CLASSROOM Y2 V4,5 : CHAPITRE 4


Comment tout le monde a mûri

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Traduction : Raitei
Correction : Nova
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Ces vacances d’été sur ce bateau de croisière de luxe passaient à vitesse grand V, mais malgré tout, cela restait une expérience précieuse. Les élèves flambaient leurs points privés comme jamais en profitant des derniers jours. Cela pouvait être ironique dans la mesure où l’économie de points privés était cruciale dans ce système compétitif, mais il était bon de temps en temps de s’accorder des petites folies. En effet, toute cette fatigue accumulée avait logiquement laissé place à l’euphorie et au bonheur. Cela pouvait sonner comme une excuse à mes dépenses superflues, mais ce n’était pas le cas.

Lorsque j’enfilai mon maillot de bain, j’ouvris la porte et vis la piscine vide. En fait, nous avions opté pour une piscine privée, bien qu’il y avait une piscine gratuite accessible à tous. Ce n’était pas donné, car cela coutait 20 000 points/h, mais ça valait le coup pour passer du bon temps seul ou entre amis, loin du brouhaha. La limite maximale était de 40 personnes donc si on privatisait la piscine pour toute une classe, cela nous revenait à 500 points/h chacun. Cette piscine privée ouverte de 8h à 20h était si populaire qu’il y avait très peu de créneaux de libres.

— Wow, c’est grand !

Akito, tout excité, apparut peu près moi. Il est vrai que même si elle faisait la même taille que l’autre piscine, le fait qu’il y ait moins de monde la rendait beaucoup plus spacieuse.

Moi — Où est Keisei ?

Miyake — Il est aux toilettes et les filles traînent toujours.

Inutile de préciser que les garçons n’avaient pas besoin de beaucoup de temps pour se changer. Quoi qu’il en soit, Akito commença à prendre le menu à côté du transat.

Miyake — Wow…C’est vraiment plus cher que dans l’autre.

Ici, le prix des boissons et de la nourriture était presque doublé par rapport à la piscine gratuite. C’était logique s’il y avait moins de personnel à disposition, mais ça restait quand même difficile à digérer d’autant plus que nous n’avions pas le droit d’apporter à manger ou à boire de l’extérieur.

La porte menant au vestiaire s’était légèrement ouverte. Nous regardâmes tous les deux en même temps la porte, mais personne n’en sortit. Nous n’entendîmes seulement des voix.

Hasebe — Qu’est-ce que tu fais, Airi ? Dépêche !

Sakura — Mais, mais, mais ! Hah, mais c’est gênant, Haruka-chan !

Hasebe — Et tes photos sur le net, alors ?

Sakura — Ce n’est pas pareil. On ne me regardait pas directement.

Hasebe — Pour moi, c’est encore plus embarrassant. Allez, bouge-toi !

Sakura — Waah ! Attends, attends, attends !

Haruka et Airi eurent un échange lunaire.

Miyake — Il y a des choses qui stimulent la vue.

Akito avait sorti ça de nulle part.

Miyake — Pourquoi tu me regardes comme ça ?

Moi — Tu penses toi aussi à ce genre de choses, Akito ?

Miyake — C’est normal pour les mecs non ? Je parle non plus de faire le beauf comme Ike ou d’autres, mais ne me dis pas que ça t’intéresse pas du tout !

Même s’il avait un regard un peu gêné, il n’y avait pas de traces de déni dans ses yeux. Je voyais bien qu’il se montrait courageux en l’admettant. Ainsi, je ne pouvais pas me permettre de ne pas lui répondre.

Moi — Eh bien, tu n’as pas tort.

Akito se mit un peu à rire, comme soulagé de me voir d’accord avec lui.

Miyake — Si une fille m’entendait, elle me prendrait pour un charo.

En temps normal, Akito était calme et parlait peu. On pouvait voir qu’il était nerveux. Quant aux deux autres, elles se chamaillaient toujours.

Sakura — C’est embarrassant !

Hasebe — Je ressens la même chose que toi, tu sais !

Sakura — C’est vrai que ton maillot est osé, Haruka.

Hasebe — C’était le deal. Je mettais ce maillot et tu acceptais de mettre celui-là.

Sakura — Hyah !

Nous étions tenus en haleine depuis un long moment.

Miyake — Elles ont dit « osé ».

Un sentiment d’attente et de honte se mêlèrent. Où devais-je regarder à leur sortie et que devais-je leur dire ?

Sakura — C’est pas possible ! Faut au moins que je mette quelque chose pour cacher !

Hasebe — Non ! Arrête de fuir !

Sakura — Haruka-chan, ce maillot est vraiment trop embarrassant !

Hasebe — Moi aussi je suis embarrassée, mais je l’ai fait pour t’accompagner !

Sakura — Mais je ne t’ai pas demandée de le faire !

Leur cirque allait durer je ne sais combien de temps.

Miyake — Hé, Kiyotaka, tu penses quoi d’Airi ?

Lui qui avait son attention sur les filles au début, me regarda soudainement. J’avais bien compris là où il voulait en venir, mais je feignis l’ignorance.

Moi — Comment ça ?

Miyake — Dans des groupes mixtes, il n’est pas rare que des relations amoureuses se forment.

La réponse n’était pas difficile à donner, mais…

Moi — Et toi alors ?

Quand je lui retournai la question, Akito fut troublé.

Miyake — Eh bien…

Après un bref silence, Akito s’exprima.

Miyake — Je mentirais si je disais qu’il n’y avait personne

Ainsi il resta vague, mais stipula qu’il avait des vues sur quelqu’un.

Miyake — Mais si ça met le groupe en péril, je ne tenterai rien.

Je n’arrivais pas à savoir pour le moment si l’heureuse élue était Haruka ou Airi, mais en tout cas il allait garder ça au fond de son cœur. Contrairement aux mathématiques, il était difficile ici de lui donner une réponse exacte.

Miyake — Kiyotaka, tu…

Sakura — Kyaaaaah !

Dès qu’Akito essaya de dire quelque chose, la porte s’ouvrit et Airi apparut soudainement dans mon champ de vision. Je fis à nouveau un contact visuel avec Akito quand une voix forte s’exprima, celle d’Airi.

Sakura — Haruka-chan, t’exagère là ! Tu m’as poussée !

Hasebe — Parce que tu es trop lente.

Mais Haruka n’avait pas tardé non plus à se montrer.

Sakura — Sérieusement…

Akito eut l’air surpris, mais je ressentais la même chose que lui. En effet, elles avaient toutes les deux un maillot de bain plutôt osé, ce qui aurait attiré tous les regards à la piscine gratuite. Haruka nous fixa aussitôt. J’avais le sentiment que la regarder était similaire à commettre un crime alors, comme Akito, nous regardâmes dans l’autre direction. Néanmoins quelque chose avait attiré mon attention et Akito le verbalisa tout en regardant ailleurs.

Miyake — Airi, a l’air…différente, pas vrai ?

J’aurais aimé qu’il ne me renvoie pas le bébé, mais je le comprenais.

Moi — Je suppose. Elle fait plus… innocente ?

Miyake — Ouais, voilà.

Haruka eut l’air déçue et fit état de ce qu’elle pensait d’elle.

Hasebe — Banal et fade si je résume…

Sakura — Ne dis pas ça voyons. Je ne sais pas où me mettre.

Comment avait-elle pu résumer nos pensées comme ça ?

Miyake — ……Je vais me baigner.

Akito leur tourna le dos et plongea aussitôt dans la piscine. Leur présence l’incommodait alors il préféra faire des longueurs pour s’isoler. Je le comprenais, car nous étions peu nombreux ici alors il n’y avait pas tellement de voie de sortie pour échapper à leur puissance destructrice. La baignade était le bon choix.  Mais y aller tous les deux aurait été bizarre, je n’avais d’autre choix que de faire office de bouclier. Que devais-je faire pour m’en sortir ?  J’observai un peu les filles, voyant Airi rougir de malaise. En voyant Airi comme ça, Haruka se dirigea gaiement derrière elle et l’attrapa par ses épaules.

Sakura — Hyaa !!

Hasebe — Héhé Kiyopon, comment tu trouves la nouvelle Airi ?

Ainsi, elle poussa Airi vers l’avant. Elle arriva jusqu’au point où l’on pouvait s’effleurer. En fait il était même possible qu’il y ait eu un petit contact, mais au vu de l’ambiguïté de la situation, je reculai un peu.

Moi — Whoa !

Leur maillot de bain laissait beaucoup de peau à l’air libre alors être en contact direct était plus que perturbant. Airi ne put supporter plus longtemps la situation et s’exprima.

Sakura — Wow, je vais aussi aller nager.

Hasebe — Hé, Airi !

Haruka se tendit et tenta d’attraper son bras, mais trop tard. Airi, au lieu de se jeter à l’eau comme Miyake, fut fidèle à elle-même et entra doucement dans l’eau en se tenant à la petite échelle de la piscine.

Hasebe — Tu n’es pas la seule gênée hein !

C’était certain. Outre sa poitrine mise en valeur, le bas de son maillot deux pièces exposait beaucoup de chair. Même si les cordons tenaient bien, on n’était pas à l’abri d’un accident.

Hasebe — Sache-le, c’est Airi qui a choisi ces maillots ridicules.

Moi — Pas la peine de te justifier, t’inquiète.

À l’origine, Haruka n’était pas le genre à montrer son corps en public.

Moi — Mais pourquoi ?

Cela semblait difficile pour elle, mais elle chercha ses mots et s’exprima.

Hasebe — Que dire ? C’était pour motiver Airi ?

Moi — Comment ça ?

J’avais cependant ma petite idée.

Hasebe — Disons que, tout comme moi, elle essaie de changer à sa manière et de se mettre en valeur. Mais bon, faut en payer le prix quoi.

Elle n’était pas explicite, mais j’avais bien compris ce qu’elle disait.

Hasebe — Je sais que ce n’est pas un souci en soi, mais ton regard me met mal à l’aise.

Certes ça devait être troublant pour elle, mais c’était naturel pour nous autres, garçons, d’avoir les yeux qui se baladent.

Hasebe — Je l’ai aidée à choisir un joli maillot pour la soutenir, mais elle a dit qu’elle ne le porterait pas si je n’en faisais pas de même.

Logique. Je voyais mal Haruka choisir un maillot aussi provocant pour elle-même. Elle l’avait vraiment fait pour la motiver.

Hasebe — Je ne peux que la soutenir dans sa volonté de changement.

Airi ne pouvait donc s’enfuir vu qu’Haruka l’avait accompagnée.

Hasebe — Mais on n’aurait pas porté ce genre de maillots dans la piscine gratuite.

Elles avaient décidé de franchir le pas car nous étions entre amis, mais même comme ça c’était embarrassant de se montrer devant des garçons.

Hasebe — Tu as envie de regarder ?

Demanda-t-elle pour cacher son embarras ou plutôt, son dégoût.

Moi — Eh bien, dur de te rater.

Elle était dans mon champ de vision alors difficile de voir ailleurs. La seule solution était de lui tourner le dos ou de regarder de chaque côté.

Hasebe — Je pense connaître les différences entre les femmes et les hommes, mais je m’y connais pas en psycho.

Cette curiosité des corps n’était pas quelque chose que les deux sexes partageaient. Pour autant, chaque être humain a ses forces et ses faiblesses, ça avait plus à voir avec la personnalité que le sexe.

Hasebe — Huh ? D’ailleurs, où est Yukimu ?

Moi — On dirait que ça va prendre encore du temps.

Peut-être que ses douleurs d’estomac persistaient.

Hasebe — Mmm ?

Haruka regarda au loin sans grand intérêt, pendant que le silence s’installer.

Hasebe — Ohlala, c’est perturbant.

Moi — Désolé, j’essaie de regarder ailleurs.

