CLASSROOM Y2 V3 : CHAPITRE 5


L’ennemi invisible

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Traduction : Ayanokôji is the best, Nova
Correction : Raitei
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Il était presque 5h du matin, à peu près l’heure à laquelle le soleil commençait à apparaître dans le ciel.

Alors que la plupart des élèves étaient probablement encore endormis, je me réveillai en entendant un bruit étrange provenant de l’extérieur de ma tente. C’était un son si subtil, si indistinct que, pendant un moment, je crus que je me faisais des idées.

Je passai la tête hors de ma tente pour en savoir plus. Et, bien qu’il soit faible, je pouvais encore l’entendre.  Quelques secondes plus tard, Nanase passa également la tête hors de sa tente, apparemment elle aussi fut réveillée par le bruit.

Nanase — Tu entends quelque chose ?

Moi — Oui… c’est faible, mais j’entends une sorte de bruit électronique.

Peut-être en raison de sa faible proximité, le son était si doux qu’il se fondait presque dans l’environnement. Il était possible qu’il s’agisse d’une alarme provenant d’une tablette, mais ce son particulier durait depuis bien trop longtemps pour que ce soit le cas.

Nanase — Penses-tu que ça pourrait être une alerte d’urgence ?

Moi — C’est tout à fait possible.

Je sortis de ma tente avant de tendre à nouveau l’oreille pour analyser le son.  Il ressemblait à celui que M.Mashima avait joué pour nous pendant son explication sur le bateau de croisière.

Mais d’après ce que j’entendais, il y avait un léger écho, peut-être parce qu’il provenait de loin dans la forêt.

Moi — On dirait que ça ne va pas s’arrêter, n’est-ce pas ?

Cela faisait déjà plus d’une minute que j’avais remarqué le son.

Les alertes d’avertissement étaient réglées pour se déclencher deux fois, mais les deux fois, elles étaient coupées après seulement cinq secondes. La seule alerte programmée pour se déclencher en continu était l’alerte d’urgence.

Nanase — Si je ne me trompe pas, après cinq minutes…

Moi — L’école nous localise grâce au GPS de la montre et envoie une équipe médicale d’urgence.

Si la personne était dans une situation où elle ne pouvait pas éteindre l’alerte en appuyant sur un simple bouton, alors elle pouvait être en danger.

Nanase — Ne pourrions-nous pas faire quelque chose avant l’intervention de l’établissement ?

Moi — Pourquoi on ferait ça ? Il ne fait peut-être plus nuit noire dehors mais la visibilité est toujours mauvaise. Et si on est imprudents, on pourrait se mettre en danger.

Nanase — Parce que tu as besoin d’une bonne raison pour aller porter assistance à quelqu’un en danger ?

Elle me transperça d’un regard bien trop sincère pour être qualifié de colère. Je compris que quel que soit mon choix, elle irait, même si elle devait y aller seule.

Moi — Si on doit agir alors mieux vaut avoir plus de personnes avec nous. Réveillons Sudou et les autres.

Nanase — D’accord.

Nous décidâmes de réveiller Sudou, Ike et Hondô, qui dormaient encore dans leur tente.

Après avoir appelé les trois garçons, encore à moitié endormis, à sortir de leurs tentes, nous leur expliquâmes la situation et commençâmes à élaborer un plan.

Notre champ de vision allait être assez limité à l’intérieur de la forêt obscure devant nous, et sans une source de lumière, il allait être difficile de marcher sur la route accidentée. Nous devions donc éclairer soigneusement le chemin devant nous en avançant.

À nous cinq, nous avions un total de trois lampes de poche. Nanase et moi en avions une, et le groupe de Sudou aussi. Ce n’était pas suffisant, mais il nous fallait faire avec les moyens du bord. En plus de cela, nous décidâmes également de prendre une tablette pour éviter de nous perdre.

Ike — Eh bien, je suppose que c’est à moi d’ouvrir la voie.

Poussé par les circonstances, Ike se porta volontaire pour prendre la tête. Bien qu’il ne semblât pas vraiment enthousiaste à cette idée.

Nanase — Je m’excuse d’avance mais pourrais-tu laisser quelqu’un d’autre le faire à ta place ?

Ike — Eh ? P-pourquoi ?

Nanase — Étant donné qu’il fait encore assez sombre dehors, je ne peux pas laisser une personne techniquement peu fiable prendre les devants. La tâche doit être confiée à quelqu’un ayant de bonnes compétences en gestion de crise et ayant le discernement nécessaire pour choisir un itinéraire optimal.

Ike — Eh bien … De nous tous, je pense que je suis probablement le meilleur pour …

Nanase — Ayanokôji-senpai, puis-je te demander de mener le groupe ?

Nanase coupa la parole à Ike, me demandant d’ouvrir la voie sans même prendre la peine d’écouter sa justification. Après tout, vu les circonstances, chaque seconde comptait.  Trouver une excuse quelconque pour tenter de le convaincre ne serait qu’une perte de temps.

Moi — Nanase, Ike et moi allons prendre chacun une lampe de poche. Nanase sera derrière moi, suivie de Sudou et Hondô. Ike, je vais te faire passer à l’arrière.

Notre formation étant décidée, je commençai immédiatement à marcher vers la source de l’alerte.

Ike — Non… ? Ah, je veux dire, c’est pas un problème, mais… t’es sûr que ça va le faire, Ayanokôji ?

Le sort d’Ike avait été ainsi scellé, sans même lui demander son avis.

Sudou — T’en fais pas pour ça, Kanji. Il suffit de se dépêcher et de suivre bêtement Ayanokôji. C’est un gars sûr.

Répondit Sudou à ma place, qui attrapa Ike par le bras pour qu’il se mette à marcher. C’est ainsi que nous partîmes tous ensemble.

Nanase — Il y a une réelle possibilité de se blesser en se déplaçant comme ça, n’est-ce pas ?

Dit Nanase, à son aise, alors que nous progressions à travers une forêt escarpée.

Hondô — Bon sang, pourquoi est-ce qu’on se déplace si tôt le matin ?

Se plaignit-il en frottant ses yeux endormis.

Nanase — Ce n’est pas si étrange. Si une zone désignée est lointaine, il est normal de commencer à se mouvoir le plus tôt possible.

La plupart du temps, l’établissement avait choisi les zones désignées en tenant compte du temps qu’il faudrait à la plupart des groupes pour s’y rendre. Cependant, avec l’existence de zones désignées de manière aléatoire, il y avait de nombreux scénarios qui pouvaient forcer les groupes à agir tôt le matin ou tard le soir.  

Petit à petit, nous nous étions approchés de la source de l’alerte qui résonnait encore dans toute la forêt. L’alerte d’urgence devenait progressivement de plus en plus forte. Non, il y avait quelque chose de plus que ça…

Sudou — Si quelqu’un est là, répondez !

Cria Sudou dans la direction d’où provenait le son. Mais personne ne répondit.

Il ne semblait pas y avoir de mouvement dans la zone non plus.

Sudou — Pourquoi y’a personne qui répond ? Imaginez si c’est un fantôme le bail ?

Le son avait une certaine vibration sinistre en raison de l’endroit où nous nous trouvions, et peut-être à cause de cela, Hondô commença à trembler.

Hondo — Ça signifie qu’ils sont dans une situation où ils ne peuvent même pas appeler à l’aide.

