CLASSROOM V7,5 : BONUS

Histoires courtes vol.7,5

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Traduction : Nova et Raitei
Correction : Raitei et Nova
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Karuizawa la Cupidon ! (Karuizawa)

En direct du 25 décembre. Le double-rencard avait débuté. Moi, Karuizawa, dans le but de répondre à la demande de Satô, avais décidé de m’équiper de l’arc de l’amour ! Cette arme magique permettait de rendre amoureux n’importe quelle personne touchée. Satô tentait d’animer la conversation avec Ayanokôji mais sembla en grande difficulté. Ainsi volai-je à sa rescousse, en m’incrustant dans la discussion telle la petite dame sympathique du quartier.

Moi —  Hé, vous avez vraiment l’air d’aller très bien ensemble, tous les deux. On vous l’a jamais dit ? 

Satô —  V-Vraiment ? 

Moi —  Franchement, en voyant comme ça, vous avez vraiment l’air d’un petit couple d’amoureux qui passe leur Noël ensemble !

J’insistai sur comment ils formaient une bonne paire. Kiyotaka, d’une perspicacité qui me dépassait totalement, avait l’air totalement ignorant en la matière ; pourtant, il fallait qu’il se rende compte de comment son entourage le percevait dans cette situation.

Satô —  Héhéhé. C’est un peu embarrassant. Tu trouves pas, Ayanokôji-kun? C’est vrai que comme ça, on a l’air d’être un couple. 

Ayanokôji —  …Sans doute, oui. 

Kiyotaka répondit de façon tellement désintéressée. Non mais sérieux, « sans doute » quoi ! Hahaha c’est cool… Enfin non, ce ne sont pas des pensées dignes d’un Cupidon voyons !

Moi —  Mais sérieusement, vous deux, vous ne sortez vraiment pas encore ensemble ? J’suis sûre qu’il s’est déjà passé des trucs entre vous~. 

Prenant sur moi, je jouai le jeu et relança le sujet.

Satô —  N-N-Non. Pas du tout. On a pas encore ce genre de relation ! 

Tout en démentant, Satô observa discrètement la réaction de Kiyotaka. Mais, hélas, il resta de marbre, rendant impossible de savoir s’il cette remarque le rendait ou non heureux. Cela aurait pourtant été un indice important.

Moi —  Heeh ? Sérieusement ? Si vous cachez quelque chose tous les deux, autant le dire tout de suite, car ça saute un peu les yeux. 

Malgré mon insistance, Kiyotaka ne se montra pas vraiment plus démonstratif. Peut-être que je devais être un peu plus directe !

Moi —  En parlant de ça, Satô-san, tu n’as pas de petit-ami en ce moment, non ? 

Satô —  E-en effet. 

Cette fois je n’avais pas tourné autour du pot. Mais non, toujours aucune réaction de sa part ! On aurait dit qu’il n’avait même pas conscience de pourquoi il était là, qu’il était en rendez-vous avec une fille… Bon, après la journée venait à peine de commencer, peut-être qu’on devait y aller plus progressivement.

Moi —  On va rester un peu tous les deux, alors faites de même et ne vous souciez pas de nous, okay ? 

Je pris la décision de la laisser un peu seuls. Tout en étant avec Yousuke, je suivais discrètement ce qu’ils disaient. Enfin, « ce qu’ils disaient »… j’attendis un petit moment mais ça ne décollait vraiment pas. Est-ce que Satô était nerveuse au point de ne pas savoir de quoi parler ? Ou alors attendait-elle que Kiyotaka fasse le premier pas ?  Si c’était la deuxième option alors elle pouvait attendre longtemps ! En tout cas, là, comme ça, il ne semblait pas disposé à faire plus d’efforts que d’habitude. Rhaaa, pas le choix, je devais intervenir. Je lançai un regard désespéré à Kiyotaka et, comme s’il l’avait senti, il me regarda à son tour et nos yeux se mirent à communiquer.

Satô —  Tu es plutôt silencieux. Tu aimes bien te la jouer mec calme, c’est ça ? 

Ayanokôji — C’est pas comme si je jouais un rôle ou un truc comme ça. C’est juste que je ne suis pas bien habitué à ça. Ces gens qui trouvent toujours quoi dire me fascinent.

Je pense qu’il était sincère. C’était ce que son regard me laissait transparaître en tout cas.

