CLASSROOM V8 CHAPITRE 1

Le camp d’entraînement global

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Traduction : Nova & Raitei
Correction : Nova & Raitei
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Un mardi matin, peu après le début du troisième trimestre, nous partîmes en voyage en car. Il n’y avait pas que les cars des secondes qui étaient sur l’autoroute mais aussi ceux des autres années. Autrement dit, c’était une migration globale de tous les élèves de l’établissement. Le bus de la 2nde D, où nous étions, entra dans un tunnel, ce qui nous fit ressentir de la pression au niveau des oreilles. C’était la deuxième fois que je prenais le car depuis que j’étais dans ce lycée et nous n’avions aucune information sur l’endroit où nous nous rendions et sur ce qu’on allait y faire. Je savais seulement qu’on devait garder nos uniformes, et qu’il avait été fortement recommandé d’apporter des vêtements et sous-vêtements de rechange. Une chose était sûre : on ne partait pas faire du tourisme.

Cela faisait déjà trois heures, ce qui était plutôt long. Les élèves avaient apporté avec eux leur téléphone, des livres, des cartes ainsi que de quoi casser la croute comme des sucreries et du jus. Certains avaient même apporté des consoles portables comme Ike Kanji, qui se trouvait à côté de moi vu que nos sièges étaient classés par ordre alphabétique. Il était vrai qu’il fût un de mes amis « du début », mais au fur et à mesure je m’étais rendu compte que nous n’avions pas grand-chose en commun. Ainsi, naturellement, nous nous mîmes à nous fréquenter de moins en moins.  D’ailleurs, j’avais beau être à côté de lui, il ne daignait même pas me parler mais préférait mettre ses genoux sur le siège et parler à haute voix à Sudou et Yamauchi, plus loin derrière. De temps à autres j’entendais même certaines filles s’en plaindre, les trouvant bruyants, mais ils firent fi de ça et continuaient : le car lui-même était bruyant, alors, fatalement, ils étaient bien obligés d’élever la voix pour communiquer. Mais malgré tout ce bruit ambiant, je me sentais bien seul… Ainsi en profitai-je pour faire une mini rétrospection sur moi-même, et me dis que j’eus bien de la chance de me rapprocher de gens comme Keisei et Akito par la suite.

Dans le bus, l’ambiance était des plus joviales.  J’avais néanmoins le pressentiment que nous n’allions pas juste faire un petit pique-nique. Après tout, le 3ème trimestre avait commencé, nous n’étions plus en vacances. S’attendre à un examen spécial comme celui de l’île déserte me semblait donc le mieux à faire pour qu’il n’y ait pas de surprise. Toutefois, ma façon de penser n’était pas très représentative de la classe : Ike et les autres avaient peu mûri, et le regard de Chabashira observant attentivement les élèves vaquer à leur occupation avec insouciance en disait long. Son siège était près de celui du conducteur, non loin du mien alors que je voulais à tout prix éviter le malaise de croiser son regard. Je regardai alors par la fenêtre, même s’il n’y avait pas grand-chose à observer dans ce long tunnel à l’intérieur duquel nous étions depuis déjà 2-3 minutes. C’est pile à cet instant que je fus ébloui par la sortie du tunnel, moment que Chabashira semblait avoir attendu pour passer à l’action. Ainsi cru-t-elle bon d’offrir à tous un peu plus de pollution auditive à nos oreilles qui avaient déjà bien souffert dans le tunnel.

Mlle. Chabashira — Désolé d’interrompre votre moment de récréation mais un peu de calme.

Chabashira dit cela en tenant dans la main un mégaphone.

Mlle. Chabashira — Je vous aurais pensés plus curieux concernant notre destination ainsi que ce que nous allons y faire.

Ike — Bien sûr qu’on est curieux ! Ne me dîtes pas que ça va être encore une île déserte ?

Chabashira répondit à la complainte d’Ike.

Mlle. Chabashira — Il semblerait que l’examen de l’île déserte vous a réellement marqués. Mais je te rassure, un examen d’une telle ampleur ne peut pas être récurent, d’autant que nous ne sommes pas assez cruels pour réitérer la chose en plein hiver ! Malgré tout, vous avez sûrement compris qu’un nouvel examen spécial allait se dérouler. Les conditions de vie et de confort n’auront bien sûr rien à voir avec l’île déserte, n’ayez pas peur.

On ne pouvait pas prendre tout ce qu’elle disait pour argent comptant. Les examens spéciaux s’étaient révélés difficiles pour des gens lambda, d’autant que des examens de ce type pouvaient mener à l’expulsion pure et simple.

Mlle. Chabashira — Chère, classe D, je vais maintenant vous décrire l’examen.

Elle s’arrêta de parler un moment alors même que la partie intéressante allait commencer. À ce moment-là, mes camarades eurent un sourire fier. Chabashira s’excusa aussitôt et s’inclina respectueusement pour s’excuser.

Mlle. Chabashira — Toute mes excuses. Vous êtes maintenant des élèves de la classe C. Maintenant que votre promotion est officielle, je vais passer à l’explication de l’examen que vous attendiez tous.

Après avoir surmonté je ne sais combien d’obstacles, les nouveaux élèves de la C avaient accepté le défi qui s’annonçait calmement. Si les explications allaient débuter ici-même, cela signifiait que l’on pouvait déjà commencer à entrevoir quelques stratégies dans le bus. En tout cas moi, personnellement. Vu que le bus était en mouvement, on ne pouvait pas se lever comme ça mais on entendait tout quand on s’exprimait à haute voix depuis notre place : heureusement qu’il y avait les téléphones pour parler avec quelqu’un en particulier et discrètement ! J’étais d’ailleurs étonné qu’Ike et les autres, habituellement bruyant, eurent stoppé toute activité pour écouter Chabashira. Cela montrait quand même qu’il y avait eu un peu d’évolution.

Mlle. Chabashira — On vous emmène en classe verte au fond d’une montagne. Au moment où je vous parle il reste moins d’une heure de trajet, alors plus l’explication sera courte, plus vous aurez du temps pour vous.

Il restait donc moins d’une heure. Avec 20 minutes d’explication cela faisait environ 40 minutes pour une réflexion stratégique. C’est ce qu’elle sous-entendait par « temps pour vous ».

Ike — Ce genre de chose ne se font pas l’été, normalement ?

Ike, l’expert en camping, avait jugé bon de s’exprimer. Les montagnes que l’on apercevait étaient recouvertes d’une neige dont la blancheur était immaculée.

Mlle. Chabashira — Il me semblait avoir dit que plus l’explication était courte et plus vous aurez du temps. Evitez-donc les interruptions.

Chabashira n’avait pas dit cela sur le ton de la colère, au contraire. Ike s’excusa et se gratta la tête. Des éclats de rire s’ensuivirent. Je n’avais jamais entendu parler du terme « classe verte » alors je jetai un œil à mon téléphone.

Une classe verte se déroule principalement en été durant un jour où les conditions météo sont optimales aussi bien en montagne que dans des endroits où la nature est luxuriante. L’objectif est de contribuer de façon collective au bien-être de l’élève. Cela fait partie de l’éducation en plein air, composante essentielle de l’éducation environnementale.

Cela se déroulait donc principalement en été mais ce n’était pas une obligation.

Mlle. Chabashira — Les occasions de discuter avec des ainés sont plutôt limitées, notamment pour ceux qui n’ont pas de clubs. Avec cette classe verte de 7 nuits et 8 jours, vous aurez l’opportunité de participer à des activités collectives avec des élèves de toutes les années d’étude. Cela n’a d’ailleurs rien à voir avec le festival sportif en termes d’impact : il va bien au-delà. Ce nouvel examen s’intitule « Camp d’entraînement global ». Pour ne pas vous inquiéter, je vais vous faire passer le livret officiel.

Chabashira commença à donner les documents en question aux élèves à l’avant afin qu’on les fasse passer. Le livret avait pas mal de pages. J’avais commencé à le feuilleter et vis des photos de ce camp. On pouvait y voir les chambres où l’on allait y dormir, les sanitaires, la cafet’… ce genre de choses. Sur la forme, ça avait l’air d’être un véritable camp sympathique, mais il fallait bien entendu se méfier de chaque mot employé pour éviter les désillusions. Ce n’était pas un simple examen spécial vu que nous avions, en plus de l’explication verbale, un manuel bien épais. Il était évident que cela n’allait pas être de tout repos. Après que chacun ait reçu son livret, Chabashira poursuivit.

Mlle. Chabashira — Vous êtes libre de lire ce livret maintenant mais je vais tout de même continuer mes explications. Sachez juste que je le récupérerai avant votre descente du bus alors faites en sorte de bien comprendre les règles. Les questions se feront à la fin alors ne m’interrompez surtout pas, compris ?

Chabashira regarda Ike. Ce dernier fit 2-3 mouvements de bouche cousue pour spécifier qu’il n’allait plus parler.

Mlle. Chabashira — Cette fois, l’objectif de ce camp se focalise sur le développement mental. On commencera par le b.a.-ba., c’est à dire l’intégration en société afin de voir si vous êtes capables de vivre en harmonie avec des gens que vous ne côtoyez pas habituellement. Croyez-moi, chacun d’entre vous va apprendre des choses.

Était-ce la raison pour laquelle nous allions être mélangés avec nos ainés ? Les gens en club n’allaient pas être dépaysés mais une grosse majorité n’en avait pas, ce qui signifiait que beaucoup d’élèves n’avaient jamais été en contact avec ceux des années supérieures. Idéalement, il aurait été bien que le contact avec les ainés soit plus facile et spontané, sans avoir à passer par l’intermédiaire des clubs. Mais la réalité était un peu plus subtile que ça.  

Dans quelle mesure allions-nous les côtoyer ? Si notre communication allait être superficielle alors cela allait finir comme le festival sportif, où chacun restait avec les gens de sa classe. Mais je suppose que l’interaction ici allait être plus poussée. En tout cas, tant que les règles n’étaient pas formulées concrètement, il était facile de trouver des failles.

Il ne faut pas oublier qu’il y avait aussi une différence physique et mentale de taille entre les élèves de seconde et ceux de première. La seconde est une année d’adaptation alors, en cas d’affrontement direct, nous n’aurions pas l’avantage. Mais ce scénario me paraissait assez improbable.

Mlle. Chabashira — Une fois arrivés à destination, filles et garçons de première seront séparés en six groupes chacun, donc 12 groupes en tout. Et tous les élèves de seconde se mettront d’accord ensemble pour la composition des groupes. Il en ira de même pour ceux de première et de terminale.

Ike — Six groupes de filles et six de garçons…

Comme pour mémoriser la chose, Ike murmura ces mots. Chabashira n’en tint pas compte et continua.

Mlle. Chabashira — Si vous regardez la cinquième page de votre livret, vous verrez que chaque groupe possède un nombre minimum et maximum d’individus.

Tous les élèves en même temps se focalisèrent sur cette page où étaient expliquées les règles concernant la formation des groupes.

Mlle. Chabashira — Ces limites ont été établies selon le nombre de filles et de garçons parmi les trois années. Par exemple, s’il y a 60 garçons pour la même année, ce seront des groupes de 8-13 qui devront être formés. 70 garçons, des groupes de 9-14, et 80 garçons, des groupes de 10-15.

Cependant si le nombre était en dessous de 60, il fallait se référer à une section spéciale du livret. Pour imager un peu la chose, si pour une seule année d’étude, le nombre de filles était égal au nombre de garçons, pour 4 classes de 40 élèves cela revenait à dire qu’il y avait 80 garçons et 80 filles, ce qui nécessiterait donc plutôt des groupes de 10-15. Le fait que cette section existe montre que l’établissement prend en compte les expulsions éventuelles pour la formation de ces groupes.

Mlle. Chabashira — Vous l’avez déjà compris je pense mais je vais le répéter : se diviser en six groupes et séparer les filles et les garçons signifie que vous serez mélangés avec des élèves d’autres classes. Ainsi si vous voulez réussir cet examen spécial, vous devrez coopérer. Vos destins sont liés.

Ike — Je ne trouve pas ça raisonnable du tout ! Les élèves des autres classes sont nos ennemis !

Peut-être ne pouvait-il plus contenir son calme plus longtemps car il fit en sorte de se faire entendre par Chabashira. Mais il eut soudainement l’air illuminé l’instant d’après, comme s’il avait eu une idée.

Ike — Au pire on a qu’à se diviser entre nous en formant deux groupes de chaque de notre classe ? T’en pense quoi Ayanokôji ?

Ike s’adressa à moi à haute voix. Il était possible de former des mini-groupes de dix personnes minimum avec que des gens de la classe C mais cela n’allait malheureusement pas marcher.

Mlle. Chabashira — C’est bien pensé, mais ce ne sera pas possible car les règles stipulent qu’il faudra justement mélanger les classes. Il faut ainsi au moins deux classes représentées dans chaque groupe, peu importe la proportion, du moment que vous respectez la fourchette du nombre d’élèves par groupe.

Ce qu’elle venait d’énoncer était écrit un peu plus bas sur la page 5.

Chaque groupe se doit d’avoir au moins deux classes ou plus de représentées.

Ike — En gros nous sommes forcés de coopérer avec l’ennemi ?

C’était une fausse question sortie sous l’impulsion. Chabashira, un brin exaspéré, lui répondit tout de même.

Mlle. Chabashira — Cela veut dire ce que cela veut dire. Tu peux essayer d’avoir un groupe avec autant de garçons de la même classe que possible si ça te chante. Il suffit d’au moins un seul élève d’une autre classe pour que le groupe soit validé.

Sur le papier, faire deux groupes de 10 avec 9 personnes de la classe C était donc la configuration idéale. Toutefois, il paraissait peu probable que les autres classes nous laissent faire : après tout, personne ne voudrait être en minorité dans un groupe. Mais valait-il mieux avoir moins ou plus de personnes au sein du même groupe ? C’est-à-dire, par exemple, le fait d’être un groupe de 10 face à un groupe de 15 pouvait à la fois être un désavantage ou un avantage, en fonction du contexte. Mais dans la mesure où nous ne savions encore rien de l’examen, nous ne pouvions rien affirmer. Il fallait donc nous remettre à la chance.

Mlle. Chabashira — Le nombre de personne aura clairement un impact sur le résultat si c’est ce que vous vous demandez, et je vais vous expliquer ça.

Chabashira-sensei ricana légèrement. Il était facile de voir que cette question nous préoccupait.

Hirata — Pouvez-vous poursuivre sur les règles générales, s’il vous plaît ? Je suis aussi curieux de connaître cet impact numérique mais j’aimerais d’abord savoir ce que l’on devra faire en tant que groupe, concrètement.

Hirata, inquiet, lui demanda de continuer sans plus attendre.

Mlle. Chabashira — En effet, si je réponds à chaque questionnement d’Ike on ne s’en sortira pas.

Ike se gratta la tête, gêné.

Mlle. Chabashira — Les groupes feront office de mini classes provisoires durant cet évènement. Provisoire ne veut pas dire que cela va être de tout repos : chaque groupe devra suivre des cours, cuisiner, faire la vaisselle, prendre des bains ensemble ainsi que dormir au même endroit. Vous vivrez grosso modo votre quotidien mais dans un autre cadre.

