CLASSROOM Y2 V4,5 : CHAPITRE 1


Avec Ike et Komiya

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Traduction : Colonel Raclette
Correction : Raitei
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Nous étions le 4 août, le lendemain de l’examen spécial de l’île déserte. Pendant sept jours, à compter d’aujourd’hui jusqu’au 10 août, les élèves allaient passer leurs vacances sur un luxueux bateau de croisière. Cette fois, l’établissement n’avait préparé aucun examen spécial surprise comme l’an dernier avec l’examen des cibles et les groupes aux signes zodiacaux.

Le bateau disposait d’une piscine, d’une salle de sport, d’un cinéma, d’une salle de concert, de bains en plein air, d’une zone commerciale, d’un café avec une terrasse et de diverses installations pour le divertissement. Autrement dit, à partir d’aujourd’hui, j’avais le droit de profiter de tout ça.

Et où étais-je donc, en ce premier jour tant attendu ? Dans ma cabine en collocation avec quatre personnes, me prélassant confortablement avec mon téléphone dans les mains. Il n’y avait pas besoin de se précipiter pour s’amuser, il est important de laisser son corps se reposer. Et contrairement au confort basique que fournissait nos dortoirs, je me laissai doucement emporter par le bien-être ultime que me procurait ce lit. Surtout après avoir vécu dans une tente pendant deux semaines, la sensation n’en était que plus jouissive.

C’était tout ce que je pouvais dire pour ce premier jour. Sur la base des résultats de l’examen de l’île, les points de classe pour le mois d’août avaient été annoncés.  Normalement, l’annonce aurait dû être faite le premier jour du mois, mais nous étions sur l’île alors l’annonce avait été retardée jusqu’à maintenant. Pour les élèves, le premier réflexe fut de regarder cela.  Même si le classement individuel était important, les points de classe avaient un impact direct sur notre gain mensuel en points privés. Qui plus est, sans ces points, nous ne serions pas beaucoup à nous divertir sur ce bateau de croisière.

Classement des classes de première en Août

Classe A de Sakayanagi 1206 points.

Classe B de Ichinose 578 points.

Classe C de Horikita 571 points.

Classe D de Ryuuen 551 points.

Notre classe s’était hissée en classe C avec une maigre avance mais pour le coup, nous avions raté la classe B de peu. Il n’y avait pas de quoi être triste car Kôenji avait pris la première place à lui tout seul, nous faisant gagner 300 points de classe. C’était une sacrée performance de sa part et même s’il avait été jusque-là considéré comme une nuisance, les gens avaient dû changer d’opinion, sur lui. Cependant, j’étais sceptique quant à la longévité de cette nouvelle réputation. En effet nous passâmes un accord avec lui stipulant qu’on le laisserait tranquille jusqu’à l’obtention du diplôme s’il s’emparait de la première place. Si cet accord était rendu public, il en décevrait sûrement plus d’un mais c’était pour le mieux.

Si Kôenji n’avait pas obtenu les 300 points, nous aurions lutté bien plus longtemps pour remonter au classement avec une grande incertitude quant à la possibilité de réduire grandement l’écart. Maintenant que nous avions trois classes au coude-à-coude, c’était bon pour le mental. L’objectif était maintenant d’arriver en classe B et de réduire l’écart avec la classe de Sakayanagi.

Mais ce classement était tel qu’il était car aucun des élèves de la classe de Ryuuen n’avait pu entrer dans le top 3. Même si sa classe était retombée en D, en aucun cas il ne fallait la sous-estimer car l’ajout de Katsuragi à leurs forces permettait de relever leur niveau académique, leur donnant un sentiment de stabilité. Qui plus est, Ryuuen avait fait un pacte avec Sakayanagi dont je ne connaissais pas la nature. Il était possible que cela puisse changer le cours d’une future bataille.

Pour moi c’était clairement la classe la plus menaçante et elle n’allait faire que monter en puissance. Ryuuen devait éperdument se ficher d’être retombé en classe D car pour lui, ce ne devait être qu’une étape vers son ascension.

En revanche, la classe d’Ichinose s’était bien débrouillée objectivement car elle était repassée en classe B. Avec l’aide de Sakayanagi, Ichinose avait pu gagner des points. Toutefois,  la différence entre la classe B et la classe D n’était que de 27 points.  Le classement était si serré qu’il pouvait clairement changer en septembre prochain rien qu’avec des points perdus à cause de problèmes de comportement. Déjà que son anxiété devait être forte sur l’île car elle aurait pu chuter en classe D, ce classement serré ne devait pas la rassurer non plus. Cette pression était même certaine.

Le vrai combat va commencer pour toi Ichinose.

Je le pensais sincèrement car il n’y allait plus avoir de sitôt d’examen inter-années comme celui de l’île. Le prochain examen allait très probablement entre les classes de première et le futur d’Ichinose s’annonçait sombre si elle venait à chuter en classe C voire en classe D. Autrement dit, le prochain examen allait être décisif pour elle.

Hormis nos trois classes au coude-à coude, la dernière et non la moindre, la classe A, n’allait pas nous laisser réduire l’écart aussi facilement. Leur stabilité était remarquable, et même pour l’examen de l’île, elle avait pu se hisser à la troisième place, leur permettant de gagner pas mal de points de classe. Il y avait aussi bon nombre d’élèves qui excellaient individuellement et la capacité de Sakayanagi à les diriger était sans faille. Qui plus est, sa stratégie n’était pas limitée aux moyens orthodoxes, ce qui la rendait encore plus flexible dans ses plans. Sakayanagi était le leader indétrônable de la Classe A, et elle était digne de sa réputation à bien des égards.