Karuizawa —  Satô-san, ça ne serait pas juste que Ayanokôji-kun ne sait pas vraiment de quoi parler ? 

Ainsi je lâchai une de mes flèches ! Si celle-ci faisait son travail, alors il allait tomber amoureux de moi. Et oui, j’étais bien décidée à tout faire pour que cette flèche touche Kiyotaka !

Un cœur apaisé (Karuizawa)

Moi —  Si je te disais que…… j’allais rompre avec Yousuke-kun… Est-ce que je te serais toujours autant utile ? 

Si quelqu’un m’avait dit, quelques mois auparavant, que cette idée allait ne serait-ce que m’effleurer la tête… Je ne l’aurais simplement pas cru.

Ayanokôji —  Je suis sûr que tout le monde sera surpris d’apprendre ça, quand le 3e trimestre va commencer. 

Ne sachant pas trop quoi répondre, je répondis brièvement.

Moi —  Je suppose… Oui. 

Toutes les filles allaient sûrement se l’arracher une fois que Yousuke allait être libre !

Ayanokôji —  Est-ce que tu penses qu’il va direct sortir avec quelqu’un d’autre ?  

Moi —  Même si tu me le demandes, je ne connais pas Yousu… Non, ce n’est pas comme si je connaissais bien Hirata-kun. Mais c’est vrai qu’il a un certain côté très cool, un peu comme toi, Kiyotaka. Peut-être qu’il n’est pas du tout intéressé par ça pour l’instant. Mais, une chose est sûre : tant qu’il est avec moi, il sera prisonnier et ne pourra pas faire ce qu’il veut.

J’avais changé ma façon de l’appeler. Après tout, même si c’était pour de faux, nous allions officiellement rompre. Je ne pouvais donc plus l’appeler « Yousuke », sinon les autres filles allaient trouver ça louche.

Ayanokôji — Donc ce sera de nouveau « Hirata » pour lui, désormais. Tu vas changer pour moi aussi, du coup ?  

Je ne m’en étais même pas rendu compte mais il était vrai que j’avais  commencé à l’appeler par son prénom. Kiyotaka demandait donc tout naturellement si j’allais pour lui aussi revenir au nom de famille.

Moi —  Ahh je vois. Tu préfères que je change aussi ? 

Ayanokôji —  Pas vraiment. Tu es libre de m’appeler comme tu veux. 

Après une toute petite pause, il ajouta.

Ayanokôji —  C’est peut-être là une bonne opportunité. 

Kiyotaka ne semblait pas contre le fait que je l’appelle par son prénom. Mais, tout d’un coup, une chose que j’avais l’impression d’avoir toujours attendue se réalisa.

Ayanokôji —  Je vais donc t’appeler « Kei », à partir de maintenant !

Je vais donc t’appeler « Kei », à partir de maintenant. Je vais donc t’appeler « Kei », à partir de maintenant. Je vais donc t’appeler « Kei », à partir de maintenant… Ces mots raisonnèrent en boucle dans ma tête. Comme des paroles sacrées. Aaaaaaaaaaaaaaaah~ Une flèche avait été lancée. En théorie c’était celle commanditée par Satô à destination de Kiyotaka mais…

Moi —  Bam !!!

Ce fût mon cœur qui fut transpercé !!!

Ayanokôji — « Bam » ?

Kyotaka répéta ce son que j’avais lâché, sans faire exprès.

Moi —  C-c-c-c’est rien ! Et pourquoi, Kiyotaka, tu m’appellerais par mon prénom tout d’un coup !? 

Ayanokôji —  N’est-ce pas un peu étrange que tu m’appelles par mon prénom sans que ce ne soit réciproque ?

Non, non, non !!! Il avait peut-être raison mais il aurait quand même pu prévenir avant ! Mon cœur battait tellement la chamade, je me demandais même si Kiyotaka n’entendait pas. Mais il continua, l’air de rien.

Ayanokôji —  Ah au fait, juste pour éclaircir les choses… Celle qui a eu l’idée d’organiser ce double rendez-vous c’est Satô, c’est ça ? 

Alors il avait déjà remarqué toute cette mascarade. On parlait de Kiyotaka après tout ! 

Moi —  Q-qu’est-ce que tu veux dire par « organiser » ? 

Je jouai le jeu encore un petit peu, histoire de.

Ayanokôji —  Autant toi tu as été à peu près crédible, malgré quelques erreurs par-ci par-là, autant Satô c’était une catastrophe.