Concernant les bains, je comprenais mieux pourquoi garçons et les filles étaient séparés : en cas de mixité, les cris n’auraient pas arrêté !

Ike — Je ne sais pas trop si j’arriverai à cohabiter avec des gars de d’autres classes…

Je le comprenais un peu. Il était vrai que, pendant le festival sportif, la coopération entre les classes fut assez courte mais surtout superficielle ; nous n’avions quasiment rien partagé. Là, cette fois, le mur entre les classes allait réellement être brisé. Peut-être même que nous allions avoir des membres des quatre classes de 2nde en même temps, dans un seul groupe !

Mlle. Chabashira — Vous serez évalués sur une épreuve qui aura lieu le dernier jour de notre séjour, en plein air. L’idée générale du contenu de l’examen est présentée page 7, je vous invite à vous y rendre.

Ni une ni deux, tout le monde se référa à la page concernée. « Moralité », « Discipline mentale », « Ordre », « Soi »… des matières qui n’étaient pas banales ! N’étaient donc pas jugées ici les compétences scolaires. Le revers de la médaille néanmoins était que ça allait typiquement être un examen sans réponse exacte, pas comme à un examen de maths ou d’anglais par exemple. En plus les informations contenues à ce sujet dans le fascicule ne furent pas d’un grand secours. Bref, concrètement, nous n’étions donc pas plus avancés.

Je jetai un coup d’œil à l’emploi du temps. Donc réveil, faire nos tâches du matin… Ensuite se rendre au dojo pour méditer – Zazen[1] – et, après, donner un coup de main (aux tâches ménagères par exemple).  Le petit-déjeuner arrive enfin, suivi d’un moment de cours classique dans une salle de classe. Vient ensuite le déjeuner. L’après-midi serait consacré à nos devoirs et se conclurait par un nouveau moment de méditation.  Enfin vient le moment du dîner, suivi du bain et du dodo.

C’était assez différent de notre mode de vie habituel. D’ailleurs, contrairement aux autres périodes spéciales, des cours étaient prévus le samedi matin également. Notre seul jour de repos allait donc être dimanche.

Mlle. Chabashira — Vous recevrez plus amples informations sur l’emploi du temps une fois sur place. D’ici-là je ne peux pas vous en dire plus sur les modalités d’examen.

En d’autres termes, c’était à nous de bien tendre l’oreille. Peut-être même que le « Zazen » était évalué pour l’examen ; nous avions donc tout intérêt à soigner notre posture, notre comportement… En dehors de ça, les termes « Discours » et « Fabrication » attirent mon attention.

Mlle. Chabashira — Inutile de vous dire que la composition de vos groupes sera capitale. Au sein de chacun vous devrez ne faire qu’un pour être capable de supporter cette semaine de camp. Quelle qu’en soit la raison, vous n’êtes pas autorisé à vous retirer de votre groupe à mi-chemin ou à changer de membre. Si un élève est contraint de se retirer pour cause de maladie ou de blessure, le groupe doit alors combler cette lacune par lui-même en partant du principe que « cet élève est là ».

Alors si nous nous opposions les uns les autres, nous n’allions pas nous en sortir ? Il semblait y avoir une double contrainte ici : battre les autres classes tout en menant à bien un groupe mélangé.

Pour récapituler, les cours allaient débuter Vendredi matin, donc dès le lendemain de notre arrivée, et ce jusqu’à Mercredi. Des sessions en plein air étaient prévues. Le 8ème jour, Jeudi, un examen commun et noté allait avoir lieu simultanément pour tous les élèves de l’école.

Mlle. Chabashira — Une fois que vous, tous les secondes, vous serez mis d’accord sur la composition de vos groupes, vous devrez vous entretenir avec les élèves de 1ère et de Terminale qui auront eux-aussi achevé leurs groupes de leur côté. Au total, vous formerez donc 6 grands groupes de 30-45 personnes toute année confondue !

C’était déjà assez difficile en ne se regroupant qu’entre les gens de seconde. Alors toutes les années en même temps… Une atmosphère étrange s’empara du bus lorsque cette information nous fut communiquée.     

Mlle. Chabashira — Nous parlerons de « petits groupes » pour les groupes que vous formerez entre seconde, et de « grands groupes » pour ceux dans lesquels vous serez réunis avec les années supérieures.

Ainsi nos petits groupes vont rencontrer les petits groupes de première et de terminale pour se mélanger et former 6 grands groupes.

Mlle. Chabashira — Passons maintenant au résultat.  Il sera calculé en faisant la moyenne des résultats obtenus par chacun des membres du grand groupe. Autrement dit, il va vous falloir tenir compte des bons éléments chez vos ainés.    

Autrement dit, une moyenne de points allait être faite à partir des moyennes des 40 personnes composant un grand groupe. Certes, avec un nombre pareil de personnes, les chances de faire des groupes très déséquilibrés étaient réduites. Toutefois, elles n’étaient pas nulles. Par exemple, s’il avait été question d’un examen purement scolaire, le groupe avec le plus de bons élèves serait parti avec une bonne longueur d’avance tandis que les élèves les plus faibles auraient été écartés. Néanmoins, il n’était pas sûr que cet examen soit forcément centré sur les capacités académiques.

Mlle. Chabashira — Je pense que vous avez saisi l’essentiel jusque-là, donc je vais rentrer dans le vif du sujet : la récompense.

Donc ce que nous pouvions gagner et ce que nous risquions ? Cela avait forcément un lien avec le fait d’être tous mélangés.

Mlle. Chabashira — Les élèves des trois grands groupes ayant la meilleure moyenne générale recevront des points privés ainsi que des points de classe. Les autres… Ils auront une pénalité, disons.

Tout ce qu’elle disait était écrit dans le fascicule, elle n’inventait rien.

  • Récompenses.

1ère place : 10 000 points privés, 3 points de classe.

2nde place : 5000 points privés, 1 point de classe.

3ème place : 3000 points privés.

Ces récompenses concernent chacun des élèves.

Donc 27 points de classe si 9 personnes sur 10 d’un petit groupe étaient issues de la même classe et qu’elles étaient dans le grand groupe en 1ère position. Mais ça c’était le scénario idéal… Dans le cas inverse, mettre tous ses œufs dans le même panier allait occasionner de plus lourds dégâts à la classe en cas de défaite. Et c’était d’autant plus risqué que, de toute façon, nous allions nous retrouver dans un grand groupe avec une vingtaine de personnes que nous ne connaissions pas, multipliant donc les variables et les inconnues.

  • Pénalités

4ème place : 5000 points privés.

5ème  place : 10 000 points privés, 3 points de classe.

6ème place : 20 00 points privés, 5 points de classe.

Ces montants seront prélevés chez chacun des élèves.

Les points privés et les points de classe ne pouvaient pas tomber en dessous de zéro, mais ils pouvaient constituer une « dette » dont le montait serait soustrait à chaque éventuel gain reçu lors d’examens futurs. On pouvait se dire, à la façon dont c’était rédigé, que cette règle de la dette était plutôt récente.

On pouvait se dire d’ailleurs, en lisant, que les récompenses paraissaient quelque peu dérisoires. Mais, en réalité, il y avait encore autre chose. À ce sujet, Chabashira lut une phrase.

Mlle. Chabashira — La récompense est proportionnelle au nombre de classes représentées dans un petit groupe. Le nombre d’élèves composant un petit groupe joue également. Ces règles s’appliquent seulement de la 1ère à la 3ème place, les pénalités ne sont pas multiplicatives donc détendez-vous.

Les petits groupes devaient au minimum être composés de deux classes différentes ; dans ce cas-là, donc, la récompense était celle par défaut évoquée précédemment. Mais si trois classes étaient représentées, les gains étaient donc doublés, et triplés si quatre classes.

Quant au nombre de personnes, 10 personnes multiplieraient le gain par 1 tandis que 15 les multiplieraient par 1,5. Donc un groupe de 9 personnes verrait son gain multiplié par 0,9, donc légèrement réduit, mais ces groupes allaient sûrement être rarissimes.

Selon mes calculs, la plus grande récompense, à supposer que les 4 classes étaient représentées dans un groupe de 15, ce qui nécessitait de multiplier par 3 et ensuite par 1,5, était donc de 45 000 points privés et 14 points de classe par élève. 

Tout ça couvrait une partie fondamentale de l’examen. Mais, comme d’habitude, un point gênant n’avait pas été évoqué. Néanmoins, ce qui était vraiment intéressant était ce qui allait suivre.

Mlle. Chabashira — Le grand groupe qui arrivera en dernière position fera l’objet d’une lourde pénalité.

Ike — Lourde pénalité… Ne me dîtes pas…

Mlle. Chabashira — En effet. C’est l’expulsion, ni plus ni moins.

Les derniers risquaient donc la peine capitale.

Mlle. Chabashira — Toutefois, vous vous doutez bien que nous n’allons pas expulser 40 élèves d’un coup. L’exclusion concernera le petit groupe dont la moyenne sera inférieure à la moyenne fixée par l’école.

En d’autres termes, le classement général était calculé en fonction de la moyenne des grands groupes. Toutefois, c’était la moyenne des petits groupes qui allait déterminer qui allait être le maillon faible.

Mlle. Chabashira — Si un petit groupe se retrouve donc dans cette situation, son « leader » sera expulsé.

Hirata — Sur quels critères le leader sera-t-il désigné ?

Mlle. Chabashira — Les petits groupes s’organiseront entre eux pour le désigner.

Ike — N’importe quoi ! Personne voudra !

En effet, il n’avait pas tort. Qui voudrait dans ces conditions ?

Mlle. Chabashira — Il y a toutefois une contrepartie. Les camarades de classe du leader obtiennent une récompense doublée.

Horikita — Doublée… Vous dîtes ?

Horikita sortit de son silence, ne pouvant s’empêcher d’exprimer sa surprise.

Mlle. Chabashira — En effet. Alors imaginez un peu le scénario : un groupe avec 12 élèves de la classe C, un de la A, un de la B et un autre de la D. Le leader serait bien entendu un élève de la C. En cas de première place…

Yamauchi — Qu’est-ce qu’il se passera ??

Yamauchi, incapable d’effectuer le calcul, s’agita.

Mlle. Chabashira — 1,08 millions de points privés et 336 points de classe. C’est le gain auquel vous pouvez aspirer !

Yamauchi — Q-quoi !?

Gagner tout ça d’un coup était un rêve pour notre classe. Ce n’était pas si improbable comme scénario, en plus. Certes cela dépendait des autres classes également, mais cela restait faisable. Gros risque, grosse récompense !

Mlle. Chabashira — Une fois les petits groupes formés, vous allez devoir nous communiquer votre leader au plus tard demain matin. Si un groupe n’arrive pas à se mettre d’accord sur un leader, il sera immédiatement disqualifié : autrement dit, le groupe sera expulsé. Bien entendu cela n’est jamais arrivé par le passé.

Alors c’était aux élèves de se mettre d’accord entre eux. Fatalement, c’était une situation qui pouvait créer beaucoup de conflits. Dans un tel cas, tirer au sort ou à pierre-papier-ciseaux risquait d’être notre seule option dans la mesure où aucune personne saine d’esprit n’allait vouloir endosser ce rôle de son plein gré. D’autant dans une situation où l’aspect de groupe était si imprévisible.

Mlle. Chabashira — Pa railleurs, si un leader est exclu, il peut désigner une autre personne de son groupe pour partager la responsabilité avec lui. C’est sympathique de pouvoir emmener quelqu’un dans sa chute !

Ike — Mais c’est n’importe quoi ! Du coup on pourrait désigner un gars au hasard puis se servir de lui pour se débarrasser de quelqu’un d’une autre classe, non ?

Cette idée était assez tordue. Déjà parce que le statut de leader présentait tout de même certains intérêts stratégiques à ne pas négliger, donc on ne pouvait pas juste désigner n’importe qui. Ensuite parce que personne n’allait endosser ce rôle comme un imbécile, sans réfléchir, pour se « sacrifier » en emportant quelqu’un avec lui. Sauf un élève désespéré de la classe D voulant abandonner depuis quelques temps déjà, mais un tel élève aurait certainement fait parler de lui bien avant.

Mlle. Chabashira — Du calme. Ce n’est pas comme si n’importe qui pouvait tomber avec le leader. Seuls les élèves individuellement en dessous de la moyenne, donc ayant contribué à la perte du groupe, pourront risquer l’expulsion conjointe. Et sincèrement, à moins de le faire exprès et de ne pas du tout jouer le jeu, il ne devrait y avoir aucun problème.

Si ce qu’elle disait était vrai, alors oui finalement personne ne risquait grand-chose. Mais il convenait de creuser sur les vrais enjeux autour du leader, car cette fois-ci ce statut semblait bien particulier. Et puis, surtout, que dire des tâches que nous allions accomplir, communes à tous les élèves de l’école ? En ce moment même, les élèves de la 2nde à la Terminale prenaient certainement connaissance des consignes eux-aussi, dans leur bus. Les première, en plus de leur combat interne, ainsi que les terminale, en plus de leur combat interne, réfléchissaient sûrement à des dizaines de stratégies. J’eus alors besoin d’envoyer un message à quelqu’un ; je voulais confirmer la place du conseil des élèves dans cet examen spécial.

Mlle. Chabashira — La classe comptant l’expulsé recevra toutefois une pénalité. Pour cet examen précis, celle-ci sera de 100 points par exclu. Bien entendu, si le nombre de points de classes se révèle insuffisant, une dette se cumulera et vous resterez à zéro jusqu’à ce qu’elle soit remboursée.

Cette conséquence était assez classique toutefois.

En résumé, être un leader était littéralement quitte ou double. Se risquer à un tel pari allait si on était sûr de son groupe, peut-être. Mais, d’un autre côté, personne n’allait risquer de laisser une chance à une autre classe de doubler ses gains. Venait aussi cette règle de coresponsabilité. Bref, les règles menaient à un casse-tête sans nom.

Mlle. Chabashira — C’est ici que j’en finis avec les explications. J’écoute donc vos questions.

Hirata leva immédiatement la main.

Hirata — En cas d’exclusion… Quels sont les recours ?

Sudou — Une expulsion est une expulsion, tu peux rien faire non ?

Comme il était paradoxal que ces paroles sortent de la bouche de Sudou.

Hirata — Je te signale que ton exclusion avait été prononcée par Chabashira. Pourtant tu as été sauvé grâce à Horikita-san. Donc il y a bien quelque chose, non ?

Hirata voyait juste. Chabashira répondit en esquissant un sourire.

Mlle. Chabashira — C’est exact. Vous pouvez acheter une « annulation d’expulsion » avec des points privés. Inutile de vous dire que le prix est élevé. Cette annulation, un « recours » comme tu dis, a la même valeur peu importe l’année de l’élève : 20 millions de points privés et 300 points de classe.  Et tout ça uniquement pour garder la personne : la classe subira donc les sanctions assorties en cas d’expulsion d’un élève.

Hirata — Ces 20 millions de points… Toute la classe peut les donner conjointement, n’est-ce pas ?

Alors Hirata envisageait cette possibilité au point de se renseigner ainsi ?

Mlle. Chabashira — En effet. Encore faudrait-il qu’à vous tous vous cumuliez cette somme, ce qui est loin d’être votre cas ! Hahaha.