À première vue, il semblait avoir un très grand écart entre nos deux classes, mais si on continuait sur notre lancée, il n’était pas impossible qu’on les rattrape. Il fallait guetter le bon moment et pour ce faire, il était nécessaire de briser l’élan de la classe A qui continuait à faire une échappée.

Le chemin le plus court pour ça était de faire exclure Sakayanagi, mais c’était extrêmement difficile de se débarrasser d’elle, même sans point de protection.  Plutôt que d’écraser la reine, il était plus avantageux de se focaliser sur les pions. Et pour que ce soit efficace, il fallait pour ça en éliminer beaucoup.  Si Kamuro, Hashimoto, et Kitô étaient exclus ou hors d’état de nuire, Sakayanagi serait alors limitée dans son champ d’action. Il y avait beaucoup de points d’interrogation sur Kitô, mais les deux premiers avaient des failles à exploiter. Mais laissons mon analyse des autres classes de côté pour le moment.

C’était le début officiel des vacances d’été et toutes les classes étaient en trêve.   À partir de maintenant, c’était à mon tour de profiter autant que possible. Jusqu’à il y a peu, nous étions ric-rac niveau points, mais avec l’annonce des points de classe et le paiement des points privés du mois d’août, nos comptes allaient se renflouer. Nous avions reçu 571 points de classe, soit l’équivalent de 57 100 yens[1] en points privés pour chacun d’entre nous. Nous n’avions pas obtenu de bonus parce que nous ne fûmes pas bien classés durant l’examen spécial pour obtenir des récompenses supplémentaires, mais ça restait quand même une belle somme. Surtout si on voulait profiter de ce luxueux bateau. En effet, il fallait un minimum de points privés pour profiter d’un film ou d’un repas spécifique.

Contrairement à l’année dernière, les règles étaient également devenues plus strictes car toutes les installations n’étaient pas gratuites. Bien sûr, rester enfermé dans sa cabine faisait économiser, mais si c’était pour faire ça autant rester aux dortoirs du lycée.

 *PING*

Il y eut un petit bruit, signe qu’une notification était apparue. Il s’agissait d’un message provenant de mon portable m’informant que les résultats détaillés de l’examen spécial de l’île étaient publiés dans l’aire de repos près de la salle de sport. Ils allaient rester affichés deux jours à compter d’aujourd’hui. Jusqu’à maintenant, seuls les premiers et derniers avaient été annoncés alors cela allait attirer de nombreux élèves.  Quant à moi, je n’allais pas manquer d’y jeter un d’œil afin de creuser en profondeur la situation. Cependant, il aurait été bien plus simple d’envoyer les résultats par message. Si l’établissement ne l’avait pas fait c’était probablement pour limiter les analyses des élèves. En effet, Tsukishiro avait opéré dans l’ombre, alors peut-être qu’il voulait être prudent en ne laissant aucune preuve.

Une partie de moi avait envie d’aller voir les résultats tout de suite, mais il y avait aussi la possibilité que les élèves viennent en masse alors il était plus sage d’attendre. Je décidai ainsi de me focaliser sur autre chose pour le moment. J’envoyai un message à Ichinose, lui demandant simplement si nous pouvions nous voir durant la soirée dans trois jours.  Bien sûr, elle pouvait facilement deviner que c’était pour répondre à sa déclaration. Elle aurait sûrement aimé l’entendre tout de suite, mais l’épreuve éprouvante de l’île venait de se terminer. Elle devait d’abord reprendre des forces et passer du bon temps avec ses amis. Elle n’avait pas encore l’air d’avoir vu mon message alors je verrouillai mon téléphone pour le moment, décidant de voir ce que mes colocataires, Miyamoto Soushi, Hondô Ryoutarou, et Miyake Akito, allaient faire.

Miyamoto — Hé Ryoutarou, j’ai vu que les résultats de l’examen ont été annoncés. Tu veux pas aller les voir ?

Hondô — Hmm… Je passe. Je suis dans le mal, je peux pas marcher. Pour l’instant, je veux juste rester dans mon lit.

Il ne s’agissait pas seulement d’être fatigué, mais ce lit enlevait aussi toute l’envie d’en sortir.  Tout le monde, moi y compris, se laissait avoir par la tentation du lit. Hondô, qui était particulièrement épuisé, se retourna avec difficulté sur sa gauche.

Miyamoto — Tu es comme ça depuis hier.

Hondô — Je me suis tué à la tâche le dernier jour, et j’avais vraiment faim tu sais. Mais j’avais clairement du mal à manger.

Il se mit en boule, tirant sa couverture sur la tête.  Pour l’instant, il semblait juste vouloir se reposer.  Le voyage sur le bateau de luxe allait durer une semaine. Il était sage d’attendre d’avoir repris des forces avant de faire quoi que ce soit.

Miyamoto — Miyake et Ayanokôji ? Vous voulez pas y aller ?

Akito regarda Miyamoto, tout en jouant avec son téléphone.

Miyake — J’arrive à visualiser où nous sommes positionnés. Honnêtement, avoir évité l’expulsion me suffit pour le moment. Comme Hondô, je veux me reposer pour le reste de la journée.

Il n’était pas difficile d’imaginer que Akito, s’étant retrouvé à la fois avec Haruka et Airi, avait eu beaucoup de mal à suivre en tant que seul garçon du groupe. Il avait probablement plus subi mentalement que physiquement.