Moi —  Ahh… Comme je m’y attendais, tu t’en es aperçu ! Moi aussi, je trouvais que Satô-san avait l’air bien trop suspecte.

Bon, je réussis enfin à me calmer un petit peu et récupérer mes moyens.

Ayanokôji —  Ah, au fait, tiens. C’est ton cadeau de Noël de ma part. 

Moi —  Ehh ? Sérieusement ? 

Ni une ni deux, me cœur s’emballa de nouveau et fut prêt à exploser en mille morceaux !

Ayanokôji —  Non, je déconne. 

Moi —  Huh ? Tu cherches à t’faire tapper, c’est ça ? 

Je redescendis rapidement. Est-ce qu’il prenait plaisir à me taquiner ?

Moi —  Pour être exact, c’est juste un cadeau normal. Bon, je crois pas que ça te sera d’une grande utilité maintenant… 

Karuizawa —  Attends, c’est quoi ce sac de pharmacie ? Tu te fous de moi ? 

Comme si j’allais être contente de ça, sérieusement ! Et il n’y avait parfaitement aucune surprise : le contenu du sac fut ce que l’extérieur laissait présager.

Moi —  Des médicaments contre le rhume et un reçu…?

Aaah, quelle fausse joie !! Néanmoins, d’un coup, je me demandai pourquoi est-ce qu’il me donnait ça.

Ayanokôji —  Le reçu ne fait pas partie du cadeau. Jette-le simplement, s’il te plait. 

Le fait qu’il me dise ça eut paradoxalement comme effet de piquer ma curiosité. Ainsi j’y jetai un œil et eut un début d’explication.

Moi —  Hey, mais c’est indiqué 10h55 le 23…

Cela n’avait pas été acheté le jour-même. Forcément. On achète ce genre de médicaments quand on en a besoin immédiatement.

Ayanokôji —  Sur le chemin du retour, après t’avoir acheté ça, je t’ai aperçue de loin avec Satô au centre commercial Keyaki. C’est là que j’ai compris que vous prépariez quelque chose toutes les deux. Je m’étais dit que tu avais dû attraper froid, mais il semblait que je m’étais inquiété pour rien, finalement. 

Moi —  Donc si tu ne m’as jamais contacté pour voir si j’allais bien… 

En fait ce n’était pas qu’il s’en fichait de moi ou quoi…

Ayanokôji — C’est que j’avais pu constater de moi-même que tu allais très bien, ne t’ayant pas vu avec un masque.

Q-quoi ? Décidément je ne su quoi dire.

Moi —  S-si tu t’inquiétais pour moi… au lieu de faire toutes ces choses en cachette, de façon détournée, tu aurais dû simplement aller me voir, ou me passer un coup de fil… Ça aurait été bien plus simple ! 

Ayanokôji —  Je ne pouvais pas juste te visiter dans ta chambre, ça aurait été suspect. Et te contacter par téléphone n’aurait pas été mieux, tu es toujours du genre à faire comme si tout allait bien même quand ce n’est pas le cas. 

Si gênant ! Ma seule envie était de dissimuler mon visage rougissant.

Alors cela voulait dire que Kiyotaka pensait à moi. Aaaaaaaaaaaaaaaah !!!! Mon cœur avait lâché, c’était officiel. Et là je dû me rendre à l’évidence : mon cœur, il l’avait dérobé.  En plein dans cet endroit je fus frappée par la flèche de l’amour. Et je ne pouvais pas retirer cette flèche. Tomber amoureuse de quelqu’un qui me maltraitait à moitié… Était-ce là l’attitude d’une personne saine ? Mais il était trop tard, le pouvoir de la flèche était bien trop fort.

Sans complexe désormais, je pu affirmer que j’étais, tout simplement, amoureuse de Kiyotaka !

—-Le calme avant la bataille. (Ryuuen)—-

La cloche du nouvel an retentit pour la 108ème fois à la télévision. La légende veut que ce soit pour se purifier afin d’accueillir la nouvelle année dans de bonnes conditions. Balivernes. Comme si les gens allaient du jour au lendemain oublier leurs vices grâce à un coup de cloche. Et plus vous les masquez, plus ils grossissent jusqu’à totalement noircir votre cœur.

Tiens ? Un appel inconnu. Comme pour tuer l’ennui, je décidai de décrocher.