C’est sur ces mots que Chabashira ferma le document.

Mlle. Chabashira — Nous allons bientôt arriver, je vous laisse donc vaquer à vos occupations jusque-là. Une fois là-bas, je récupérerai les fascicules ainsi que vos téléphones portables : et oui, leur usage sera interdit tout au long de la semaine. En dehors de ça, vous pouvez ramener tous vos objets du quotidien, même les consoles de jeu. Tout sauf de la nourriture, donc si vous avez des choses qui ne peuvent se conserver, comme de la viande, consommez-les avant d’arriver ou bien jetez-les dans le sac prévu à cet effet sur place. Ce sera tout.

L’ensemble de la classe, qui n’avait pas réagi plus que ça à toutes les bizarreries précédentes, démarra au quart de tour. Passer une semaine sans téléphone pur quelqu’un de notre génération était compliqué, et peut-être cela rappelait-il le traumatisme de l’île déserte.

Ike — J’ai une question !

Ike leva la main, ce qui ne manqua pas de faire sourire Chabashira.

Ike — Les filles et les garçons seront séparés, mais à quel point ?

Mlle. Chabashira — Il y aura deux bâtiments. Le principal sera utilisé par les garçons. Les bâtiments sont adjacents mais, en théorie, vous vivrez totalement séparés toute la semaine. D’ailleurs nous ne serez pas autorisés à sortir sans permission pendant les pauses et après l’école.

Ike — Donc nous ne nous parlerons pas du tout ?

Mlle. Chabashira — Vous serez réunis au moment des repas que vous prendrez en même temps, à la cafeteria se trouvant au sein du bâtiment principal. Pendant cette période vous serez totalement libres de faire ce que vous voulez, sans restriction aucune, c’est compris ?

Ike — Oui !

Ike semblait revigoré à l’idée de ne pas totalement être coupé des filles. Je me levai légèrement pour jeter un œil à Shinohara, non loin. Malgré son air exaspéré, elle semblait aussi satisfaite qu’Ike. Peut-être la magie de Noël avait-elle opéré lors de leur dîner !

Mlle. Chabashira — S’il n’y a plus de question, je vais donc arrêter là.

Peut-être avait-elle jugé qu’uniquement des questions stupides allaient être posées.

Hirata — Sensei, puis-je emprunter votre micro ? 

Elle voulait couper court mais ce fut Hirata qui le fit pour elle.

Mlle. Chabashira — Oui, bien sûr.

Tout en disant ça, Chabashira lâcha le microphone et regagna son siège, laissant alors Hirata se mettre là où elle se trouvait.

Hirata — D’après ce qui a été dit, nous n’avons pas beaucoup de temps. Aussi j’aimerais avoir votre avis sur la stratégie à adopter. Par exemple, quels petits groupes adopter ?

Sudou — Mettre un maximum de nos meilleurs éléments de notre classe ensemble, genre à 12, et choisir une personne de chaque autre classe, ce serait parfait nan ?

Hirata — En effet, ce serait idéal. Mais je ne crois pas que ces 3 élèves isolés seraient vraiment disposés à rejoindre notre groupe.

Un groupe pareil allait avoir un avantage considérable, les autres classes n’allaient sûrement pas nous laisser faire. D’autant qu’en cas d’échec à obtenir la première place, nous risquions d’être perdants.

Yamauchi — En plus… Si tous les meilleurs élèves forment un groupe à eux, nous autres n’allons pas faire le poids.

Yamauchi n’avait donc pas encore compris que ce n’étaient pas nos compétences scolaires qui allaient être évaluées cette fois.

Yamauchi — On voudrait aussi avoir des points privés.

Je comprenais son point de vue. Ce problème s’était posé pour l’examen du bateau, où les meilleures individualités avaient empoché des points et les autres étaient restés bredouilles. Ici, cela risquait même d’être pire puisque la défaite résultait en une perte de points. 

Hirata — En tenant compte de ça justement, si tout le monde est d’accord, j’aimerais proposer une répartition équitable. Après tout nous ne savons pas comment ça va se passer à l’échelle des grands groupes. Au pire, rien ne nous empêche de nous répartir les points entre nous à la fin de l’examen puisque les transferts sont autorisés.

L’idée était donc de porter la charge d’éventuelles pertes de points ensemble.

Yamauchi — Oh je vois, c’est une bonne idée !

Peut-être que les meilleurs élèves n’allaient pas forcément être d’accord, mais en même temps il était nécessaire de parvenir à un consensus.

Mlle. Chabashira — Fufu…

Chabashira se mit à ricaner suite à la proposition d’Hirata.

Mlle. Chabashira — Je n’ai jamais eu l’occasion d’approfondir le sujet mais, pour votre passage en classe C, je vais vous donner un bon tuyau.

Hirata — Un tuyau ?

Hirata sembla suspicieux.

Mlle. Chabashira — Le transfert de points privés peut se faire à tout moment, du moment que c’est dans les règles. Toutefois, gardez à l’esprit que ce n’est pas du simple argent de poche.

Hirata — Voulez-vous dire qu’avec 20 millions de points, par exemple, nous pouvons changer de classe ? Sans parler du recours.

Mlle. Chabashira — Ce n’est pas ce que je dis. Mais imagine la situation suivante : Ike a fait une bêtise et sera exclu s’il ne paye pas un million de points privés ; or les transferts, pour une raison quelconque, seraient impossibles à ce moment-là… Que ferais-tu ? Le partage équitable des points tel que tu le préconises n’est pas forcément la meilleure stratégie tu sais, il y a tellement de façon de les utiliser. Même dans le cas du recours, un seul petit point peut faire la différence.

Pris en exemple, Ike ne put s’empêcher d’avaler sa salive nerveusement.

Mlle. Chabashira — Enfin, sans même parler de considérations techniques, qu’est-ce qui te garantit que tes camarades voleraient à ton secours ? Ne voudraient-ils pas garder leurs points pour eux en cas de pépin ? Ne comptez que sur vous-mêmes quand vous êtes en difficulté.

« Partager c’est mal », tel était le super conseil de Chabashira. Si dans le fond elle n’avait pas tort, cela allait risquer de porter un coup à la solidarité dans la classe.

Mlle. Chabashira — Ceux qui travaillent dur sont couronnés de succès, telle est la règle de base en société. Une fois dans la vie active, les personnes partageant leur salaire avec leurs amis doivent être des exceptions parmi les exceptions. Maintenant agis comme bon te semble, selon ton âme et conscience.

Chabashira dit ça en riant. Encore une fois, ce qu’elle disait avait un certain sens. Et je suppose qu’elle ne disait pas ça au hasard, il avait dû y avoir un précédent de ce genre. 

Mais ce qu’elle disait, comme d’habitude, était si superficiel. Elle se gardait bien de dire que des situations d’élèves sauvés par leurs camarades existaient. C’était le cas de Sudou, que Horikita et moi avions dû ramasser à la petite cuillère à coups de points privés. Alors le partage équitable des points privés n’était pas idiot comme elle semblait le dire. En plus, cela évitait également le risque de concentrer tous les points chez une personne qui en ferait un mauvais usage, voire qui trahirait la classe.

Ainsi donc, une fois de plus, Chabashira brouillait les pistes envers nous, sa propre classe. C’était peut-être la politique de l’école mais…

Hirata — Et si on votait à la majorité ? Ça ne vous engage à rien, c’est vraiment pour avoir une petite idée sur votre point de vue pour l’instant. Vous pourrez changer d’avis plus tard ! Que ceux qui pensent qu’on devrait partager les gains équitablement lèvent la main.

Hirata leva tout de suite sa propre main. D’autres élèves, troublés, levèrent par mimétisme. L’entraide est importante mais il est aussi important de pouvoir assurer ses arrières en cas de besoin. Toutefois, la plupart des élèves n’avait au mieux que quelques centaines de points privés. Il semblait donc que certains allaient pouvoir se permettre d’avoir un seuil minimum pour se tirer de situations difficiles, à condition d’atteindre la première 1ère place. Les étudiants les moins confiants étaient forcément ceux qui allaient voter pour plus d’équité. Ces derniers étaient nombreux, mais pas assez pour constituer plus de la moitié de la classe.

Hirata — Merci à tous !

Donc la majorité de la classe ne souhaitait pas de redistribution équitable de points. Les choses allaient donc se compliquer pour Hirata, qui œuvrait beaucoup en faveur du partage.  

Mlle. Chabashira — Mon conseil était-il malvenu ?

Hirata — Non, je vous remercie. Toute information est bonne à prendre.

Mon téléphone vibra. Je pensais que c’était « lui », mais il se trouvait que c’était l’autre Horikita : sa sœur. Sans surprise, elle me sonda à propos de l’examen.

Horikita — Tu as des pistes ?

Ce que cette question m’inspira :

 Moi — Non, aucune.

Mais après coup je décidai d’ajouter autre chose.

Moi — Cet examen séparera garçons et filles donc je ne te serai pas d’une grande utilité. Fais de ton mieux !!

Après tout, pourquoi ne pas l’encourager un petit peu ? Elle avait sûrement beaucoup de choses à me dire mais c’était impossible d’en discuter présentement.

Je passai donc rapidement à une autre conversation, le « Groupe d’Ayanokôji ». Non, je ne suis absolument pas mégalomane. Keisei et Akito discutaient activement avec Airi et Haruka mais je refermai la discussion sans participer. Ainsi donc je branchai de nouveau mes antennes sur ce que disait Hirata.

Hirata — Nous n’avons pas assez de temps pour établir une stratégie. Toutefois, une chose est sûre : garçons et filles, nous aurons du mal à nous soutenir.

  • Ho, non…

Les filles étaient dépitées. Et à juste titre, puisque Hirata était leur homme providentiel. Comment allaient-elles s’en sortir sans lui ?

Hirata — Tout naturellement, les filles devraient donc avoir leur propre référente. Horikita-san, pourquoi n’endosserais-tu pas ce rôle ?

Hirata y songeait certainement dès l’instant où on nous avait annoncés que l’examen n’était pas mixte.  Et il jeta son dévolu sur cette fille isolée, Horikita. Bon, clairement, elle était la personne la mieux indiquée pour ça.

Horikita — Je n’y vois aucune objection. Vous êtes donc libres de venir me consulter dès que vous en avez besoin.

Horikita répondit cela calmement, presque comme une personne normale. Néanmoins, si elle avait fait des efforts d’intégration au sein de la classe, Horikita était loin de valoir Hirata en termes de popularité. Mais elle-même, puisqu’elle avait progressé, en avait conscience.

Horikita — Toutefois, certaines pourraient penser que je ne conviens pas trop. Je n’aime pas trop l’admettre mais je pense que je ne suis pas la meilleure confidente.

Personne n’aimerait admettre quelque chose comme ça je suppose.

Horikita — C’est pourquoi j’aimerais que Kushida-san m’assiste. Qu’en penses-tu ?

Horikita fit donc cette proposition à Kushida, qui répondit immédiatement.

Kushida — Vais-je vraiment t’être utile ??

Horikita — Bien entendu. S’il y a quelqu’un qui a la confiance de toute la classe, c’est bien toi.

Kushida — Hmm… D’accord, je vais t’aider alors !

Horikita — Je te remercie. Voilà, nous serons vos interlocutrices. Adressez-vous à moi-même ou à Kushida-san, si vous n’êtes pas à l’aise avec moi. Néanmoins je traiterai toutes les demandes, même les plus futiles.

Si on mettait de côté les « spécificités » de Kushida, c’était à n’en point douter la meilleure approche. Filles et garçons allaient être séparés, suivre leurs cours à différents endroits, ce qui allait rendre l’entraide difficile. Le seul moment où nous allions pouvoir interagir était au moment des repas. La confiscation des téléphones n’arrangeait rien. Mais il était plus qu’essentiel de savoir ce qu’il se passait même de leur côté, donc un complice chez les filles allait m’être nécessaire. D’autant que je me méfiais de Kushida.

Horikita et Kei sont les deux seules qui me venaient en tête. La première était promise à une situation assez embarrassante, devant jouer la gendarme dans le camp des filles. Il fallait donc supposer qu’elle allait être assez prise, donc avoir peu de temps pour moi. Le choix se portait donc assez vite sur Kei, mais cela allait peut-être être une trop grosse responsabilité pour elle. Je lui envoyai tout de même un sms avec les grandes lignes, sms qui fût immédiatement lu et qui eut comme réponse un message vide.

Un examen séparé par sexe allait avoir lieu, ce qui était inédit. Elle se doutait certainement que j’allais la contacter. Non, elle l’espérait même, histoire d’avoir quelques conseils. Après tout, si on se fiait à cette règle du leader et de la coresponsabilité, Kei risquait gros : malgré toute la sympathie que j’avais pour elle, ses résultats scolaires n’étaient pas bons. C’est pourquoi je voulais lui apprendre à se protéger elle-même. Pas sûr que tout le monde en soit réellement capable, mais cela allait peut-être permettre de limiter les dégâts.

Me concernant, cet examen me passait tellement au-dessus de la tête. Je n’avais aucune intention de mettre au point des stratégies mirobolantes, je comptais même me la couler douce. Enfin j’allais en faire un minimum bien sûr, comme donner des conseils à Kei. Après tout, des exclusions étaient en jeu, et cette fois-ci je n’allais pas pouvoir tout gérer par moi-même.

En fait, plus que tout, je voulais réduire le nombre de personnes à protéger. Plus que moi, c’était Kei que je voulais couvrir, elle qui était devenue un acolyte de premier plan au même titre que Hirata. De plus, avec l’affaire du Conseil des élèves qui se profilait, j’allais avoir besoin de protéger Horikita.

Et c’était sans compter sur mes amis qui étaient Keisei, Akito, Haruka et Airi. Je ne les protégeais pas mais priais vraiment pour qu’ils ne soient pas exclus.

Le plus important allait être de garder un œil sur les mouvements de Nagumo. Après tout, les occasions de réunir tous les élèves toute année confondue n’allaient pas être nombreuses. Le reste ne présentait que peu d’intérêt.

Le bus quitta l’autoroute et emprunta la route pavée de la montagne. Est-ce que les excursions en pleine nature étaient une tradition pour l’établissement ?

1

Notre arrivée allait marquer le début de l’examen. Les téléphones étant embarqués, cela risquait d’être ce genre d’examens ennuyeux où l’on doit se bouger pour avoir des informations. Par ailleurs la discrétion allait être de mise pour ne rien faire fuiter.

Moi — Je ne suis pas fait pour ça.

Non, réellement. Peu importe les examens spéciaux que nous avions traversé, la coopération n’était pas mon point fort.

Mlle. Chabashira — Nous sommes bientôt arrivés. Une fois sur place, nous vous ferons procéder à vos groupes avant de vous laisser vous organiser pour vos chambres. Ensuite, après le déjeuner, vous serez libres pour l’après-midi.

Ike — Donc pas cours cette après-midi ? Super !!!!

Ike me regarda en disant ça, comme pour me demander confirmation. En effet oui, il avait bien compris. Mais il ne fallait pas se laisser avoir, nous n’étions pas ici en vacances. Même si le cadre pouvait s’y prêter… Après tout, pour l’instant, tout faisait penser à une sympathique petite excursion.

Le bus ralentit et se gara sur le parking, avant de s’arrêter.