Sudou — Si c’est le cas, alors ils peuvent être dans un endroit dangereux.

Quoi qu’il en soit, la seule façon d’en avoir le cœur net était de continuer à avancer vers la source du son.  Nous avions écarté l’envie d’accélérer le rythme, choisissant plutôt de faire preuve de prudence et d’éclairer soigneusement le chemin à mesure que nous avancions dans les profondeurs de la forêt.

Nanase — Vous ne trouvez pas que le son est un peu… particulier ?

Nanase, qui me suivait, soulignait la nature inhabituelle du son.

Sudou — Particulier ? Eh bien, il fait peur oui. C’est sûrement parce qu’on a traversé cette sombre forêt…

Nanase — Non, ce n’est pas ce que je…

Moi — Tu parles de la fréquence, n’est-ce pas Nanase ?

Je regardai par-dessus mon épaule et lui répondis. Elle opina du chef en réponse.

Nanase — Au début, je pensais que le bruit était simplement un écho parce qu’il provenait du plus profond de la forêt. Mais maintenant que nous sommes plus proches, je me suis rendue compte que ce n’est pas le cas. Au contraire, je suis presque certaine qu’il s’agit en fait de deux sons différents.

Une alerte d’urgence ne se déclenche que lorsque quelqu’un est dans un état exceptionnellement grave. Donc, l’idée que deux se déclenchent en même temps était totalement inattendue. Cependant, maintenant que nous étions plus proches, c’était clair. Le son rythmé et précis de deux alertes d’urgence provenait de ce qui semblait être le même endroit, à peu près au même moment.

On aurait dit qu’il y avait un écho parce qu’ils étaient légèrement décalés l’un par rapport à l’autre.

Hondô — Bordel je flippe… Est-ce que… vous êtes sûrs que c’est pas dangereux de continuer… ?

Comme le terrain devant nous commençait à s’incliner, les inquiétudes d’Hondô augmentaient. Étant donné que nous approchions d’un endroit où deux personnes avaient été neutralisées, son inquiétude n’était pas illégitime.

Bientôt, le son devint si fort que nous pensions enfin être arrivés à destination.

Nous fîmes un bref arrêt au cours duquel nous décidâmes de passer la zone au peigne fin avec les lampes de poche, à la recherche de la source du bruit.

Rapidement, nous trouvâmes la silhouette d’un garçon couché sur le sol.

Sudou — Est-ce que c’est… Komiya !?

Le premier à identifier le garçon fut Sudou. C’était bien Komiya de la 1ère B.

Sudou — O-oi ! C’est quoi ce bordel ? Ressaisis-toi, mec ! Komiya !

Sudo, apparemment paniqué et poussé par les liens qu’il avait tissés avec cet autre membre du club de basket, se précipita vers Komiya.

Nanase — Senpai…

 Moi — Oui.

Comme nous l’avions prédit, il n’y avait pas une seule alerte, mais deux. Une deuxième alerte, émise par quelqu’un qui se trouvait à plusieurs mètres de l’endroit où Komiya s’était effondré. La personne en question était Minori Kinoshita, une camarade classe de Komiya. Bien que momentanément déconcertée par la situation étrange dans laquelle nous étions, Nanase se ressaisit rapidement et se précipita aux côtés de Kinoshita.

Afin d’essayer de comprendre ce qui s’était passé, je laissai Komiya et Kinoshita avec les autres pour aller inspecter les environs. Je ne pouvais trouver aucune trace du troisième membre du groupe, Shinohara, ni aucun de leurs sacs à dos ou autres équipements.

Ike — Oi Komiya ! Il est arrivé quoi à Shinohara !?

Sudou — C’est inutile, il ne se réveille pas…

J’écoutais Sudou et Ike parler de l’état de Komiya.

Ils éteignirent manuellement les alertes d’urgence, ramenant la forêt à un état de silence et de tranquillité.

Nanase — Kinoshita-senpai ne reprendra pas conscience non plus. Mais, à en juger par la saleté et les éraflures sur ses vêtements, j’ai peur que…

Ayant terminé sa phrase Nanase, se retourna et regarda la pente raide de la falaise voisine de plusieurs mètres de hauteur. Après avoir évalué l’état de Komiya, Sudou acquiesça. Ils semblaient penser que l’un des deux avait perdu l’équilibre et était tombé dans la pente, tandis que l’autre avait été entraîné dans dedans dans une tentative de sauvetage.  Je m’approchai de la pente pour enquêter sur cette hypothèse, et constatai qu’il y avait des traces indiquant que quelqu’un avait dévalé la pente.

En d’autres termes, on pouvait supposer sans risque de se tromper que Komiya et Kinoshita étaient les personnes concernées.

La visibilité dans cette zone était si mauvaise qu’il était tout à fait possible qu’ils aient perdu le sens de l’orientation. De plus, le sol quelque peu humide rendait les glissades très probables. Je pointai ma lampe vers le bas, en direction de mes pieds. Le sol était un peu boueux à certains endroits, donc selon où je marchais, mes empreintes allaient être visibles derrière.

En éclairant le sentier, je pus distinguer deux séries d’empreintes, celles de Sudou et de Nanase qui s’étaient précipités vers l’endroit où Komiya et Kinoshita s’étaient retrouvés après leur chute. À côté de celles-ci, cependant, il y avait de faibles traces de ce qui semblait être une troisième série d’empreintes, moins appuyées. Les empreintes se rapprochaient de l’endroit où Komiya et Kinoshita étaient étendus, mais faisaient brusquement demi-tour.

Bien qu’il ne soit pas possible de dire si elles étaient liées, cela signifiait qu’il y avait une possibilité que quelqu’un d’autre soit venu ici récemment. La pensée que les empreintes pouvaient appartenir à Shinohara me traversa l’esprit, mais il était difficile d’imaginer qu’elle serait partie sans essayer de les aider. De plus, même si elle était partie chercher de l’aide, elle se serait quand même précipitée vers eux pour connaître leur état de santé.

Je comparai la taille des empreintes à celle de mes propres chaussures et constatai qu’elles étaient plus petites. Ma pointure était de 26 cm, mais les empreintes mystérieuses semblaient être 1,5 à 2 cm plus petites.

Bien que je ne puisse pas complètement exclure la possibilité qu’elles aient été laissées par un garçon, il semblait beaucoup plus probable qu’elles aient été faites par une fille.

Sentant soudain une présence inconnue au nord-ouest, je gardai ma lampe braquée sur le sol et regardai discrètement dans sa direction. Cependant, le monde qui m’entourait était recouvert d’une couche d’obscurité et parsemé d’arbres, je n’étais donc pas en mesure de voir qui que ce soit. Je me demandai s’il y avait une raison pour que cette personne, quelle qu’elle soit, se sente coupable de ne pas nous approcher.

Finalement, je choisis d’ignorer la présence pour le moment pour aller vérifier la zone autour des pieds de Kinoshita à la place. Je me dis qu’il y avait une petite chance que Kinoshita ait pu marcher un peu avant de perdre conscience.

Cependant, je ne trouvai aucun signe suggérant qu’elle avait marché dans les environs.

Dans tous les cas, il était probablement prudent de supposer que les empreintes de pas que j’avais trouvées appartenaient à une tierce personne non identifiée.  Le visage et les vêtements de Kinoshita étaient sales et couverts d’éraflures et de griffures, tout comme Komiya, mais je ne distinguais pas de blessure externe majeure.