—  Bonne année ! Alors tu étais réveillé.

Une voix de fille qui m’était bien familière.

Moi —  Je ne m’attendais pas à ce que tu me contactes si tôt en cette nouvelle année, Sakayanagi !  

Sakayanagi — Tu fais quoi ? Ça te dirait qu’on se voit un petit peu là ?

Moi —  Serait-ce un rencard ? Kuku. Je t’attends dans ma chambre alors !

Sakayanagi — On se donne rendez-vous dans une demi-heure près du distributeur automatique à l’extérieur du dortoir.

Elle ignora totalement ce que je venais de dire. 

Moi —  Ça marche, j’avais du temps à perdre de toute façon.

Une fois qu’on raccrocha, je jetai mon téléphone sur le lit.

En temps normal je l’aurais sûrement snobée. Mais, là, les circonstances étaient différentes. Je savais plus ou moins de quoi elle voulait me parler mais je tenais tout de même à confirmer tout ça. Une fois l’heure du rendez-vous approchant, je sortis de ma chambre. Je finis par rapidement sortir du dortoir. À peine arrivé au lieu convenu, elle m’appela immédiatement, toujours accompagnée de ce bruit de canne.

Sakayanagi — Tu as 10 minutes de retard.

Elle me dit ça de façon totalement neutre, ni énervée ni joyeuse.

Moi —  Kuku. Estime-toi heureuse que je sois venu déjà !

Sakayanagi — Ne t’en fais pas, ce n’est pas grave.

10 minutes c’était bien trop gentil. J’aurais dû la faire attendre bien plus longtemps dans le froid.

Moi —  Mais ne sommes-nous pas un peu nombreux pour un rendez-vous nocturne en amoureux ?

Aux côtés de Sakayanagi se tenaient Kitou, Hasimoto et Kamura, ce gars qui avait toujours l’air endormi.

Moi —  Un rencard c’est deux personnes, juste pour rappel.

Sakayanagi — Haha. Comme si j’allais venir à ta rencontre toute seule aussi tardivement dans la nuit. Je ne suis pas sotte.

Je prenais ça comme un compliment ! Je m’approchai alors légèrement d’elle. Jusqu’à ce que Kitou lui-même face un pas en avant, comme pour tacitement me mettre une certaine pression. Était-il son chevalier blanc ? Il n’en avait pas vraiment le charisme en tout cas. 

Sakayanagi — On dirait que tu as été bien amoché. Je distingue quelques cicatrices çà et là !

Moi —  Alors tu t’inquiéterais pour moi ?

Sakayanagi — Donc tu ne démens pas ?

Moi —   Démentir ? Voyons, ce ne serait pas crédible !

Cela faisait déjà une semaine que j’avais affronté Ayanokôji sur le toit. Le gros de mes blessures avait cicatrisé mais il en restait encore pas mal d’apparentes. Après tout je n’avais pas simplement fait une chute de l’escalier, donc il fallait s’y attendre ! En déduire que je m’étais battu tombait sous le sens: il n’y avait qu’à mater nos têtes à Ishizaki et moi pour s’en rendre compte.  Mais elle avait d’ailleurs l’air d’en savoir bien plus qu’elle ne le disait ; cela ne me surprenait pas d’elle mais, quand même, j’étais curieux de savoir comment.

Hashimoto — Dis-donc, t’as quand même l’air d’avoir pris une sacrée raclée, toi qui est si fort !

Ainsi les moqueries de bas étage commencèrent.

Sakayanagi — Était-ce bon pour toi de sortir dans cet état ?

Moi —  Merci de t’inquiéter pour moi mais je ne veux pas entendre ça de quelqu’un dont les jambes fonctionnent à peine.

Sakayanagi — Haha, bien vu !

Elle ne sembla pas du tout atteinte par ma réplique. Néanmoins, il y avait bien entendu autre chose qu’elle voulait savoir.

Moi — Si tu veux je peux t’expliquer concrètement comment je me suis blessé… Et t’en donner un petit avant-goût !

 Ni une ni deux, ses chers gardes du corps, Kitou et Hashimoto, se retournèrent vers moi.

Sakayanagi — Pour quelqu’un qui est seul, sans ses acolytes, je te trouve bien audacieux.

Elle voulait certainement parler d’Ishizaki, Albert et toute ma clique.