Malheureusement, je ne pouvais pas parler à quelqu’un sans regarder son visage alors, forcément, mes yeux regardaient son haut aussi.

Hasebe — Ce n’est vraiment pas toi le problème Kiyopon. C’est moi qui n’arrive pas à assumer. Je sais que tu ne veux pas mater.

Je ne voulais pas regarder justement parce que ça me faisait de l’effet. Mais je gardai ça pour moi.

Hasebe — Quand quelque chose se démarque, ça attire l’attention, mais j’ai du mal à être la source d’attention.

Dans son cas, même le regard des filles était un problème pour elle.

Hasebe — Désolée mais il va me falloir un peu de temps.

Moi — Tu sais, tu peux aller te changer si ça te gêne.

Hasebe — Je ne veux pas gâcher les efforts d’Airi.

Elle avait parlé de « volonté de changement ». C’était vraiment du sérieux.

Hasebe — Je change de sujet. Kiyopon…Tu as frôlé l’expulsion.

Comme le groupe n’avait pas pu se réunir ces derniers jours, Haruka aborda le sujet maintenant. C’était clairement la meilleure chose à faire.

Hasebe — Mais pour le coup, l’examen a été dur pour tout le monde.

Moi — Oui c’était vraiment éprouvant. J’ai fait ce que j’ai pu, mais je n’ai pas eu un classement si bon. Désolé de t’avoir inquiété.

Hasebe — Ça me soulage un peu à vrai dire.

Haruka soupira un peu en regardant Airi nager maladroitement.

Moi — Soulage ?

Elle était contente que je sois passé de justesse ?

Hasebe — Tu sais, après ton score en maths, il y avait des rumeurs qui disaient que t’étais un génie. Du coup ça va sûrement faire retomber la pression et les regards sur toi, ce qui me rassure un peu.

Elle pensait ainsi à mon bien-être.

Hasebe — Comparé aux autres garçons, tu es vraiment pur.

Moi — Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

Elle me surestimait, car j’avais le même désir pour les filles que les autres.

Hasebe — Ton regard, tes expressions. Tu n’es pas vicieux.

Que lui dire ? Je n’avais juste pas d’intérêt à lui montrer mes désirs profonds. Le fait qu’Akito ait paniqué m’avait rendu plus convaincant, aussi.

 — Oho

Lorsque Keisei se montra, il afficha sa surprise, probablement plus à cause de la vision de Haruka en maillot que de la piscine privée elle-même.

Hasebe — Saluuut !

Comme pour feindre la normalité, elle le salua comme à l’accoutumée.

Yukimura — Oh, oh…

Il remit ses lunettes qui étaient presque tombées et regarda en l’air. Alors même un garçon toujours occupé à étudier avait les mêmes réactions que nous.  J’imagine que seuls Ryuuen et Kôenji auraient réagi différemment.

Moi — Eh bien …… je pense que je vais me baigner un peu.

Je plongeai dans l’eau et alla fuir vers Akito qui nageait toujours avec vigueur. Airi, quant à elle, resta dans le bassin peu profond et salua Haruka.

Sakura — Viens Haruka-chan~, on est bien ~ !

Hasebe — Oui, oui, j’arrive.

« Pas le choix » dit-elle, tout en faisant son échauffement non loin de moi.

Moi — Vous vous êtes vraiment rapprochées depuis l’île.

Hasebe — Oui, vu qu’on a surmonté ensemble les bonnes choses comme les mauvaises.

Sakura — Dis pas ça, c’est embarrassant !

Airi, qui attendait au bord de l’eau jusque-là en me fixant, sauta dans l’eau. Les bonnes choses comme les mauvaises ? Des mots vagues, mais pertinents.

Hasebe — Airi est clairement maladroite, mais je ne peux pas la laisser seule. Elle est maintenant comme une meilleure amie, une sœur.

Je n’aurais jamais cru l’entendre dire ça un jour. Mais ce n’était pas seulement Haruka qui avait changé, Keisei et Akito aussi dans une moindre mesure.

1

Après cela, nous jouâmes tous ensemble dans la piscine, nous amusant comme des petits fous. Après un match de volley en deux contre deux, nous fîmes du un contre un en cinq points. Le premier match entre Keisei et Airi fut remporté par le premier, 5 à 2, quant au deuxième match, Akito contre moi, je perdis 5-3. Airi, un peu fatiguée, était partie s’assoir au bord de la piscine. Après mon élimination, j’en profitai pour l’interpeler.

Moi — On dirait que tu t’es bien amusée.

Sakura — Oh, Kiyotaka-kun. Effectivement c’était sympa même si je n’ai pas été très utile.

Pour une raison quelconque, elle essaya de se lever à ma venue, mais je la stoppai net et m’assis à côté.

Moi — Franchement je suis surpris par ta volonté de changement.

Sakura — C’est …… vrai. J’ai décidé de faire le grand saut. Je suis quand même toujours très embarrassée.

Moi — Pourquoi as-tu décidé de franchir le cap ?

 Je ne pensais pas que ce soit un simple caprice de sa part.

Sakura — Sur l’île, nous étions avec notre groupe 24h/24. J’ai pu beaucoup discuter avec Haruka sur notre enfance, le lycée, et au fur et à mesure une vraie complicité s’est créée.

Effectivement, être ensemble tout ce temps permettait inévitablement d’approfondir les relations. Elles avaient ainsi fini par se comprendre pour devenir les meilleures amies.

Sakura — Pour moi, c’est le moment ou jamais de changer.

Moi — Et j’imagine que tu ne parles pas seulement en termes d’apparence.

Sakura — Oui, même si ça reste encore flou, je sais que j’ai besoin d’évoluer. Je ne vais pas rester nulle en sport ou pour les études indéfiniment.

Tout en rougissant, Airi s’exprima avec détermination.

Moi — C’est donc le premier pas. C’est un bon début.

Sakura — Haruka-chan m’a sermonnée car elle estime que ce ne n’est pas bien de ne pas se mettre en valeur.

Au début, Airi n’aimait pas se faire remarquer à cause de sa personnalité. Voilà pourquoi elle gardait une coiffure neutre et portait des lunettes factices.  Elle courbait également souvent le dos et ne levait jamais le visage. S’entraîner et étudier plus régulièrement n’allait pas produire des effets immédiats, mais changer d’apparence oui. Quand Airi regarda dans la piscine, la balle vint frapper la surface de l’eau. Akito avait ainsi pris un point face à Haruka. Ce dernier menait 3 à 1.

Sakura — Peut-être… que c’est trop tard.

Après s’être confié à moi, Airi me regarda nerveusement.

Moi — Non, ce n’est pas trop tard.

Elle méritait clairement des éloges.

Moi — Je te soutiendrai.

Sakura — Oh, merci Kiyotaka-kun. Je ferai de mon mieux. Ah d’ailleurs, j’ai oublié de te dire que ce relooking est encore secret. Je me montrerai comme ça au début du deuxième trimestre.

En effet, Il valait mieux attendre d’être en classe avec tout le monde pour se montrer afin d’être gênée une seule et bonne fois pour toute.

Hasebe — Yukimu, t’as pensé quoi d’Airi ?

Au moment du service, Haruka arrêta de bouger pour s’adresser à Keisei qui regardait le match.

Yukimura — Oh, ne me demande rien.

Hasebe — J’aimerais avoir ton avis sincère.

Keisei commença à regarder Airi et observa chaque centimètre de son corps. Forcément gênée, Airi tenta de fuir.

Hasebe — Ne fuis pas, Airi !

Haruka pressa fortement Airi qui ne put s’empêcher de gémir et d’avoir les jambes tremblotantes. Après avoir terminé de regarder, Keisei s’exprima.

Yukimura — Ce n’est pas…si mal ? C’est même très bien…

Keisei, habituellement peu intéressé par les filles, répondit nerveusement.

Hasebe — Si Yukimu réagit comme ça, c’est que c’est bon !

Haruka sautilla de joie, sur place. Puis, elle envoya son service en plein sur Akito, qu’elle avait surpris en train de mater Airi.

Miyake — Wow !

Hasebe — Ça fait 2 à 3 maintenant.

Miyake — C’est pas juste, Haruka.

Hasebe — Miyachi, tu n’avais qu’à pas mater. Il ne faut jamais baisser sa garde. Tu ne peux t’en vouloir qu’à toi-même.

Miyake — Ah ça va. Mais c’est possible qu’une fille change comme ça juste en enlevant ses lunettes et avec une nouvelle coupe ?

Hasebe — De base, le matériel était de grande qualité.

Miyake — Comment ça ?

Akito et Keisei se regardèrent et hochèrent la tête en même temps.

Hasebe — Mon Dieu, c’est justement parce que tu ne comprends rien que je peux te traiter comme ça !

Akito se concentra de nouveau et envoya son service. Alors que le jeu reprenait, Airi s’exprima.

Sakura — Je me demande comment je peux devenir plus intelligente.

Même si Airi étudiait avec le groupe régulièrement, les sessions n’étaient pas aussi riches que celles de Horikita avec Sudou. Vu que Keisei nous surprit à parler études, il s’immisça dans la conversation.

Yukimura — Il est temps de comprendre ses forces et ses faiblesses. On part certes sur un même pied d’égalité, mais petit à petit, les gens commencent à se différencier. Tu sais pourquoi ?

Sakura — Umm…

Yukimura — Il existe des différences individuelles dans l’apprentissage et l’absorption de connaissance. Même dans la capacité de concentration. Certains ne tiennent même pas une minute tandis que d’autres peuvent rester concentrés une heure entière. Rien que ça crée un écart dans l’apprentissage. Sans même parler de la stimulation extrascolaire. 

Sakura — Ça, oui. Je suis sûre que ceux qui ont eu un apprentissage intensif sont plus intelligents.

Airi hocha la tête, convaincue.

Hasebe — Rra !

La balle frappa les bras de Haruka et s’échappa, donnant le cinquième point à Akito. Ce dernier gagna 5 à 2.

Miyake — J’ai gagné.

Hasebe — C’est frustrant. J’étais concentrée sur la discussion.

Après avoir trouvé une excuse, Haruka s’approcha du bord de la piscine.

Hasebe — Pourquoi tu ne lui donnerais pas des cours, Kiyopon ?

Elle entra ainsi dans la discussion avec nous.

Moi — Je suis désolé, mais je ne suis pas très pédagogue. Et puis, on a un spécialiste de l’enseignement parmi nous.

Ainsi son regard se déporta sur celui de Keisei comme pour le lui demander.

Yukimura — Eh bien, si …… Airi est ok, moi ça me va.

Hasebe — Après Yukimu, vu que tu t’occupes de nous aussi, ça ne va pas être dur pour elle de suivre ?

Sakura — Euh, ça veut dire que je suis une idiote c’est ça ?

Hasebe — Oh, non, non, non ! Ce n’est pas ce que je voulais dire. 

Miyake — Je vois pas ce que tu voulais dire d’autre, Haruka…

Akito murmura cela avec un soupir à une Haruka, cernée.

Hasebe — Je suis désolée. J’ai un peu trop parlé.

Alors qu’elle s’inclina profondément en guise d’excuse devant Airi, cela mis en valeur sa poitrine. M’enfin bref, il ne fallait pas que je perde ma concentration. En tout cas tout le groupe se mit à éclater de rire, ce qui détendit l’atmosphère.

Hasebe — Bon, Airi et Keisei vont jouer un match retour.

Sakura — Hé, je ne peux pas gagner même si j’y vais à fond.

Miyake — Je vais t’aider, t’inquiète.

Yukimura — Attends, ce n’est plus équitable là.

Alors qu’il se plaignait, Keisei fit son entrée dans la piscine. Il était sérieux.

Sakura — Je ferai de mon mieux.