Miyamoto — Au fait, Miyake, tu étais dans le même groupe que Sakura et Hasebe, pas vrai ?

Miyamoto demanda cela à Akito alors qu’il était assis sur son lit.

Miyake — Et alors ?

Miyamoto — J’étais dans un groupe de trois connards qui suaient comme des bœufs tout le temps, mais toi t’étais bien entouré ma gueule.

Miyake — Tu crois franchement que je me mettais bien ? C’était horrible ouais. J’étais tout le temps en stress. C’est vraiment plus simple d’être avec des mecs.

Chacun avait son avis sur la situation mais j’étais bien content d’être resté seul. À moins d’avoir un ami proche, il valait mieux ne pas se mélanger. Quoi qu’il en soit, maintenant que ces deux-là avaient refusé, le regard de Miyamoto se posa naturellement sur moi.  Contrairement à Hondo et Akito, j’avais récupéré une grande partie de l’énergie que j’avais perdue sur l’île en ayant passé une bonne nuit de sommeil sur ce lit. Je n’avais clairement pas récupéré à fond mais je pouvais me déplacer. Mais il n’y avait pas besoin de rusher pour aller voir les résultats. Et même si Akito n’y allait pas, quelqu’un du groupe Ayanokôji allait finir par le faire de toute manière.

Moi — J’y vais mollo aujourd’hui. Tout le monde va se précipiter pour voir le classement et je n’aime pas les foules.

*Bam, bam, bam !*

Nous nous demandâmes qui c’était mais on continua de taper fort plusieurs fois. Au vu de la force exercée sur la porte, nous avions l’impression que quelque chose de grave était arrivé. Akito se précipita pour ouvrir la porte et ce fut Ishizaki qui pointa le bout de son nez. La situation était presque tendue.

Ishizaki — Ayanokôji, on va voir les résultats ensemble !

Tous furent déconcertés, tant par son sourire que par ce qu’il avait dit. Bouche bée, Akito se retourna et me regarda.

Ayanokôji — Non, je suis…

Ishizaki — Quoi ? T’as rien de mieux à faire non ? Alors ramène-toi. 

Il entra dans la cabine et attrapa mon bras avec force alors que j’étais assis.

Miyake — Depuis quand vous êtes potes ?

Le plus surpris par la situation était Akito, qui passait beaucoup de temps avec moi au quotidien. Ishizaki, qui était dans la classe rivale, se trouvait être en plus un fauteur de trouble. Sa prudence était donc logique. Les deux autres furent aussi un peu mal à l’aise, pris de court par son apparition soudaine.

Moi — Eh bien, c’est arrivé, voilà tout…

Il n’y avait rien de plus à répondre àmais ce n’était pas satisfaisant pour Akito. La pression du sourire d’Ishizaki était si forte que j’avais décidé de décliner, tout en reculant un peu.

Moi — Je suis un peu fatigué aujourd’hui.

Ishizaki — Comment ça, t’es fatigué ? Je suis sûr que tu vas bien. Allez hop hop hop, on y va

Il n’avait pas l’air d’abandonner, comme s’il essayait de me traîner hors de la chambre sans prendre en compte mes sentiments.

Moi —…… J’ai compris. Laisse-moi me changer avant.

Ishizaki — Oh, je t’attends dans le couloir alors.

Ishizaki sortit de la chambre, satisfait de ma réponse.

Miyake — T’es vraiment du genre à attirer les gens à problème. Fais-le moi savoir si t’as besoin d’aide.

Moi — Merci. Après Ishizaki n’est pas un mauvais gars, donc ça ira.

Miyake — Ah ouais ? J’ai pas une bonne impression de lui. Il est possible que Ryuuen soit derrière tout ça. Sois prudent en tout cas.

Nous avions de multiples frictions avec la classe de Ryuuen alors ceux qui ne connaissaient pas les coulisses étaient méfiants. Ishizaki n’était pas quelqu’un de subtil et s’il avait été manipulé, ça aurait été problématique mais nous n’étions plus en examen alors je pouvais être rassuré.  Après avoir enfilé mon uniforme, j’avais levé légèrement mon bras vers Akito pour le saluer et quittai la pièce. Ishizaki m’attendait tout seul, dans le couloir.

Ishizaki — Allez, on y va…

Moi — Il n’y a pas besoin d’être si pressé, non ?

Ishizaki — Eh ? Pourquoi pas ?

Moi — Il n’y a pas besoin de se précipiter, les résultats de l’examen sont là durant deux jours. On peut les regarder plus tard, non ?

Ishizaki — Je veux les voir le plus tôt possible. Je suis du genre à mater un nouveau film dès sa sortie.

Je n’avais pas vraiment compris même avec son exemple, mais j’imaginais bien Ishizaki se rendant au cinéma avec enthousiasme le jour de la sortie.

Ishizaki — L’autre jour, je suis aussi allé voir World Supremacy 16.

Je n’avais jamais entendu parler de ce film mais ça avait l’air bien nerveux. Vu que c’était le 16ème opus, c’était une très longue saga. Mais étrangement, ça ne m’attirait pas plus que ça.

Moi — Je suis curieux de voir le rang de Ryuuen.

Ishizaki n’était pas le genre d’élèves à avoir peu d’amis. Il n’avait pas pris la peine d’inviter un élève d’une autre classe comme moi sans raison.