Moi — Qu’ils soient là ou pas ne change rien. Ce n’est pas comme si je dépendais d’eux !

Je fis un pas en avant, de même que Kitou. Ce dernier sembla s’échauffer et pris une posture combative.

Hashimoto — Bon, on arrête ! Pour l’instant personne n’a rien à gagner à combattre ici.

Hashimoto coupa donc court à toute tentative de bagarre.

Sakayanagi — Oui, revenons-en à nos moutons. Si je t’ai appelé ici c’était pour te demander quelque chose. Et quel meilleur moment que quand il n’y a absolument personne ?

Disons que le soir du 31 décembre, au nouvel an, l’ambiance était un peu singulière dans le petit monde de notre lycée. Même la supérette normalement ouverte 24h/24 était fermée, donc le nombre de gens dehors était drastiquement réduit. La plupart des élèves, quand ils ne dormaient pas, étaient entre amis en train de suivre la nouvelle année à la télé. Autrement dit, on avait le champ totalement libre.

Sakayanagi — Le bruit court que tu aurais perdu ton siège de leader de la classe C.

Moi — J’étais sûr que tu voudrais confirmer ça tôt ou tard.

Sakayanagi — Alors c’est vrai ?

Moi — Peut-être bien ?

Sakayanagi — Tu as admis bien vite. Alors qu’à part tes blessures, personne n’a été témoin de ce qui s’est passé.

Sakayanagi me fixait avec un regard inquisiteur. À propos d’elle, j’en étais arrivé à la conclusion suivante : pas moyen qu’elle sache quelque chose à propos d’Ayanokôji. Avec qui je m’étais battu, par qui j’avais été vaincu… Je me disais que ça ne l’intéressait pas vraiment.

Moi — Pourquoi mentir ? Kuku.

Sakayanagi — Qui sait ?

Cela restait étrange. Comme je disais plus tôt elle donnait l’air d’en savoir bien plus. Ayanokôji ne l’avait pas dit clairement mas avait-il déjà attiré son attention ? Si oui, à quand cela remontait-il ? Certainement avant l’épisode du toit, mais elle n’avait pas exprimé son intérêt pour lui très clairement.  Elle n’avait pas exprimé son intérêt pour lui clairement mais enquêtait dessus l’air de rien. J’en arrivai donc à une conclusion : elle et lui étaient liés bien avant le lycée même. Donc ce qu’elle voulait savoir précisément était si j’avais perdu contre Ayanokôji. Intéressant, même très intéressant.

Moi — Si tu perdais contre quelqu’un, l’admettrais-tu, Sakayanagi ?

Sakayanagi — Je ne sais pas puisque ça me paraît bien improbable déjà.

Cette réponse. Du Sakayanagi tout craché.

Sakayanagi — Néanmoins, si j’étais vaincue par quelqu’un, tu me demandes vraiment si j’irai le crier sur tous les toits ?

Moi — Kukuku. Tu es tellement fière !

Sakayanagi — Une vie sans fierté serait sacrément difficile, non ? 

Moi — Au contraire, je trouve que c’est une fois détaché de ce carcan que la vie prend tout son sens !

Kamuro — Hé, au final on aurait pas pu parler de ça au téléphone ?

Kamuro, jusqu’ici resté silencieux, intervint.

Sakayanagi — La vérité ne peut être perçue que dans le cadre d’une discussion réelle, en face à face. Particulièrement quand l’autre personne est un menteur professionnel.

Kamuro — Je vois. Dans ce cas, on ferait mieux de faire vite !

On dirait bien que ses esclaves avaient la vie dure. Obligés d’être congelés pour lui faire plaisir ! C’était ce que disait le corps tremblotant de Kamuro.

Sakayanagi — À force de jouer les tyrans, tes subordonnés se sont retournés contre toi.

Puis elle prit un ton faussement naïf.

Sakayanagi — Je trouve ça vraiment incroyable !

Moi — Pas tant que ça, il se serait passé autre chose sinon ?

Sakayanagi — Je ne sais pas, c’est bien pour ça que je suis là.

Moi — Me voir en réel pour avoir la vérité, hein ?

Sakayanagi — Peut-être.

Elle continuait de me sonder. Puisqu’elle jouait à ce petit jeu, je n’avais pas l’intention de faire la moindre référence à Ayanokôji.

Moi — Je n’ai plus l’intention de lever le petit doigt pour quoi que ce soit dans cette école.