Airi, qui avait maintenant un partenaire fiable, se motiva. Haruka et moi décidâmes de regarder un nouveau match, cette fois à deux contre un.

Hasebe — Hé, je peux te demander quelque chose ?

Moi — Oui ?

Haruka me posa cette question tout en gardant les yeux rivés sur le match.

Hasebe — C’est peut-être mon imagination, mais Kiyopon, tu n’es pas un peu froid avec Airi ?

Moi — Ce n’est pas mon intention.

Hasebe — Pourquoi ne pas lui avoir donné des cours ?

Effectivement j’aurais pu le faire, mais je n’avais pas voulu.

Hasebe — C’est un peu injuste je trouve pour Airi.

Moi — J’essaie de n’être injuste avec personne.

Hasebe — Vraiment ?

Moi — Favoriser quelqu’un, très peu pour moi.

Hasebe — Tu mets donc tes amis ou ta petite amie au même niveau ?

Moi — Oui.

Hasebe — C’est bizarre en tout cas. C’est comme s’il y avait une distance entre nous Kiyopon. Comme si tu nous observais de loin.

Haruka me voyait donc comme ça.

Hasebe — Je ne t’ai jamais vu sourire.

Elle tendit son bras droit et me pinça la joue gauche avec une certaine force.

Hasebe — J’espère qu’on arrivera à te faire rire, Kiyopon.

Moi — Ce n’est pas comme si je pouvais rire sur commande.

Elle relâcha ma joue et croisa les bras en guise de frustration.

Moi — Après, Airi et moi étions trop proches au début. Rester collés n’est pas une solution, au contraire.

Hasebe — Comment ça ?

Moi — Ce n’est pas moi l’origine de son évolution, mais son environnement.

Hasebe — L’environnement ?

Moi — Il y a toi Haruka, Akito et Keisei. La chose la plus importante pour Airi est de grandir entourée de ses meilleurs amis. D’ailleurs Airi a entrepris tous ces changements surtout grâce à toi, Haruka.

Hasebe — Ok mais je pense quand même que la personne la plus importante pour Airi reste Kiyopon.

Moi — C’est vrai que l’amour peut faire évoluer aussi.

Hasebe — Je me doutais que tu étais conscient des sentiments d’Airi, Kiyopon, mais bon le dire comme ça c’est un peu cruel.

Elle me regardait d’une manière que je ne pouvais décrire.

Moi — Peu après le début de notre arrivée sur ce campus, j’ai occupé les pensées d’Airi. Ça me touche, mais…

Comme une fille attendant une réponse à sa déclaration, elle me regarda avec un air inquiet. Normal pour sa meilleure amie de vouloir son bonheur.

Moi — Ce dont Airi a besoin maintenant, ce sont des amis en qui elle peut avoir confiance.

Hasebe — Ok mais une romance peut aussi l’aider à faire plus d’efforts.

Moi — Oui ça peut aller de pair avec une bonne amitié.

Mais le problème de la romance était qu’elle ne permettait l’entrée que d’une seule personne dans sa vie, dans la mesure où son existence devenait prioritaire et prenait le pas sur toutes les autres relations. Qui plus est, dans un environnement scolaire très fermé, on pouvait être exposé facilement en cas de non-respect des bonnes mœurs conformément au règlement intérieur. Ainsi, je me levai du bord de la piscine.

Moi — Airi va beaucoup subir psychologiquement à partir de maintenant alors plus que quiconque, elle aura besoin de ton soutien.

Hasebe — Je ne te suis pas. Tu peux t’expliquer plus en détail ?

Moi — Désolé mais je ne peux en dire plus pour le moment.

Airi était la personne la moins utile de notre classe si on combinait capacité académique, capacité physique et d’autres facteurs. Ce n’était pas seulement selon l’OAA, mais aussi mon humble opinion. Mais sa volonté de changement pouvait la faire sortir de cette impasse qu’était le bas du classement. Ça pouvait prendre six mois ou un an, mais c’était nécessaire.

2

Le temps était passé très vite, à tel point que je me changeai déjà pour partir. Malheureusement nous étions obligés de partir à l’heure, car il y avait un temps pour le nettoyage entre chaque session. Nous nous étions douchés tous les trois rapidement pour être prêts dès que possible, mais les filles n’étaient toujours pas là.

Yukimura — Je suppose que les filles ne sont pas prêtes.

Comme nous n’avions pas parlé du programme après piscine, nous avions décidé de les attendre.

 — Ayanokôji-senpai !

Moi — …?

J’avais senti un regard soudain, mais c’était celui de Nanase. Décidément, je la croisais tous les jours sur le bateau. Un vrai record.

Moi — Nanase m’a aidé à trouver un partenaire pour l’examen spécial par paire. Elle m’a aussi aidé sur l’île.

Miyake — Huh ? T’es vraiment une chic fille.

Akito hocha la tête, impressionné, et leva légèrement la main pour la saluer. Avait-elle réservé le prochain créneau horaire de la piscine ?

Nanase — Je passais juste par là.

Comme si elle avait lu dans mes pensées, elle stipula que c’était une coïncidence.

Moi — Je vois.

Nanase — Je ne vais pas vous déranger plus longtemps.

Il n’y avait que cette piscine privée dans le secteur. Si elle n’avait pas réservé une session, il aurait été naïf de ma part de croire en une coïncidence.

Elle semblait me surveiller, mais sans aucune intention malveillante. Quel était son objectif ? Nakaizumi et Suzuki de 1ère, passèrent devant nous. Les deux autres ne semblèrent rien remarquer d’inhabituel.

Miyake — Il se passe quoi Ayanokôji ?

Moi — Rien… je me demandais juste où ils allaient.

Miyake — Oh, ils ont dû se perdre j’imagine.

Il n’y avait rien de spécial dans le secteur hormis la piscine alors il était possible qu’ils se soient perdus. Mais tout comme Nanase, il m’arrivait de visiter des zones un peu inhabituelles. Hier par exemple, j’avais aperçu Nanase et Nakaizumi sur le pont, près de la proue.

Miyake — Coup dur pour Airi. Elle en a des rivales.

Yukimura — Comment ça ?

Miyake — Laisse tomber.

Peu après le départ de Nanase, les deux filles apparurent.

Sakura — C’était amusant, Haruka-chan.

Hasebe — Ouais la piscine c’est cool entre amis.

Elles avaient toutes les deux le sourire aux lèvres, semblant satisfaites.  En tout cas, Haruka ne se montra pas perturbée par ce que j’avais dit.

— Oh…

Alors que tout le monde se préparait à partir, une personne arriva.

Miyake — C’est toi le prochain ? Ike.

Ike — O…ouais. C’est le seul créneau que j’ai pu avoir.

Miyake — J’imagine que t’es venu avec Sudou et les autres.

Akito regarda derrière Ike, mais il n’y avait personne.

Ike — Ah, en fait…heu…

Il était agité et avait du mal à parler, mais une autre personne arriva.

 —  Pardon, je voulais pas te faire attendre.

Yukimura — C’est rare de vous voir ensemble. Où sont les autres ?

Akito et Keisei ne soupçonnèrent rien, mais Haruka et Airi avaient compris et poussèrent les deux garçons afin de les presser pour partir.

Ike — Heu…Vous en faites pas. Bon on vous laisse.

Miyake — Comment ça ?

Ike — Sa…Satsuki, on y va.

Shinohara — Oui.

Prenant la main de Shinohara pour s’échapper, ils entrèrent dans le hall. Ils n’avaient qu’une heure après tout, alors le temps était précieux.

Miyake — Satsuki ?

Akito comprit quand il entendit Ike prononcer le prénom de Shinohara en partant avec elle main dans la main.

Mitake — Ils… euh, depuis quand ?

Yukimura — Qu’est-ce qui se passe, bon sang ?

Keisei ne comprenait toujours pas, mais Haruka lui expliqua aussitôt.

Hasebe — En gros ils sortent ensemble.

Yukimura — Impossible, les deux se détestent.

Il nia la chose fermement aussi bien physiquement que verbalement.

Hasebe — Yukimu, tu as beau être intelligent, t’es vraiment stupide.

Sakura — Ils ne s’appréciaient pas au début, mais ça s’est amélioré au fur et à mesure. Ces derniers temps, ils étaient plus proches.

Airi hocha la tête, comme pour confirmer ses dires. Les filles comprenaient mieux les histoires de romance après tout.

Miyake — Ok mais je ne m’attendais pas à ce qu’ils sortent ensemble.

Yukimura — Franchement je ne comprends toujours pas.

Keisei tenta de regarder leur silhouette s’évanouir au loin tandis qu’il était toujours stupéfait par ce qu’il venait d’entendre.

3

Miyamoto — Oh, mec…

Peu de temps après avoir fini de jouer, Miyamoto était revenu tout en marmonnant.

Miyake — Il s’est passé quoi ?

Miyamoto — C’est la merde. Tokitou a attrapé Katsuragi par le col près des toilettes. Ils sont toujours en train de s’engueuler.

Miyake — Et tu t’es tiré comme ça sans les arrêter ? Yuya peut être vraiment violent quand il se met en colère.

Miyamoto-san sembla quelque peu agacé par les dires d’Akito.

Miyamoto — Pourquoi je le ferais ? Pas mes affaires et puis j’aurais gagné quoi ?

Katsuragi et Tokitou Hiroya étaient tous les deux dans la classe de Ryuuen.

Miyake — Katsuragi était en classe A il y a peu. Logique qu’il y ait des disputes. C’était un adversaire. Pas vrai, Kiyotaka ?

Moi — En effet.

Miyake — Je suis un peu inquiet, et si on allait voir ?

Miyamoto — Laisse tomber. Nos ennemis s’entretuent, c’est bien.

Miyake — Ok mais ce sont des première comme nous.

Miyamoto — Si on s’implique, on pourrait être pris dans le combat. Puis tu veux attirer l’attention de Ryuuen ?

Akito ne semblait pas apprécier les arguments de Miyamoto, mais il se tut. Oui, on aurait pu empirer la situation et c’est ainsi que je rompis le silence.

Moi — Mieux vaut ne pas s’en mêler oui. J’ai soif, alors je vais acheter quelque chose à boire.

Je quittai la pièce. J’imaginais que Katsuragi n’en avait pas fini avec sa dispute, mais Miyamoto-san avait raison de vouloir les laisser dans leur coin.

Moi — ……

Quand j’entendis le nom de Tokitou, j’avais pensé à Katsumi Tokitou, camarade de classe d’Ichinose qui était dans mon groupe au camp d’entraînement l’an passé. Là c’était Hiroya Tokitou. Je me souvenais avoir entendu qu’ils étaient apparentés, ce qui était logique au vu de ce nom de famille rare. Je n’avais pas vraiment fait ami-ami avec Katsumi Tokitou, mais nous avions tout de même mangé et dormi au même endroit pendant un moment. Peut-être était-il plus judicieux d’aller quand même jeter un œil au vu de notre petit lien, mais en approchant des toilettes, je ne vis personne. Leur différend avait-il été résolu ?

 — Ayanokôji-kun

Hiyori m’interpela alors que j’essayais de chercher les deux garçons.

Moi — Tu aurais vu Katsuragi par hasard, dans le coin ?

Hiyori — D’autres personnes ont vu l’altercation à ce que je vois.  J’avais entendu dire que Katsuragi et Tokitou avaient une dispute alors j’étais venue leur demander d’aller ailleurs.

En effet, c’était un endroit très fréquenté. Je suivis ainsi Hiyori et entendis une faible voix provenant d’un endroit avec peu de passages Elle me demanda d’écouter silencieusement. Miyamoto-san avait vu juste, c’était bien Katsuragi et Tokitou. Il y avait aussi Okabe, une fille de leur classe.

Tokitou — Katsuragi, tu suis vraiment Ryuuen ?