Moi — Tout le reste mis à part, le problème est de savoir ce qui va se passer à l’arrivée des professeurs…

L’étendue de leurs blessures était inconnue, mais ils allaient certainement subir un examen par l’équipe médicale. S’ils avaient vraiment perdu connaissance après être tombés de la pente, un examen médical approfondi était nécessaire, et leur retrait était pratiquement acté : ils n’allaient probablement pas avoir le temps de se réveiller et de se concerter pour dissimuler ce qui s’était passé.

Si Shinohara était dans une situation similaire ailleurs, alors les trois membres du groupe de Komiya allaient devoir se retirer de l’examen en même temps. Et puis, étant donné qu’aucun d’entre eux n’avait de carte « Carence », l’expulsion était la conséquence logique.

Ike — Shinohara !

Ike cria le nom de Shinohara dans les profondeurs de la forêt faiblement éclairée. Si elle était dans la zone, elle aurait dû être en mesure de lui répondre, ou au moins d’envoyer une sorte de signal. Le fait qu’elle ne l’ait pas fait signifiait qu’il était possible qu’elle ait été prise dans une sorte d’accident, tout comme Komiya et Kinoshita.  Ike était sur le point de se lancer seul à sa recherche, mais je l’attrapai avant qu’il ne puisse le faire.

Moi — Si tu vas dans la forêt sans tablette, tu vas te perdre.

Ike — C-c’est… je sais ! Mais quand même !

Moi — Je comprends que tu sois inquiet car elle ne répond pas à tes appels.

Ike — O-Ouais. Donc faut se dépêcher de la trouver !

Moi — Mais si elle était blessée, son alerte d’urgence se serait déclenchée.

Hormis ces deux alertes d’urgence, la forêt avait un silence de mort.

Ike — C’est… c’est… Eh bien, t’as pas tort…

Moi — Et comme Shinohara ne semble pas être à proximité, on peut supposer qu’il y a peu de chances qu’elle ait subi une grave blessure.

Ike — Donc, tu penses qu’elle s’est peut-être perdue en forêt… ?

Bien sûr, c’était une possibilité aussi.

Ike — Ugh… guh… !

Pendant ce léger moment de flottement où tout le monde était déconcerté, incapable de saisir pleinement la situation, Komiya laissa soudainement échapper un faible gémissement.

Sudou — Komiya ! Tu m’entends Komiya !?

Sudou l’appela immédiatement, et il sembla réagir en s’agrippant instinctivement au bras de la veste de Sudou.

Apparemment, Komiya avait réussi à reprendre conscience.  Un sentiment de soulagement commença à se manifester, mais lorsque Komiya ouvrit finalement la bouche pour parler, ce sentiment fut immédiatement balayé.

Komiya — M…ma jambe… ça fait mal… !

La jambe droite de Komiya semblait aller bien, mais la gauche c’était une autre affaire. L’angoisse et l’agonie se lisaient sur son visage à chaque fois qu’il essayait de la bouger.

Sudou — Ta putain de jambe mec… !

À en juger par la façon dont Sudou tremblait, je pouvais deviner l’état de Komiya sans avoir besoin de l’examiner par moi-même. xAfin de se faire une idée d’ensemble de la situation, Nanase regarda de plus près l’état de Kinoshita.

Nanase — Il n’y a pas que Komiya-senpai, la jambe gauche de Kinoshita-senpai semble aussi être dans un état critique. Elle pourrait même être cassée.

Non seulement ils étaient tombés tous les deux de la même pente, mais ils s’étaient aussi sérieusement blessés à la jambe gauche.  J’aurais pu personnellement confirmer l’étendue de leurs blessures en tâtant moi-même les zones touchées, mais cela n’aurait pas servi à grand-chose à ce stade.

Moi — S’ils ont des contusions ou des fractures, ils seront évacués sans délai ni discussion.

Nous n’étions pas encore au quatrième jour d’examen, il était donc naturel de supposer que personne ne s’était retiré. Dans la même logique, leur disqualification et l’expulsion qui s’ensuivrait étaient pratiquement gravées dans le marbre. Même si Shinohara était saine et sauve, il allait lui être difficile d’accumuler beaucoup de points à elle seule. D’ailleurs, elle-même était actuellement introuvable.

Quoi qu’il en soit, il devait y avoir plus que ce que l’on voyait ici… De plus, il y avait toujours cette étrange présence qui nous surveillait depuis le nord-ouest. Et pourtant, elle n’avait pas bougé, choisissant simplement de garder ses distances.

Au début, cette présence était extrêmement faible, mais au fur et à mesure que je continuais à l’ignorer, elle devenait de plus en plus présente. C’était comme si elle me forçait à faire attention à elle. À ce moment, Nanase quitta soudainement Kinoshita et s’approcha de moi avant de me chuchoter à l’oreille.

Nanase — Il y a quelque chose qui cloche, tu ne trouves pas ?

Sudou et les autres ne s’en étaient probablement pas rendu compte, mais il y avait indubitablement quelque chose de bizarre dans toute cette situation.

Moi — Tu as raison. Il pourrait y avoir eu des problèmes.

Rien n’aurait paru étrange si cela n’était arrivé qu’à une seule personne, mais le fait qu’ils soient tous les deux exactement dans le même état était définitivement une source de suspicion.

Moi — Komiya. Tu te souviens de qui s’est passé lors de l’accident ?

Je pouvais toujours échafauder de nombreuses théories, cela n’allait pas me mener plus loin. Par conséquent, je pensai qu’il était préférable de demander à Komiya directement.  Après tout, cela allait être difficile de le faire une fois qu’il sera entouré des professeurs.

Komiya — Je sais pas… C’est arrivé de nulle-part. J’ai senti quelque chose me frapper le mollet, et l’instant d’après, je dévalais la pente… Agh… !

Son visage se tordit de douleur alors qu’il tentait à nouveau de bouger sa jambe.

Moi — Quelque chose a touché ton mollet ?

Komiya — P-peut-être… Je ne me souviens pas très bien… Désolé.

Sa mémoire du moment où l’accident avait eu lieu était vague et floue, mais on ne pouvait pas vraiment lui en tenir rigueur.

Moi — Kinoshita est également tombée et s’est retrouvée à côté de toi. Sais-tu ce qui lui est arrivé ?

Komiya — Eh… ? N-non, je n’en ai aucune idée. Pourquoi Kinoshita est ici… ? Si je me souviens bien, quand c’est arrivé nous…

À en juger par la réaction de Komiya, il ne semblait pas que Kinoshita ait été la première des deux à tomber dans la pente.  Donc, au moins, je pouvais supposer que Komiya était tombé le premier.

Komiya — Mais… ! Satsuki, où est Satsuki !? Elle est tombée aussi !?

Supportant la douleur tandis que ses souvenirs lui revenaient, Komiya cria le nom de Shinohara en serrant les dents. L’expression d’Ike s’assombrit lorsqu’il entendit Komiya appeler Shinohara par son prénom, mais il savait que ce n’était pas le moment de s’énerver pour quelque chose comme ça..

Moi — Shinohara a disparu. Vous n’étiez pas ensemble ?

Komiya — Satsuki était… Agh… !!

Sa jambe gauche semblait lui faire si mal qu’il lui était difficile de continuer à parler correctement.

Moi — Tu n’as pas besoin de te forcer.