Mlle. Chabashira — Une fois appelé, vous êtes invités à donner votre téléphone portable et à descendre du bus. « Ayanokôji, Ike… »

Chabashira nous appela par ordre alphabétique. J’éteignis donc mon téléphone et le mis dans la boîte en plastique à côté d’elle.  En descendant, un professeur que je ne connaissais pas approcha. Il nous avait été demandé d’attendre à une certaine distance du bus.

Ike — Ah, on se les pelle !!

Ike se frotta les avant-bras et gémit. Nous étions en pleine montagne après tout, il faisait certainement plus froid ici que dans l’enceinte de l’école. Mais un somptueux spectacle nous fit oublier le froid.  

Ike — Wow… Où est-ce qu’on est ? Ce n’est pas à la portée d’une simple école, c’est sûr…

Devant nous se trouvait un grand espace ouvert qui ressemblait à la zone de récréation de l’école. Et derrière, se trouvaient deux bâtiments scolaires d’un style vieillot. Afin de pouvoir accueillir les élèves de trois années, leur taille était considérable. C’était donc ici que nous allions passer la semaine. Cela m’avait fait le même effet que sur l’île déserte. Je n’avais vraiment pas l’habitude de la nature. De ce côté, Ike, qui avait été scout, pouvait être utile. Côté force physique, la présence de Sudou était également rassurante. Les filles descendirent à leur tour les unes après les autres. Horikita, à sa descente, semblait vouloir me parler mais, hélas, nous étions déjà en file et séparés.

Nous nous dirigeâmes donc chacun vers notre bâtiment attitré. Les garçons vers le plus grand, le « bâtiment principal ». Une fois dans le bâtiment, l’odeur caractéristique du bois nous chatouilla le nez.

Hirata — Le bâtiment semble très ancien mais il est remarquablement bien entretenu. C’est super beau !

Tout le monde sembla d’accord avec lui. Il n’y avait pas de chauffage mais, en chemin, dans ce qui semblait être une salle de classe, nous pûmes apercevoir un réchaud. Cela allait probablement être dans ce genre de salles que nous allions avoir cours. Nous passâmes ensuite devant un gymnase. Nous tombâmes alors sur les garçons de la classe A et B, suivis par ceux de la D et ce qui semblait être des première et des terminale.

Les gars de la A et de la B semblaient assez détendus vu qu’ils n’échangeaient pas un mot. Ils devaient déjà avoir mis au point une stratégie dans le bus.

2

Tous les garçons de toute l’école étaient rassemblés en un endroit. Les seconde furent quelques peu intimidés et restèrent figés, attendant plus amples explications. Peu après, ce qui semblait être un professeur de première ou de terminale s’avança sur une estrade et se mit à nous parler.

  • Je suppose que vous avez tous reçu les consignes relatives à cet examen au sein de vos bus. Ainsi nous ne nous éterniserons nullement là-dessus ici. Je vous invite donc à former vos petits groupes. Pour rappel, vous devez former 6 petits groupes par année scolaire.  La formation des grands groupes, elle, aura lieu ce soir à 20 heures. Je vous signale dès à présent que l’école n’interférera absolument pas dans la création des groupes ni n’arbitrera aucun conflit à ce niveau.

Donc nous étions totalement livrés à nous-mêmes. Avant les grands, nous devions former les petits groupes. Je me demandais donc à quoi les autres classes avaient pensé dans le bus et quels étaient leurs objectifs. Chaque année avait pris ses distances les unes des autres. Par curiosité, j’observai les première et les terminale, même si je ne voyais les choses que très superficiellement.

Du côté des terminale, la répartition en petits groupes avait déjà débuté et, à peine quelques secondes plus tard, des mouvements se firent observer au sein des première. Nous autres, en seconde, étions dans l’impasse. Je pensais que nous allions nous sonder encore un peu mais la classe A commença avec surprise à former un gros groupe, ce qui ne manqua pas d’attirer l’attention. La classe A forma donc un groupe de 14 personnes avant de le signaler à la classe B et aux classes inférieures, donc nous.

Matoba — Comme vous pouvez le voir, voici 14 personnes. Si une personne souhaiteraitnous rejoindre, nous remplirions toutes les conditions de validité pour former un petit groupe. Nous vous attendons.

Celui qui disait ça était Matoba, de la classe A. Katsuragi était parmi les 14 mais c’était Matoba qui semblait les mener. Donc la faction de Katsuragi n’était plus celle qui avait le pouvoir ? Dans tous les cas, la classe A avait joué la stratégie de la concentration.

Sudou — Hé, vous avez pas l’impression d’abuser un peu ? Redescendez !

Sudou, bien entendu, partit au quart de tour.

Matoba — Et pourquoi pas ? En faisant ainsi on fait en sorte que tous les groupes ne soient composés que de deux classes maximum. De fait, même si on arrivait premier, notre bonus ne serait pas si dingue. Donc ça vous arrangerait aussi.

Sudou — Ouais mais quand même, vous êtes 14 ensemble quoi !

Matoba — Mais faîtes de même, justement. Chaque classe restante, donc la B, C et D, n’a qu’à former trois groupes de 15 !

Sudou — Vraiment ?

Sudou, qui avait un peu de mal à suivre, s’adressa à Hirata.

Hirata — C’est techniquement possible, oui.

Matoba — Si vous avez saisi alors ça nous fera gagner du temps ! Il nous reste 6 élèves de la classe A prêts à combler vos trous !

Qu’est-ce que cela voulait dire ? Matoba lâcha un petit sourire à Hirata, de même qu’à Kanzaki et Shibata de la classe B.

Shibata — Je suppose que ce n’est pas un si mauvais deal. Et toi, Kanzaki ?

Kanzaki — Désolé mais j’aimerais y réfléchir.

Shibata — Tu as raison… Je ne crois pas que les élèves restants de la A nous mettront des bâtons dans les roues mais on ne sait jamais.

La classe A essayait d’accélérer la création des groupes, mais Kanzaki les calma légèrement. Néanmoins, Matoba repassa rapidement à l’attaque.

Matoba — Dans ce cas vous avez 5 minutes ! Faîtes votre choix pendant ce temps.

Hirata — 5 minutes… Je te signale que la répartition des groupes vient tout juste de commencer ! Ne penses-tu pas que ce n’est pas très sympa de précipiter les choses comme ça ?  

La classe A était légèrement malhonnête en nous vendant leur stratégie comme gagnante pour tous. En effet, réduire les potentiels bonus de gains arrangeait surtout ceux qui étaient déjà bien classés et qui voulaient conserver leur avantage, donc la classe A.

Matoba — Oui, ça peut sembler assez précipité, je l’admets. Mais on ne dit pas qu’on ne négociera plus après 5 minutes. Mais que pendant ces 5 minutes vous aurez droit à une offre spéciale.

Hirata — Une offre spéciale ? 

Matoba reprit la tête. C’était précisément parce que les autres classes n’avaient encore rien décidé qu’il était en position de force. Une frappe préventive donc.

Matoba — Nous, classe A, voulons former un groupe de 14 personnes. Cela peut sembler déséquilibré, et c’est pour cela que nous nous engageons à faire bénéficier d’un traitement de faveur toute personne qui nous rejoindrait là, tout de suite.

Matoba déroula la stratégie qu’ils avaient mise au point dans le bus.

Matoba — En intégrant notre groupe maintenant, le 15ème élève ne risquera rien. Katsuragi-kun sera le leader de ce groupe. Supposons, par je ne sais quel hasard, que nous finissions derniers : Katsuragi-kun s’engage à en porter la responsabilité seul et n’attirera pas cet élève avec lui. Dans le cas bien sûr où cet élève n’a pas sciemment saboté le groupe en ayant volontairement une moyenne déraisonnablement basse.

Alors c’était donc l’offre spéciale.

Sudou — T’es sérieux…?

Et pourtant, certains élèves pouvaient être attirés par cette offre. Maximiser les gains et élaborer les meilleures stratégies possibles étaient important, mais cela était la préoccupation d’un nombre restreint d’élèves. L’élève moyen, lui, qui voulait simplement survivre dans cette école, pouvait trouver cette proposition intéressante : passer l’examen tout en bénéficiant d’une sécurité et, disons-le, de chances de gagner assez considérables vu que c’était de garçons de la classe A dont on parlait.

Katsuragi était le leader mais c’était cet élève assez éloquent, Matoba, qui tirait les ficelles ici. Cela signifiait donc que la classe A possédait encore de nombreux talents encore discrets. Cependant, je me demandais pourquoi Katsuragi était en retrait. Alors il avait définitivement été rétrogradé et désigné leader pour porter la responsabilité, au cas-où ?

Matoba — Il va sans dire que les 14 d’entre nous visons la première place, donc c’est aussi l’occasion pour cette personne d’être  récompensée par des points privés. Allez, manifestez-vous, je sais qu’il y a beaucoup d’élèves qui ne sont pas très sûrs d’eux, pas vrai ?

En disant cela, il regarda  autour de lui tous les élèves. Les paroles de Matoba résonnèrent d’autant plus chez ceux réceptifs à son idée.

Matoba — Toutefois, si nous ne vous décidez pas dans les 5 minutes qui suivent, nous n’hésiterons pas si notre groupe reçoit une pénalité.

Kanzaki — C’est super intéressant comme proposition mais tu es conscient que, passé 5 minutes, absolument personne n’aura envie de vous suivre ?

Kanzaki dit tout haut ce que je pensais.

  • Oui, personne ne prendra le risque de vous rejoindre !

Les élèves qui avaient trouvé, un bref instant, la proposition séduisante se montrèrent d’un coup bien plus réfractaire.

Matoba — En réalité je me fiche de ce que vous pensez, nous ne changerons rien.

Ce faisant, Matoba se retira avec son groupe, comme pour appuyer le fait qu’il n’avait pas l’intention de négocier.

Shibata — Qu’ils nous ignorent donc. Dans 5 minutes personne ne voudra intégrer ce groupe et ils reviendront à genoux.

Kanzaki — Peut-être bien.

Kanzaki et Shibata se mirent également calmement en retrait. Je ne voyais pas de mouvement étrange de la part de Kaneda et des autres de la classe D. Cependant, Hirata, qui avait reçu cette offre de la classe A, semblait légèrement différent. En s’approchant de moi, de Keisei et d’Akito, il nous appela d’une voix douce comme pour nous demander notre avis.

Hirata — Qu’est-ce que vous en pensez, alors ?

Yumikura —Tu veux dire, par rapport à la stratégie de la classe A ?

Hirata — Oui. En y réfléchissant bien, je me dis « pourquoi pas ? ». Tout ce que nous voulons, c’est sécuriser cet examen. Après tout, nous avons fait tant d’efforts pour arriver en classe C… Je n’ai pas envie de gâcher cette dynamique et, par-dessus le marché, risquer l’exclusion de quelqu’un. Or ce groupe m’a l’air solide et sera assez peu susceptible de finir dernier, je pense que ce serait donc une bonne opportunité pour un élève faible qui n’a pas trop confiance en lui. Et cela nous enlèverait un poids en tant que groupe.

Vu comme ça, en effet, l’offre de la classe A avait pas mal d’avantages.

Hirata — Encore faut-il que la classe A donne cette garantie. Pour l’instant il n’y a que des mots, c’est ça qui m’embête.

L’anxiété d’Hirata à ce sujet était compréhensible. Certes une promesse verbale peut, parfois, avoir force de contrat. Encore fallait-il être sûr qu’ici cela allait être le cas. Le moment venu, la classe A pouvait donc simplement nier avoir fait cette offre. Et d’autant qu’elle ne tenait que « dans le cas bien sûr où cet élève n’a pas sciemment saboté le groupe en ayant volontairement une moyenne déraisonnablement basse » : comment au juste prouver qu’un élève a eu volontairement de mauvais résultats ?

En tout cas, nous n’avions ni papier ni stylo, donc impossible de laisser de traces écrites. Les enseignants avaient déjà déclaré ne pas arbitrer la création des groupes, donc il fallait supposer qu’on ne pouvait pas compter sur eux. Pourtant cette offre n’était pas tombée dans l’oreille d’un sourd puisque toutes les seconde l’avaient entendue. Ainsi donc peut-être qu’ils avaient plutôt intérêt à tenir leur promesse.


Je participai à la conversation de Keisei et Hirata.

Moi — C’est vrai, nous pourrions mettre une personne à l’abri, oui.

Hirata — Oui, voilà ! Reste aussi la réaction de la classe B et D, pas sûr qu’ils voient ça d’un bon œil.

Pas faux. Accepter cette offre revenait à soutenir la classe A malgré qu’ils aient littéralement imposé leurs conditions. Mais Hirata semblait vraiment y réfléchir à fond. Environ 3 minutes s’étaient écoulées depuis cette soudaine proposition.  Je ne savais pas trop s’ils comptaient exactement chaque seconde, mais Matoba et les autres patientaient tranquillement. Attendaient-ils que quelqu’un lève la main ? Ou peut-être pensaient-ils déjà à une autre stratégie ? Nous-mêmes attendîmes avec attention les deux minutes restantes pour voir si nous devions ou non laisser Matoba et son groupe venir vers nous. Cela dépendait toutefois des chefs de toutes les classes.

Kaneda — Kanzaki-shi, j’ai une idée. Je peux ?

Kaneda de la classe D s’approcha de Kanzaki de la classe B. Plutôt que de chuchoter à voix basse, il fit une approche audacieuse que tout le monde autour pouvait entendre. Kaneda fit également signe à Hirata et en réponse, Hirata se dirigea vers lui.

Kaneda — Voilà. La concentration des élèves de classe A peut constituer une bonne opportunité. Déjà parce que leur groupe fera que leur classe ne profitera pas de la proportionnalité des gains. Et surtout, nous pourrons faire ce que nous voudrons des 6 élèves restants de la classe A. Donc la balle est dans notre camp.

Kanzaki — Encore faut-il battre ce groupe.

Si ma mémoire était bonne, durant l’examen des duos, la classe A avait battu la classe B à plate couture. Donc un examen purement scolaire ne nous donnait clairement pas l’avantage.

Kaneda — Oui, c’est un pari. Mais dans la mesure où l’examen n’a pas l’air de reposer sur de simples compétences académiques, je pense que nous avons nos chances.

Donc Kaneda préconisait de faire front contre la classe A.

Kaneda — Toutefois, coopérer revient à reconnaître leur groupe de 14. Mais compte-tenu de nos potentiels gains, je pense que ça vaudrait le coup. Surtout si leur offre vaut, finalement nous n’avons rien à perdre.

Hirata — Oui, je trouve que ça a du sens.

Si Hirata semblait partant, Kanzaki lui semblait avoir quelques réserves puisque sa réponse se faisait attendre.

Kanzaki — Mais qui allons-nous placer dans ce groupe ? Je ne suis pas sûr que quelqu’un de notre classe soit partant, moi le dernier.

Cela se comprenait. Malgré cette offre spéciale, passer une semaine isolée entre des élèves de la classe A promettait d’être tout sauf agréable.

Hirata — Demandons tout de même. Élèves de la classe B et D, y a-t-il des volontaires ?

Tout le monde se regardait dans le blanc des yeux, personne ne répondit.

Hirata — Bon, et en classe C alors ? Quelqu’un est motivé ?