Katsuragi — Nous tournons en rond. C’est la troisième fois que tu me poses la même question, mais tournée différemment.

Tokitou — Bah réponds peut-être, non ?

Katsuragi — Parce que je ne peux pas répondre à cette question. Je n’arrête pas de te demander ce que tu entends par « suivre » ?

Contrairement à Tokitou, Katsuragi avait su garder son calme.

Tokitou — Tu serais pas son petit chien-chien ?

Katsuragi — Je ne me souviens pas avoir été le chien de qui que ce soit. Je ne suis les ordres de personne.

Tokitou — Je ne te crois pas. Pourquoi avoir fait équipe avec lui ?

Katsuragi — Pour faire gagner notre classe pardi. Rien de plus.

Katsuragi dit cela comme si c’était l’évidence même.

Tokitou — Alors que vous avez raté la troisième place ?

Katsuragi — Certes mais ce n’est en aucun cas un mauvais résultat.

Tokitou — La 4e place ou après c’est pareil, la carte rente a été inutile.

Katsuragi —Ryuuen a plus de ressources que tu ne le crois.

Tokitou — Et comment un étranger comme toi pourrait le savoir ? Dit ce qu’il a en tête, je t’écoute.

Katsuragi — Désolé mais ce n’est pas le moment. Je ne dirai rien.

Tokitou — Y’a rien de concret donc. De toute manière, je hais Ryuuen.

L’échange houleux continua. Mais Tokitou était clairement hostile à Ryuuen.

Tokitou — C’est clair, je ne pense rien de bien sur toi.

Katsuragi hocha la tête, acceptant ce point sans le réfuter. Cependant, Tokitou n’avait pas apprécié cette attitude non plus.

Tokitou — Mais tu as fait équipe avec Ryuuen sur l’île et vous avez mangé ensemble aujourd’hui.

Katsuragi — Il semble y avoir un malenten…

Tokito interrompit froidement Katsuragi, qui tenta de nier.

Tokitou — Tu prenais notre classe de haut au début, mais tu t’es laissé convaincre par Ryuuen au final. Pathétique.

Katsuragi — J’ai affronté Ryuuen plus d’une fois en tant qu’allié ou ennemi. Mais maintenant, je suis un membre de la classe, et je ne fais qu’aider Ryuuen au mieux en tant que collaborateur. Si cette classe se centralise autour de lui alors il est logique de suivre ses directives.

Tokitou — La concurrence avec Sakayanagi c’était du pipo ?

Katsuragi — Ce n’était pas pareil, car nous n’avions décidé d’aucun leader en début d’année. Nous étions juste les deux candidats qui s’étaient présentés pour ce rôle, mais avec des idées divergentes. Cette classe est déjà guidée par Ryuuen. Ou peut-être veux-tu que je devienne le chef de votre classe, car j’en ai l’étoffe ?

Tokitou — C’est…

Katsuragi — De plus, Sakayanagi et Ryuuen voient les choses différemment et les deux classes n’ont pas le même fonctionnement.

Katsuragi parlait bien, mais Tokitou ne semblait pas du tout convaincu.

Okabe — Je te l’ai dit, Tokitou. Katsuragi-kun n’en vaut pas la peine.

Okabe, qui attendait jusqu’à présent, tapota l’épaule de Tokitou.

Okabe — Au final, Katsuragi-kun n’avait pas sa place en classe A et a été heureux d’être récupéré par Ryuuen. C’est son chien quoi.

Katsuragi — Quoi que je dise, vous ne serez pas convaincus.

J’avais maintenant une idée de ce qu’il se passait. Alors que je sentis que l’on m’effleurait l’épaule, je me tournai et vis le visage de Hiyori.

Moi — Le fait que Ryuuen soit détesté par certains n’était pas nouveau.

Hiyori — Oui. Mais toute la rancœur commence à s’accumuler.

Ryuuen avait réussi jusqu’à présent à écraser tout mouvement contestataire dans sa petite dictature. Allait-il recevoir le retour du bâton ?

Moi — Et Ryuuen ? Avant il n’avait aucune pitié pour les rebelles.

Hiyori — Ça c’était avant en effet.

Moi — Il est comme ça depuis sa période de vide ?

 Hiyori hocha légèrement la tête.

Hiyori — Nous avons tous changé. Au début, je n’avais pas non plus de sentiments forts à l’égard de la classe à tel point que je me voyais passer ma vie de lycée à la bibliothèque.

Il était vrai qu’au début de l’an dernier, je n’avais même pas pris conscience de l’existence de Hiyori.

Hiyori — Tokitou-kun a toujours détesté les méthodes de Ryuuen-kun. Et maintenant Okabe est de son côté.

Moi — Ils aimeraient faire de Katsuragi le leader de votre classe ?

Hiyori — Peut-être bien.

Katsuragi aurait clairement fait un bon deuxième chef. Et comme il avait été transféré, il aurait été crédible pour contester le leadership de Ryuuen.

Moi — Mais Hiroya Tokitou est un adversaire gênant pour Ryuuen.

Hiroya Tokitou est connu pour sa froideur, sa rudesse et sa rancune. Akito l’avait bien spécifié, c’était quelqu’un potentiellement de violent.

Hiyori — Tu le penses aussi, Ayanokôji-kun ?

Hiyori était inquiète ce qui était logique au vu de la situation.

Hiyori — C’est vrai que notre classe se porte bien. Beaucoup ont changé et l’une des raisons est le retour de Ryuuen-kun dans la gestion de nos affaires. Il a montré aussi qu’il n’était plus le même.

Par rapport au début de l’année passée, Ryuuen et ceux qui l’entouraient, comme Ishizaki, avaient beaucoup mûri.

Hiyori — Mais je ne suis pas sûre que cela durera. On pourrait dire ça pour les autres aussi, mais si Ryuuen-kun venait à être expulsé, notre classe s’effondrerait immédiatement !

Moi — Ryuuen joue toujours avec le feu après tout.

Pour gagner à l’avenir, certains allaient clairement risquer gros pour obtenir de grands résultats. Le pacte qu’il avait fait avec Sakayanagi était inquiétant.

Moi — Il faut clairement avoir quelqu’un en back-up pour ne pas qu’il retombe mal.

Il fallait ainsi un autre leader pour cela. Hiyori se mit à sourire.

Hiyori — Pourquoi ne pas venir dans notre classe, Ayanokôji-kun ….?

Même si Hiyori inspirait la confiance, elle n’était pas optimiste sur la situation de sa classe et n’hésita pas à faire cette folle proposition.

Moi — Tu ne lâches rien à ce que je vois.

Hiyori — La dernière fois je plaisantais à moitié pour faire plaisir à Ishizaki-kun, mais cette fois c’est différent.

Elle était donc bien sérieuse.

Hiyori — Notre classe n’est pas faible, mais il nous manque quelqu’un pour gérer les cas d’urgence. Qu’en penses-tu ?

Une bataille où je serais dans l’ombre et où les cadres officiels seraient Hiyori, Katsuragi et Kaneda.

Moi — Ce n’est pas pour couvrir une éventuelle expulsion de Ryuuen ?

Hiyori — Bien entendu, ce serait idéal qu’il soit dans la course.

Mais Hiyori n’avait pas fait cette proposition par hasard, mais allait-elle expliciter la chose ? J’osai tout de même entrer dans le vif du sujet.

Moi — Tu as entendu quelque chose qui t’inquiète ?

Hiyori sourit un peu, mais ne répondit pas. Pendant ce temps, Katsuragi et Tokitou continuaient à se tirer dans les pattes. Le calme de Katsuragi fut finalement brisé lorsqu’il ne donna aucune réponse satisfaisante à Tokitou.

Tokitou — Quelle perte de temps. Je pensais que tu comprendrais.

Katsuragi — Tu sembles enfin lucide.

Tokitou — Si tu veux informer Ryuuen, fais-toi plaisir.

Katsuragi — Je ne compte pas te dénoncer.

Tokitou — Tu es sûr de toi ? Tu risquerais de le regretter.

Katsuragi — Ne te méprends pas, Tokitou. Les méthodes de Ryuuen sont imparfaites à bien des égards. Ta frustration n’est pas un problème, mais je ne veux pas aller dans les extrêmes.

Sa volonté d’éliminer Ryuuen était bien présente.

Tokitou — Ferme-la !

Après leur conversation, nous nous glissâmes hors du champ de vision de Tokitou et Okabe qui étaient en train de partir. J’allais tranquillement m’en aller, mais Hiyori me tira le bras. Je finis devant Katsuragi.

Katsuragi — Que veux-tu, Ayanokôji ?

Il aurait été étrange de s’enfuir ici alors je m’approchai de lui.

Moi — Rien de spécial. Disons qu’il s’en passe des choses chez vous.

Katsuragi — Chaque classe à ses histoires, mais j’aurais préféré que tu n’écoutes pas cette conversation.

Katsuragi regarda Hiyori qui se tenait debout à côté de moi.

Katsuragi — Ça ne m’étonne guère de toi Shiina vu que tu fais confiance à Ayanokôji, mais il ne fallait pas l’impliquer.

Ça pouvait sembler dur, mais la déclaration de Katsuragi était correcte. C’étaient des informations sensibles qu’ils me donnaient là.

Hiyori — Mais avec qui peut-on parler de ça ? Nous risquons de semer la zizanie plus qu’autre chose si Ryuuen se met à faire une chasse aux sorcières ou si nos camarades se dénoncent entre eux.

Katsuragi — Certes mais Ayanokôji n’est pas la solution.

Hiyori — N’est-ce pas l’occasion d’avoir ses conseils ?

Katsuragi — Hein ?

Hiyori — Il est bien de partager son opinion avec quelqu’un.

C’était bien joué de la part de Hiyori qui m’utilisait pour permettre à Katsuragi de partager ses pensées, lui qui ne se mêlait pas avec les autres. Même s’il était pris de court, l’idée ne lui était pas si saugrenue.

Katsuragi — Je ne pensais pas que la classe te travaillait autant, Shiina.

Hiyori — Bien entendu que je me soucie de la classe. J’ai envie d’avoir mon diplôme en classe A après tout.

Comme s’il était encouragé par ces mots, Katsuragi verbalisa ses pensées.

Katsuragi — En tant que seul élève de première avoir été dans plusieurs classes, il y a une nette différence entre celle de Sakayanagi et celle de Ryuuen. Même s’il y a certaines frustrations vis-à-vis du chef, la classe A garde une certaine cohésion alors que beaucoup d’élèves ne sont toujours pas convaincus par Ryuuen.

Tokitou et Okabe faisaient partie de ces élèves mécontents de Ryuuen.

Katsuragi — Cette fausse cohésion ne marche que si la classe monte.

Moi — En cas de mauvais résultats, c’est le retour du bâton en somme.

Katsuragi — Une seule erreur peut déchirer une classe en deux. C’est imprévisible, mais on ne peut rien faire de concret à l’heure actuelle.

Moi — Ryuuen doit bien le savoir quand même.

Katsuragi — Alors il doit agir si c’est le cas.

Moi — Eh bien, il risque de s’attirer les foudres de ceux contre lui.

Katsuragi pensait que c’était à Ryuuen de résoudre ce problème.

Moi — Ce n’est pas pour ça que Ryuuen t’a recruté dans sa classe ?

Katsuragi — Moi ?

Moi — Il t’a fait venir en cas de pépin pour le remplacer je pense.

Ce que Hiyori recherchait, c’était un véritable deuxième leader.

Katsuragi — Ça m’étonnerait.

Bien entendu, c’était mon interprétation personnelle.

Moi — Dans le cas de Ryuuen qui est du genre à parier gros pour avoir des résultats concrets, il peut soit finir en classe A, soit finir expulsé après un incident malheureux. C’est en somme une sorte d’assurance.