Hashimoto — T’es sérieux ?

Hashimoto réagit même avant Sakayanagi.

Sakayanagi — Il aurait tort de s’en priver. Il avait conclu un contrat avec Katsuragi-kun ; au programme, la classe A qui lui transfert des points tous les mois ! Alors il peut même se tourner les pouces dès maintenant, ce n’est pas un problème pour lui.

Moi — Tout à fait. Je me contenterai de vous admirer, popcorn à la main !

Sakayanagi — Toutefois il n’existe aucune garantie absolue. Je veux dire, si pour une raison X ou Y tu devais sacrifier des points privés, ta montée en classe A pourrait s’en retrouver perturbée.

En traduisant : « Ne fais pas trop le fou, à tout moment je peux détruire ta petite stratégie ».

Sakayanagi — Mais, pour l’instant, fais comme tu le veux. J’avais d’abord prévu de m’occuper de la classe B, la C devra attendre un petit peu.

Moi — C’est toi qui vois !

Alors les informations d’Ayanokôji étaient vraies, Sakayanagi avait prévu une offensive contre la classe B. L’avenir de ces deux classes m’importait peu, mais en tant que spectateur cela avait un côté assez divertissant.

Moi — Bref, si vous n’avez pas l’intention de vous battre, je crois que je vais y aller.

Sakayanagi — C’était court mais c’était amusant ! Merci pour ton discours de looser !

Je m’apprêtai à partir mais, à la dernière seconde, j’ajoutai quelque chose.

Moi — Sakayanagi, tu devrais garder à l’esprit que la victoire est loin de t’être acquise également.

Sakayanagi — Si tu comptes m’apprendre la défaite alors je t’attends quand tu veux !

Je n’avais plus aucun intérêt pour cette lutte des classes. Toutefois, si elle me défiait individuellement, c’était une autre affaire. Aaah, si je n’avais pas eu mes précieux acolytes en jeu, je lui aurais déjà appris la vie. 

———Pensées troubles. (Ibuki)——

Le 23 décembre était officiellement le premier jour des vacances d’hiver. Je me rendis donc au cinéma, tout en sachant que ça allait être rempli de couples à cause de l’ambiance de noël. J’avais croisé Ryuuen ce matin-là : quand je l’avais laissé, il était décidé à quitter le lycée. À la base je ne comptais pas sortir de ma chambre de la journée, jusqu’à ce que cet imbécile d’Ishizaki m’envoie un SMS disant « Ryuuen-san a changé d’avis !! ».

Les garçons se vantaient de comment ils avaient réussi à le faire changer d’avis. Comme si Ryuuen, si déterminé, s’était dit « Haaa, Ishizaki et les autres m’ont convaincu !! ». Bref, il y avait sûrement autre chose, et cela avait probablement un lien avec Ayanokôji Kiyotaka. J’en étais persuadée. Mais les pensées m’inondaient la tête, j’avais besoin de sortir de ma chambre et de me changer les idées.

Puis je m’étais souvenue de ce film que je n’avais pas encore vu, et il ne lui restait plus beaucoup de temps en salle. Je réservai donc ma place et me rendis ensuite au centre commercial Keyaki.  J’arrivai pile poil au moment où le film commençait et, dans l’obscurité, tentai de gagner mon siège. Une fois assise, je voulu m’appuyer sur l’accoudoir de mon siège, avant de sentir le bras de quelqu’un d’autre. Je jetai un œil à mon voisin. Erreur fatale.

Moi — Geh…

Parmi tous les gens possibles, il avait fallu que je tombe justement sur LA personne que je ne voulais pas rencontrer. Oui, sur Ayanokôji, cette personne à cause de qui je me torturais autant l’esprit. Derrière ses airs stupides c’était donc l’élève qui tenait sa classe dans l’ombre. Non seulement il était d’une intelligence rare mais en plus ses capacités de combat dépassaient l’entendement : il surpassait Ryuuen et Albert de très loin. 

Ayanokôji — C’est juste une coïncidence.

Voici ce qu’il me dit. Une coïncidence dont je me serais bien passée.  J’avais presque envide de dégueuler ! Pourquoi avait-t-il fallu que ce soit lui ? Déjà je repensais à cette fois, pendant les vacances d’été, où nous fûmes bloqués ensemble dans l’ascenseur. Depuis ce jour il m’avait bien menée en bateau, c’était frustrant. Sérieusement, le considérer tout ce temps comme un idiot sans me douter de rien… Bref, notre situation actuelle me faisait penser à l’épisode de l’ascenseur : nous deux, bloqués dans un lieu clos.

