphère tendue.

Ryuuen — J’en ai rien à foutre de ce camp à la con.

Utomiya — Le problème c’est toi qui fais de l’abus de pouvoir dans ce camp « à la con ».

Loin de reculer, Utomiya accentua sa colère et sa provocation contre Ryuuen.

Ryuuen — Quoi ? Alors pourquoi t’essaies pas de m’arrêter ?

Utomiya — Ah oui ? Tu veux que je t’humilie devant les autres, senpai ?

Ayant abandonné la politesse, Utomiya se prépara rapidement pour le combat.

Hôsen — Hé, hé, hé, hé ! Ryuuen est à moi !

Hôsen, s’opposant à la situation, avait crié fortement la chose dans le couloir.

Utomiya — Ferme-là, Hôsen. Je n’ai pas besoin de toi. Ne cause pas de problèmes inutilement.

Hôsen — Hein ? Tu crois parler à qui là ?

Utomiya — J’imagine qu’il est inutile de parler à un gorille.

Il semblait qu’Utomiya était venu soutenir Tokitô, mais il traitait Hôsen de la même manière que Ryuuen.

Hôsen — Bon, alors je vais commencer par Albert-paisen.

Utomiya — Je t’affronterai après si tu veux.

Voyant les seconde se quereller, Ryuuen ne put s’empêcher d’éclater de rire devant cette scène inhabituelle.

Ryuuen — Héhéhé. Ce lycée devient bien bruyant. C’est cool, ça devenait ennuyeux. Je vois que certains seconde montrent leur vrai visage et ont le sang chaud. Je les accueille plus que volontiers.

Avec l’ajout de Hôsen et d’Utomiya, Ryuuen lâcha prise sur Tokitô. Il détourna le regard de lui tandis que ce dernier était assis, toussant fortement.

Ryuuen — Je vais prendre ma revanche ici et maintenant, Hôsen. Je vais m’occuper de vous les seconde tout de suite pendant que j’y suis.

Il dit cela, tandis qu’il ne se préoccupait plus de Tokitô.

Hôsen — Ce camp commence à devenir fun. Toi, hors de ma vue !

Le puissant poing de Hôsen fut rattrapé par la main d’Albert qui avait les lèvres fermement serrées.

Hôsen — Oh, tu arrives à résister. Intéressant.

La situation semblait clairement tourner au vinaigre, mais après un cri de Hôsen, la situation changea du tout au tout.

— Vous faites quoi là ?!

Plusieurs garçons et filles, menés par les terminale, commencèrent à apparaître près de l’atelier après avoir entendu le cri.

Ryuuen — Tsk. C’était en train de devenir intéressant.

Hôsen — Putain

Hôsen, ignorant que c’était à cause de lui, claqua de la langue, comme Ryuuen.

— J’espère que vous n’êtes pas en train de vous battre ?

Utomiya — Pas du tout. Nous avions juste une conversation amicale.

Utomiya se plaça immédiatement devant les terminale. Voyant à quel point la situation était tendue, Ryuuen et Hôsen, se regardant l’un l’autre, tournèrent naturellement le dos et gardèrent leurs distances.

Ryuuen — On y va Albert, Ishizaki. Je leur apprendrai plus tard.

Ishizaki — O-Ou-Oui ! À plus !!

Les trois d’entre eux ignorèrent les deux élèves de seconde ainsi que Tokitô, qui les regardaient fixement. Ils quittèrent les lieux. En partant, Albert regarda le dos imposant de Hôsen et murmura.

Albert — Sa capacité de combat pourrait être égale ou supérieure à celle d’Ayanokôji. C’est un seconde impressionnant.

Le poids du coup qu’il avait reçu était aussi intense que celui d’Ayanokôji. L’engourdissement dans sa main était le témoin.

C’était une remarque révélatrice, suggérant que ce n’était pas une bonne idée de l’affronter. Cependant, Ryuuen ne put s’empêcher de rire de la remarque d’Albert.

Ryuuen — Ne me fais pas rire. Si c’est juste une question de puissance, il pourrait être à la hauteur, mais si on compare leur force globale, c’est mort. La source de la force d’Ayanokôji n’est pas aussi simpliste.

Après avoir ouvert son poing et regardé sa paume, Albert se rappela de l’incident sur le toit et acquiesça. Il ne s’en souvenait que trop bien. Il était un adversaire qui dépassait de loin les standards.