Il est tout à fait possible que le système de Ryuuen s’effondre à cause de la trahison d’une seule personne.

Katsuragi — Si c’est le cas alors je n’apprécie pas vraiment la chose.

Il devait penser qu’il l’avait recruté seulement pour sa haute estime de lui. Il ne se cacha pas de cette frustration.

Katsuragi — Je suis toujours hostile à Ryuuen à cause de la différence de valeurs. Mais maintenant que nous sommes camarades, mon objectif est de passer en classe A sans perdre un seul camarade.

Connaissant la nature de Katsuragi, Ryuuen lui avait caché la chose. L’évolution de Ryuuen était clairement remarquable, mais ses coéquipiers n’avaient pas été en mesure de suivre son élan victorieux.

Moi — Tu as pris la bonne décision de ne pas dénoncer Tokitou.

Katsuragi — Oui, mieux vaut laisser les rebelles tranquilles.

Ces rebelles étaient un souci, mais en même temps c’était une situation gratifiante pour Katsuragi. C’était différent de la classe A où il n’avait eu d’autre choix que de suivre les ordres. L’expression du visage de Katsuragi s’adoucit légèrement, comme s’il avait une nouvelle idée en tête.

Hiyori —  À quoi penses-tu, Katsuragi-kun ?

Katsuragi — ……Je sais

Après s’être raclé la gorge une fois, Katsuragi me regarda de nouveau.

Katsuragi — Après avoir parlé avec toi, j’ai trouvé une idée.

Moi — Non, je disais juste ce que je pensais.

Katsuragi — Tu as tort. Tu as visé juste. Je suis sûr que Shiina savait que tu allais m’éclairer comme il se doit.

Hiyori sourit joyeusement. Même s’il n’avait pas apprécié se confier, il avait tout de même espéré avoir la moindre étincelle d’idée

Katsuragi — Pas mal d’élèves furent surpris par tes résultats.

Moi — Surpris ?

Katsuragi — Oui, tu as frôlé le bas du classement sur l’île.

Je suis sûr que beaucoup d’élèves, dont Matsushita, n’allaient plus me soupçonner quant à des capacités cachées. En ce sens, l’existence de Tsukishiro fut positive pour détourner leur attention.

Katsuragi — As-tu vraiment tout donné ? Ou as-tu été gêné ?

Moi — Eh bien, je ne sais pas.

J’essayai d’esquiver, mais Katsuragi ne me laissa pas tranquille.

Katsuragi — Shiina, je suis désolé, mais je veux lui parler en privé.

Hiyori — Très bien, je retourne dans ma cabine alors. À plus tard, Ayanokôji-kun.

Après m’avoir salué, nous restâmes tous les deux ici.

Katsuragi — Sur l’île, Ryuuen m’a dit tout ce qu’il savait sur toi.

Moi — Ryuuen t’a vraiment tout dit ?

Katsuragi — Au début, il était un peu réticent, mais je lui ai demandé de me révéler tout s’il me considérait vraiment comme un collaborateur à part entière de sa classe.

C’était assez gênant dans la mesure où Katsuragi savait maintenant que ce « X » qui se tenait dans l’ombre de Horikita était moi. Il était ainsi au courant de ce qui s’était passé sur le toit. Comme l’avait dit Sakayanagi, il était inévitable que le nombre de personnes ayant connaissance de mes réelles capacités augmente.

Katsuragi — On dirait que tu t’es bien débrouillé jusqu’à présent.

Moi — Si je pouvais vivre une vie scolaire tranquille, la classe A ou D ne fait aucune différence.

Katsuragi — C’est pour cela que tu gardes tes compétences cachées ? Je ne vais pas en dire plus, mais il ne faudra probablement pas longtemps pour que les gens le découvrent.

Certainement. Il n’y avait pratiquement plus aucun moyen de contenir l’information qui avait déjà commencé à se répandre.

Moi — Je vais juste être moi et faire ce que j’ai à faire dans cette école.

Katsuragi — Je ne sais pas quand, mais j’attends avec impatience le jour où je pourrai me battre contre toi pour de vrai.

Après avoir dit cela, Katsuragi hocha la tête une fois et partit.

4

    (Karuizawa)

En fin d’après-midi. Je me rendis à la terrasse du café avec une amie.

Moi — Ça fait longtemps qu’on n’a pas eu de moment comme ça.

Satou — Pas faux. Ça date de cette fameuse période.

C’était quand je lui avais avoué que je sortais avec Kiyotaka. Depuis ce jour, Satou-san et moi sommes devenues beaucoup plus proches qu’avant au point d’être les meilleures amies. Mais nous étions toujours en groupe de quatre/cinq personnes alors il était peu fréquent que je sois seule avec Satou-san. La situation ne changeait pas plus durant ces vacances d’été, à bord de ce bateau de croisière. Les moments d’intimité étaient encore plus rares car nous étions toujours sept ou huit personnes à traîner ensemble. Du coup j’y réfléchissais toujours à deux fois avant d’aller à la piscine, mais le haut de mon corps était tout de même couvert.

Mais si j’étais seule avec Satou-san aujourd’hui, c’était pour une raison. Nous cherchâmes ainsi des places vides avant de commander, mais l’endroit était beaucoup plus spacieux que le café du campus alors nous en trouvâmes facilement. Mais je ne voulais pas de places trop exposées au soleil, car c’était là où il y avait le plus de gens. Vu que c’était une discussion privée, je voulais me tenir à l’écart du monde le plus possible. Les places en extérieur étaient donc d’office à éviter.

Satou — Une place à l’intérieur me convient aussi.

Moi — T’es sûre ?

Satou — J’imagine que tu veux me dire quelque chose d’important.

Satou-san qui avait compris, me fit un petit sourire.

Moi — Merci.

Je la remerciai et pris place dans un coin délaissé avec aucune vue sur l’extérieur. Je fis signe que je voulais commander.

Moi — C’est moi qui invite vu que je t’ai fait venir.

Satou-san fut hésitante mais je finis par prendre deux cafés.

Satou — Alors, de quoi voulais-tu parler ?

Satou-san commença à poser des questions sans attendre. Je n’avais pas l’intention de tourner autour du pot, mais…

Moi — Mmm…. Attends une minute.

Satou — Quoi ?

Moi — Tu trouves pas que l’ambiance est bizarre ?

Satou-san inclina la tête, curieuse à propos de ma remarque.

Satou — Bizarre ? Je ne vois pas en quoi.

Moi — Désolée, c’est sorti comme ça. Juste une impression.

C’était probablement à cause de lui… Ces derniers temps, je faisais beaucoup plus attention aux situations, à l’expression de visage ou émotions visibles d’une personne… Je me demandais si c’était inné ou si c’était à force de traîner avec Kiyotaka ? Je ne le savais pas vraiment au final, mais j’optai pour la deuxième option. Mais pourquoi avais-je ressenti une sensation aussi désagréable ? Je gardai mon calme et commençai à observer tranquillement les alentours.

Moi — Si seulement on pouvait vivre sur ce bateau pour toujours.

Je regardai autour de moi sans me cacher, la tasse dans la bouche.

Satou — Hahaha, c’est sûr, mais on finirait par manquer d’argent.

Moi — C’est vrai. Avec la piscine, les films et la bonne nourriture, on serait à court d’argent en un rien de temps.

L’ambiance étrange avait disparu. Avais-je rêvé ? J’étais tellement concentrée sur le fait de savoir ce que c’était que je n’avais pas vu venir un groupe de trois filles, en terminale, s’asseoir à la table à côté de la nôtre, tout en discutant et riant.

 — C’est Kisarazu-kun de la classe B tu vois ~

 — Sérieux ? Je savais pas ~

Elles laissaient clairement éclater leur enthousiasme sans gêne. J’aurais dû m’exprimer plus tôt. Bien que les places donnant vue sur l’océan étaient les plus privées, il n’était pas surprenant que certaines personnes aient choisi de s’asseoir ici pour éviter la foule ou la chaleur et le soleil. Elles n’étaient probablement pas intéressées par notre conversation mais étaient assez proches pour nous entendre si elles tendaient l’oreille. On pouvait partir, mais je ne voulais pas leur donner mauvaise impression. D’autant plus que c’était des senpai, elles pouvaient très mal le prendre. Un petit détail comme celui-ci pouvait clairement créer du harcèlement.

Moi — Je me disais que je devais te le dire en premier.

Ne nous préoccupons pas des terminales et concentrons-nous sur Satou-san. Il était impoli de l’ignorer pour des choses sans importance.

Moi — Pour ma relation avec Kiyotaka et le fait de la révéler à tout le monde…

Satou —…Oui ?

Je savais que Satou-san avait deviné ce que j’allais dire. Elle pouvait aussi penser qu’il y avait une possibilité que nous ayons rompus. Non… Si c’était le cas, je n’aurais pas pu autant garder mon calme et elle l’aurait compris.

Moi — Je voulais juste t’en parler avant et avoir ton avis.

Satou — Tout le monde serait surpris de le savoir.

J’imaginais la scène dans ma tête mainte et mainte fois, mais ça allait faire du bruit dans tous les cas. Je ne voulais pas dire du mal de moi, mais je n’avais pas vraiment une personnalité agréable. Je me montrais toujours et j’essayais d’imposer ma vision à tous. Avant de rencontrer Kiyotaka, j’étais très autoritaire pour me protéger. J’avais même jeté des regards charmeurs à des garçons qui ne m’intéressaient pas vraiment pour me donner un genre.

Satou — Alors, tu comptes l’annoncer quand ?

Je répondis aussitôt.

Moi — Ce sont les vacances d’été pour le moment donc je pense l’annoncer au début du deuxième trimestre.

Satou — Qu’a dit Ayanokôji-kun à ce sujet ?

Moi — Il a dit qu’il me laissait gérer

Satou aspira sa paille et prit une gorgée.

Satou — Je vois. Vous êtes assez tactiles entre vous, sinon ?

Moi — Q-Quoi ?

Satou — Allez, raconte !

Moi — Uh huh. Eh bien, normal pour un couple non ?

Satou — Vous vous êtes embrassés ?

Moi — Eeeeeehh !?

Satou — Vous sortez ensemble depuis un bon moment, non ?

Elle sera le poing de sa main droite et l’approcha de ma bouche, comme pour faire office de micro.

Moi — …S-seulement une fois, par surprise.

Après avoir donné ma réponse honnête, Satou-san commença à sourire.

Satou — C’est cool ça. J’aime l’idée d’un baiser surprise.

Moi — J’étais pas du tout préparée. C’était mon premier baiser.

En entendant mon murmure, ses yeux s’écarquillèrent légèrement.

Satou — Karuizawa-san, tu n’as jamais embrassé Hirata-kun ? Vous avez été longtemps ensemble non ?

Moi — Huh ?

Satou — Qui plus est Karuizawa-san, t’as sûrement eu des relations avec des garçons avant le lycée non ?

Je pouvais sentir mon sang se glacer. « Karuizawa Kei » était censée être la fille populaire, une habituée des relations amoureuses.

Moi — Eh bien… Tu vois, c’est parce que je suis une fille pure.

J’essayai de faire de mon mieux pour rester calme.

Moi — Tu n’embrasserais pas ceux qui sont spéciaux seulement ?

Ayant soudainement soif, j’engloutis un tiers du café d’une seule traite.

Satou — Mais Hirata-kun est le genre à être spécial non ?

Moi — Peut-être mais il n’était pas assez stimulant pour moi.

Je n’avais pas d’autre choix que d’être cohérente avec ce que j’avais dit.

Moi — Hirata-kun n’a rien d’un alpha. Il n’essayait pas vraiment de tenter quelque chose. C’était plus frustrant qu’autre chose.

Je demandais pardon à Hirata-kun au fond de moi.