J’essayai de me concentrer sur le film, mais en réalité j’étais à peine en train de suivre. Je n’avais qu’une envie, c’était de partir. Mais justement, je ne voulais pas donner l’impression de m’enfuir, ah ça non. J’étais bien décidée à rester jusqu’au bout du film, et ensuite m’en aller. Enfin, tel fut mon programme, mais tout ne se passa pas comme prévu !

—–Une nouvelle expérience (Karuizawa)——

Une vaste étendue d’eau. Voilà ce que j’observais depuis cette île déserte où l’on m’avait abandonnée.

Moi — Aaah……Ils sont tous partis…

Je regardais le bateau de croisière partir au loin et se faire de plus en plus petit ne se souciant en aucun cas de ma personne. Ces vacances d’été, c’était vraiment quelque chose d’incroyable. Pour être honnête je ne savais pas ce que j’allais faire désormais. En effet, j’étais encerclée par les flots, ne pouvant entrevoir aucune échappatoire. Je n’avais aucun moyen de transport ni téléphone à ma disposition. Qui plus est j’étais en maillot de bain alors les nuits allaient être très froides

Mais bizarrement je n’étais ni anxieuse ni en panique. Au contraire, je pensais que ce serait génial si ce moment pouvait durer pour l’éternité. Vous vous demandez sûrement pourquoi ? Eh bien c’était grâce à la personne qui était assise à côté de moi. Avec lui, je savais que j’étais en sécurité et qu’il me sauverait la mise à chaque fois.

C’était une nouvelle expérience.

C’est parce que j’étais confiante que je ne ressentais aucune anxiété.

Moi — Hey, Kiyotaka. Où sommes-nous ? Aux alentours, on ne pouvait voir que les montagnes et la mer à perte de vue. Etions-nous dans un endroit absurde telle que la Tasmanie ?

Ayanokôji — La Tasmanie n’est pas une île déserte, tu le savais au moins ? Et puis même, ce n’est pas aussi petit.

Moi — J-Je vois.

Ayanokôji — Déjà nous sommes au Japon. La montagne que tu vois au loin, c’est le Mont Fuji.

Moi — Le mont Fuji…Notre mont Fuji ???

Ayanokôji — Cela veut donc dire que nous avons encore un espoir de partir d’ici.

Moi —  C’est mort là. La seule manière de partir est de nager !

Je n’aurais pas eu la force de nager même si ce n’était pas si loin et je n’exagérais pas. A ce moment-là, un faucon prit son envol depuis l’île et se dirigea vers le mont Fuji. C’était une petite question de temps avant qu’il n’arrive là-bas.

Moi — Ce serait tellement bien si on pouvait avoir des ailes. T’imagine, juste pouvoir voler librement comme ça.

En ayant dit ça, je regardai Kiyotaka qui fixait au loin le mont Fuji. J’en profitai pour lui poser une question en toute franchise.

Moi — Ne me dis pas que tu es capable de nager jusque-là ?

Ayanokôji — Pour être honnête, il y a une très grande probabilité pour que j’atteigne la côte si je nageais seul. Si je prends en compte les chances de survie, ça aurait été une bonne idée de me lancer pendant que le soleil est toujours levé.

Moi — C-Comme je le pensais, tu es vraiment impressionnant.

Mais Kiyotaka ne sembla pas vouloir se lancer malgré tout.

Moi — Tu n’y vas pas à cause de moi ?

Ayanokôji — Quand je pense à toi Kei et au fait de te laisser seule ici, ce plan tombe à l’eau. Si la nuit tombe alors que je ne suis pas là, tu ne pourras pas te défendre si un animal sauvage t’attaque.

Moi — Désolée Kiyotaka, je te gêne à chaque fois.

Ayanokôji — Ce n’est pas vrai.

Moi — Je suis heureuse que tu me dises ça mais je veux que tu survives au moins.

Ayanokôji — Si je m’en sors seul alors tout n’aura plus de sens. Si je veux survivre, il faut que tu sois à mes côtés.

Tout mon corps commença à chauffer de plus en plus à l’intérieur.

Moi — Pourquoi tiens-tu tant à moi ?