Ishizaki — Mais Tokitô, il semble vraiment s’intéresser à Sakayanagi… On devrait pas faire quelque chose ? C’est comme avec la trahison de Hashimoto…

Ryuuen avait déjà anticipé l’inquiétude d’Ishizaki sans qu’il ait besoin de la formuler en mots.

Ryuuen — Tokitô n’est pas si idiot. On devrait en rester là. On l’a déjà bien intimidé.

Ishizaki — … Oui. Si tu le dis, Ryuuen-san.

Ryuuen — Bon, nous devons concentrer notre attention sur la classe A. Le plus problématique en ce moment, c’est Kitô, pas Sakayanagi. Il pourrait péter un câble à tout moment.

Ishizaki — Ça ressemble à une guerre.

Ryuuen — Guerre, hein ? En effet, tout pourrait arriver à partir de maintenant.

Les examens de fin d’année allaient bientôt commencer.

Ryuuen, qui comprenait que des bouleversements allaient se produire, commençait déjà à se préparer pour ce qui allait venir.

3

À ce moment-là, je n’étais pas au courant qu’il y avait eu une altercation entre Ryuuen, Tokitô et Hôsen. Après être sorti du bain, je pris place sur le canapé du hall, fixant le plafond. C’était juste à côté de là où fut assise Sakayanagi ce matin. J’avais pris contact avec elle dans le cadre de la demande de Hashimoto et j’étais personnellement satisfait des résultats, mais je n’avais encore rien rapporté. Il s’attendait probablement à des infos de ma part et même si je n’avais pas à le faire, je me disais qu’il fallait au moins faire semblant.

Satô — Ah~! Ayanokôji-kun ! Hé, tu as deux secondes ~ ?!

Satô, qui allait retourner dans sa chambre, changea de direction lorsqu’elle me vit et s’approcha avec un air frustré.

Moi — Qu’est-ce qui s’est passé ?

Satô — Je visais le haut du classement pour un futur achat, mais…

Elle ne cacha pas sa déception, et ses épaules tombèrent grandement.

Satô —Bon après, j’ai fait comme j’ai pu pour gagner, ugh.

Le groupe de Satô avait obtenu sept victoires et cinq défaites. Il s’en sortait assez bien, mais la bataille pour la 3e place allait être rude.

Moi — Si tu continues tes efforts, le Top 10 est à ta portée, non ?

5000 pp n’était pas une si mauvaise somme.

Satô — Oui, c’est clairement l’objectif. Mais ce qui m’inquiète, c’est que la motivation du groupe a un peu baissé aujourd’hui vu nos résultats…

Son groupe visait le podium alors la déception était logique. Il y avait un grand écart entre les premiers et derniers. Les perdants avaient 11 ou 12 défaites en 12 matchs, ce qui les mettaient hors-jeu. Les victoires étaient concentrées dans des groupes sérieux comme celui de Nagumo. La différence entre le groupe en 3e place et celui de Satô était de trois victoires. Ce n’était pas rien.

Satô — La dernière épreuve aujourd’hui… J’avoue qu’elle est amère.

Moi — Vous étiez contre qui ?

Elle fit une grimace montrant son amertume, mais répondit.

Satô — C’était contre le groupe de Minamikawa-senpai.

Une terminale C. Onodera faisait partie de son groupe. On savait tous que Satô et Onodera n’étaient pas en bons termes même si d’un point de vue extérieur, c’était difficile à croire. Mais bon, on ne pouvait pas s’entendre avec tout le monde. Lui demander pourquoi aurait été trop indiscret de ma part.

Moi — Tu n’as pas le choix que de porter cette amertume jusqu’à demain. Il y a encore une chance de te rattraper si tu te donnes à fond.

Satô — …Oui.

Après avoir changé de sujet et discuté un peu, Satô fut appelée par son groupe et partie. Je n’avais pas eu d’info utile alors je retournai dans la chambre qui était vide. Il y avait juste un futon mal rangé. En prenant mon téléphone, je trouvai un message de Hashimoto. Il fut envoyé il y a dix minutes.

[Hashimoto — Je vais à la chambre des filles. On se voit là-bas.]