Satou — Je vois. C’est vrai qu’on aime aussi les voir plus engagés.

Moi — T’as vu ?

Satou — On ne dirait pas, mais Ayanokôji-kun est assez entreprenant.

Satou-san semblait un peu triste quand elle dit cela.

Moi — Satou-san… Je…

Satou — Ah, désolée Karuizawa-san, ce n’est pas ce que tu crois.

Je voulais juste lui dire que j’allais officialiser ma relation, mais au final, je donnais l’impression d’être venue me vanter. Au début, Satou-san était pour moi une fille détestable qui aimait parler de Hirata-kun à chaque fois inutilement, mais c’était désormais une amie précieuse. J’aurais dû considérer ses sentiments. Ce n’était pas un instinct de préservation, mais de l’égo.

Satou — T’inquiète. Il est normal de tomber amoureux de la même personne quand on pense que c’est un type bien. Ça m’est arrivé souvent auparavant en tout cas. Juste que je perdais à chaque fois.

Satou-san se mordit les lèvres, mais peu de temps après, elle retrouva sa bonne humeur habituelle.

Satou — Si tu casses avec lui, j’aurais le champ libre du coup ?

Elle continua sans me laisser organiser mon esprit.

Satou — Tu vois, tu as rompu avec Hirata-kun alors ça pourra être la même chose pour Ayanokôji-kun, non ?

Moi — C’est vrai, mais…

Je ne comptais pas du tout casser avec lui ! Même si mon cœur criait cela, je ne pouvais pas l’exprimer en surface.

Satou —Karuizawa-san, tu peux viser bien mieux non ?

Moi — Comment ça ?

Satou — Y’a des mecs comme Tsukasaki- kun ou Nagumo-senpai.

Moi — Huh ?

Pour moi c’était hors de question. Il était vrai que Tsukasaki-kun était l’un des plus beaux mecs du campus, comme pour le président du Conseil, mais malgré leur prestige et leur haut statut, ils ne rivalisaient pas avec Kiyotaka. Ce dernier pouvait être méchant parfois… mais il était fort, classe et mystérieux. Et, par-dessus tout, il me comprenait.

Satou — C’est bon, j’ai capté. Merci pour l’invitation.

Moi — E-eh ?

Satou — C’est écrit sur ton visage qu’Ayanokôji-kun est le meilleur.

Je n’avais pas pu garder mon visage impassible devant Satou-san, qui connaissait désormais les détails de ma vie amoureuse.

Satou — Merci de me l’avoir dit en premier. Je suis vraiment touchée.

Moi — Je vois…Heureuse de l’entendre.

Après cela, nous parlâmes des filles, de l’île et d’autres choses. Nous pûmes passer du bon temps ensemble pour la première fois depuis longtemps.

5

     (Horikita)

Même jour, 14h10. Un moment où de nombreux élèves s’amusaient après le déjeuner. Je regardais tranquillement l’océan, en attendant quelqu’un. Je sortis mon portable et tapotai sur Horikita Suzune, mon nom, dans l’application OAA. Je voulais vérifier s’il y avait eu des changements depuis les résultats de l’île, mais rien n’avait changé. D’une certaine manière c’était logique, vu que nos professeurs principaux n’avaient pas eu le temps de tous nous observer. Il n’y avait pas non plus eu de changements dans l’OAA de la personne que j’attendais. J’éteignis ainsi mon portable et regardai de nouveau l’océan. Quelques jours s’étaient écoulés depuis l’âpre épreuve de l’île. Bien que mon corps se soit rétabli, c’était surtout cette croisière de luxe qui me donnait ce sentiment de vie d’avant.

 — Wow, t’es toujours là ?

La voix s’adressait à moi à une légère distance. Avant que je ne puisse me retourner, elle continua de parler.

— T’es obligée d’utiliser un intermédiaire pour m’appeler ? J’ai pas envie que les gens pensent que nous sommes amies.

Je l’avais contactée par l’intermédiaire de Yamaga-san, sa camarade.

Moi — Aurais-je dû t’aborder en plein repas devant tout le monde ?

Ibuki — Non mais cette méthode là c’est niet aussi !

Moi — Alors comment faire pour te contacter ?

Ibuki — Ne me contacte pas en fait.

Ibuki, l’air contrariée, arriva avec dix minutes de retard. Pas un seul mot d’excuse, juste ses complaintes habituelles.

Moi — Tu te prends pour Musashi Miyamoto[1] ?

Ibuki — J’ai même pas capté la réf’.

Je ne voulais pas la titiller encore plus, mais si elle avait vraiment voulu m’agacer elle aurait pu me faire attendre deux heures.

Moi — Je ne veux pas te harceler, mais pourquoi es-tu en retard ?

Ibuki — Le fait que tu m’appelles c’est déjà du harcèlement.

Moi — En effet.

Quand je lui répondis sérieusement, elle soupira, dépitée.

Ibuki — Ça me soule, mais sinon tu aurais dit que j’avais fui.

Moi — Si je t’avais appelé normalement, tu m’aurais ignorée non ?

Ibuki — Normal non ? Qui voudrait te parler, sérieux.

Je m’attendais à ce qu’elle m’ignore complètement, mais elle était quand même venue, même avec du retard. Elle ne voulait absolument pas perdre contre moi. J’avais donc eu raison de l’appeler en simulant un défi.

Moi — Oh, je vois.

Ibuki — Si t’as quelque chose à dire, dis-le maintenant.

Il fallait donc que je ne tourne pas autour du pot avec elle, mais certaines circonstances m’empêchaient d’en terminer vite.

Moi — On va discuter en marchant, car cela va prendre du temps. Je n’ai pas non plus envie que l’on se fasse remarquer.

Cet endroit n’était pas le bon pour parler en privé.

buki — Sérieux là ? Bordel…

Bien qu’irritée, elle me suivit docilement. Elle regrettait d’avoir perdu contre moi, mais elle allait sûrement demander une revanche. Après avoir traversé la foule, je commençai à parler.

Moi — C’est lié à Amasawa-san, celle qu’on a combattu sur l’île.

Ibuki — Ah… cette petite merdeuse de seconde. Je l’ai pas oubliée.

Comme elle marchait un peu en arrière, je ne pus voir l’expression d’Ibuki.

Moi — C’est un peu difficile de parler, alors tu peux accélérer ?

Ibuki — C’est moi qui choisis mon rythme.

Moi — Quand tu es seule oui.

Je m’arrêtai et regardai en arrière.

Moi — Je veux aussi en finir vite alors aide-moi un peu veux-tu ?

Ibuki — Ok, ok si tu veux que je marche plus vite, je vais le faire.

Elle vint marcher à côté de moi et commença à accélérer. Une vraie gamine ! Alors que je lançai un regard dégoûté dans sa direction, elle se retourna avec un visage effrayant.

Ibuki — Alors, tu traînes ?

Moi — Peux-tu juste t’adapter à mon rythme ?

Ibuki — Merde !

Ibuki-san s’ébouriffa les cheveux et se mit à ralentir.

Ibuki — Je vais faire comme tu veux, mais tu vas accepter ma revanche.

Moi — Vu que nous souhaitons organiser un festival sportif pour le deuxième trimestre, cela pourra se faire.

Ibuki — Je vais avoir ma revanche alors ?

Moi — Je ferais en sorte que tu l’aies. Tout dépendra de la situation.

Après avoir cherché à comprendre le sens de mes paroles pendant un moment, elle se mordit la lèvre en guise de frustration.

Ibuki — La revanche se fera si certaines choses sont respectées ?

Moi — Oh, je suis impressionnée que tu aies réussi à comprendre.

J’applaudissai mais elle crut que je me moquais alors elle abaissa mes mains.

Moi — Quelle violence !

Ibuki — La ferme ! Si tu veux pas de ma revanche alors je me tire.

Moi — Si tu pars, tu n’auras aucune chance de l’avoir en tout cas.

Ibuki — C’est…

Moi — Je ne peux rien promettre ici, mais en fonction de ce que tu feras, il y aura une possibilité. Mieux vaut mettre toutes les chances de ton côté non ? Hormis si tu veux regretter jusqu’à ton diplôme de ne jamais m’avoir vaincue ?

Ibuki — Gu… !

Moi — Alors ? Le choix t’appartient, Ibuki-san.

Ibuki — J’ai capté. Je vais t’écouter.

Moi — Mieux vaut être honnête avec soi-même dès le départ si tu veux éviter les discussions à rallonge. Je déteste être interrompue.

Elle voulait une revanche, mais cela dépendait des circonstances et de la stratégie et politique de notre classe. Je ne voulais pas entrer dans les détails au risque de la frustrer encore plus, déjà qu’elle avait eu du mal à accepter une possibilité de revanche. Elle s’arrêta et commença à marcher à côté.

Ibuki — Alors, c’est quoi le souci avec la merdeuse ?

Moi — Quel a été ton ressenti durant ton combat contre elle ?

Ibuki — Mon ressenti ?

Moi — J’imagine que c’est l’adversaire la plus forte que tu aies vue ?

Ibuki — Eh bien… Je dois admettre qu’on a bien été dépassées.

Il était clair qu’Amasawa nous surpassait de loin même si elle se battait en faisant le poirier.

Ibuki — Alors que c’est une seconde, elle a une force abusée. Rien que d’y penser ça me file la gerbe.

Moi — Ne dis pas ça. Tu es la seule qui peut comprendre vu que tu as vécu ce combat alors parlons-en.

Si je devais expliquer la force d’Amasawa-san à quelqu’un d’extérieur, il ne pourrait en aucun cas se projeter et comprendre la situation.

Moi — Je voulais déjà m’excuser pour les blessures que tu as reçues.

Ibuki — Les blessures ?

Ibuki leva les sourcils, comme si elle ne comprenait pas.

Moi — Je pense enquêter sur son passé à partir de maintenant.

Ibuki — Tu vas prendre des risques pour ça ? C’est mieux de ne pas le faire. Elle a l’air complètement baisée alors reste éloignée d’elle.

Ibuki me dit cela, car elle savait que la menace était clairement réelle.

Moi — Tu as raison, c’est dangereux. Mais j’ai le sentiment que si nous laissons faire, on en subira les conséquences à l’avenir.

Ibuki — Elle n’a pas l’air de s’intéresser à toi, non ?

Moi — C’est pour Ayanokôji-kun.

À la mention de ce nom, elle tourna mon regard vers l’océan comme si elle avait compris.

Ibuki — Je ne sais pas ce qu’elle veut, mais c’est vrai qu’elle avait l’air de savoir des choses sur Ayanokôji.

Amasawa-san en savait trop sur lui. Elle le connaissait forcément d’avant.

Moi — C’est un camarade. Si je peux faire quoi que ce soit, je le ferai.

Cette histoire me donnait la chair de poule, mais je n’étais plus celle que j’étais en arrivant sur ce campus.

Ibuki — Si elle découvre que tu enquêtes sur elle, elle essaiera de te piéger et là tu n’auras aucune chance de t’en sortir.

Moi — Sa force est, comment dire… d’une autre dimension ?

Ibuki — J’aimerais dire que non, mais oui elle est d’un autre niveau.

Moi — Donc c’est bien la personne la plus forte que tu aies rencontrée ?

Ibuki — Je suis la meilleure des filles de première et c’était pareil au collège. Il y a peu de filles qui pratiquent les arts martiaux et je n’ai évidemment jamais été battue par quelqu’un qui n’en avait jamais fait.

Moi — Il est vrai qu’après moi, tu dois être la meilleure en première.

Ibuki — Tu ne reconnais pas ma force c’est ça ?

Moi — Je dis juste que je ne pense pas être plus faible que toi.

Ibuki — Je suis clairement plus forte !

Moi — D’où te vient cette confiance ?

Ibuki — L’intuition ?