Demandant à sa propre classe, l’offre n’eut pas plus de succès. En fait beaucoup y avaient sûrement pensé mais personne n’osa se manifester, peut-être par peur du regard des autres.

Hirata — C’est mon opinion mais je pense qu’il n’y a pas à avoir peur de la classe A.

Kanzaki — Et comment peux-tu en être aussi sûr ?

Hirata — Nous ne sommes qu’au 3ème trimestre de seconde, la classe A a tout intérêt à tenir parole s’ils veulent garder notre confiance pour continuer à faire ce genre de deal dans le futur. C’est une question d’image.

Son point de vue se défendait. Si nous avions été en pleine confrontation finale, il aurait fallu faire attention. Mais on en avait pour un bout de temps encore dans cette école. Il était donc plus probable que la classe A tienne ses engagements afin de pouvoir réitérer ce stratagème pour de prochains examens.

Hirata — Puis, sans vouloir leur passer de la pommade, on parle de la classe A. Ils sont les meilleurs. Qu’ils finissent à la dernière place ou en dessous de la moyenne me semble vraiment improbable. Bref, c’est plutôt un groupe avantageux.

Ce que disait Hirata concernait particulièrement des élèves comme Ike, par exemple.

Hirata — Il n’y a l’air de n’avoir aucun volontaire pour les classes B et D, ainsi j’aimerais donc proposer quelqu’un de la classe C. Si ce groupe gagne, cela fera un petit gain pour la classe et cela nous met à l’abri d’une éventuelle exclusion. Cela me semble pas mal.

En parlant, il appuya particulièrement le regard en direction d’Ike et Yamauchi. Il voulait certainement protéger les élèves qui avaient le moins confiance en eux. Hirata fit un dernier pas.

Hirata — Donc vous me garantissez que l’élève qui vous suivra ne risquera absolument rien ?

Hirata voulu avoir une ultime confirmation de Matoba.

Matoba — Bien entendu ! Déjà nous n’attendons absolument rien de cet élève. Si en plus il respecte la condition précédemment citée, c’est bon !

Ike — Dans ce cas je vais y aller.

Celui qui marmonna cela n’était autre qu’Ike. Au même moment, Yamauchi sortit également du silence.

Yamauchi — Je pense que j’ai aussi envie d’y aller !

Pour compléter la petite bande, Doc aussi se porta volontaire. Cela faisait donc trois candidats.

Matoba — Décidons alors à Pierre-papier-ciseaux.

Hirata arbitra et, ainsi, les trois intéressés s’affrontèrent. Ce fut Yamauchi qui l’emporta, donc qui gagna le droit de rejoindre les élèves de la classe A. Ainsi donc la classe A eut déjà le petit groupe qu’elle avait prévu, laissant néanmoins toujours 6 élèves invités à se rediriger vers Mashima-sensei, professeur de la classe A. Ils avaient formé le premier petit groupe en quelques minutes seulement !

Kaneda — Maintenant, formons nos groupes. Nous pourrions faire comme la classe A et former trois groupes de 14 personnes, de même que reprendre cette proposition de laisser les élèves en dessous de la moyenne tranquille. Mais pour ma part, comme je l’ai dit plus tôt, je propose de former des groupes représentant les 4 classes.

Kanzaki — En effet, maintenant qu’on a accepté leur groupe, autant jouer la stratégie de la diversité des classes.

Kaneda — En effet. Et la classe C, alors ?

Kanzaki et Kaneda optaient donc pour la stratégie maximisant le nombre de points.

Hirata — Si nous voulons gagner, alors c’est nécessaire. Je ne m’y opposerai pas.

Sudou — Attends, Hirata, ça te va vraiment ? Tu nous vois vraiment partager un groupe avec des gars comme Ishizaki.

Sudou interrompu cet élan. Ce n’était pas seulement son opinion, mais aussi celle de Keisei et de beaucoup d’autres élèves de la classe C. D’autant que je pus distinguer pas mal de complaintes d’élèves des classes B et D également. Cette technique maximisait les gains mais, en même temps, pouvait être une source de problème. Des élèves étant comme « chat et chien » allaient-ils parvenir à coopérer efficacement ?

Hirata — Je vois ce que tu veux dire. Peut-être qu’on ne devrait pas trop se précipiter, après tout c’est pas aussi limpide pour nous que pour la classe A…

À en juger par la satisfaction des élèves de la classe A, ils allaient probablement se répartir équitablement les récompenses. Ou peut-être avaient-ils même promis un peu plus aux six élèves prenant plus de risque en ne se joignant pas à leur groupe principal. Cette stratégie marchait bien parce qu’ils étaient dans une position de sécurité, en classe A.

Hirata — Pourquoi ne pas former des groupes temporaires en tenant compte de l’avis de chacun ?  Si nous rencontrons des problèmes, nous n’aurons qu’à le dissoudre immédiatement.

Kanzaki — Je suis d’accord aussi. Continuer à nous sonder ici va peut-être nous faire perdre un temps précieux. La classe A est déjà passée à l’étape suivante par exemple !

Ils conclurent donc que blablater n’aller nous mener à rien. Les autres élèves s’en remirent à leurs meneurs puisque personne ne semblait émettre de réserves.

Kaneda — Je suis d’accord aussi du coup.

Kaneda accepta également sans broncher. La répartition des groupes se fit donc sans problème. Mais, outre la répartition elle-même, un autre détail ne passa pas inaperçu concernant la classe D : Ryuuen était normalement le chef de sa classe, alors pourquoi était-ce Kaneda qui parlait à sa place ?

Pourquoi n’était-il pas à la table des négociations mais en retrait ? La nouvelle de la chute de Ryuuen circulait depuis un moment déjà, il était vrai, mais beaucoup n’y croyaient pas et soupçonnaient un piège.

Shibata — Je voudrais juste être sûr… C’est Ryuuen qui t’envoie ?

Shibata demanda ce que Hirata et Kanzaki n’avaient pas osé demander. Tout en nettoyant ce qui semblait être une accumulation de poussière, Kaneda répondit.

Kaneda — Non, ce sont mes propres idées. Personne ne se préoccupe de ses opinions désormais. Et quand bien même cela aurait été le cas, je suis toujours celui qui vous parle donc où est le problème ? 

Shibata s’excusa après de Kaneda, dont l’expression avait subitement changé.

Shibata — Je voulais juste en être sûr, désolé si je t’ai vexé.

Kaneda — Non, pas du tout. Mais revenons à nos moutons. Comme on a dit, nous ne pouvons pas perdre plus de temps là-dessus.

La situation était bien compliquée. En effet, tout en agissant pour le bien de son groupe, chaque personne allait devoir couvrir ses arrières pour éviter l’expulsion tout en apportant une plus-value à sa classe. C’était plus facile à dire qu’à faire. De plus, quant à la composition des groupes, le défi n’allait pas forcément être de récupérer les meilleurs éléments mais, surtout, d’éviter de récupérer ceux qui allaient être susceptibles de poser problème.  

Hirata, de la classe C, Kanzaki de la classe B et Kaneda de la classe D s’érigèrent en première personne de leurs groupes de 15. Ils semblaient avoir écarté l’idée de former des groupes plus petits. La répartition commença alors en prenant chacun 11 personnes de leur classe. Les volontaires accoururent rapidement vers Hirata ; en effet, quoi de mieux que d’être dans un groupe composé majoritairement de gens de sa classe ? L’idée mettait à l’aise et ça permettait à la classe majoritaire de garder le pouvoir dans son groupe. La classe D, toutefois, prenait un peu plus son temps.

D’ailleurs reparlons d’elle. Je n’étais sûrement pas le seul à garder un œil dessus, si on laissait de côté Kanzaki et Shibata. En effet, tout le monde voulait savoir ce qu’était devenu Ryuuen Kakeru, cet élève connu pour être le roi de l’entourloupe. Que ma classe et la classe B aient du mal à faire confiance à la classe D, à ce stade, était compréhensible.

  • Que vas-tu faire, Kiyotaka ?

Keisei et Akito me posèrent simultanément la question.

Moi — Et vous, alors ?

Répondre à une question par une question, un grand classique !

Miyake — Je préférerais rester avec Keisei, car disons que trop réfléchir n’est pas mon fort.

Yukimura — Un groupe avec la classe C majoritaire a, certes, certains avantages. Mais, honnêtement, je ne suis pas trop avec Hirata sur ce coup.

Miyake — Comment ça ?

Akito demanda plus de précisions.

Yukimura — Hirata opte pour une stratégie défensive, protectrice. Je ne dis pas que c’est une mauvaise idée mais, par conséquent, ça réduit considérablement nos chances d’avoir des gains. Par exemple, des gens comme Ike, notre apprenti Onizuka [2]et Sotomura vont vouloir rejoindre le groupe de Hirata. Suivant l’examen, bien sûr, ils pourront mieux s’en sortir que moi. Mais si c’est ce que je crois, c’est assez peu probable.

Miyake — C’est vrai que vu comme ça…

Yukimura — La classe A est à des années lumières de nous. Même avec Yamauchi, je ne suis pas sûr que le groupe de Hirata fasse mieux. Dans le meilleur des cas, il ne perdra pas. En bref, vaudrait mieux être minoritaire dans un groupe gagnant, finalement.

Miyake — Dans une quête de points, ton approche serait mieux hein ?

Parmi les élèves de seconde, il y avait 80 garçons. 20 par classe. En créant les groupes de la façon suivante :

Classe A (14 élèves de la A, 1 de la C) = 15 personnes

Classe B (12 élèves de la B, 1 de la A, 1 de la C, 1 de la D) = 15 personnes.

Classe C (12 élèves de la C, 1 de la A, 1 de la B, 1 de la D) = 15 personnes.

Classe D (12 élèves de la D, 1 de la A, 1 de la B, 1 de la C) = 15 personnes.

Il reste donc 20 garçons (3 de la A, 6 de la B, 5 de la C et 6 de la D) qui devront donc former 2 autres groupes à part.  

Cependant, tout comme la majorité des étudiants formaient des équipes selon la volonté de leurs chefs de classe, il demeurait certains électrons libres. L’un d’entre eux est sans aucun doute Ryuuen Kakeru de la classe D. Comme s’il n’avait aucun intérêt pour cet examen, il n’eut d’interaction avec personne, restant seul en attendant que ça se passe. On sentait toutefois que c’était une solitude choisie, il ne dégageait rien de pitoyable. Mais il allait bien falloir le caser dans un groupe. Néanmoins, si même ses camarades ne tenaient pas compte de lui, je ne voyais qu’une seule personne capable de faire un pas vers Ryuuen.

Hirata — Ryuuen-kun, si ça te dit, tu veux rejoindre notre groupe ?

Qui d’autre que Hirata, le bon samaritain, pouvait faire un tel geste ? Du point de vue de Ryuuen, un examen pareil qui allait demander un grand investissement et un travail d’équipe n’était rien d’autre qu’une nuisance, même s’il n’allait pas non plus le saboter.

  • Hé, c’est pas drôle Hirata !

Tous les élèves ayant rejoint le groupe d’Hirata s’indignèrent. Et à juste titre puisque dans ce désir commun d’assenions en classe A, Ryuuen Kakeru promettait de n’être rien d’autre qu’une gêne. Et autant dire qu’absolument tout ce qui se passait dans cette école tournait autour de ça.

Au passage, d’un seul coup, je me demandais… Qu’allait-il se passer ppur ceux qui n’allaient pas être diplômés en étant en classe A ? Bien sûr ils n’allaient pas pouvoir bénéficier de tous les avantages tels qu’une place garantie dans les meilleures universités ou les meilleures entreprises. Le tout était de savoir comment leur dossier allait malgré tout être apprécié. Les élèves inscrits ici étaient en perpétuel doute. Allaient-ils être boudés par les établissements supérieurs et par les employeurs car vus comme des élèves « n’ayant pas réussi à se qualifier » ?

Mais c’était faire fi de l’excellente réputation de notre lycée, notamment via son réseau des anciens. Avoir évolué trois ans dans une méritocratie au sein d’un lycée d’État n’était quand même pas rien et avait de quoi impressionner. En d’autres termes, même sans atteindre la classe A, j’étais persuadé que ce lycée avait beaucoup à offrir. Donc pourquoi être pessimiste ?

Concernant les première, Nagumo régnait déjà en maître sur la classe A avec un soutien total tout en s’étant déjà occupé du cas des classes inférieures. Même si c’était difficile pour ces dernières, il leur restait encore un an pour renverser la tendance. Quant aux terminale, la classe du grand frère Horikita n’avait pas cédé sa place une seule fois, même si la lutte était moins déséquilibrée qu’en première. En d’autres mots, il était quasiment impossible pour les première et terminale D de revenir dans la partie. Quant aux classes C, c’était improbable à moins d’un examen final bouleversant totalement le nombre de points.

Sans compter les secondes, dont l’élève moyen n’avait sûrement pas compris tout ça, je pense que la plus grande peur des élèves ici est l’exclusion. Le renvoi, ça, c’était bien la chose qui pouvait faire tâche sur un dossier. Cette règle de la coresponsabilité était sûrement une sécurité pour éviter que cet examen ne soit prétexte à des exclusions en série. Toutefois, il restait essentiel que les élèves restent dans les bonnes grâces du leader et obtiennent de meilleurs résultats que lui afin d’être protégés.

Ryuuen — Tu es bien sûr de toi, Hirata ? Car je ne suis pas sûr que tes camarades soient de cet avis.

En effet, aussi longtemps que quelqu’un s’y opposait nous ne pouvions pas avancer. Et un beau discours de Hirata n’allait sûrement pas suffire à convaincre Sudou et les autres.

Miyake — C’est un peu tendu d’être dans les brebis galeuses, Keisei ? 

Akito chuchota légèrement en regardant la liste des gens restants. Keisei répondit en soupirant.

Yukimura — Un petit peu, oui…

Keisei se rendit compte de la situation et soupira d’exaspération. Les cinq élèves restants de la classe C seraient moi, Keisei, Akito, Doc, Sudou et Kôenji. Le Doc et Sudou semblaient vouloir rejoindre le groupe de Hirata, mais ce groupe était tout simplement complet. Quant à Kôenji, il était dans son monde, comme d’habitude. En regroupant ces cinq-là, cela donnait donc deux derniers groupes avec 10 personnes, ce qui n’allait peut-être pas contenter les autres classes qui voulait peut-être également regrouper leurs derniers élèves. De plus, autre détail important, il ne restait plus beaucoup d’élèves disposés à endosser le rôle de leader ; les élèves restant se figèrent comme si le temps s’était arrêté.

  • Tant que je ne suis pas avec Ryuuen

Voici ce que déclarait un élève de la classe B.

— Moi aussi !

Keisei semblait du même avis : tout le monde voulait éviter Ryuuen. Il était si imprévisible après tout. Les seuls qui auraient pu faire équipe avec lui, Ishizaki et les autres, ne lui adressaient même pas la parole. La seule personne qui n’était pas dans ces histoires était Shiina Hiyori, mais elle était avec les filles.

— On dirait qu’on va avoir du mal à nous mettre d’accord.

— Pourquoi il va pas dans le groupe de la D et basta ?