Il semblait prendre les choses assez à la légère. Après avoir remis le futon en place, je me rendis au point de rendez-vous. Environ cinq minutes après avoir lu le message, j’arrivai à destination. Le même bâtiment, la même disposition, les mêmes meubles et décorations. C’était évident, mais il n’y avait vraiment aucune différence avec notre chambre. Mais pourquoi ai-je l’impression que c’est différent ?  La perception d’un endroit devait dépendre de chaque individu. En tout cas, toutes les filles du groupe étaient présentes. Les seconde côté garçons semblaient tendus, mais quelque peu heureux. Yamamura avait l’air un peu abattue, mais sa mine était vraiment plus sombre que d’habitude. Elle n’avait pas joué de rôle clé dans ce camp, et je n’avais aucune idée de comment elle passait son temps au sein de son groupe.

Hashimoto — Hé, tu es venu.

Moi — Bah, tu m’as donné rendez-vous.

La bonne ambiance était présente chez les garçons contrairement à celle des filles. Le contraste fut saisissant. Hashimoto nous avait fait tous venir pour que l’on se détente tous. Mais il s’était clairement imposé.

Hashimoto — Bon, tu as quelque chose pour nous égayer ? L’atmosphère est un peu lourde alors je me demandais si tu avais une bonne blague.

Moi — Non, mais j’ai ça.

Je sortis un étui de la poche de mon haut et lui montrai.

Hashimoto — Oh, c’est sympa. Tu es vraiment prévenant.

Comme c’était une des épreuves, des paquets étaient laissés à disposition. Hashimoto tendit la main pour le prendre. Il ouvrit ensuite l’étui.

Kiryûin — Les cartes, il n’y a pas plus classique que ça Ayanokôji.

Kiryûin, qui était assise en regardant son téléphone, parla sans se lever.

Moi — Un certain senpai blond m’avait dit que jouer aux cartes est un incontournable des sorties scolaires.

Kiryûin — Hein ? Se pourrait-il que tu parles de Nagumo ?

Elle se redressa, s’appuyant sur sa chaise, comme si elle avait retrouvé un intérêt. Lorsque j’acquiesçai, elle se mit un peu à rire, visiblement amusée.

Kiryûin — Il fait donc également des côtés clichés

Moi — En plus, c’est une épreuve où nous avons été largement battus.

Morishita — Un jeu de cartes, hein ?

Morishita, qui regardait jusque-là par la fenêtre près de Kiryûin murmura cela comme si elle avait remarqué quelque chose. Puis, tout en s’asseyant en seiza[5], elle s’approcha écartant les tatamis de ses deux mains.

Morishita — Jouons à ce jeu du pouilleux[6].

Hashimoto — Tu sembles très excitée… Tu aimes jouer aux cartes ?

Morishita — Je ne sais pas. Je n’ai jamais joué aux cartes auparavant.

Hashimoto — Vraiment ? Il y a encore des gens dans une grotte comme ça à notre époque ?

Hashimoto était surpris, les yeux grands ouverts.

Morishita — Je n’ai juste pas eu l’occasion d’y jouer avec quelqu’un.

Peut-être qu’elle n’avait aucun ami jusque-là ?

Hashimoto — Attends, tu ne t’es pas noté cinq étoiles pour les cartes ?

En effet, Morishita s’était donnée la note la plus élevée.

Morishita — Je pensais exceller même si j’étais inexpérimentée, compte tenu de mon talent. Après tout, le but n’était pas de savoir si j’étais douée ou non, mais plutôt de voir si j’avais confiance en moi, non ? Je réitère, je me donne cinq étoiles.

Elle avait répondu avec confiance, bombant le torse. Elle était très sûre d’elle.

Hashimoto — Mais tu n’as pas été appelée pour le jeu d’aujourd’hui.

Seule Kiryuîn, notre leader pouvait donner une explication.

Morishita — C’est vrai. Pourquoi ne m’as-tu pas choisie ?

Kiryûin — N’est-il pas suspect de dire que tu es confiante pour un jeu de cartes ? C’est pour ça que je t’ai laissée de côté.

Il est vrai que pour un jeu de chance, c’était peu cohérent. Elle n’avait pas tort.

Morishita — Peu importe, jouons. Distribue-les rapidement je te prie, Ayanokôji Kiyotaka.

Elle est vraiment motivée, alors je suis content d’avoir apporté ce jeu. Mais on ne peut pas faire participer tout le monde. Comment faire ?

Hashimoto — Et si on faisait des parties à quatre joueurs. Un jeu entre filles, un entre garçons et un groupe mixte.

Hashimoto était intervenu après avoir remarqué mon indécision.

Moi — Ce n’est pas une mauvaise idée. Faisons comme ça !