Moi — Cela n’a rien de fiable. Nous ne nous sommes pas affrontées une seule fois dans des conditions idéales. Nous n’avons pas tous les éléments pour trancher clairement, tu en conviendras.

Ibuki — Alors pourquoi ne pas me considérer comme la meilleure en attendant notre duel ?

Moi — C’est le résultat d’une évaluation objective.

Ibuki — Je ne comprends même pas ton baratin.

Nous arrivâmes à la terrasse du café, l’une des destinations prévues.

Moi — Cela va prendre un moment, alors laisse-moi t’offrir quelque chose à boire. Que veux-tu ?

Ibuki — Je m’en fous. Vas-y, un thé glacé au citron.

Après la commande de nos boissons, j’effectuai le paiement avec mon portable. 1400 points pour deux boissons n’était pas donné. La serveuse m’apporta ainsi deux boissons prêtes à l’emploi.

Moi — Voilà, c’est moi qui offre.

Ibuki — C’est vraiment louche.

Moi — Accepte, c’est pour te remercier.

Ibuki — D’accord.

Ibuki prit le grand gobelet dans sa main gauche et bu une gorgée en regardant au loin. Puis elle bougea un peu et s’arrêta dans une zone moins fréquentée.

Moi — Pour avoir combattu contre elle, j’ai bien compris qu’elle avait la même science du combat que moi. As-tu senti quelque chose de particulier chez elle ou une faiblesse ?

Ibuki — C’est pas un adversaire facile à analyser.

Moi — En effet.

Je n’aimerais pas avoir à me battre une nouvelle fois contre elle, mais je ne pouvais pas éluder ce scénario dans le cas où j’enquêterais sur elle.

Ibuki — Tu vas juste te faire écraser, cherche pas.

Elle ne cherchait pas à me rabaisser ou quoi que ce soit, mais à exposer des faits. Sans entraînement préalable, elle avait probablement raison.

Ibuki — Fais ce que tu veux, mais mieux vaut laisser tomber.

Moi — Tu m’as écoutée ? C’est pour Ayanokôji-kun que je…

Ibuki — Justement !

Elle m’interrompit, tout en tournant la main qui tenait son verre vers moi.

Ibuki — Il pourra se débrouiller seul non ?

Moi — …Comment ça ?

Ayanokôji-kun était certainement brillant. J’avais pu l’observer pendant un an et ai appris des choses sur lui. Mais il restait de nombreux mystères. On ne connaissait pas son plein potentiel. Ibuki-san ne pouvait pas le comprendre mieux que moi. La seule information qu’elle pouvait avoir était le fait qu’il était bon en maths et en athlétisme.

Moi — Je ne pensais pas que tu estimais Ayanokôji-kun à ce point.

Ibuki — Rien à voir. Tout le monde peut voir à quelque point il est fort.

Moi — Tu as entendu parler de ce qui s’est passé avec Hôsen-kun ?

Ibuki — Quoi ? Hôsen ? Ah… Le gars qui ressemble à un gorille ?

Si elle n’avait pas eu vent du combat contre Hôsen, comment connaissait-elle sa force ? Comme la conversation était frustrante, je lui demandai directement.

Moi — Comment sais-tu qu’Ayanokôji-kun est fort ? Où as-tu eu obtenu cette information ?

Ibuki — Où ?…

Alors qu’elle cherchait les mots, elle finit par grimacer.

Ibuki — On m’a dit de ne rien à dire. Enfin je crois ? Je sais plus…

Ibuki-san ferma les yeux et croisa les bras, essayant de se souvenir de quelque chose.

Moi — Il t’est arrivé quelque chose dont je n’ai pas connaissance.

J’essayai de creuser ici.

Ibuki — Tu ne sais vraiment rien ?

Moi — Je sais des choses, mais je ne peux pas tout connaître non plus.

Le fait que nous ayons été en mesure de donner des informations superficielles l’une à l’autre fit que je devais approfondir les choses. Nous ne pouvions pas en rester là.

Moi — Je pense qu’il est temps de se dire les choses.

Ibuki — Il est temps de rien du tout.

Moi — J’ai besoin de savoir ce que tu sais exactement sur Ayanokôji-kun. Je dois savoir ce que je ne sais pas à son égard.

       

Il s’agissait en quelque sorte d’une occasion unique de recueillir des informations. Si Ibuki-san savait quelque chose, c’était bon à prendre…

Ibuki — Qu’est-ce que tu ne sais pas ?

Ibuki-san me demanda cela, comme si elle ne sut quoi dire d’autre.

Moi — Je veux que tu ailles jusqu’au bout de tes pensées. Qu’est-ce que tu essayais de dire tout à l’heure ?

Ibuki — Je voulais parler de ce qu’il s’était passé sur le toit avec Ryuuen et Ayanokôji. Tu sais quand on avait mouillé Karuizawa.

Hmm ? Je n’avais aucune idée de ce dont elle parlait. Ryuuen-kun ? Toit ? Mouillé ? Karuizawa ? Les interrogations ne cessèrent de s’accumuler.

Ibuki — Oh, il ne l’a donc dit à personne dans la classe.

Ibuki-san hocha la tête comme si elle était convaincue de quelque chose. Ensuite elle me fit part d’un évènement que je n’avais jamais entendu concernant Ayanokôji-kun. Tout en l’écoutant, je fixai l’eau brillante pour garder les idées claires. En cherchant Ayanokôji-kun, Ryuuen-kun avait tourné son attention vers Karuizawa-san pour l’attirer. Pour la sauver, Ayanokôji-kun était allé sur le toit seul et avait littéralement écrasé Ryuuen-kun et sa bande. J’aurais dû m’en douter dans une certaine mesure, mais ça m’avait tout de même surpris.

Moi — …… C’est donc la raison pour laquelle Ryuuen-kun a arrêté de se mêler de notre classe. Je n’en avais aucune idée…

Ibuki — Maintenant tu sais. Sa force n’est pas normale.

Moi — En effet. Il est très doué. Toi qui as combattu les deux, lequel gagnerait dans un duel ?

Ibuki — Je n’ai vu aucun d’entre eux devenir sérieux, mais je pense qu’Ayanokôji est meilleur dans l’ensemble. Et c’est parce que c’est un mec que je dis ça. Alors pas besoin de t’en faire pour lui.

S’il était assez fort pour contrer Amasawa-san alors oui, il n’avait pas besoin de moi dans l’absolu.

Moi — Mais la force physique n’est pas gage de sécurité. Ça ne fait pas éviter l’expulsion. En fait, cette force peut se retourner contre nous.

Sur l’île, Amasawa-san était libre, mais pas sur le campus.

Moi — Merci Ibuki-san. Tes informations ont été bien utiles.

Ibuki — Pourquoi ne pas parler de ce problème à Ayanokôji ?

Moi — Il doit bien savoir ce qu’il se trame de toute manière.

Il fut en contact avec Amasawa-san plusieurs fois avant l’épreuve de l’île.

Moi — Et puis il y a le papier….

Ibuki — Papier ?

Moi — Il y a autre chose qui m’a dérangé dans cette épreuve de l’île.

J’avais expliqué qu’un papier avait été placé dans ma tente le dernier jour. Elle comprit ainsi ma volonté de me diriger vers le nord-est de l’île.

Ibuki — Quelqu’un d’autre t’a envoyé un message qui faisait mention d’Ayanokôji-kun ?

Moi — Oh, tu connais le mot « mention » ?

Ibuki — Te moque pas de moi !

Ibuki avait une capacité académique plutôt basse dans l’OAA, mais étonnamment la communication était plutôt fluide entre nous. J’étais vraiment à l’aise avec elle.

Moi — Quand Amasawa-san a vu le papier, elle l’avait déchiré puis jeté. Je me suis longtemps interrogée sur ce comportement, mais je pense que c’est parce qu’elle ne voulait pas laisser de traces. En tout cas, je me souviens clairement d’une belle écriture dessus.

Ibuki — Une belle écriture ?

Moi — Il ne doit pas y avoir beaucoup de personnes avec une écriture aussi attrayante.

Ibuki — Je vois. Donc cette personne a voulu jouer une sorte de tour, mais ça va être difficile de la retrouver si le papier a été perdu.

Moi — Oui. Nous ne pouvons pas demander à chaque personne d’écrire. Il est possible que l’auteur du papier soit quelqu’un de fort comme Ayanokôji-kun et Amasawa-san et qu’il soit en seconde.

Ibuki — Sur quoi tu te base pour dire que c’est un seconde ?

Moi — Vu qu’Amasawa-san avait l’air de reconnaître l’écriture, il est peu probable que ce soit un première ou un terminale.

Ibuki — Je vois.

Ayanokôji-kun, Amasawa-san et cette personne tierce… Quel lien avaient-ils ? C’était encore confus, mais nous ne pouvions pas en rester là.

Moi — Je ferai en sorte que tu ne sois pas touchée, mais si je tombe, je ne pourrai pas garantir ta protection. Si Amasawa-san a un comportement étrange, je n’hésiterai pas à la dénoncer.

Un faible son résonna, car Ibuki-san pressa le gobelet contre le rebord. Le contenu qui était à moitié plein, éclaboussa dans sa main.

Moi — Qu’est-ce qu’il y a ?

Ibuki — Il n’y a que face à moi que tu peux perdre !

Moi — Je donnerai tout, mais c’est un ennemi mystérieux. Je ne peux rien garantir.

Ibuki — S’ils sont deux alors nous aussi on sera en duo.

Moi — C’est …….

Ibuki — Je suis la plus forte des première alors si je me joins à toi, ça changera la donne. Si t’insistes, je t’aiderai.

Elle prit le gobelet avec l’autre main et lécha le thé sur le dos de sa main.

Moi — Comment ça ?  Tu veux coopérer avec moi encore une fois ?

Ibuki — Je ne veux pas que tu te fasses battre par une seconde ou que tu perdes contre quelqu’un d’autre que moi. Et puis… tu voulais discuter avec moi en espérant que je me joigne à toi non ?

Ibuki-san me regarda dans les yeux.

Moi — Ce n’est pas le cas.

Ibuki — Sois honnête et assume que t’as besoin de mon aide.

Moi — Je n’avais vraiment pas vu les choses comme ça.

Ibuki — Ok ! Ne me demande plus jamais d’aide alors, salut !

Alors qu’une Ibuki en colère était sur le départ, j’attrapai son poignet gauche.

Ibuki — Quoi encore ?

Moi — Tu vas devoir m’aider pour me remercier de la boisson offerte.

Ibuki — Tu as dit que tu offrais ! C’est quoi ce délire ?

Moi — Rien n’est plus cher que la gratuité.

Ibuki — Alors je vais te rembourser tout de suite.

Ibuki-san sortit son téléphone portable, mais je continuai.

Moi — Alors je prendrai trois millions de points.

Ibuki-san haussa les sourcils et inclina la tête, ne comprenant pas.

Moi — C’est rare que j’offre quelque chose donc ça les vaut.

Ibuki — N’importe quoi ! C’est 700 points et c’est tout !

Moi — Si tu n’as pas l’argent alors aide-moi, tout simplement.

Ibuki — Tu ne peux vraiment pas être honnête ?

Moi — Si je devais explicitement le dire alors je l’aurais dit.

Pour je ne sais quelle raison, je fus gênée de mon attitude, mais c’était fait. Je gardai la même expression et continua à mettre la pression.

Ibuki — T’as vraiment une personnalité détestable !

Moi — Nous sommes deux alors, Ibuki-san.

Nos regards se croisèrent et Ibuki-san bu le reste du thé, abasourdie.

Ibuki — Salethé au citron.

Je ris quelque peu après la petite plainte amusante d’Ibuki.