Kaneda — Hé bien, nous sommes dans une situation un peu délicate…

Kanzaki — Les choses sont compliquées en interne, si les rumeurs sont vraies. 

Il était normal pour Kanzaki, comme tout le monde présent d’ailleurs, d’être méfiant. Cela pouvait être un piège de la classe D.

Hirata — Kanzaki-kun, je pense que nous devrions faire quelque chose.

Kanzaki — Par « quelque chose », tu veux dire aider Ryuuen ?

Hirata — Oui.

Kanzaki — Au détriment de nos classes à nous ? En mesurant les risques, je ne suis vraiment pas sûr que ça en vaille le coup.

Kanzaki avait raison. Si accepter Ryuuen présentait un risque, c’était les classes B et C qui allaient le supporter. Même si Kaneda et Ishizaki ne le voulaient pas, il était bien plus logique que ce soient eux qui assument leur camarade. Dans une épreuve de duo, Hirata aurait pu faire équipe avec Ryuuen comme bon lui semble. Néanmoins, il s’agissait d’un examen d’équipe impliquant 10 personnes ou plus, et la bonne volonté d’une personne ne pouvait pallier toutes les autres. Un silence gagna alors toute l’assemblée, prolongeant la répartition des groupes.

De ce fait, trois groupes se formèrent en excluant Ryuuen, la situation était intenable.

3

— J’aimerais proposer quelque chose. Plutôt que de s’éterniser pour savoir où l’on va placer Ryuuen, je me porte volontaire pour être le leader du groupe qui l’accueillera.

Ce fut Akito qui prit la parole tandis qu’il observait la situation près de moi. Après que certains aient fait part de leur suspicion car personne ne voulait de Ryuuen dans son groupe, il répondit aussitôt.

— T’as une idée derrière la tête ou quoi ?

Miyake — C’est simple, j’ai envie d’avoir la grosse récompense dans le cas où mon groupe sécuriserait la première place.

Ce n’était pas comme si les gens n’avaient pas compris la valeur de la récompense mais prendre Ryuuen était clairement très risqué. Qui plus est, ce n’était pas le genre d’Akito de se porter volontaire comme ça, encore moins pour une récompense, aussi grande soit-elle. Pour moi, il avait plutôt agi pour débloquer la situation.

— C’est quoi ton objectif ? T’essaierais pas de trouver quelqu’un à emmener avec toi dans ta chute quand viendra le moment où tu devras prendre tes responsabilités ?

Miyake — À part si vous essayez clairement de faire du sabotage, je ne compte pas faire une chose pareille. De toute manière, les règles interdisent les coups bas, n’est-ce pas ?

Les élèves de ces groupes provisoires ne purent que se taire vu qu’Akito faisait preuve de bon sens.  Et ce fut ainsi, malgré les difficultés, que les 2nde  purent former six groupes. Mon groupe était le suivant :

De la Classe C : Kôenji, Keisei et moi.

De la classe B : Sumida, Moriyama et Tokitô,

De la classe A : Yahiko et Hashimoto

De la classe D : Ishizaki et Albert.

Nous étions 10 au total.

Contrairement à mon groupe ou à celui de  Miyake, les autres n’étaient pas aussi hétérogènes car il y avait clairement une classe majoritaire. Mais il y avait tout de même un problème qui subsistait dans le groupe dans lequel j’avais été assigné : nous n’avions toujours pas désigné de leader et il n’y avait vraisemblablement personne qui en avait la carrure ou qui cherchait à obtenir ce rôle. Au vu de ce gros souci, l’atmosphère sombra dans un silence de mort. Le groupe 6, le nôtre, décida de remettre la sélection du leader à plus tard et d’aller tout d’abord notifier notre formation à l’administration pour qu’elle l’enregistre.

Yukimura — On a évité Ryuuen mais, vu notre groupe, je ne suis pas super confiant pour notre future moyenne.

Keisei était inquiet et, pour être honnête, je ne connaissais pas le niveau des élèves des autres classes qui étaient avec nous. Mais je me doutais qu’Albert et Ishizaki n’étaient pas des lumières. C’était trop tard de toute manière. Ishizaki évita mon regard de façon indiscrète mais cela passa inaperçu, les gens pouvaient croire qu’il s’en fichait juste de moi.

Yukimura — Kôenji aussi va être un problème.

Il n’y avait rien à redire concernant ses aptitudes académiques et sportives à partir du moment où il prenait les choses au sérieux. 

Moi — Je ne pense pas que Kôenji ferait quelque chose de bête vu que nous sommes tous les dix dépendants du résultat des autres.

Avoir un gros score était une formalité pour lui, certainement. Mais il ne fallait pas compter sur lui en cas de stratégie de groupe. Enfin, Kôenji était imprévisible lorsqu’il n’était pas motivé.

Après avoir enregistré notre groupe, je vis que celui qui était composé à majorité d’élèves de la A était resté en retrait au lieu de sortir dehors. Au début je pensais qu’ils voulaient voir la composition des cinq autres groupes, mais c’était parce que les élèves de 1ère et de terminale étaient venus à leur recontre. Plus important, il y avait Nagumo Miyabi, le président du Conseil des élèves dont l’influence sur les élèves de première n’était plus à démontrer. Ce dernier venait ainsi de confirmer que les élèves de leur année avaient formé les groupes très rapidement.

Nagumo — Je pensais que vous auriez mis plus de temps. C’était rapide.

Les élèves de terminale aussi avaient visiblement terminé.

Nagumo — Et si on formait notre grand groupe dès maintenant, les seconde ?

— Nagumo-senpai, nous ne sommes pas censés faire ça ce soir ?

Nagumo — C’est parce que l’administration avait pensé que vous alliez mettre plus de temps que ça. Vu que tout le monde à ses petits groupes de formés, autant enchaîner tout de suite non ?

Les professeurs avaient l’air effectivement surpris par cette formation rapide des groupes car ils semblaient pris au dépourvu.  Concernant le groupe des seconde, vu que c’est le président du Conseil qui leur proposait ça, il n’y avait aucune raison de refuser.

Nagumo — Horikita-senpai, cela ne te gêne pas, non ?

Horikita-senpai — Pas de problèmes, cela nous arrange aussi.

Après cette brève séquence, Nagumo commença les discussions.

Nagumo — Que faire alors ? Et si les 6 leaders des 2nde  faisaient un pierre-papier-ciseaux ? Le gagnant choisit ainsi son groupe de première et de terminale et ainsi de suite. On ne peut pas faire plus impartial.

Horikita-senpai — Les 2nde ont encore beaucoup à apprendre et ne sont habilités à prendre de telles décisions, ce n’est pas pertinent.

Nagumo — Il faut bien prendre une décision. Et au final, nous disposons tous plus ou moins de pas mal d’informations à ce stade.

Personne n’osa interrompre cette discussion haute en couleur.

Nagumo — Qu’est-ce que vous en pensez les 2nde ? Vous trouvez quelque chose à redire ?

Nagumo dit cela bien qu’il savait que personne n’allait le contredire.


Matoba — Cela nous convient.

Matoba en classe A répondit au nom des 2nd.

Nagumo — Je vois, dans ce cas, commençons sans plus tarder.

Nagumo fit un sourire et rejoignit son petit groupe qu’il devait sûrement avoir formé lui-même. Les 2nde et les terminale commencèrent à se ranger par groupe pour que l’on y voit plus clair et les leaders de chaque groupe de 2nde, hormis le nôtre, s’avancèrent et commencèrent à discuter. L’expression de Nagumo était attendrissante, comme s’il observait au loin des enfants.

Nagumo — Il ne reste plus que ce groupe là-bas.

Vu que nous n’avions pas de leader, personne ne s’avança pour le pierre-papier-ciseaux. Je poussa doucement le dos de Keisei sans me faire remarquer. Il eut un air sceptique mais finit par se résigner à lever la main. Ainsi, les six leaders se mirent en cercle et commencèrent à jouer.

Keisei finit quatrième. Le premier fut Matoba avec son groupe formé à majorité de A, ensuite Hirata avec le groupe formé à majorité de C, ensuite Kaneda et son groupe à majorité formé de D.

Nagumo — Vous pouvez bien sûr discuter entre vous avant de choisir.

Les groupes les plus prisés étaient bien entendu celui de Nagumo en 1ère  et celui de Horikita-senpai en terminale mais quelqu’un comme Hirata, qui avait côtoyé beaucoup de personnes parmi les ainés, était capable de voir des talents ailleurs que chez les individualités les plus connues. Le groupe de Matoba choisit ainsi celui de Horikita Manabu sans hésitation. Ensuite Hirata regarda attentivement les 11 groupes restants un par un. Il choisit ainsi un groupe de terminale dont je ne connaissais pas les élèves plutôt que d’opter pour le groupe de Nagumo.

Ike — Hé, Hirata. T’es sûr que tu veux pas prendre le président ?

Il était logique que d’autres soient surpris.

Hirata — Je pense que ça ira. C’est bien de prendre des gens talentueux mais ça a aussi ses inconvénients. Et puis les ainés que j’ai choisis sont loin d’être mauvais.

Sa réponse fut pleine de confiance et Ike ne le questionna pas plus car il lui faisait confiance. C’était maintenant au tour du groupe à majorité de D. Kaneda consulta ses camarades, ou plutôt, les informa de qui il voulait choisir. Il n’y avait pas l’air d’avoir d’objections vu qu’il choisit immédiatement le groupe qu’il voulait.

Kaneda — Je voudrais le groupe de 1ère de Gouda-senpai.

Encore une fois, le groupe de Nagumo ne fut pas sélectionné.

Moi — Je me demande pourquoi ils évitent Nagumo ?

Je murmurai cette simple question à Keisei qui répondit.

Yukimura — C’est parce qu’hormis Nagumo-senpai, les autres membres n’ont pas l’air très fortiches.

Moi — Ah bon ?

Yukimura — Bon, ils ne sont pas tous à jeter mais il y a beaucoup d’élèves de la C et de la D.  Kaneda a sélectionné le groupe où il y avait le plus d’élèves de la A.

Ainsi Kaneda avait évité le groupe de Nagumo pour s’entourer des gens les plus fiables possibles. Ce qui était le plus curieux était de savoir pourquoi Nagumo se trouvait dans un tel groupe. C’était probablement lui qui en avait décidé mais il aurait été plus sage de se retrouver avec un maximum d’élèves de la A dans son groupe. Ce fut maintenant au tour de Keisei.

Yukimura — Ça vous va si je choisis ?

Keisei posa au groupe une question très simple.

Ishizaki — Cela ne me dérange pas. Pas le choix de toute manière.

Ishizaki et les autres de la D ne trouvèrent rien à redire. Pareil pour la A. Après un petit moment de réflexion, les élèves de la B émirent leur opinion.

— Prends le groupe de Nagumo-senpai.

Il y avait peut-être principalement des élèves de la C et de la D mais si Nagumo les avait choisis, ce n’était peut-être pas par hasard. Keisei finit ainsi par sélectionner le groupe de Nagumo. Après un petit moment, les six grands groupes se formèrent.

Nagumo — Horikita-senpai, nous nous retrouvons dans des groupes différents. Et si on faisait un match pour voir lequel sera le meilleur ?

Horikita-senpai lui lança un regard perçant.  J’entendis aussi les exaspérations des élèves de terminale autour d’eux. C’était ainsi que Fujimaki s’avança.
C’était un élève de terminale que j’avais remarqué durant le festival sportif. Il était assez éloquent.

Fujimaki — Nagumo. Combien de fois faut-il te le répéter ? Arrête ça !

Nagumo — Comment ça « combien de fois », Fujimaki-senpai ?

Fujimaki — Jusqu’à maintenant tu n’as fait que lancer des duels à Horikita, duels qui n’ont rien donné d’ailleurs. Sauf que cette fois, c’est un examen à grande échelle, on ne peut pas laisser les 2nde se faire embrigader par tes délires.

Nagumo — Mes délires ? Il n’y a pas de frontières entre nos années que l’on soit des 2nde, des 1ère ou des terminale. Du coup, on peut être en compétition avec n’importe qui. Il n’y a rien qui l’interdit dans le fascicule non plus.

Plutôt que de se faire petit face à Fujimaki et son physique imposant, Nagumo continua la provocation.

Fujimaki — C’est une question d’éthique. Même si ce n’est pas marqué expressément, il y a des choses qui ne se font pas, c’est évident.

Nagumo — Je ne pense pas que ce soit le cas. Au contraire, avec votre façon de faire, c’est vous qui freinez le développement des 2nde.

Fujimaki — Tu es peut-être devenu le président du Conseil mais ça ne te donne pas le droit de faire comme bon te semble. Fais attention à l’abus de pouvoir.

Nagumo — Si c’est ce que tu penses alors je garde ça en tête. Mais pourquoi ne serais-tu pas aussi mon adversaire Fujimaki-senpai ? Tu es classé second parmi les terminales de la classe A, n’est-ce pas ?

Décontracté, Nagumo mit se mit les mains dans les poches avec arrogance. C’était une provocation à deux sous mais pas au goût de certains terminale. Certains essayèrent d’intervenir mais Horikita-senpai empêcha la chose.

Horikita-senpai  — Tu sais pourquoi j’ai refusé jusque-là à chaque fois ?

Nagumo — Voyons voir, parce que tes amis ont peur que tu puisses perdre face à moi ? Personnellement je ne pense pas car Horikita-senpai est, de ce que j’ai vu jusqu’à maintenant, le meilleur en tout point. Tu n’as pas peur de perdre. Je dirais même que tu ne te vois pas perdre non plus.

Les 1ère suivaient Nagumo comme s’il était une sorte de gourou. Il était aussi bien un ami qu’un bienfaiteur. Aussi bien un rival qu’un ennemi haï et respecté en même temps. Une large variété d’émotions valsait autour de cette personne. Dans sa deuxième année, cette homme avait accompli des choses qu’une personne ordinaire ne pouvait pas, voilà pourquoi les gens étaient si divisés à son sujet. Ces choses qu’il a accomplies, pas même les terminale avaient l’air d’en avoir connaissance, encore moins nous les 2nde.

Nagumo — Je suis comme toi, Fujimaki-senpai. Je ne suis pas du genre à aimer les affrontements gratuits.

Fujimaki — Veille alors à ne pas trop impliquer les autres.

Nagumo — C’est pourtant le modus operandi de l’établissement et c’est ce qui le rend excitant. M’enfin, c’est une question de point de vue j’imagine. Moi qui m’attendais à avoir une compétition au sommet face à vous, mes senpai, durant le relais du festival sportif, je dois dire que j’étais resté sur ma faim. Ça me frustre toujours cette histoire, vous savez ?

Fujimaki — Je ne pense pas qu’un affrontement entre un 1ère et un terminale n’apporte quoi que ce soit.

Nagumo — C’est peut-être vrai pour toi mais moi, en tant que nouveau président, je veux un duel contre mon prédécesseur. Vous allez bientôt être diplômés alors j’ai envie de voir si j’ai réussi à le surpasser.

Nagumo était infatigable. Il était déterminé à avoir son combat.

Horikita-senpai — Et tu comptes te mesurer à moi comment ?

Les terminale furent surpris par l’intervention de ce dernier. C’était comme s’il comptait céder à la demande de Nagumo.