Komiya — N-non, je suis inquiet pour Satsuki… Sudou, tu peux m’aider à m’asseoir… ?

Sudou — O-Ouais. Mais n’en fais pas trop.

Avec le soutien de Sudou, Komiya réussit lentement à se mettre debout.

Ike — KOMIYA, OÙ EST SHINOHARA !!!?

Cria Ike de toutes ses forces. Naturellement, il était bien plus préoccupé par le groupe de Komiya que nous. En fait, son incapacité à se contenir était si évidente que Komiya l’avait probablement remarqué également.

Komiya — …Je sais pas… Nous…on essayait de se déplacer rapidement…

Komiya poursuivit son explication, des rictus de douleur et d’angoisse s’affichant occasionnellement sur son visage.

Komiya — Ensuite, on attendait le retour de Satsuki…

Ike — Vous attendiez son retour ? Tu racontes quoi bordel ?!!

Komiya avait du mal à fournir un contexte cohérent à ce qu’il disait, il secoua donc la tête plusieurs fois pour essayer de se concentrer. Il passa ensuite lentement au crible ses souvenirs en essayant de remettre en place la chronologie des événements.

Komiya — Laissez-moi commencer du début. On était pressés parce qu’on avait manqué les deux dernières zones désignées hier. Après discussion hier soir, on avait enfin décidé d’essayer de gagner du temps en partant tôt ce matin… Il faisait encore assez sombre alors on se surveillait mutuellement pendant le trajet, mais… à un moment donné, Satsuki a dit qu’elle avait besoin d’aller aux toilettes. Alors elle s’est éloignée un peu pendant que Kinoshita et moi attendions. Bien sûr, on avait nos lampes de poche pour se repérer.

Il s’était un peu calmé par rapport au début. Même s’il était accablé par la douleur, il était évident qu’il était inquiet pour Shinohara.

Komiya — Pendant qu’on attendait le retour de Satsuki, on regardait tous les deux la pente là-bas et on se demandait si on pouvait l’utiliser comme raccourci. Au moment où je me disais que ce serait assez difficile de descendre…

Nanase — C’est à ce moment que quelque chose t’a frappé le mollet ?

Ayant anticipé où il voulait en venir, Nanase l’avait coupé, incitant Komiya à hocher la tête en réponse.

Komiya — Je me souviens que ça m’avait fait un mal de chien… Mais la douleur n’a pas duré longtemps parce que l’instant d’après, je dévalais la pente… Et puis, quand je suis revenu à moi, Sudou… enfin vous étiez là.

Les membres du corps ne sont en aucun cas invincibles. Il n’est pas rare qu’ils subissent des blessures inattendues à un moment donné. Mais si Komiya avait été seul impliqué dans cet incident, alors il aurait été assez simple d’en tirer des conclusions.  Cependant, le fait que la même chose soit arrivée à Kinoshita me donnait l’impression que je n’avais pas encore une vision complète de la situation.

Est-ce qu’elle avait soudainement paniqué en voyant Komiya s’effondrer pour finir par tomber avec lui en essayant de l’aider… ? Quelle que soit la raison, les yeux mystérieux qui nous observaient et les traces de pas non identifiées étaient une source d’inquiétude. Alors que je réfléchissais à la question, j’entendis soudainement un mouvement venant du haut de la pente. Nous tournâmes simultanément nos lampes de poche dans sa direction, mais il ne semblait y avoir personne. Ça aurait pu être un petit animal ou autre chose, vu la faiblesse du bruit, mais…

Ike — Shinohara !?

Ike commençait à peine à retrouver son calme, mais lorsqu’il entendit le bruit, il se mit immédiatement à courir vers la pente.

Sudou — Oiii Kanji ! Doucement ! C’est dangereux !

Les cris de son meilleur ami ne furent pas entendus, ne laissant qu’un écho à travers la forêt sombre.

Nanase — Senpai, il est trop dangereux de laisser Ike-senpai partir tout seul !

Moi — Oui. Je vais te confier ma tablette. Attends-nous ici !

J’étais tenté de courir rapidement après lui, mais Ike avait pour objectif d’escalader ce qui semblait être un équivalent à la face d’une falaise.  Un léger retard n’était pas un gros problème.

Nanase — Mais n’auras-tu pas des problèmes sans la tablette, Senpai ?

Moi — La tablette va me gêner pour escalader.

De plus, grimper la pente avec la tablette n’était pas le seul risque. Dans le cas improbable où quelque chose se produirait, il était plus risqué pour moi de laisser tomber la tablette et de la perdre définitivement. En la confiant à Nanase toutefois, il lui était impossible de venir nous chercher si nous nous perdions ou si quelque chose tournait mal.  Je partis après Ike sitôt après avoir remis la tablette à Nanase.

Ike allait droit en direction de la source du son, mais cette voie était dangereuse. L’ayant rattrapé, je décidai de lui indiquer un chemin plus aisé pour remonter la pente. Il était clair comme le jour qu’il refuserait de descendre si j’essayais de le faire revenir avec moi.

Ike — A-Ayanokôji !

Au début, il pensa que j’étais venu l’arrêter car il fut surpris lorsque je passai rapidement devant lui. Ce qui le fit paniquer et essayer par tous les moyens de me rattraper.  Et à son tour, la panique laissa place à la négligence. Il cessa de faire attention à son pied et commença à glisser sur la pente.

Ike — Oh, ah… !?

Je me baissai rapidement pour l’attraper par le bras et l’aider à se relever.

Moi — Tu vas te calmer et me suivre tranquillement ? Si tu en es incapable je te ramènerai de force.

Ike — …J’ai compris. Je vais me calmer alors ne me ramène pas…

Satisfait de sa réponse, je hochai la tête et commençai à ouvrir la voie vers le haut de la pente. Bien que la visibilité soit encore mauvaise, le soleil commença peu à peu à éclairer le chemin devant nous. Nous prîmes notre temps pour grimper en toute sécurité, et une fois arrivés au sommet, nous trouvâmes le point étroit duquel Komiya et Kinoshita étaient apparemment tombés.

Ike était à quatre pattes pour essayer de reprendre son souffle, mais ses yeux scrutaient frénétiquement les environs à la recherche de Shinohara.  Je jetai moi-même un coup d’œil rapide aux alentours, mais il n’y avait personne.

Ike — SHINOHARAAAA !!

Il appela le nom de Shinohara de toutes ses forces, espérant que sa camarade l’entende cette fois-ci.  Il ne semblait pas y avoir beaucoup de chemins sûrs, il n’était donc pas impossible d’imaginer qu’elle soit tombée à un autre endroit de la pente en essayant de descendre. À cet endroit, sur le sol, je découvris trois sacs à dos différents qui semblaient appartenir à Komiya, Kinoshita et Shinohara.

D’après ce que je pus constater, il n’y avait aucun indice suggérant que quelqu’un les avait fouillés. Tous les trois avaient probablement décidé de laisser leurs sacs ici jusqu’à ce que Shinohara revienne des toilettes. Je pouvais imaginer la scène de Komiya et Kinoshita, debout ici, discutant entre eux pour savoir si oui ou non ils devaient essayer de descendre la pente.

Ike — Merde, elle n’est pas là non plus !

Ike frappa le sol en signe de frustration, consterné par l’absence de réponse. Mais alors, à ce moment précis…

— …Ike ? C’est toi ?

Shinohara se leva lentement d’un fourré de buissons au loin.