Moi — Je suis sûr que Ryuuen et les autres veulent voir leur classement. Pourquoi ne pas y être allé avec eux ?

J’avais demandé cela, tentant de découvrir ses véritables motivations. 

Ishizaki — Ce mec t’appelle seulement quand il a besoin de toi. S’il ne t’appelle pas, c’est qu’il a pas besoin de toi.

Moi — Oui, logique.

Ishizaki — T’as vu ? Et puis la majorité des gens est K.O.

Tout comme Akito et les autres, beaucoup cherchaient à se reposer.

Moi — Et toi Ishizaki, tu n’es pas fatigué ?

Ishizaki — Moi ? J’ai récupéré après avoir dormi.

Moi — Je vois.

Je ne m’attendais pas à recevoir une réponse aussi simple. D’autant plus qu’il n’était pas particulièrement athlétique mais peut-être qu’il récupérait plus vite que les autres. Mais je ne pense pas avoir été invité parce que je récupérais plus vite que la plupart des gens. 

Ishizaki — Ayanokôji, c’est facile de parler avec toi.

Moi — …Ah oui ?

C’était un peu surprenant vu je n’étais pas bon pour socialiser.

Ishizaki — Plus facile de parler avec toi qu’avec ce taré de Kaneda.

Je ne connaissais pas grand-chose de Kaneda, donc je ne pouvais pas vraiment me comparer. En chemin, alors nous passâmes devant une petite boutique.

Ishizaki — Wow, ils vendent des drapeaux !

Les yeux d’Ishizaki brillaient avec excitation, alors qu’il touchait à des drapeaux du monde entier. Lorsque je l’observai, je vis Ishizaki frotter l’arête de son nez avec son index.

Ishizaki — Tu sais, quand on s’était retrouvés dans la chambre d’Albert avant, il avait une collection de drapeaux. Ça m’a p’têtre marqué alors j’ai commencé à les collectionner aussi.

Ainsi il avait été emporté par la passion d’Albert. L’intérêt de collectionner les drapeaux n’était pas quelque chose de commun.

Moi — Je ne connais pas très bien Albert, mais il a l’air bien sympathique.

Ishizaki — Ouais. Il l’est. Y’avait pas mal de tension au début l’an dernier mais maintenant c’est mon meilleur pote.

En effet, je voyais souvent Ishizaki et Albert ensemble.

Moi — Du coup c’est la belle vie niveau amitié non ?

J’avais demandé ça sincèrement, mais le visage d’Ishizaki se durcit légèrement alors qu’il marchait à côté de moi.

Ishizaki — Pas vraiment. Ce n’est pas comme si j’étais populaire.

Moi — C’est parce que tu suis les ordres de Ryuuen peut-être ?

Ishizaki — Je ne sais pas mais après notre combat avec toi, j’étais devenu celui qui avait battu Ryuuen alors j’avais pris le pouvoir. Je me suis retrouvé à parler avec pas mal de gens avec qui j’avais pas d’affinité.

Il parlait à cœur ouvert et c’est vrai que la position d’Ishizaki était complexe. Il y avait plus d’un élève qui avait espéré que Ryuuen soit vaincu, et ils avaient remercié Ishizaki pour ça. Mais maintenant qu’il était redevenu le sbire de Ryuuen, il était inévitable qu’il déçoive.

Moi — J’imagine que c’est en partie ma faute. 

Ishizaki — Nah, tu n’es responsable de rien du tout. C’est nous qui avions commencé. C’est vrai que j’ai perdu des amis mais je m’en fiche, j’en ai gagné de nouveaux comme toi à la place.

Ishizaki se tourna vers moi avec un rire un peu forcé.  Cependant, son sourire semblait être quelque peu radieux mais inquiétant

Moi — Ne pense pas que tu peux résoudre tout par toi-même.

Ishizaki — Ouais, je compte pas résoudre nos soucis de classe seul. Ryuuen est revenu du fond du trou, je vais m’inspirer de lui.

Ishizaki y croyait et allait sûrement suivre cette conviction de toutes ses forces.

1

Ishizaki — Whoa, y’a la masse de monde.

Bien entendu, l’espace près de la salle de sport où les résultats étaient affichés fut bondé d’élèves. Il y avait une affiche à côté du grand écran avec marqué « Photographie strictement interdite » et deux adultes semblant être liés à Tsukishiro surveillaient de près les élèves.  Le classement et les scores étaient affichés sur l’écran et défilait automatiquement. Là je pouvais voir les groupes classés entre la 50ème et 60ème place.

Moi — Mmh… ?

Je ressentais une étrange sensation qui parcourait tout mon corps. La cause de cela ne fut pas claire. C’était indescriptible et inconfortable.

Moi — Je voulais voir en détail les résultats mais je n’arrivais pas à me concentrer.

Ishizaki ne semblait pas remarquer l’atmosphère étrange et essayait de regarder l’écran tout en se plaignant.

Ishizaki — On peut rien faire. Y’a trop de gens, là.

Faisant claquer sa langue en guise de frustration, Ishizaki n’eut d’autre choix que de regarder de loin. Alors qu’il faisait preuve d’audace d’habitude, il n’arrivait pas à forcer le passage devant ses aînés. Bien que le classement défilât automatiquement, l’écran était tactile. L’un des élèves de terminale s’approcha et fit bouger le classement.  Ainsi il était peu probable qu’Ishizaki soit en mesure de voir les résultats qu’il cherchait de sitôt.

Moi — On fait quoi maintenant ? 