Nagumo — Lequel d’entre nous peut exclure le plus d’élèves. Qu’est-ce que tu en penses ?

Les 2nd et les terminales furent indignés après avoir entendu cela.

Horikita-senpai — Arrête tes blagues, veux-tu.

Nagumo — Je pense vraiment que cela aurait pu être intéressant mais je vais me retenir pour cette fois. On va faire simple. Le gagnant sera celui dont le grand groupe a la meilleure note.

Horikita-senpai — Je vois. Dans ce cas, ça me va.

Nagumo — Merci. Je savais que tu accepterais, senpai.

Horikita-senpai — Cependant c’est entre toi et moi. N’implique personne d’autre.

Nagumo — Ne pas impliquer les autres ? Vu l’examen, essayer de saboter les groupes adverses est aussi une stratégie viable pourtant.

Horikita-senpai — On s’éloigne du principe de l’examen. Au maximum tu peux remettre en question l’unité de ton propre camp mais tu ne devrais pas profiter des failles chez les autres, volontairement ou non.

Ishizaki — …C’est-à-dire ?

Yukimura — En gros cela veut dire que ce sera un duel à la régulière sans coups bas. En gros, tout le contraire de Ryuuen.

Ishizaki —……Je vois.

Horikita-senpai et Nagumo continuaient leur conversation.

Horikita-senpai — Si tu veux ce duel, accepte mes conditions.

Vraisemblablement, Horikita-senpai verrouilla les ambitions de Nagumo.

Nagumo — Du coup, pour gagner, je ne dois pas m’en prendre à tes pions. Je vois. Ça me va.

À ma grande surprise, Nagumo accepta.

Horikita-senpai — Ce n’est pas limité à nos groupes. Si j’apprends que tu as été impliqué dans des manœuvres, quelles qu’elles soient, ce duel sera terminé.

Nagumo — Comme prévu, tu penses à tout. J’allais le faire en plus.


Il dit cela tout en ricanant.

Nagumo — Je sais que je suis le seul étant stimulé par la confrontation alors je suis prêt à accepter les conditions. Un duel équitable ? Pourquoi pas. Voyons qui de nous deux sera le meilleur unificateur. Je ne l’ai pas précisé mais nous ne mettons rien en jeu, hormis nos fiertés respectives.

Horikita-senpai ni n’acquiesça ni ne montra un refus. Il n’avait ainsi même pas l’intention de mettre en jeu sa fierté.

4

Cette longue séquence prit fin et Nagumo nous demanda de nous arrêter.

Nagumo — Nos ainés sont partis mais je peux vous prendre un peu de votre temps ? Car vous n’avez pas l’air d’avoir choisi votre leader.


Keisei fut pris de panique à la remarque de Nagumo.

Yukimura — Ehh, comment le sais-tu ?

Nagumo — Lors du Pierre-papier-ciseaux, c’était très clair vu que si un leader avait été choisi, il aurait avancé sans perdre de temps. D’ailleurs, il y avait un autre groupe qui a eu un temps de retard. Ces deux formations, où le leader n’avait pas encore été choisi, ont un point commun : celui d’avoir au moins trois classes de représentées.

Nagumo ne connaissait probablement pas beaucoup les 2nde mais il avait quand même compris comment nous nous étions répartis. Ce n’était pas une déduction difficile à faire en soi mais ce n’était pas donné à tout le monde, ce sens de l’observation.  J’avais pourtant fait en sorte de faire vite réagir Keisei pour qu’il s’avance afin que cette faiblesse ne soit pas révélée mais ce fut vain.

Yukimura — On peut bien élire un leader plus tard.

Nagumo — En effet mais il est important de connaître les identités des leaders parmi les seconde. Qui plus est, je voulais vous signifier que ce rôle se doit d’être assumé aussi vite que possible car plus vous attendrez avant d’en élire un et plus ce dernier devra mettre du temps pour comprendre sa position et se faire à la pression sur ses épaules.

Son analyse était en soi discutable mais il voulait en tout cas que l’on choisisse le leader dès maintenant.

Yukimura — …Qu’est-ce qu’on fait alors ?

Keisei demanda cela comme pour se retirer de ce rôle-là. Il n’avait d’affinité avec personne ici, à par tmoi.

Nagumo — Peu importe comment vous choisissez votre leader, ayez-en un dès maintenant.

Puisque c’était le président du Conseil qui le demandait, même des caïds comme Ishizaki et Albert n’objectèrent pas.

Ishizaki — Personne ne va se porter volontaire. Et si on jouait à Pierre-papier-ciseaux ?

Ishizaki voulait en finir et tendit son poing. Je fis de même. Ainsi 9 personnes formèrent un cercle mais il manquait quelqu’un et c’était…

Yukimura — Oi, Kôenji !

Keisei l’appela tandis que ce dernier regardait à travers la fenêtre un peu plus loin. Cependant, il ne fit pas attention à nous.

— Hey le blondinet, bouge-toi !

Un voix en colère se fit entendre parmi les 1ère . Kôenji comprit enfin qu’on l’appelait.

Kôenji — Fufufu. Tu fais référence à la splendeur de mes cheveux ?

 — Hein ?

Il ne daigna même pas parler du Pierre-papier-ciseaux en attente.

— Tu peux être sérieux mon gars ?

Kôenji — Jouer à Pierre-papier-ciseaux c’est faire preuve de sérieux ?

— Hey, le 2nde, t’es en train de te moquer de tes ainés ?

Je me doutais bien depuis le début qu’il allait attirer l’attention.

Kôenji — Se moquer de vous ? Point du tout. Depuis le début vous n’avez aucun intérêt pour moi alors vous pouvez vous détendre.

Il voulait dire qu’il ne se moquait pas deux mais il finit par empirer la situation.

Kôenji — Je ne jouerai pas. Être leader ne m’intéresse pas.

Yukimura — Personne ici ne le veut. On n’a pas le choix.

Keisei essaya tant bien que mal de le convaincre mais en vain.

Kôenji — Tu es bien étrange mon garçon. Si personne ne veut être leader alors aucune raison de participer pour l’être.

Yukimura — Ce sont les règles.

Kôenji — Il suffit que quelqu’un le soi donc débrouillez-vous.

Ishizaki — Arrête de jouer l’égoïste mec, c’est pas le moment !

Ishizaki, qui avait déjà eu l’occasion de se disputer avec lui, s’enflamma.

Kôenji  Fufufu. Tu en porterais la responsabilité si je devenais le leader ?

Kôenji dit cela tout en passant la main sur sa frange. Ishizaki se figea à cette proposition inattendue.

Ishizaki — Alors tu veux te porter volontaire ?

Kôenji — Tu es libre de m’enregistrer en tant que tel auprès de l’administration vu que si aucun leader n’est choisi, il y aura une pénalité de groupe.

Mais les paroles qui suivirent choquèrent encore plus l’auditoire.

Kôenji — Cependant, si je suis le chef, je ferai ce que j’ai envie de faire peu importe vos remarques et vos plaintes. Bien entendu, en aucun cas je jouerai le jeu. Je pourrais même boycotter l’examen si l’envie m’en prend. Je me fiche de tirer notre groupe vers le fond et d’emmener quelqu’un avec moi dans mon expulsion. Compris ?

Ishizaki — …T’irais jusqu’à te faire expulser ?

Kôenji — Fu. Fu. Fu. En effet.

Il ne craignait même pas l’expulsion.

Kôenji — Cependant, il est inutile de parler de ça. Même si j’avais un zéro pointé sur tous les examens ici, tant que vous travaillez dur pour avoir les meilleures notes possibles, notre moyenne de groupe ne devrait pas tomber dans la zone rouge. Alors, allez-y tranquille.

Kôenji balaya encore sa frange de sa main. Mais il était tout de même possible d’atteindre cette zone rouge. Kôenji partait du principe que les épreuves que nous allions avoir n’allaient pas être difficiles, mais au fond il n’en savait rien. Ou alors avait-il fait exprès de balancer son avis comme un fait établi juste pour ne pas être élu ? Au moins, les gens avaient déjà fait connaissance avec le personnage.

Ishizaki — Le mec a une case en moins…

Il murmura cela tout en reculant et en hochant la tête. Cependant, il y avait une faille dans le discours de Kôenji, même si bien entendu personne ne s’en rendit compte tellement son comportement était outrancier. En savait-il plus qu’il ne le disait ? Il fallait attendre le jour de l’examen pour s’en assurer, ce que nous ne pouvions évidemment pas faire.

Ishizaki —T’façon t’auras pas les couilles d’avoir zéro.

Vu que Kôenji s’était attiré les foudres de tout le monde, il était logique que les gens veuillent lui refiler ce rôle. Mais en termes de performance, c’était aussi prendre le risque de ne rien gagner voire, au contraire, de risquer l’exclusion. Les sentiments étaient donc partagés mais si Kôenji visait vraiment le zéro, cela ne pouvait que nous mettre dans une situation chaotique.

— Laisse tomber Ishizaki, si tu veux éviter les problèmes.

Malgré sa différente classe, Hashimoto tenta de calmer Ishizaki.

Ishizaki — Bah si le mec fait des caprices pour pas être le leader alors c’est pareil pour moi, vous pouvez m’oublier.

Hashimoto — Je comprends.

Malgré son exaspération, Hashimoto ne put qu’hocher la tête. Personne n’avait la prétention de penser que ce groupe allait arriver premier, voilà pourquoi personne ne voulait être leader. Ainsi la situation était peut-être plus difficile que je ne le pensais car si Kôenji nous faisait « une Kôenji », nous étions capables de battre le record de médiocrité, scénario que probablement personne n’aurait imaginé. Cependant quelqu’un eut l’audace de répondre à Kôenji.

— J’ai entendu des rumeurs à ton propos.

Et à ma grande surprise, ce fut Nagumo, qui n’était clairement pas le genre de personne à aller vers Kôenji en temps normal. Il commença une discussion avec lui comme s’il avait découvert quelque chose d’intéressant.

Kôenji — Je te connais aussi. Tu es le nouveau président du Conseil ?

Sans ressentir la pression de Nagumo, Kôenji répondit comme à son habitude.

Nagumo — Tu peux faire l’idiot autant que tu veux mais tu es sûr que l’exclusion ne te fait rien ?

Nagumo questionna Kôenji alors que ce dernier ne montrait aucune faille. Il continua.

Nagumo — Le système ici est vraiment mal foutu à bien des égards, vu que tu es arrivé aussi loin avec ce je-m’en-foutisme. Et dire que tu vises le diplôme. Mais tu es prêt à assumer le rôle de leader et a potentiellement boycotter l’examen ? Tu mens ! Tu ne veux juste pas faire d’effort pour atteindre la classe A mais en aucun cas tu ne comptes quitter cet établissement.

Kôenji — Fufufu. Tu es drôle. Comment tu sais que je mens ?

Depuis le début Kôenji n’avait aucune intention d’aller en classe A.  Il avait dit qu’il n’en trouvait pas l’intérêt. Il ne cherchait pas l’exclusion mais voulait juste être diplômé de l’école, un peu comme moi. Autrement dit, il essayait de faire le minimum de choses. Voilà pourquoi il se comportait comme ça.

Nagumo — C’est écrit sur ton front.

Alors que Nagumo le titillait, Kôenji se mit à rire gaiement.

Kôenji — Bravo ! Bravo !

Il se mit même à applaudir avant de donner une réponse honnête.

Kôenji — J’ai menti parce que je ne voulais pas être le leader. Permets-moi de me corriger. Je n’ai certes aucune intention d’aller en A mais je n’ai pas l’intention non plus de me faire expulser. Pour moi ne pas s’impliquer est simplement la meilleure approche.

Koênji répondit à la limite de la confession mais ce ne fut pas au goût de Nagumo, alors que les autres se résignèrent à accepter son attitude.

Nagumo — Tu te fiches de la classe A ? C’est aussi un mensonge.

Kôenji — Mon dieu, suis-je catalogué comme un menteur maintenant ?

Nagumo — Si ce n’est pas un mensonge alors permets-moi d’en douter. N’as-tu pas trouvé un moyen sûr d’aller en classe A ?

Nagumo sortit soudainement quelque chose d’inconcevable. Tout le monde était abasourdi par ce qui se disait.

Kôenji — Hmm ? Tu as une imagination débordante. Explique-toi.

Nagumo — Tu es sûr ? Si j’explique comment tu comptes t’y prendre, tu ne pourras plus utiliser ta carte. Enfin…Je ferais en sorte que tu ne puisses pas. 

Kôenji — Fufufu, peu importe. J’ai juste envie de savoir à quel point tu arrives à lire en moi.

Plutôt que de perdre ses moyens, Kôenji riait comme si de rien était.

Nagumo — Tout le monde sait que pour aller en A, il faudrait rassembler 20 millions de points. En pratique, c’est très difficile à mettre en place mais pas impossible. Après ta venue ici, tu as essayé de voir comment étaient utilisés les points que laissaient les diplômés derrière non ?

Kôenji — Continue.

Nagumo — Après le diplôme, les points privés restants sont transformés en argent réel pour les utiliser à l’extérieur. Bien entendu, le taux de change est assez bas puisque l’école a quasi un système monétaire indépendant. Ton plan était d’acheter ces points à un prix plus intéressant pour eux, je me montre ?

Après l’explication de Nagumo, ce fut le choc général. Kôenji hocha la tête avec satisfaction pour confirmer la chose et lui répondit.

Kôenji — C’est exactement ça. Peu de temps après ma venue dans cet établissement, j’en étais arrivé à cette conclusion. Ainsi peu importe la situation dans laquelle j’étais, je n’avais qu’à acquérir ces points de manière légale à la fin de ma scolarité pour monter en classe A en un rien de temps. Quand j’ai trouvé cette manière de faire, la vie estudiantine est devenue bien ennuyeuse.

Une stratégie bien audacieuse qu’il était capable de mettre en place car il était riche. Il pouvait acheter des points à un prix élevé à des élèves qui avaient déjà abandonné toute tentative d’atteindre la classe A, à des élèves dont le succès était déjà assuré ou bien ceux dont la cérémonie de diplôme approchait à grands pas. S’il y avait une garantie que ces points était achetés à un prix si élevé, les gens allaient certainement se bousculer pour les vendre mais c’était difficile à mette en œuvre vu que l’élève devait préparer au moins 20 millions de yens[3] rien que dans le cas où 1 yen = 1 point. Bref, il fallait
que Kôenji soit crédible pour leur promettre ça.

Kôenji — Heureusement, j’ai anticipé la chose avant d’intégrer le lycée. J’ai mis ma photo sur le site de mon groupe en stipulant que j’étais le futur PDG. J’ai donc facilement gagné leur confiance car ce n’est rien pour moi de transférer de grosses sommes d’argent.

Nagumo — En parlant de ça, je sais que beaucoup de première comptent te vendre leurs points et il y a probablement quelques terminale aussi dans le lot. Tu as peut-être réussi à en faire taire mais il y a aussi beaucoup d’élèves parmi les 1ère qui ont une confiance aveugle en moi. Certains sont venus me demander si c’était raisonnable de te vendre leurs points et je leur avais dit qu’il ne devrait pas y avoir de problèmes vu que tu es riche. Mais mon approbation n’était qu’un plan de ma part pour analyser la situation. Aujourd’hui j’annonce que ta richesse ne te seras plus utile.