Ike — Shinohara ? Shinohara !!!

Lorsqu’elle nous aperçut, elle accourut immédiatement, trébuchant dans sa propre course. Elle se jeta contre la poitrine d’Ike, son corps tremblant et ses larmes coulant sur son visage.

Ike — T-tu étais là tout ce temps ?

Shinohara — Ou-oui.

Ike — Alors pourquoi t’as pas répondu plus tôt !? Est-ce que tu as la moindre idée de comment j’étais inquiet !?

Shinohara — C’est parce que…

Après s’être rappelée de quelque chose apparemment douloureux, Shinohara se remit à trembler encore plus qu’avant. Avec cela, Ike dut comprendre qu’elle ne se cachait pas à cause de mauvaises intentions.

Shinohara —K-Komiya-kun et Kinoshita-san, où ils sont ?!

Ike — Ils sont tous les deux gravement blessés en bas de la pente. Il s’est passé quoi au juste ?

Si les membres de son groupe avaient simplement trébuché du haut de la pente, Shinohara se serait empressée de descendre pour les aider.  Cependant, étant donné qu’elle ne l’avait pas fait et qu’elle avait choisi de rester cachée dans les buissons, il y avait forcément quelque chose d’autre. Elle pâlit en entendant qu’ils étaient gravement blessés, et après un moment, elle ouvrit ses lèvres tremblantes.

Shinohara — Je ne pouvais pas bouger… J’avais peur, tellement peur… et… j’ai vu…

Ike — Qu’as-tu vu ?

Shinohara — Komiya-kun et Kinoshita-san… Quelqu’un… J’ai vu quelqu’un les pousser…

Selon Shinohara, ce n’était pas un simple accident.

Ike — Quelqu’un ? Qui c’était, bordel !?

Shinohara — Je… je ne sais pas ! Je ne sais vraiment pas ! …Mais pourquoi, pourquoi faire une telle chose !?

Ike serra les dents de frustration, regardant Shinohara s’effondrer sur le sol et fondre en larmes.  En fait, elle avait eu peur que ce « quelqu’un » ne la trouve elle aussi, alors elle s’était cachée, faisant tout son possible pour effacer toute trace de sa présence et étouffer le bruit de son environnement. Dans ce cas, il n’est pas étonnant qu’elle n’ait pas immédiatement essayé de se précipiter vers ses amis ou de répondre aux appels d’Ike. Bien qu’il n’y ait pas de preuve attestant de la véracité de ses propos, je ne pensais pas que Shinohara était le genre de personne à inventer une telle histoire.

Cependant, se faufiler derrière eux sans être remarqués… Il fallait le faire. D’autant qu’une lampe torche aurait forcément donné leur position, donc le coupable a dû agir avec un champ de vision réduit.

Moi — Tu te souviens avoir vu quelqu’un depuis la nuit dernière ? Les groupes qui campaient à proximité du vôtre sont les premiers suspects.

Je décidai de poser une question à Shinohara pour reprendre les rênes de la conversation.

Shinohara — Je pense qu’après 20h30 hier soir… il y avait des 2nde. Ouais… on a croisé un groupe de 2nde qui campait… On les a croisés par là. Elle montra du doigt le Nord en disant cela.

Moi — As-tu des noms ? Toute information que tu pourras donner sera utile.

Shinohara — Désolée, je ne connais pas encore les noms de tous les nouveaux. Tout ce dont je me souviens, c’est qu’il y avait trois filles et un garçon.

Si c’était tout ce qu’elle savait, on ne pouvait pas vraiment dire que c’était une information très utile.  Mais si ces 2nde avaient attaqué Komiya et Kinoshita dans le cadre d’une sorte de farce qui aurait mal tourné, par exemple, alors les remonter à eux n’allait peut-être pas être difficile.  

Moi — Pour l’instant, redescendons et rejoignons Sudou et les autres. Les professeurs ne vont pas tarder à arriver.

Shinohara — D’accord.

Revenir sur nos pas allait être un peu risqué pour Shinohara et Ike, nous choisîmes donc de faire un petit détour.

1
(Nanase)

Environ cinq minutes s’étaient écoulées depuis qu’Ayanokôji-senpai était parti en courant sur la pente à la poursuite d’Ike-senpai. Je déposai doucement Kinoshita-senpai, que je tenais dans mes bras, sur le sol à côté de Komiya-senpai. Après quoi, je me redressai et regardais tranquillement la forêt profonde s’entendant derrière moi.

Sudou — Hé, qu’est-ce qui ne va pas ?

Sudou-senpai prit la parole, se méfiant de mes actions. Je m’en voulais de ne pas lui avoir répondu, mais je n’avais pas le temps d’expliquer quoi que ce soit pour l’instant.

Quelqu’un essayait clairement de nous provoquer. Nous étions non seulement observés, mais nôtre espion avaient volontairement signalé sa présence tout en ne désirant pas nous approcher.  Bien que sa présence soit évidente pour moi, ce n’était pas forcément discernable par une personne ordinaire.

Mais depuis combien de temps était-il là ? Exact, cela faisait depuis qu’Ayanokôji-senpai était parti grimper. Il émettait continuellement une aura nauséabonde qui ne faisait que s’accentuer avec le temps.

Quels étaient ses motifs ? Après tout, peu importe qui il était, toute information qu’il détenait pouvait nous être précieuse.

Je posai tranquillement ma tablette sur le sol et pris un moment pour calmer ma respiration

La présence était bien consciente que je l’avais remarquée, mais elle n’avait pas bougé d’un pouce. La ou les personnes cachées devaient avoir sacrément confiance en leurs capacités. Néanmoins, il en était de même pour moi.

Moi — Sudou-senpai ! S’il te plaît, prends soin d’eux jusqu’à mon retour !

Sudou — Eh ? Que…Hey !

La seule chose dont je pouvais être certaine, ici et maintenant, était que quelqu’un nous observait.

Ainsi, d’un seul coup, je me mis en position et commençai à sprinter, droit en direction de la présence. Je devais normalement être en mesure de rattraper ce potentiel suspect même s’il tentait de s’échapper dans la panique. Mes chances augmentaient si par hasard il se blessait ou trébuchait. Si tel est le cas, il n’allait pas échapper à mon interrogatoire !

La distance entre nous était de dix à vingt mètres tout au plus. Alors que le soleil continuait à se lever, la forêt commençait lentement à s’éclairer. Et même si le terrain était difficile à traverser, il ne me fallut pas longtemps pour les rattraper.

Cependant…

Moi — Quelle rapidité !

Je réussis à m’accrocher au revers d’un maillot pendant une fraction de seconde, mais la personne était décidément très rapide. Utilisant habilement les arbres environnants, je perdis donc toute trace de cette présence malgré tous mes efforts. La distance qui nous séparait continuait de s’accroître.

Moi — Bon sang…

En termes de vitesse et d’endurance, nous étions à égalité. Cela dit, vu la façon dont il se déplaçait sans effort dans la forêt, sa connaissance du terrain était clairement supérieure à la mienne. Comment a-t-il pu faire ça ?

Bien que ma connaissance du secteur soit sans doute inférieure, je faisais de mon mieux et tournait à plein régime.

Moi — Attends ! Je veux simplement te parler !