Il allait falloir patienter un bon moment avant que notre tour n’arrive.

Ishizaki — Ça me soule mais bon, on pourra le voir plus tard.

Tant mieux s’il avait compris ça de lui-même.

Moi — Au fait, tu ne remarques rien ?

Ishizaki — Hein ? Quoi ?

Ishizaki ne semblait rien remarquer alors que l’on faisait de faire demi-tour. On nous lançait énormément de regards, à tel point qu’il était impossible de dire que l’on se faisait des films. Plein de personnes observaient ainsi le moindre de nos mouvements sans même se cacher. Tous les élèves qui nous regardaient avaient une chose en commun, ils étaient tous en terminale. Je n’avais pas les détails mais j’étais presque sûr que Nagumo était impliqué. Je suppose que c’était la conséquence de mon action sur l’île à son encontre.

Ishizaki — Qu’est-ce qui ne va pas ?

J’étais tellement perdu dans mes pensées qu’Ishizaki s’était inquiété pour moi.

Moi — C’est rien. Y’a trop d’élèves, alors partons

Ishizaki — Ouais.

Je savais qu’il allait agir mais c’était bien trop tôt à mon goût. J’aurais préféré qu’il m’affronte directement plutôt que de faire ce cinéma. Il venait de faire tout ce que je voulais éviter depuis le début.

Ishizaki — Hé, t’as pas graille non ? On va bouffer ?

Moi — Hein ? Oui, je n’ai pas encore mangé, mais…

Je commençais à m’éloigner mais les terminale ne nous suivirent pas. Ce n’était donc que de l’observation. Ça me mettait tout de même mal à l’aise.

Ishizaki — Quoi ? Tu veux pas graille avec moi ? Ça se fait pas mec. Dis-le franchement si tu veux pas.

Moi — Non, non. Je pensais à quelque chose qui n’avait rien à voir.

Je ne voulais pas impliquer Ishizaki mais s’ils ne me suivaient pas, alors c’était bon.

Ishizaki — Ça se fait pas de penser à autre chose quand on te parle.

En effet. De ce fait, il fallait que j’oublie les terminale pour le moment.

Moi — Ça te va vraiment de manger avec moi ?

Ishizaki — On s’en fout non ? On va juste manger.

Je ne pouvais pas nier que je ressentais une pression, mais ça ne voulait pas dire que je me sentais mal. Je n’arrivais juste pas à me faire à l’idée qu’Ishizaki me traite comme un ami.

Ishizaki — Je te l’ai déjà dit, mais je sors pas avec toi parce que je te veux dans ma classe. C’est vraiment par pure amitié.

Sans hésiter, Ishizaki dit une phrase qui me fit quelque peu grincer des dents. Mais ensuite, il se retourna comme s’il avait réalisé quelque chose.

Ishizaki — Que je sois ami avec toi te dérange ?

Moi — Non, pas du tout. 

Ishizaki — Bien !

Pendant un instant, Ishizaki eut l’air de se demander si ses actions étaient égoïstes mails il finit rapidement par rire comme si de rien n’était. Je savais qu’il avait ce genre de personnalité alors je n’étais pas plus mal à l’aise que ça et suivit le mouvement. Alors que nous quittâmes la zone, nous entendîmes des bruits pas venant de derrière, se précipitant vers nous.

— Ayanokôji-senpai !

C’était Nanase, m’ayant accompagné toute la première moitié de l’examen.

Nanase — Alors senpai, tu es aussi venu regarder les résultats ?

Moi — Oui. Mais j’y ai renoncé au vu du temps d’attente.

Nanase — Je vois. Il est vrai que les élèves de terminale se sont accaparés l’écran tactile alors il va falloir un certain temps avant que les kôhais ne puissent regarder les résultats librement.

Il semble que Nanase voulait aussi connaître les résultats en détail, mais elle s’était ravisée. Ishizaki regardait notre échange avec curiosité. Certainement car il ne connaissait pas du tout Nanase.

Ishizaki — Hé Ayanokôji, jure tu connais une frappe comme ça ?

Moi — Pas mal de choses se sont passées.

Cela aurait été très gênant de tout expliquer donc j’avais évité sa question.

Ishizaki — Hé, me dis pas que tu sors avec une kôhai ?

Moi — Tu t’avances trop, c’est juste une relation senpai-kôhai.

C’était rare de le voir souligner ça. Je pensais qu’il n’était pas intéressé par les relations homme-femme mais je me trompais visiblement.

Moi — Tu voulais me demander quelque chose ?

Nanase — Pas spécialement. Je voulais juste te passer le bonjour.

Elle me regardait avec les yeux brillants tout en s’exprimant timidement.

Nanase — Je m’excuse pour le dérangement. Je vais prendre congé.

Elle se rapprocha de moi en trottinant puis partit en courant dans une autre direction. On ne devait pas courir dans les couloirs du bateau mais elle avait une vitesse raisonnable.

Ishizaki — Ce canon !  Elle est aussi…comment dire…t’as capté.

Moi — Bref, là n’est pas le sujet.

Ishizaki — Vous êtes vraiment pas en couple ?

Moi — Non, on ne sort pas ensemble.

Je ne voulais pas causer de malentendu et faire naître des rumeurs. C’est pourquoi j’avais démenti de nouveau qu’il n’y avait rien entre nous.

2

Lorsque je me rendis dans ma cabine après avoir mangé avec Ishizaki, j’avais trouvé Ike debout devant ma chambre. Il regardait son téléphone portable avec agitation, mais quand il releva ses yeux pour observer à gauche et à droite, nos regards se croisèrent.