J’avais un peu peur de connaître la réponse mais j’avais eu le courage malgré tout de lui demander. Kiyotaka me regarda droit dans les yeux et répondit sans hésitation.

Moi — C’est parce que tu es ma précieuse partenaire.

Alors que le froid s’emparait de mon corps, Kiyotaka me prit dans les bras.

C’était une nouvelle expérience.

Alors que nous étions en maillot de bain, nos corps entrèrent en contact de façon directe.

Moi — N-Non. Nous ne sommes pas CE genre de partenaires…!

J’essayais de me libérer de son étreinte mais Kiyotaka ne me laissa pas partir.

Ayanokôji — Alors toi et moi devons devenir CE genre de partenaires, tu ne penses pas ?

Moi —…….M-mais……….

Ma résistance tomba petit à petit. Je n’avais qu’une envie, c’était d’être emportée.

Ayanokôji — Kei………

Avant que je ne le réalise, je vis le visage de Kitoyaka devant le mien.

Moi — Kiyotaka………

Nous nous regardâmes droit dans les yeux et la distance entre nos deux cœurs et corps commença à diminuer. À ce moment-là…

Guuuuuuuuu~.

Vu que je n’avais rien mangé, mon ventre cria famine au pire moment possible.

Moi — !

C’était le genre de bruit qui tuerait une atmosphère romantique en un rien de temps mais Kiyotaka resta impassible alors que n’importe qui aurait pu montrer une réaction de dégoût.

Ayanokôji — Mange-ça, Kei.

Je me demande où il avait bien pu trouver ce qu’il venait de me donner.

Moi— C’est…une aubergine ?

Ayanokôji — Elle provient de cette île et elle comblera ta faim.

Moi — M-merci mais pourquoi une aubergine ? Une aubergine quoi…

Fuuuu, je venais de réaliser quelque chose. Le mont Fuji que je voyais au loin, le faucon qui vola tout à l’heure et l’aubergine… Rêver de tout ça était de bon augure pour la nouvelle année dans la culture japonaise. De plus, quand je pensais à l’aubergine, le monde autour de moi commença à changer subitement et kiyotaka, qui était près de moi était en train de disparaître.

Ayanokôji — Tu as donc enfin remarqué. Félicitations pour ce merveilleux Hatsuyume[1], Kei.

Moi — Hatsuyume………Alors c’était un bien rêve ?

Kiyotaka s’estompait de plus en plus. Quel soulagement de savoir que je n’étais pas perdue sur cette île. Mais d’un autre côté cela voulait aussi dire que cette atmosphère romantique était aussi un rêve et qu’elle allait partir.

Ce tendre baiser que j’ai failli avoir allait donc me filer entre les doigts. J’essayais d’attraper Kiyotaka mais il n’était plus là désormais. Je le vis nager avec force contre le courant. Je me retrouvai ensuite dans le ciel et en un instant, l’île déserte disparue.

Moi — Aaaaah attendez ! Mon Hatsuyume ! Mon premier baiser !

J’avais beau crié, c’était trop tard. Ma conscience revint petit à petit dans le monde réel. L’instant suivant, je vis un plafond familier, signe du retour à la routine matinale bien calme. Tellement calme que j’en oubliais la panique de mon rêve.

Mais mon cœur battait vite.

Moi — Non, non……Hey ! Mon moi, pourquoi es-tu si désespéré d’avoir un baiser de sa part !?

Dans la réalité, j’étais toujours impassible et je n’étais pas du genre à embrasser quelqu’un aussi facilement même avec le garçon que j’aimais.

 Je n’étais donc du genre pas à forcer comme ça.

Mais même si ce n’était qu’un rêve, il y avait tout de même des limites aux fantaisies et sans exagérer c’était le rêve le plus fou que j’avais fait dans ma vie.

Jamais je n’aurais pensé faire ce genre de rêve pour mon Hatsuyume.

Moi — Hatsuyume, huh…….

Est-ce que mon Hatsuyume deviendrait un Masayume[2] ?………Pas possible hein ? En tout cas il fallait que je garde ce rêve embarrassant pour moi.


[1] Désigne le premier rêve de la nouvelle année. Superstition qui prédit la chance du rêveur l’année qui suit. Il serait de bon augure de rêver de la combinaison : Mont Fuji, Faucon et aubergine.

[2] Masayume : Rêve qui devient réalité


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Traduction de mangas/novels.