Je criai alors que nous continuions à nous précipiter dans les profondeurs de la forêt, mais la personne que je poursuivais ne montrait aucun signe d’arrêt. Ce n’est pas qu’il n’avait pas entendu mes cris. Non, il avait choisi de les ignorer. Dans ce cas, la conclusion s’imposait d’elle-même : la personne que je poursuivais avait certainement quelque chose à se reprocher.

Moi — C’est toi le coupable, n’est-ce pas ?

À ce moment-là, je décidai de changer de stratégie en l’accusant carrément. Après tout, si j’avais pu l’amener à faire une erreur avant moi, je l’aurais rattrapé. Même si je me trompais sur son implication, tant que je pouvais le faire trébucher ou tomber, rien d’autre n’aurait d’importance. Cependant, au lieu de faiblir, il se mit au contraire à accélérer.

J’avais pleinement confiance en mon entraînement antérieur et en mes capacités physiques, au moins au point d’être persuadée ne pas pouvoir être vaincue par quelqu’un de cette école. Et pourtant, la distance entre nous ne cessa de croître. De temps en temps, je parvenais à regagner le terrain perdu, mais cela ne durait jamais longtemps. Il était clair qu’il ne faisait que jouer avec moi, pour me montrer à quel point il était supérieur.

Il me narguait, me murmurant à l’oreille des mots comme « attrape-moi si tu peux ». Mais, malgré ça, je n’avais pas l’intention d’abandonner. Si je ne pouvais pas gagner sur la vitesse, alors j’allais l’avoir à l’endurance. Pendant moins d’une seconde, un rayon de lumière traversa la canopée et je pus apercevoir les cheveux de mon adversaire qui se balançaient dans le vent en courant.

Moi — Quoi, toi !?

Cette couleur de cheveux si particulière et singulière était gravée dans mon esprit. Je pus immédiatement faire le rapprochement.

Moi — Ce n’est pas vrai !!

Très vite, mon pied se prit la racine d’un arbre, ce qui mit fin à notre poursuite de manière abrupte et insatisfaisante.

Moi — Haa, Haaaa…!

J’avais été distraite, prise au dépourvu par une révélation que je n’avais pas vue

venir. La fatigue et l’épuisement que j’avais accumulés se répercutèrent sur moi d’un seul coup, et ma respiration devint vite erratique.

Moi — Haaaa, Haaa… ! Haaa, Haaa…!

Afin de calmer les battements incessants de mon cœur, je fermai les yeux et

me concentrai  sur la maîtrise de ma respiration désordonnée. Bien que je n’aie pas pu le voir de près, je n’avais plus aucun doute.

Moi — Ne me dites pas que… Mais pourquoi avoir poussé Komiya-senpai et Kinoshita-senpai…?

Mon regard continua à errer pendant un moment, comme s’il cherchait le dos de la personne qui avait disparu dans les profondeurs de la forêt.

2

Je conduis Shinohara et Ike en fiasant détour qui prit environ quinze minutes au total. Lorsque nous trouvâmes finalement un moyen sûr de descendre la pente, nous tombâmes sur Nanase qui marchait seule.

Moi — Que fais-tu là, Nanase ?

Sudou et les autres devaient pourtant être encore loin d’ici.

Nanase — Eh bien… Uhm… Je n’étais plus capable de vous voir, Ike-senpai et toi, alors j’avais décidé de partir à votre recherche…

Bien que sa respiration soit régulière, son front était couvert de sueur. On aurait dit qu’elle était pressée de venir nous trouver, mais ses yeux regardaient ailleurs.

Moi — Tu as perdu quelque chose ?

Nanase — Non. S’il te plaît, ne t’inquiète pas pour moi.

Elle refusa de s’étendre davantage, gardant son regard fixé dans une direction spécifique avec une expression rigide. Puis, comme si un interrupteur avait été actionné, elle se retourna et regarda vers Shinohara et Ike qui me suivaient à bonne distance.

Nanase — Je suis heureuse que vous ayez réussi à trouver Shinohara-senpai saine et sauve.

En voyant Shinohara marcher avec Ike, elle poussa un véritable soupir de soulagement. Comme je marchais devant jusqu’à présent, nous attendîmes que Ike et Shinohara nous rattrapent.

Nanase — Sudou-senpai et les autres sont par là.

Nanase, qui connaissait mieux le chemin du retour, prit les rênes. Pendant ce temps, je décidai de rapporter à Nanase ce que Shinohara nous avait dit plus tôt. En particulier, je lui ai dit que Shinohara avait vu quelqu’un pousser Komiya et Kinoshita mais qu’elle ne savait pas si l’auteur était un garçon ou une fille. J’avais aussi parlé de la façon dont elle avait retenu sa respiration et s’était cachée de peur d’être découverte. Et puis, je partageai un autre élément d’information potentiellement vital.

Moi — Il semble que Shinohara et ses amis aient croisé un groupe de 2nde la nuit dernière.

Nanase — De 2nde tu dis ?

Moi — Il était probable que ce groupe campait dans la zone. Mais elle a seulement dit qu’ils se sont croisés, donc on ne peut pas être sûrs.

Nanase — C’est vrai. Cependant, je me demande qui sont les 2nde concernés. Si nous le savions, nous pourrions peut-être chercher des informations ou au moins trouver des indices.

Même s’ils étaient quelque part dans les environs, il allait être difficile de les trouver dans cette forêt épaisse et envahie par la végétation. À moins qu’ils ne restent relativement statiques, mais cela allait être assez peu probable puisqu’ils allaient sûrement leur falloir se diriger vers leur prochaine zone. En fait, il était même possible qu’ils se dirigent dans la direction opposée en ce moment même. En tout cas, j’étais bien gêné que ce soit des 2nde qui soient impliqués. Après tout, si l’un d’eux était l’élève de la White Room, procéder à cette opération avait dû être un jeu d’enfant. Nanase resta silencieuse pendant un moment avant de finir par parler.

Nanase — Senpai. Si… il y avait vraiment quelqu’un là-dehors prêt à causer une blessure aussi grave, n’est-il pas étrange que Komiya-senpai n’ait remarqué personne ?

Moi — Oui. Il aurait dû savoir si quelqu’un était là ou pas.

Komiya l’aurait certainement dit s’il se souvenait avoir vu quelqu’un, même si c’était un élève dont il ne connaissait pas le nom.

Cependant, son souvenir de l’incident était vague, et d’après lui, il n’avait peut-être même pas été attaqué. Était-ce vraiment un simple accident ? Ou bien quelqu’un avait-il vraiment réussi à faire cette attaque sans être remarqué ?

En supposant qu’il faisait encore plus sombre quand c’est arrivé, l’auteur avait sûrement de quoi s’éclairer.

Horikita — Ayanokôji-senpai, aurais-tu été capable d’une telle prouesse ? J’entends agir sans te faire remarquer.

Moi — Moi ? N’exagère pas.

J’avais éludé la question mais la vraie réponse était que ça aurait pu être dans mes cordes en m’y mettant sérieusement. Dans son témoignage précédent, Komiya nous avait dit que tout avait commencé quand quelque chose avait soudainement frappé son mollet. De la même manière, je me serais donc approché sans bruit par derrière en lui donnant un coup de pied. Il aurait été envoyé valser en bas de la pente, le visage déformé par la douleur, sans même comprendre ce qui se passait.

Nanase — Quant à moi… Si je devais attaquer Komiya-senpai et Kinoshita-senpai… Je ne pense pas que ce serait impossible. Enfin, ça dépend du timing. Bien que, ce serait encore assez difficile.