Ike — Oh, Ayanokôji, je t’attendais !

Ike ? Voilà une autre chose inattendue qui m’arrivât.

Ike — En fait, je pense allais rendre visite à Komiya maintenant et je me demandais si tu voulais venir avec moi.

Moi — Moi ?

Ike s’approcha et se pencha comme pour prêter l’oreille.

Ike — Je suis juste un peu mal à l’aise à l’idée d’y aller seul.

Moi — Pourquoi ?

Ike — Pourquoi ? ….. Bah tu sais…. Je sors avec …..Shinohara. On était sur le chemin du retour vers le bateau après les examens et il y a eu un moment où nous étions seuls, et…

Il s’était donc déclaré. Et Shinohara avait accepté ses sentiments. Je savais que les choses pouvaient progresser, mais c’était plus que ce à quoi je m’attendais.

Moi — Je vois, félicitations.

Je l’avais félicité honnêtement et il détourna le regard, embarrassé.

Ike — Ah, merci. Mais du point de vue de…. Komiya, j’ai peut-être triché. 

Moi — Je ne pense pas que ce soit le cas.

Ike — Non, c’est comme si j’avais pris de l’avance en douce.

Il est vrai que Komiya avait dû se retirer tôt à cause de sa blessure mais ce n’est pas comme si Ike l’avait voulu et puis ça n’aurait pas changé les sentiments de Shinohara.

Ike — En fait, je pensais attendre sa guérison mais j’étais tellement soulagé que l’examen soit terminé et que Shinohara soit à mes côtés que je me suis dit que je ne pouvais pas la laisser à Komiya.

Il lui a donc avoué ses sentiments sur l’impulsion du moment. Bien sûr, il y avait le risque d’être rejeté. Cela aurait rendu les choses encore plus gênantes si, après coup, Shinohara et Komiya s’étaient mis ensemble.

Ike — J’ai pensé que je devais le dire à Komiya au cas où il prévoyait de se déclarer à Shinohara pour pas rendre la situation compliquée, tu vois.

Moi — T’as bien fait de prendre les devants avant qu’elle choisisse Komiya !

Ike — Quoi ? Qu’est-ce que tu…

J’avais un peu exagéré le trait mais Ike s’énerva comme prévu. Une moitié de lui voulait juste dire la vérité à Komiya et l’autre moitié ne voulait pas qu’il se déclare à Shinohara.

Moi — Tu es prêt à te faire frapper ?

Ike — Quoi ? Je vais pas me faire frapper !?

Moi — Tu ne ferais pas ça si la personne que tu aimes, se fait enlever par quelqu’un d’autre ?

Ike — *Gloup*

Ike eut l’air effrayé à cette idée. Komiya n’était pas super grand mais en revanche, il ne jouait pas au basket juste pour frimer. Ike, quant à lui était petit pour un garçon, alors la différence de taille se faisait ressentir.

Moi — Eh bien, il a une jambe blessée donc il ne peut pas marcher. Ça ne devrait pas faire si mal que ça.

Ike — Ouais, ce n’est pas le problème, mais… Je serai prêt.

Il semblait avoir pris sa décision dans une certaine mesure, je n’avais donc aucune raison de m’opposer à lui. Je m’inquiétais de l’état de Komiya et cela semblait être une bonne occasion d’aller le voir.

Moi — Je crois que Komiya a élu domicile à l’infirmerie.

Ike — Je pense pas qu’il aurait assumé dans sa cabine à quatre.

Ce n’était pas étonnant qu’il passe la plupart de ses jours de vacances là-bas. Lorsque Ike et moi arrivâmes devant la porte de l’infirmerie, Ike prit une grande inspiration pour se calmer. Il n’y avait aucune raison de le presser, alors j’attendais tranquillement, et puis un rire fort vint de l’intérieur.

Ike — Hey, c’est quoi ça ? Allons-y.

Surpris par le rire inattendu, Ike ouvrit la porte de l’infirmerie, sans être préparé. Il vit Komiya assis bien droit avec plusieurs de ses camarades de classe. Ryuuen, Albert, Kaneda, Kondo et Yamawaki l’entouraient. Parce que des personnes d’une autre classe étaient entrées, Ryuuen se leva sans nous regarder.

Ike — Désolé pour l’incruste Komiya.

Comme si la conversation était déjà terminée, Ryuuen quitta l’infirmerie avec ses amis. Je jetai un rapide coup d’œil à Ryuuen, mais il n’avait pas l’air de se soucier plus que ça de moi.

Ike — Il est toujours aussi effrayant, Ryuuen… Je veux dire, c’est quoi son problème ?

Ike, de son côté, ne pouvait pas regarder directement Ryuuen et marmonnait. Komiya, qui l’avait entendu, hocha la tête pour montrer son accord.

Komiya — Il est comme ça, t’occupe. Il est juste venu me rendre visite.

Sur une petite table placée près de la tête du lit, il y avait quelques sucreries et du jus semblant avoir été apportés par ses camarades.

Ike — Oh, alors il te rendait juste visite. Il n’a pas l’air de faire ce genre de choses pourtant.

Komiya était d’accord avec Ike qui s’exprimait sans filtre.

Komiya — L’année dernière, j’aurais trouvé ça bizarre ouais.  

En se souvenant de l’an passé, Komiya sourit avec nostalgie.