Morishita était déjà impatiente, ne montrant aucun signe de retrait. J’avais pensé que la calme Tsubaki serait restée dans son coin, mais tous les seconde avaient l’air enthousiastes finalement.

Moi — Et toi Yamamura, tu veux participer ?

Elle était assise seule à distance, mais elle secoua la tête pour refuser.

Yamamura — Heu… Je… regarderai.

Moi — Tu es sûre ?

Elle hocha la tête légèrement pour confirmer.

Morishita — Nul besoin d’inclure quelqu’un qui ne veut pas jouer. Allez, commençons !

Sous la pression d’une Morishita pleine d’énergie, le match des filles commença immédiatement.

Morishita — Ce camp de découverte est un bon camp de découverte[7].

Hashimoto — Tout ça parce que tu peux jouer aux cartes ?

Hashimoto, assis en tailleur disait cela avec son coude posé sur le genou.

Morishita — En effet. Mais je te prie de ne pas regarder mon jeu.

Hashimoto — Je ne révélerai pas ta main.

Morishita — Hashimoto Masayoshi peut trahir à tout moment après tout.

Tout en disant cela, elle cacha son jeu en plaquant les cartes sur le corps. Hashimoto eut un sourire amer, mais c’était vraiment un traître.

Morishita — Ça commence à devenir plus clair maintenant.

Elle vivait sa première expérience, mais elle ne se contentait pas de s’amuser. Elle faisait aussi sa propre analyse.

Morishita — Il y a plusieurs stratégies dans ce jeu.

En disant cela, Morishita tenait une seule carte dans l’une de ses mains de manière à clairement la mettre en valeur.

Morishita — Je t’en prie, Shiina Hiyori. N’hésite pas à tirer une carte.

Hiyori — Cette carte toute seule me rend curieuse.

Morishita — Ah oui ? Après réflexion, j’ai réussi à mettre au point cette stratégie avancée.

Vu comment Hashimoto était assis, il ne pouvait plus voir la chose, mais de là où j’étais, j’arrivais à voir la carte isolée. Apparemment, c’était le pouilleux. Elle s’était dit que personne n’oserait imaginer la chose en face, car le piège était trop évident. C’était une bonne stratégie en soi, du moins avec un impact psychologique suffisamment important pour lui donner envie de tirer la carte.

Hiyori — Que faire… ?

Hiyori, qui était méfiante, effleura les quatre cartes dans la main droite de Morishita, mais ses doigts erraient. Elle semblait comme attirée par la carte toute seule dans sa main gauche.

Morishita — Fais comme tu le sens.

Le manque d’émotion de Morishita, combiné à sa personnalité, constituait une distraction parfaite.

Après mûre réflexion, Hiyori fut hypnotisée et finit par tirer la carte de sa main gauche. Elle la tira vers elle, et après l’avoir retournée, afficha sa déception après vu que c’était le pouilleux.

Tout le monde avait dû réaliser la chose à cause de sa réaction évidente.

Morishita — Tu as beaucoup à apprendre. On peut lire sur ton visage.

Ensuite, le jeu se poursuivit en silence pendant quelques tours. La première à sortir fut la seconde Ejikura, suivi de Hatsukawa de la même année. Morishita, qui avait réussi à passer le pouilleux dès le début, n’avait pas réussi à sortir en premier. Il restait à la fin Hiyori et elle. Cette dernière tenait deux cartes tandis que Morishita, une seule.

Hiyori — Vas-y, Morishita-san.

Elle tenait habilement ses deux cartes de la même manière. Morishita, regardant fixement, attrapa la carte sur le côté droit du bout des doigts. Mais elle ne la tira pas immédiatement. Elle posa une question à Hiyori.

Morishita — Est-ce celle-ci ?

Hiyori — …Quoi ?

Morishita — Je me disais que ce n’était pas le pouilleux.

Hiyori — Je ne peux pas te le dire.

Morishita — Alors c’est bien le pouilleux.

Hiyori — Tu veux peut-être opter pour l’autre carte ?

Morishita — Tu es sûre ? Tu vas perdre, tu sais ?

Hiyori — Je ne peux pas te le dire. Peut-être.

Morishita — Tu es naïve, Shiina Hiyori. Le mystère est résolu.

Morishita lâcha la carte qu’elle tenait, saisit celle de gauche et la tira avec force. La carte que Morishita nous montra fut un cinq de cœur.