Elle exprima sa propre conclusion. Plutôt que d’affirmer que Shinohara avait inventé, Nanase semblait d’accord avec l’idée que quelqu’un les avait agressés. Mais, même s’il y avait un coupable, son motif était inconnu. Est-ce qu’on m’envoyait indirectement un avertissement ? Non, c’était quand même très disproportionné. Ou peut-être… Essayait-il de souligner qu’il n’avait pas peur de prendre des risques, quelle que soit leur ampleur ?

Il était également possible que des événements imprévus aient eu lieu et qu’il n’ait pas eu d’autre choix que d’agir. Mais, en l’état, aucune de ces théories n’était très convaincante. Après tout, il était plus que possible que le coupable ne soit pas l’élève de la White Room. En outre, il pouvait même ne pas y avoir de coupable du tout.

Nanase — On ne sait pas pourquoi ils ont été attaqués en premier lieu.

Inévitablement, Nanase en arriva à la même conclusion que moi. Le motif de l’attaque. La partie la plus déroutante de toute la situation. Nous finîmes par retrouver Sudou, mais rien ne semblait avoir évolué.

Sudou — Maintenant, c’est juste une question de savoir quand les profs seront là.

Cela faisait déjà une demi-heure que l’alerte d’urgence avait été déclenchée, mais il n’y avait toujours aucun signe d’eux. Nous étions dans le coin nord-est de l’île, il allait donc leur falloir un certain temps pour arriver jusqu’ici, même s’ils utilisaient un bateau ou un hélicoptère.

  • Uhm~… Il s’est passé quelque chose ici ?

Au moment où la situation commençait à stagner, un groupe apparu de l’intérieur de la forêt et nous appela. Nanase et moi échangeâmes brièvement des regards. Il s’agissait d’un groupe de 2nde : Mitsui Ayumi de la 2nde A, Dôgami Mitsuko de la 2nde B, Tsubaki Sakurako de la 2nde C et Makita Takashige de la 2nde D. En tout, il y avait trois filles et un garçon, une combinaison qui correspondait au témoignage de Shinohara de tout à l’heure. Ayant également entendu le témoignage de Shinohara, Ike les regarda tous les quatre avec un soupçon de méfiance dans les yeux.

Nanase — Il y a eu un petit problème. Ces deux-là sont tombés de tout là-haut et se sont blessés assez gravement.

En entendant cela, les 2nde se regardèrent dans les yeux une fraction de seconde.

Dôgami — On compait à proximité quand on a entendu une alerte se déclencher et ce qui ressemblait à un criait… On a choisi d’attendre qu’il fasse un peu plus jour avant de venir ici pour vérifier ce qui s’était passé, juste au cas où.

Le son de l’alerte avait été incroyablement perçant, il était donc logique qu’ils l’entendent s’ils se trouvaient dans les barrages.

Dôgami — Les blessés vont bien ?

Dôgami, la fille qui faisait office d’unique porte-parole du groupe, avait l’air assez alarmée, tout comme Makita et Mitsui. Tsubaki, en revanche, était parfaitement calme.Bien qu’elle soit entourée d’élèves de la classe supérieure, dont deux gravement blessés, elle ne semblait pas du tout perturbée.

Nanase — Ils n’ont pas l’air d’aller bien, mais on ne peut pas statuer sur leur conditio. Il faut attendre les professeurs.

Une demi-heure passa encore. Ainsi, environ une heure après le déclenchement de l’alerte d’urgence, l’équipe pédagogique était enfin sur place. Les premiers à arriver étaient Sakagami-sensei, le professeur principal de la 1ère B, et notre propre professeur principal, Chabashira. En plus, il y avait trois adultes qui semblaient être du personnel médical, pour un total de cinq personnes.

M. Sakagami — Passons aux choses sérieuses et écoutons ce qui s’est passé ici.

Sakagami-sensei parla en s’approchant de Komiya, qui était assis, et de

Kinoshita, qui était toujours étendue inconsciente à côté de lui. Tout le monde commença à se rassembler autour de lui, un peu dans un élan de curiosité macabre, l’impression de participer à une scène de série policière.

Voyant cela, je m’éloignai du groupe et approchai Chabashira, qui regardait dans ma direction.

Moi — D’après une observation rapide, il semble qu’il sera difficile pour Komiya et Kinoshita de poursuivre l’examen.

Mme. Chabashira — Oui. Leur abandon est presque inévitable.

Son expression était lourde, ce qui était à prévoir étant donné que le groupe

de Komiya comprenait un élève de sa propre classe.

Mme. Chabashira — C’était un simple accident ?

M. Sakagami — Eh bien… j’imagine que nous le saurons bien assez tôt.

Après s’être assuré que le traitement était en cours, Sakagami-sensei se tourna vers le membre indemne du groupe, Shinohara, et lui fit signe de s’expliquer. Shinohara, cependant, jeta un coup d’œil à l’état de ses amis et fondit en larmes une fois de plus.

M. Sakagami — Pleurer ne nous mènera nulle part, j’espère que tu le sais.

Sakagami-sensei lui fit la réflexion d’un ton strict, incitant Ike à s’avancer pour la protéger.

Ike — Euh, je peux parler ? Shinohara m’a tout raconté.

Il voulait apparemment expliquer la situation à Sakagami-sensei au nom de Shinohara.

M. Sakagami —…Eh bien, je suppose que ça ira. Je t’écoute.

Ike — Shinohara affirme qu’ils ont été poussés du haut de la pente.

Je jetai un coup d’œil à la pente en question tandis qu’Ike répétait ce que Shinohara lui avait dit plus tôt, mais tout à coup, son explication semblait difficile à croire.

M. Sakagami — « Poussés » ? En voilà une explication déroutante.

Ike — Donc ils n’auront pas à abandonner à cause de ça, hein ?

M. Sakagami — Si c’est avéré, alors oui.

Ike — Que voulez-vous dire par « si c’est avéré » ? Shinohara l’a dit elle-même !

M. Sakagami — Alors, je suppose qu’elle doit avoir des preuves de ce qu’elle avance, n’est-ce pas ?

Face à la réponse de Sakagami, Shinohara et Ike restèrent momentanément sans voix, à court de mots.

Ike — V-vous dites ça, mais nous ne sommes pas sur le campus ! Il n’y a pas de caméras de surveillance ici !

M. Sakagami — Pourtant, s’ils ont été poussés, l’un d’eux a dû au moins voir le visage du coupable.

Ike — C’est… !

M. Sakagami — Shinohara-san ? Tu ne peux pas continuer à pleurer, alors pourquoi ne pas nous donner une réponse ?

La seule preuve disponible à ce moment-là était le témoignage personnel de Shinohara en tant que membre du même groupe. Bien que je puisse essayer de mentionner les mystérieuses empreintes de pas que j’avais identifiées plus tôt, le sol de toute la zone proche avait depuis longtemps été piétiné par un nombre considérable de personnes.

Shinohara — Je… il faisait sombre…

M. Sakagami —Si sombre que tu ne pouvais pas voir de visage ?

En réponse, Shinohara hocha la tête plusieurs fois, mais Sakagami-sensei laissa simplement échapper un profond soupir.

M. Sakagami — Donc, il faisait sombre au point que tu ne puisses pas voir son visage, et pourtant tu as pu les voir se faire pousser sans problème… ? Ça me fait mal de dire ça, mais c’est une histoire bien commode que tu as inventée, n’est-ce pas ?