Komiya — Mais quelque chose a changé, il s’est un peu adouci. Enfin, pas tout à fait.

Komiya fut quelque peu confus mais heureux. Quand j’étais arrivé sur le campus, Ryuuen avait pris le contrôle de la classe dès le début de l’année en ne montrant aucune pitié aux élèves de sa classe. Il n’était pas étonnant que la plupart de ses camarades de classe le détestaient.

Komiya — J’ai l’impression que je peux le suivre maintenant.

Ike — Suivre Ryuuen ? …… Je ne comprends pas.

Alors que le corps d’Ike tremblait, ce dernier ne compris pas Komiya.

Komiya — Ike, Ayanokôji, ne restez pas là, asseyez-vous.

Komiya nous avait gentiment invités à nous installer. Nous fîmes ce qu’il dit.

Ike — Tu as l’air en forme.

En regardant sa jambe touchée, je vérifiai l’état de Komiya.

Komiya — Comme tu peux le voir, je vais bien, sauf ma jambe. C’est frustrant de se dire que tous les autres s’amusent de l’autre côté de la porte, alors j’espère que ça ira mieux bientôt.

Ike — Tu pourras sortir quand ?

Komiya — Me faut la permission pour sortir avec des béquilles.

Bien qu’ils soient rivaux en amour, ils étaient à l’aise l’un avec l’autre. Ma présence n’était pas très utile.

Komiya — Je suis… juste un peu inquiet.

Moi — Inquiet ? Pourquoi donc ?

Ike, qui était assis dans le fauteuil, posa son bras sur le dossier.

Komiya — Eh bien, Ryuuen semblait essayer de savoir qui m’avait poussé. Ils m’ont posé beaucoup de questions pour voir si je me souvenais de quelque chose. Comme je l’ai dit à Ayanokôji, je ne me souviens même pas avoir été attaqué.

Même après tout ce temps, il ne se souvenait de rien de notable. Maintenant, que la classe de Ryuuen gagnait du terrain de jour en jour, il fallait qu’elle se concentre sur la bataille entre première pour tenter de monter en classe A. Notre classe ne cherchait pas en tout cas à creuser dans cette affaire. Si Amasawa, un autre élève de la White Room ou encore un envoyé de Tsukishiro était impliqué, je ne garantissais pas la sécurité de Ryuuen.

Komiya — J’espère que Ryuuen-san n’en fera pas trop.

Ike — On dirait qu’il cherche à battre à mort le coupable.

Les deux n’envisageaient pas une défaite de Ryuuen. Il était donc naturel pour eux de s’inquiéter davantage pour le coupable.

Komiya — Alors ? T’es pas juste venu ici pour me rendre visite, non ?

Comme s’il avait un pressentiment, Komiya interrogea Ike. À ce moment-là, Ike se raidit de surprise.

Ike — Oh…. non……, c’est…….

Il s’étouffa dans ses mots, comme s’il n’était pas encore prêt. Komiya eut un visage sérieux et ne broncha pas. L’atmosphère changea en un instant, contrastant avec la convivialité d’il y a peu.

Ike — …… Je …… heu…alors…. Alors…

Nous avions perdu le Ike bavard de tout à l’heure. Il était incapable d’articuler.

Komiya — Ike. Je ne sais pas ce que tu vas dire, mais si c’est important, regarde-moi dans les yeux et dis-le.

Il devait avoir deviné ce qu’il était sur le point de dire. Pourtant, Komiya fit semblant de ne pas savoir, exhortant Ike à parler clairement. Je ne pense pas qu’Ike avait remarqué l’intuition de Komiya mais il devait avoir une sorte d’intuition masculine. Il savait au fond de lui qu’il fallait être sérieux. Il se claqua ainsi les deux joues, se forçant à se réveiller.

Ike — Je me suis déclaré à Shinohara !

Ike lui dit cela d’une voix simple mais forte, ayant enfin pris sa décision. Après cette déclaration, un long silence suivit et Ike déglutit fortement.

Komiya — Alors ? Quelle a été la réponse de Satsuki ?

Ike — Elle m’a donné son accord. On sort ensemble maintenant.

Komiya — Je vois.

Ike continuait à fixer le visage de Komiya sans détourner le regard alors qu’il avait répondu brièvement. Comme je l’avais mentionné plus tôt, Komiya ne pouvait blâmer Ike pour avoir pris les devants. Mais il pouvait toujours se plaindre, ce qui n’aurait pas manqué de dérouter Ike.

Komiya — Tu pensais que j’allais te frapper ?

Ike — Hein ?

Komiya — C’est écrit sur ton visage en fait.

Ike — Non, ce n’est pas le cas…enfin juste un moment j’y ai cru

Komiya — Ça veut dire que tu es préparé alors. Je ne peux pas bouger pour l’instant, alors tu peux te rapprocher ?

L’expression du visage de Komiya ne révélait rien de ses intentions. Mais d’après la puissance de ses mots, Ike semblait avoir pris sa décision. Effrayé, il se tint juste à côté de Komiya. Immédiatement après, le bras droit de Komiya se tendit pour attraper l’épaule d’Ike.

Ike — Ah !

Komiya avait soulevé son corps jusqu’à sa limite et regarda Ike dans les yeux.

Komiya — Si tu fais pleurer Satsuki, je ne te le pardonnerai pas.

Avait-il dit en appuyant légèrement son poing gauche contre la poitrine d’Ike avec un coup sec.

Ike — Ko…Komiya… ?