Morishita — J’ai gagné.

Hiyori — J’ai perdu.

Même si Hiyori semblait s’amuser, elle était un peu déçue tout de même. D’un autre côté, Morishita était mue par un désir de gagner à tout prix. Ce fut ensuite le match des garçons et nous finîmes sur une partie mixte.

Morishita — Passons au jeu suivant ! Au suivant !

Elle voulait encore jouer, mais je préférai dire ce qui me tracassait depuis un moment.

Moi — N’est-ce pas le moment pour Yamamura de se joindre à nous ?

Yamamura — …Non, ça ira.

Elle regardait dans le vide depuis tout à l’heure, distraite et apathique. J’avais espéré que jouer aux cartes l’égayerait, mais peut-être était-ce trop demander.

Hiyori — Yamamura-san, tu ne veux pas venir ? C’est amusant.

À ce moment-là, Hiyori tenta de l’inviter également.

Hiyori — Allez, viens jouer avec nous.

Incapable de refuser face au comportement avenant de Hiyori, Yamamura accepta à contrecœur. Mais dès que le jeu commença, des problèmes inattendus firent leur apparition.

Yamamura — Heu, c’est mon tour…

— Oups, désolée, Yamashita-senpai. Vas-y, prend ta carte.

Sa voisine avait failli passer son tour en plus d’avoir écorché son prénom. Elle ne daigna même pas la corriger. Nous étions de même tous assis en cercle en plus alors difficile de ne pas faire attention.

Peut-être qu’elle avait évité le jeu de cartes parce qu’elle craignait que cela arrive. Une seule erreur pouvait être pardonnée, mais quand cela se répétait, c’était visible même pour moi, qui observais depuis les coulisses.

La présence de Yamamura est-elle vraiment si effacée ?

Je connaissais ses compétences en filature depuis un moment, mais c’était habituellement impossible de la repérer à l’œil nu. Cependant, c’était différent lorsque je la regardais consciemment. Etais-ce parce que j’étais attentif à Yamamura ou parce que les autres ne faisaient pas attention à elle ?

Il fallait que je demande à quelqu’un dès que l’occasion se présente.

4

J’étais sur le chemin du retour. En regardant mon téléphone, je me rendis compte qu’il était déjà assez tard. Il restait seulement environ vingt minutes avant l’extinction des feux.

— C’était génial ! Mais pourquoi ça sent aussi bon chez les filles ?

— Exact ! Et Tsubaki-san est mignonne, pas vrai ?

— Vraiment ? Tsubaki te plait ?

Les seconde ne pouvaient contenir leur excitation lors de leur première visite dans une chambre de filles.

Hashimoto — On dirait qu’ils se sont amusés.

Voyant les kôhais excités, Hashimoto semblait satisfait. Mais l’instant d’après, le sourire disparut de son visage. Il eut une mine sérieuse.

Hashimoto — Rentrez en premier les gars. Ayanokôji, t’as une minute ?

 Ils obéirent et retournèrent au dortoir.

Moi — Qu’est-ce qui ne va pas ?

Hashimoto — Avant que tu n’ailles dormir. Du nouveau sur Sakayanagi ?

Moi — Désolé de te décevoir, mais il n’y a rien.

Hashimoto — Tu as vu Sakayanagi aujourd’hui, non ?

En effet, j’avais rencontré Sakayanagi le matin. Qu’il le sache ou non ne changeait rien et je savais déjà quoi lui répondre.

Moi — J’ai mis un peu de pression, mais c’est Sakayanagi. Honnêtement, je ne pouvais pas en tirer grand-chose. Tu sais qu’elle est coriace.

Quoi que je dise, il allait rester méfiant. J’ai donc continué à parler calmement.

Moi — De plus, je n’avais pas le temps de parler plus longtemps.

J’intégrai une excuse subtile pour éviter de trop aborder le sujet.

Hashimoto — Je vois. De toute façon, ça ne change rien au résultat.

Il pouvait voir la chose de lui-même.

Hashimoto — Les chances de victoire de Sakayanagi et Ryuuen ont été fortement réduites. C’est une fin amère pour un camp décevant.  

Le groupe de Sakayanagi a eu cinq victoires et sept défaites en douze matchs. Le groupe de Ryuuen a eu trois victoires et neuf défaites en douze matchs. À moins qu’il n’y ait un grand bouleversement lors des sept matchs du jour suivant, leurs chances de se classer sur le podium étaient nulles.