Nagumo se tourna vers les 1ère et les terminale.

Nagumo — Même s’il est riche, ce n’est pas quelqu’un en qui vous pouvez avoir confiance. Vous l’avez vu de vos propres yeux. Il est capable de mentir pour arriver à ses fins. Alors veuillez ne pas vous approcher de lui quelle que soit la transaction.

Il continua de plus belle.

Nagumo — Juste au cas où, je vais en parler à l’administration car acheter des points privés avant la remise de diplôme ne devrait pas être quelque chose de permis.

Kôenji — Grand bien te fasse. Je n’ai fait que tâter le terrain. Je n’ai encore rien fait de concret.

Au mieux, c’était une de ses multiples stratégies, au pire, il redeviendrait un élève normal mais quoi qu’il en soit, c’était une approche exclusive à Kôenji.

Hashimoto — …Je t’ai toujours pris pour un gars chelou mais en fait tu préparais un hold-up depuis l’extérieur. Bravo.

Hashimoto s’exprima en mêlant exaspération et admiration.

— Qu’est-ce qu’il compte faire maintenant qu’il a choisi de jeter sa stratégie à l’eau ?

Beaucoup de regards se tournèrent vers nous, ses camarades, Keisei et moi mais nous venions de découvrir la chose en même temps qu’eux.
En fait, il n’y avait qu’une seule chose qui venait à l’esprit : Kôenji n’avait même pas besoin d’être en A vu qu’il avait juste besoin d’un diplôme. Du coup, c’était un poids pour lui de coopérer avec ses camarades qui cherchaient à grimper à tout prix. Même s’il avait trouvé une stratégie pour monter facilement, il n’avait même pas besoin de l’exploiter en soi, voilà pourquoi il s’en fichait si tout le monde était au courant. Ou peut-être qu’il avait éprouvé du plaisir à l’idée de devoir chercher un autre moyen. Quoi qu’il en soit, Nagumo nous avait bien éclairés sur Kôenji.

Yukimura — C’est la première fois que je vois Kôenji s’expliquer autant.

J’étais d’accord avec lui, cependant……

Kôenji — Maintenant cher président, je n’ai plus aucune raison de jouer à Pierre-papier-ciseaux. Après avoir tout avoué, sache que je n’ai pas l’intention d’être le leader.

Nagumo — …Je vois.

En effet, Kôenji n’a plus à s’en faire maintenant que sa carte a été révélée. En effet, il l’a jetée pour ne pas qu’on l’utilise contre lui. Maintenant, on ne pouvait plus le forcer à assumer le rôle de leader. Il était par ailleurs très riche donc même s’il se faisait exclure, son futur ne pouvait qu’être radieux. Il n’avait donc pas du tout à s’en faire. On pouvait toujours essayer de le forcer mais personne n’aurait été assez téméraire pour subir le courroux de Kôenji.

Yukimura — Bon, pour le bien commun, je me porte volontaire.

Keisei, résigné, leva la main. Il y avait eu des petites réactions çà et là mais, au fond personne ne voulait gérer des gens comme Kôenji, Ishizaki ou Albert. Qui plus est, nous n’étions clairement pas un groupe de bons éléments.

Nagumo — Alors c’est décidé.

Nagumo savait maintenant qui était notre leader et partit de son côté. En suivant les instructions de l’établissement, nous quittâmes le gymnase.

5

 — C’est plus vieux que ce que je pensais.

Les petits groupes partirent chacun dans leur chambre où ils virent des lits superposés en bois. Ishizaki se dirigea immédiatement vers le lit superposé du fond, monta l’échelle pour se mettre en hauteur.

Ishizaki — C’est ma place.

Yahiko — T’as cru que y’avais marqué ton nom ou quoi ?

 Yahiko répondit de façon agressive.

Ishizaki — Premier arrivé, premier servi mon gars.

Ishizaki s’allongea tout en rigolant et en prenant Yahiko de haut.

Yukimura — On doit en discuter d’abord alors fais un effort.

Keisei, notre leader lui lança un avertissement. Sous entendant qu’on ne devait pas être égoïste. Et comme avec Yahiko, il comptait l’ignorer mais, après avoir rencontré mon regard, il se figea. Il avait fait de son mieux jusque-là pour m’éviter mais ce petit jeu n’allait pas durer vu que nous étions dans le même groupe.

Ishizaki — ……

Ishizaki fut comme pris de panique et, ainsi, il sauta de son lit.

Ishizaki — Discuter ? Je t’écoute, tu proposes quoi ?

Keisei fut confus du changement soudain d’Ishizaki. Peut-être avait-il interprété l’avertissement de Keisei comme venant de moi. Si c’était le cas, il était bien paranoïaque. D’ailleurs, au contraire, je trouvais que le « premier arrivé, premier servi » n’était pas si mal, même si bien entendu c’était toujours mieux d’en discuter.

Kôenji — Fufufu. Je vais déjà vous soulager d’un lit.

Kôenji dit cela et partit piquer le lit d’Ishizaki.

Ishizaki — Hey, qu’est-ce que tu fous ?

Ishizaki reprit ses esprits et cria sur Kôenji qui se prélassait maintenant sur son lit en hauteur. Mais il avait oublié qu’il avait en face Kôenji. Le bon sens ne marchait pas avec lui. Il n’écouta pas un seul mot d’Ishizaki et pris ses aises comme s’il était chez lui.   

Ishizaki — Bordel, même pas la peine de discuter !

Après Kôenji, plusieurs élèves commencèrent à prendre les lits d’assaut. Ainsi, Ishizaki cessa de parler et partit prendre un autre lit en hauteur, ce qu’ils firent tous au final hormis Albert qui s’assit sans un mot, sous le lit d’Ishizaki : au vu son physique imposant, il allait lui être en effet bien difficile de monter l’échelle. Ainsi, il n’y avait plus besoin de discuter.

Yukimura — Bon bah, pas le choix.

Keisei choisit de s’assoir en dessous du lit de Kôenji que personne ne voulait prendre. Bien que les gens le réalisèrent peu après, il fallait dire que c’était vraiment génial d’avoir quelqu’un faisant tout ce que personne ne voulait pas. Je me retrouvai ainsi en dessous de Hashimoto, en classe A.

Hashimoto — C’est un plaisir, heuuu …

Il sortit sa tête pour me saluer mais avait visiblement oublié mon nom.

Moi — Ayanôkoji. Enchanté.

Hashimoto — Enchanté. Moi c’est Hashimoto.

Nous nous serrâmes la main, comme si c’était le début d’une longue collaboration.

Nous étions maintenant libres de faire ce que nous voulions, ainsi chacun fit des choses de son côté. Si on avait eu Hirata comme leader, nous aurions sûrement essayé de nous connaître les uns des autres. Me concernant, j’étais assez mitigé sur la question. D’un côté il était regrettable de ne pas faire plus ample connaissance entre élèves de différentes classes mais, d’un autre côté, j’étais soulagé de pouvoir rester dans mon coin.

Hahshimoto — Hey, je suis peut-être un peu direct mais tu crois qu’Albert sait bien parler japonais ? Il le comprend non au moins ?

Hashimoto me posa cette question qui ne passa pas inaperçue.

Ishizaki — Bien sûr, tu comprends, Albert ?

Ishizaki sortit sa tête du lit et regarda Albert. Cependant ce dernier ne répondit pas et continua de regarder droit devant.

Moi — …Il ne te comprend pas ?

Hashimoto — Vous êtes dans la même classe pourtant non ?

Hashimoto dit cela tout en ricanant, ce qui frustra Ishizaki.

Ishizaki — Bah c’est Ryuuen-san qui lui donne les ordres en temps normal.

Hashimoto — Ryuuen-san, eh ?

Ishizaki avait ajouté le suffixe « -san » ce qui était un peu contradictoire au vu de la situation.

Hashimoto — La rumeur est-elle vraie ? Sur le fait que tu l’aies battu pour prendre le pouvoir sur la classe ?

Ishizaki — Bien entendu qu’elle est vraie. C’est juste qu’on a gardé l’habitude de l’appeler comme ça !

Nous étions loin d’une activité de socialisation de groupe mais, d’une façon ou d’une autre, nous avions commencé à briser la glace. Tout le monde doutait vraiment de l’authenticité de la rumeur sur Ryuuen toutefois.

Pensant à l’examen qui se préparait, je décidai de me balader un peu à l’intérieur du bâtiment.

6

Le premier repas arriva. En d’autres termes, c’était la première opportunité de parler aux filles depuis notre descente du bus. La cafeteria était vraiment spacieuse et semblait avec une grosse capacité d’accueil. Sur deux étages, le premier étage offrait une somptueuse vue. À vue d’œil, elle pouvait accueillir au moins 500 personnes. Il y avait d’ailleurs déjà pas mal de monde.

Moi — Ce n’est pas évident de retrouver quelqu’un sans son portable…

Horikita et Kei étaient probablement à ma recherche, mais je ne fis rien.

Après tout, même si ces deux-là me trouvaient, leurs réactions risquaient d’être diamétralement opposées : Horikita m’appellerait sans retenue, Kei attendrait et verrait. Parce que cette dernière aurait compris que je ne la cherchais pas, donc qu’il n’était pas nécessaire de se contacter.

En ce premier jour, tout le monde avait fait de nombreuses nouvelles connaissances. Je n’avais sûrement pas laissé un souvenir impérissable, mais il y avait de fortes chances que Sakayanagi et cet étudiant nommé Nagumo furent déjà sur moi.  Hirata et Satou étaient avec nous, mais Nagumo m’a quand même vu avec Kei. Je préférais donc rester seul pour l’instant et observer qui parlait à qui. Le repas c’est sacré, mais finalement cette heure de libre qui nous avait été allouée était finalement un temps précieux. Je pris donc un plateau et m’assis seul.

C’était assez drôle d’observer à quel point tous les élèves, toute année confondue, se mélangèrent. Ce spectacle était bien inhabituel. La plupart des gens mangeaient avec leur groupe mais d’autres se déplaçaient pour grappiller des informations, d’autant que c’était la seule occasion de discuter avec les filles. En parlant de ça, les couples se retrouvaient naturellement ensemble.

  • Fuuuuuuuu…

J’entendis une jolie voix se rapprocher, qui semblait épuisée. C’était celle de la meneuse de la 2nde B, Ichinose Honami. Il y avait une foule de garçons et de filles autour d’elle. Je pris place sur une chaise libre à proximité et décidai d’écouter aux portes. En plus, cela me permettait de me camoufler un peu.

Moi — C’est assez pathétique d’être fier de n’avoir aucune présence, cela dit.

En tout cas, Ichinose et les autres ne semblaient pas m’avoir remarqué. Il fallait dire que la cafétéria était littéralement bondée aussi, je pense qu’on pouvait ne pas remarquer un membre de sa famille.  

— Beau travail, Honami-chan. C’était pas trop dur ?

Ichinose — Bah, pour te répondre franchement, un petit peu ! Je pensais qu’on aller se mettre d’accord plus facilement mais, que veux-tu… Quand faut se battre, il faut se battre !!

  • On y peut rien, les autres classes restent nos ennemis je suppose.

Ichinose — Mais d’après Kanzaki-kun, ça s’est plutôt bien passé du côté des garçons.

— Hein, sérieusement ? Nous on y a passé l’aprèm !!

On ne pouvait pas non plus dire que ça c’était passé à la perfection de notre côté mais, apparemment, on avait fait bien mieux que les filles qui avaient fini par entrer en conflit. C’était peut-être pour prévoir ce genre d’incidents que les professeurs avaient laissé libre la journée d’arrivée ?

  • Hé, tu penses que quelqu’un va être expulsé au cours de cet examen ?

Ichinose — Je pense que ça va bien se passer. Il n’y a pas eu une seule exclusion de seconde depuis le début de l’année ! Après ne baissons pas notre garde, certes.

Ichinose semblait aborder cet examen rationnellement.

  • Qu’est-ce qu’on fait si on est en dessous de la moyenne…?

Ichinose — Écoute, Asako-chan, si tu fais comme d’habitude il n’y aucune raison.

  • Vraiment ?

Ichinose — Puis, au pire du pire, on pourra toujours te sauver.

Ichinose dit cela pour consoler cette Asako, qui semblait découragée. De tous les gens, Ichinose semblait être la plus épuisée. Logique, elle était la plus vaillante.

Ichinose — Je suis épuisée !

Ichinose se coucha légèrement sur la table. Pas de chance, dans cette position, elle se rendit compte de ma présence.

Ichinose — Ayanokoji-kuuuun, Yaho ~

«Ichinose ? Quelle bonne surprise !! »… Ça risquait de sonner bien faux. Il valait mieux la jouer franche.

Moi — Je vois que tu prenais du bon temps.

Ichinose — L’art de la parlote, c’est à la fois le point fort et le point faible des femmes je suppose !

Tout en disant quelque chose que je n’avais pas bien compris, elle s’avachit de nouveau sur la table. Elle ne montrait jamais son côté faible, c’était vraiment inhabituel.

Ichinose — Je ne devrais pas, hein ?

Ce faisant, elle tenta de se redresser avant que je n’intervienne.

Moi — C’est normal quand on est fatigué !

Ichinose — Désolée, ça doit te mettre mal à l’aise.

« Non, cela ne met pas mal à l’aise », j’avais du mal à le dire à haute voix.

Moi — C’était quelque chose la répartition des groupes, hein ?

Ichinose — C’était difficile avant d’aboutir à notre groupe actuel oui. Disons que les filles savent ce qu’elles aiment et ce qu’elles n’aiment pas. Autrement dit, elles n’auront aucun mal à dire qu’elles ne veulent pas être avec une telle ou une telle, qu’elles n’aiment pas une telle… Les hommes sont peut-être plus à l’aise pour brouiller les pistes et faire de la politique, pas vrai ?

Moi — Personne ne se cachait pour haïr Ryuuen, ceci dit.

Ichinose — Je ne devrais peut-être pas en rire mais, en même temps, il l’avait bien cherché non ? En plus lui-même n’est pas fatigué de jouer à ce petit jeu, franchement ?

Ce qu’elle disait était vrai, de façon générale, mais dans le cas de Ryuuen j’avais au contraire l’impression qu’il était bien plus apaisé depuis qu’il faisait cavalier seul.

Moi — Ne te surmène pas trop !

Je conclus là-dessus car je considérais que m’éterniser ici était inutile.

Ichinose — Ne t’inquiète pas ! Mon énergie, c’est mon point fort !!! À plus tard, Ayanokôji-kun !

Ichinose me fit signe et je m’en allai. Une heure par jour, c’était le temps que nous avions pour aller à la rencontre des filles. Certes, filles et garçons étaient séparés, mais cette plage horaire était incontestablement là pour nous permettre de nous échanger des informations. Recueillir les informations, établir des stratégies et mener notre combat… Cette épreuve était incontestablement faite pour les gens populaires dotés de grandes capacités de communication.

Moi — Décidément, je ne suis vraiment pas fait pour ça.

Comme sur l’île déserte, je risquais de ne pas être d’un grand secours ici.


[1] Posture de méditation

[2] Il appelle Sudou « apprenti Onizuka » en référence au héros du manga GTO.

[3] 162 500€

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Traduction de mangas/novels.