L’expression de Komiya se transforma en un sourire.

Komiya — Sois pas si déprimé hein. Satsuki t’a choisi, point final.

Ike — Mais… Si tu n’avais pas été blessé, ça aurait pu être l’inverse.

Komiya — Je ne pense pas. Satsuki a des vues sur toi depuis un moment voilà pourquoi elle a accepté tes sentiments. Ne pense pas avoir gagné parce que tu lui as avoué tes sentiments en premier. C’est juste que…

Ike — C’est juste que ?

Komiya — Si tu n’avais pas pris tes responsabilités avec elle et tu que tu avais fui sans l’aider, j’aurais peut-être eu une chance.

Komiya avait raison. Un incident majeur avait eu lieu et Ike se trouvait à proximité, ce qui lui a permis de créer un lien. C’était à mon sens le coup de pouce le plus impactant pour que Shinohara accepte ses sentiments. Si Komiya n’avait pas été blessé et qu’Ike n’avait pas été à ses côtés à ce moment-là, peut-être que le sort en aurait décidé autrement.

Komiya — En ce sens, cette blessure est malheureuse.

Komiya avait l’air heureux même si sa vie amoureuse n’avait pas été comblée.

Ike — Merci, Komiya.

Komiya — Révise sérieusement ok ? Satsuki…enfin Shinohara était inquiète pour ça aussi.

Ike — …C’est vrai, je ne peux me permettre d’être expulsé.

Cette histoire d’amour avait peut-être été un tournant décisif pour Ike, lui donnant l’occasion de se battre pour lui-même et pour la personne qu’il aimait, tout comme Sudou. C’est ainsi que nous approchâmes de la conclusion.

Komiya — Désolé, Ike, mais est-ce que Ayanokôji et moi pouvons parler seuls pendant un moment ? Il y a quelque chose dont je dois discuter avec lui au sujet de ma blessure.

Ike — Ok compris, je vous verrai plus tard les gars.

Ike nous salua et quitta la pièce. Une fois seuls, Komiya prit la parole

Komiya — Je suis désolé pour ça. Ike t’a amené ici parce qu’il a demandé ton aide, n’est-ce pas ?

Moi — Non, je m’interrogeais aussi sur ton état Komiya. J’ai suivi.

Komiya — Je vois. Je ne sais pas quoi dire…

Moi — Hmm ?

Komiya — Toi et moi, sommes dans des classes différentes et nous sommes adversaires, mais j’ai l’impression que cette année l’ambiance entre les classes est plus détendue. L’an dernier c’était la guerre.

Il est vrai que l’an passé c’était une guerre totale où nous étions chacun des cibles à abattre les uns des autres. Il n’y avait pas beaucoup d’avantages à s’entendre avec les élèves d’autres classes hormis pour de la stratégie.

Moi — Disons que nous avons dû nous battre contre les autres années, et puis on commence aussi à se connaître et à se découvrir les uns les autres.

Komiya — Hmm, peut-être.

Moi — Du coup tu voulais me dire quoi pour la blessure ?

Il était évident qu’il voulait parler d’autre chose.

Komiya — C’est à propos de Ryuuen-san.

Moi — Tu as dit qu’il essayait de chercher le coupable ?

Komiya — Je suis contre. Pour être honnête, je préfère dire que c’était un accident causé par ma faute.

Moi — Mais Shinohara a vraiment vu une personne t’attaquer.

Komiya — Je sais. Mais j’ai un mauvais pressentiment, et je pense que ça se terminera mal.

Peut-être était-ce parce qu’il avait été attaqué qu’il avait pressenti un danger.

Komiya — Est-ce que je peux compter sur toi, Ayanokôji ?

Moi — Je ne pense pas qu’il y ait quoi que ce soit que je puisse faire.

Komiya — Je n’attends pas à ce que tu agisses directement mais si tu es en danger et que tu remarques quelque chose, fais-moi signe.

Komiya me demanda cela avec un regard déterminé. On avait ensuite échangé nos coordonnées pour rester en contact.

Moi — Bien, pour le moment, Komiya, tu devrais te concentrer sur la guérison de ta blessure. Faut que tu sortes dès que possible.

Se reposer était la seule alternative.

Komiya — Merci, mec. Je te remercierai comme il se doit un jour. Et dis à tous ceux qui m’ont aidé de passer me voir.

Moi — Je pense qu’ils seront heureux de l’entendre. Ike pourra même amener Shinohara.

Komiya — Surtout pas. Je vais pleurer si je les vois flirter tous les deux.

Komiya sourit amèrement, il avait le cœur plus brisé qu’il n’en avait l’air. C’était une erreur d’avoir dit ça pour le taquiner. Quoi qu’il en soit, ce n’était pas une bonne chose qu’il soit blessé, mais je pense que je m’étais un peu rapproché de Komiya dans son malheur.

Komiya — À bientôt, Ayanokôji. 

Moi — Ouais.

Après l’avoir salué et quitté l’infirmerie, j’eus soudainement un sentiment étrange. Mes camarades Sudou et Ike, ainsi qu’Ishizaki et Komiya en classe D… Petit à petit, le nombre de personnes autour de moi que je pouvais considérer comme des amis commençait à augmenter. Je n’essayais pourtant pas spécialement de m’en faire mais ça venait à la suite de mes actions.

Moi — On n’apprend pas à se faire des amis dans les livres.

Pensais-je sérieusement et naïvement.


[1] Environ 440€

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Traduction de mangas/novels.