Hashimoto — Eh bien, je suppose qu’ils ont abandonné. Ces deux-là ne se sont présentés à aucun des ateliers. Ils n’avaient probablement pas l’intention de jouer le jeu.

Moi — Sûrement. Mais tu m’as l’air dubitatif.

Hashimoto — Logique. Je trouve leur attitude bizarre.

Hashimoto était naturellement méfiant. Les deux groupes ne se mettaient aucunement en valeur. Sa prudence était compréhensible, mais c’était une inquiétude inutile. Ryuuen valorisait les points privés, mais comme annoncé au préalable, les points disponibles à ce camp étaient spéciaux. Ils étaient limités au shopping. Bien sûr, il était toujours bon de les avoir, mais on pouvait comprendre que ça n’attire pas. D’un point de vue informationnel, être libre dans ce camp pouvait aussi être intéressant.

Il faut garder un œil sur Sakayanagi pour le moment. D’un autre côté, sachant qu’elle a perdu lors de l’examen spécial de survie et d’élimination, elle devait profiter de ce camp pour se changer les idées et cicatriser ses blessures. Hashimoto était en réalité loin d’être calme au fond même s’il montrait le contraire. Il ne pouvait cacher son impatience.

Hashimoto — Je m’attendais à ce que Sakayanagi me harcèle, mais…

Elle aurait en effet pu tenter de l’expulser dans ce camp tranquille.

Hashimoto — Ce n’est pas comme si Toyohashi et les autres seconde pouvaient être controlés par Sakayanagi, n’est-ce pas ?

Il ne l’avait pas dit, mais la première chose que Hashimoto avait faite était d’aller voir les kôhais pour empêcher probablement que l’information se répande.

Hashimoto — Est-ce qu’elle a pu placer un espion avant la formation de notre groupe ?

Moi — Tu connais mieux que moi le sujet, non ?

Bien avant le camp, les kôhais avaient commencé à se mobiliser comme les « jambes » de Sakayanagi peu après leur entrée à l’école.

Hashimoto — Elle n’avait pas fait de négociations directes avec. J’étais celui qui interagissait avec les seconde prometteurs. Mais on sait jamais.

Il tentait désespérément de maintenir son sourire, mais il forçait trop.

Moi — Pas facile d’expulser quelqu’un, sauf en cas d’examen spécial.

Je tentai de le calmer un peu, mais même si mes mots l’atteignaient, il ne pouvait pas les digérer pleinement.

Hashimoto — Je sais, je sais, mais… c’est Sakayanagi. Je ne peux pas nier la possibilité qu’elle puisse faire quelque chose que je ne peux pas imaginer.

Après avoir dit cela, il s’arrêta, réalisant peut-être qu’il était dans une impasse.

Hashimoto — Arrêtons. Je devrais oublier Sakayanagi pour l’instant.

Moi — C’est mieux ainsi.

Hashimoto prit une profonde inspiration, gonflant ses joues avec de l’air, et expira fortement pour réguler sa respiration.

Hashimoto — Bon, je vais passer aux toilettes du hall avant de revenir. Tu peux entrer sans moi.

Moi — C’est bientôt l’extinction des feux. Ne tarde pas trop.

Hashimoto — Oui.

A-t-il du mal avec les toilettes du dortoir ?

Ou a-t-il un autre objectif en tête ?

Quoi qu’il en soit, Hashimoto entra dans les toilettes vides du hall.


[1] Pour que l’argile sèche et se durcisse, il faut qu’il soit exposé à de hautes températures dans un four.

[2] Ryuuen a interprété le terme « réconforter » [注 番] qui peut avoir un autre sens.

[3] 《裸の王》 D’après « Les Habits neufs de l’empereur » de Christian Andersen. Se réfère à quelqu’un en position de pouvoir étant dans le déni ou inconscient de ses propres défauts ou erreurs, pendant que les autres s’abstiennent de le pointer du doigt.

[4] 《パイセン》Paisen, une manière irrespectueuse de dire senpai. C’est du verlan.

[5] Seiza, une position où l’on s’assoit sur ses talons avec les jambes pliées sous les cuisses et les fesses reposant sur les talons, en gardant le dos droit.

[6] Il faut se débarrasser de toutes ses cartes pour gagner. Le dernier à détenir le pouilleux, c’est-à-dire le valet de pique, a perdu.

[7] C’est intentionnel. Elle parle de cette manière.

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