6

Au-delà de l’horizon, le soleil avait commencé à se coucher. Ichinose m’attendait en regardant la mer au point de rendez-vous. En regardant son profil quelque peu chétif, j’hésitai avant de l’interpeller.

Moi — Ichinose…

Ichinose — Ayanokôji-kun.

Moi — Salut.

Nous échangeâmes brièvement des salutations puis je me plaçai devant elle. Il n’était pas nécessaire d’aller au sujet principal. Je préférai bavarder un peu.

Moi — Tu essaies toujours d’économiser des points privés ?

Même si ce n’était pas le sujet, Ichinose ne montra aucun signe de rejet.

Ichinose — Oui, je n’ai rien à perdre à le faire et puis même si ça n’aboutit à rien, je peux tout rendre à mes camarades.

C’était une stratégie qui marchait, car Ichinose était fiable. Ce n’était pas une mauvaise chose d’économiser, car cela permettait de contrôler les dépenses de chacun surtout qu’il y avait la promesse de les rendre plus tard.

Moi — Mais cette stratégie est là pour se parer aux urgences non ? Est-ce que ça suffira ?

Ichinose — Si rien ne change alors oui, on garde ce cap.

Elle se contentait donc de maintenir le statu quo en ne préparant aucune nouvelle stratégie.

Ichinose — Tu saurais me pointer les failles de notre classe ?

Moi — Les failles ?

Ichinose — Oui. Nous ne pouvons pas les voir de l’intérieur, mais j’aurais aimé qu’un œil extérieur comme le tien nous fasse part de son point de vue sur notre classe.

Moi — Sur l’île, j’ai eu l’occasion de parler à certains de tes camarades. La première chose qui en ressort est la bonne humeur générale.

Nous n’avions même pas besoin de les côtoyer pour le voir. Mais cette haine du conflit était un frein pour le gain de points.

Moi — Je ne dis pas qu’il faut faire des coups bas, mais il faut savoir se montrer dur face à des gens qui ne reculent devant rien.

Ichinose — C’est vrai que nous devons nous montrer plus fermes.

Je ne savais pas vraiment quelles solutions lui apporter, mais elle essayait tant bien que mal de se déplacer dans cette obscurité qui la gênait.

Ichinose — Alors, quelle est ta réponse ?

Moi — Euh, oui… c’est vrai, je suis venu pour ça.

J’approchai doucement mon visage de l’oreille d’Ichinose sans regarder autour de moi. J’allais commencer à m’exprimer, mais à ce moment-là…

— C’est quoi cette petite réunion secrète ?

Ichinose fut surprise lorsqu’elle entendit la voix de Nagumo, président du Conseil et s’empressa de s’éloigner de moi. Mais il avait dû certainement déjà voir la scène de près. M’avait-il suivi jusqu’ici ou alors avait-il suivi Ichinose ? Non…C’était probablement parce qu’il avait des yeux partout. J’avais beau faire ce que je pouvais pour éviter d’être épié, il était difficile de fuir tous les regards des terminale sur le bateau. Cependant, il n’y avait eu aucune volonté de contact de la part de Nagumo ces derniers jours. On dirait qu’il avait cherché ce type de moment pour agir.

Ichinose — Merci pour ton dur labeur, président Nagumo.

Ichinose reprit sa posture habituelle de manière naturelle afin de rompre quelque peu le malaise, mais ça ne suffisait pas pour Nagumo.

Nagumo — Il se passe quelque chose entre vous depuis l’île ?

Ichinose— Hé bien…

Ichinose ne savait plus quoi dire quand il mentionna l’île. Elle m’avait avoué ses sentiments, ce qui était difficile à cacher. Devais-je intervenir ?
J’étais sur le point de le faire, mais Nagumo m’arrêta avec sa main, mettant une pression assez forte pour me signifier qu’il allait s’exprimer.

Nagumo — Eh bien, je ne me soucie pas de ce qu’il se passe entre vous, mais si Honami, un membre du Conseil, finit par pleurer, je ne peux pas l’ignorer n’est-ce pas ? C’est mon devoir de président après tout.

Je réalisai ainsi que Kiriyama était debout à côté de Nagumo. Le président se rapprocha de nous et se tint à côté d’Ichinose.

Ichinose — Finir par pleurer ?

Nagumo — J’espère avoir mal compris, mais c’est Karuizawa…

Il n’osa pas être explicite, mais fit en sorte de se faire comprendre.

Ichinose — Karuizawa-san ?

Bien entendu, elle n’avait pas compris pourquoi le nom de Kei fut prononcé.

Nagumo — Il semble que seuls tes proches soient au courant, mais j’ai entendu dire que vous sortiez ensemble depuis un moment. Tu sors avec Karuizawa, n’est-ce pas Ayanokôji ?

Ichinose ne réalisait pas encore malgré les mots clés prononcés.

Nagumo — Quoi, tu ne lui as vraiment pas dit ? Je pensais que Honami et toi étiez proches, voilà pourquoi j’ai mis le sujet à plat.

Il y eut une courte pause avant qu’il ne poursuive.

Nagumo — J’espère que tu ne comptais pas jouer double jeu ?

Je ne répondis pas à son attaque. Ça n’avait aucun sens de lui spécifier que je comptais lui révéler la chose là, hormis pour remuer le couteau dans la plaie.

Ichinose — C’est vraiment le cas ?

Nagumo — Hé Ayanokôji, Honami te demande confirmation. Pourquoi ne réponds-tu pas ? Ou ai-je mal compris ? Si c’est le cas, mille excuses.

Kiriyama m’avait déjà vu avec Kei, ensemble. Cependant, je n’avais rien montré qui spécifiait notre intimité.Peut-être que Kiriyama lui avait dit qu’il m’avait déjà vu avec Kei et que Nagumo voulait tordre cette information pour nous pointer en couple. Mais je ne pouvais pas dire que nous ne sortions pas ensemble car si elle l’apprenait en public plus tard, mon mensonge aurait été exposé. Tout d’abord, il était préférable de penser que Nagumo avait vraiment eu l’info.

Moi — Je n’en ai parlé à personne. D’où tiens-tu cette information ?

Ichinose — Ah… !

Après avoir admis cela, je pouvais voir un choc clair chez Ichinose. Nagumo avait dû comprendre les sentiments d’Ichinose à mon égard.

Nagumo — Tu as compris que je ne spéculais en rien.

Il sourit en montrant ses dents, mais ne voulait pas dire d’où venait l’information.  Je me souvenais des paroles de Kiryuuin disant que Nagumo était un ennemi naturel pour moi.

Nagumo — Je me fiche de la vie amoureuse des gens, mais Honami est un membre du Conseil et elle a de bonnes chances de devenir présidente par la suite. Je dois donc bien m’occuper d’elle.

Moi — Je comprends que la relation entre Ichinose et moi te semble gênante du point de vue d’un président du Conseil, mais n’était-il pas trop tôt pour intervenir à ce stade ?

Nagumo — C’était peut-être une discussion triviale de votre côté, mais c’était suspect, car vous vous êtes retrouvés dans un endroit désert comme celui-ci juste avant le dîner. Il était normal de se méprendre et d’intervenir au cas où tu la tromperais. Et ta petite amie d’ailleurs, que penserait-elle d’un rendez-vous secret comme ça ?

Moi — Oui. Cela peut provoquer des malentendus.

Nagumo — J’ai fait ce que j’avais à faire en tant que président…Non, en tant que membre du Conseil des élèves.

Nagumo s’approcha de moi après avoir jeté un regard à Ichinose.

Nagumo — La prochaine fois, tu devrais me présenter à ta petite amie. J’aimerais voir son visage de près une fois.

Nagumo posa sa main sur mon épaule et me chuchota à l’oreille.

Nagumo — Tu es libre de penser ce que tu veux de mes méthodes, mais ce n’est que le début.

Moi — Que le début ?

Nagumo — Il suffit de mêler un mensonge à cent vérités pour que ce dernier soit crédible. Prends une décision avant qu’il ne soit trop tard. Si tu veux te battre contre moi, viens me voir en me suppliant. Si tu me montres au moins ça, je serai ton adversaire.

Le harcèlement incessant allait se poursuivre si je n’acceptais pas de me battre contre lui. Il comptait me trainer de force dans son combat.

Nagumo — À plus tard.

C’est ainsi qu’il quitta l’endroit. Ce n’était donc que le début hein ? Il fallait  dire qu’il avait un réseau de surveillance et d’information exceptionnel. Tous les terminale étaient littéralement ses membres, ses yeux et ses oreilles. Ils avaient dédié leur vie à lui. Et puis il avait dit « un mensonge pour cent vérités ». Pour l’instant il jouait franc jeu, mais petit à petit il allait distiller ce fameux mensonge. Pour l’observateur lambda, il s’agissait simplement d’une forme évoluée d’intimidation, d’une chose enfantine. Mais c’était l’adversaire qui mentalement m’avait fait le plus subir.

Nagumo se fichait d’impliquer ses camarades pour me harceler. Soit il pensait qu’il n’allait jamais perdre leur confiance soit il n’avait pas l’intention de gagner la confiance de qui que ce soit et voulait juste leur montrer que c’était lui le chef. En tout cas, il était clair que Nagumo était prêt à tout donner. Après son départ, il ne restait plus qu’un silence de plomb. L’atmosphère apaisée du début s’était dissipée.

Ichinose — Ahaha. On a été interrompus en pleine discussion.

Moi — En effet.

Ichinose — Heu…Alors…De quoi on parlait déjà ?

Moi — La réponse de notre conversation sur l’île.

Ichinose — Ah oui ! C’est ça… Eh bien… Tu vois…

Sa voix était forte au début, mais elle devint progressivement faible.

Ichinose — Tu pourrais oublier ce que je t’ai dit sur l’île ?

Dit-elle avec le sourire.

Ichinose — Je me suis un peu emportée et j’ai créé un malaise. Alors je suis vraiment désolée pour ça.

Moi — J’en ai parlé à personne alors tu n’as rien à te reprocher.

Ichinose — Oui, oui, je sais bien, mais j’ai quand même été stupide. Après tout, tu es vraiment gentil et classe en quelque sorte. C’est logique que tu aies une petite amie.

Mëme si elle était en apparence souriante, ses yeux étaient clairement humides et des larmes avaient commencé à se former. Tout en essayant de faire comme si de rien n’était, elle fit de son mieux pour les empêcher de couler. Que ressentait une personne lorsqu’elle tombait amoureuse de quelqu’un dont le cœur était déjà pris ? J’ai déjà vu cela dans des émissions de télévision ou dans des livres, mais c’est quelque chose que l’on doit vivre soi-même pour comprendre. Bien que le scénario que je prévoyais pour ce rendez-vous était tout autre, je pus au moins en faire l’expérience de visu.

Ichinose — ──── Au revoir.

Elle prononça ce seul mot puis partit rapidement. Je ne dis rien et n’essayai pas de l’attraper, me contentant de regarder sa silhouette s’évanouir en silence.

Moi — Nagumo, hein ? Je me suis fait un ennemi bien plus gênant que je ne le pensais.

Même si j’allais devoir opérer un peu plus différemment que prévu, ma façon de faire n’avait pas changé. Même si j’avais eu l’impression que les circonstances défavorables s’étaient accumulées contre moi, je ne pouvais m’empêcher de ressentir une certaine curiosité surgir du fin fond de mon être.

                         

[1] On l’avait déjà mentionné auparavant, mais Miyamoto Musashi était un maître de sabre de l’ère Edo n’ayant jamais perdu ses 60 duels à mort. Il est notamment l’auteur du Traité des cinq roues, œuvre de référence au Japon sur l’art du sabre qu’il a parachevée à la fin de sa vie. Il est notamment arrivé des heures en retard pour son duel face à Sasaki Kojirou afin de lui faire perdre ses moyens.

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Traduction de mangas/novels.