Sur ce, Sakagami-sensei commença à faire pression sur Shinohara pour qu’elle avoue alors qu’elle fondait en larmes.

Elle pleurait au point d’être incohérente, alors elle continuait à hocher la tête, essayant tant bien que mal d’affirmer qu’elle disait la vérité.

Ike — Shinohara ne mentirait jamais !

M. Sakagami — Il est normal de dire ça en tant que camarade de classe.

Ike — Vous voulez dire que vous ne la croyez pas

M. Sakagami — Si elle dit la vérité, alors c’est une affaire assez sérieuse. Cependant, ce témoignage seul n’est pas suffisant.

Ike — Comment ?! Alors que va-t-il arriver à Komiya et Kinoshita !?

M. Sakagami — Quelle que soit la tournure des événements, je dirais que leur seule véritable option est d’abandonner. En tant que professeur principal, je ne peux certainement pas dire que je suis heureux de les voir se retirer de l’examen non plus, mais à la vue de leurs jambes, il leur serait impossible de continuer.

Ce n’est pas comme si Sakagami-sensei essayait activement d’être cruel ou quelque chose comme ça.

Il était juste objectif. Les dommages qui avaient été causés à leurs jambes n’étaient en aucun cas assez légers pour qu’ils soient sur pied en un jour ou deux.

M. Sakagami — Vu la situation actuelle, nous n’avons pas d’autre choix que de conclure que Shinohara-san ment afin d’occulter les blessures causées par cet accident.

Ike — Vous vous foutez de nous ? Ce que vous dîtes n’a aucun putain de sens !

Ike se défendit dans un élan de passion, s’accrochant aux épaules de Shinohara qui pleurait, mais la réponse qu’il reçut en retour était extrêmement froide.

M. Sakagami — Je fermerai les yeux sur cet épisode d’insolence.  D’accord ?

Ike — Tsk… !

Réalisant qu’il en avait beaucoup trop dit à un professeur, Ike se mordit la

lèvre. Ensemble, Shinohara et Ike plaidaient désespérément leur cause depuis un moment maintenant, et pourtant, il semblait y avoir quelque chose de particulier dans la façon dont Sakagami-sensei leur répondait.

Moi — On dirait que vous aviez déjà compris beaucoup de choses avant d’arriver ici, Chabashira-sensei.

J’exprimai mes pensées à Chabashira alors que nous nous tenions côte à côte, ce à quoi elle acquiesça calmement.

Mme. Chabashira — Nous avons compté sur les signaux GPS de Komiya et Kinoshita pour arriver ici. L’alerte d’urgence de Komiya s’est déclenchée à 4:56:24 du matin, tandis que celle de Kinoshita s’est déclenchée sept secondes plus tard. Le seul autre signal qui était dans la zone proche dans ce laps de temps était celui de Shinohara et seulement celui de Shinohara.

Répondit Chabashira, les yeux rivés sur une tablette en main.

C’était exactement ce que je pensais. Alors Sakagami-sensei avait aussi cette même information. S’il y avait eu ne serait-ce qu’un seul signal GPS douteux dans la zone, il y aurait eu matière à suspicion. Cependant, les informations recueillies par le GPS allaient à l’encontre de l’idée qu’il y avait un coupable en premier lieu.

Dans ce cas, la seule conclusion logique pour les responsables de l’école était que Shinohara fabriquait l’existence d’un tiers inconnu, tout cela dans le but d’obtenir une peine plus légère et de protéger les membres de son groupe de l’abandon.

Mme. Chabashira — Les premiers à arriver sur les lieux après le déclenchement des alertes étaient un groupe de cinq, dont u faisais partie. Le suivant à arriver était un groupe de quatre élèves de 2nde. Nous sommes arrivés en dernier.

Selon les données, personne d’autre n’était entré en contact avec le groupe de Komiya avant nous. Il était sûrement sage de se fier à ces informations.  Alors… Était-il possible que le coupable ne soit pas un élève ? Les enseignants et le personnel d’examen ne devaient pas porter de montre, ils n’avaient donc pas de signal GPS. Non… C’était quand même tiré par les cheveux. J’avais une hypothèse en cours, mais il y avait encore beaucoup de points qui ne collaient pas, comme le fait que les enseignants semblaient manquer de quelque chose.

Moi — Chabashira-sensei. Vous allez retourner à la zone de départ avec Komiya et Kinoshita après ça, n’est-ce pas ?

Mme. Chabashira — Oui. Nous ferons un examen plus détaillé de leurs blessures de retour sur le bateau.

Moi — Il y a une chose sur laquelle j’aimerais que vous enquêtiez pendant que vous y êtes. Discrètement.

Je lui murmurai alors quelque chose à l’oreille. Bien qu’elle ait été légèrement surprise par ma demande, elle acquiesça néanmoins.  Mais il y avait une question plus urgente à l’heure actuelle. Le retrait de Komiya et Kinoshita étant pratiquement garanti, Shinohara était livrée à elle-même. Pour elle, survivre seule pendant un jour ou deux devait sembler impossible, alors une semaine et demie…

Shinohara — Je ne peux pas… Je ne peux pas continuer comme ça… ! Pas toute seule !!

Ike regarda Shinohara tomber à genoux, incapable de trouver les bons mots pour la réconforter. Il resta simplement là, coincé dans un état perpétuel d’incertitude sur ce qu’il devait faire ensuite.

Je n’avais pas été le seul à le remarquer, tout comme Komiya qui était sur le point d’être transporté sur une civière par le personnel médical.

Komiya — Ike… viens ici, vite.

Ike — Qu’est-ce qu’il y a ?

Komiya appela soudainement Ike, lui faisant signe de se mettre à portée de main. Puis, sans se soucier de la tension sur son corps blessé, il s’élança, enroula son bras autour du cou d’Ike et le serra contre lui.

Komiya — Prend tes responsabilités, bordel.

Après ces quelques mots, Komiya se rallongea, s’écroulant pratiquement sur la civière. Komiya avait prévu de déclarer sa flemme à Shinohara pendant cet examen mais il ne semblait pas l’avoir encore fait. Peut-être même que Shinohara l’avait consulté au sujet d’Ike avant qu’il n’ait eu l’occasion de lui transmettre ses sentiments.  Si c’était le cas, alors Komiya savait à quel point Shinohara tenait à Ike. Avec ces quelques mots, il avait confié Shinohara, la fille qu’il avait juré de protéger de ses propres mains, à Ike, son rival en amour.

Sudou — Ça doit être dur…

Sudou s’exprima tandis que nous regardions les médecins transporter Komiya. Il semblait qu’après avoir été témoin de ce qui venait de se passer, Sudou avait compris combien cela devait être dur pour Komiya aussi. Mes camarades de classe n’étaient pas les seuls à avancer sur le chemin de l’âge adulte. Jour après jour, Komiya grandissait lui aussi, tout comme Sudou. Après un bref moment de silence, Nanase s’adressa à Shinohara, lui proposant une idée pour l’aider à surmonter la dure situation dans laquelle elle avait été mise.

Nanase — Il est possible de limiter les dégâts en restant à proximité de la zone de départ. Bien que tu ne puisses pas gagner de points en atteignant les zones désignées, cela devrait certainement être plus que suffisant pour t’aider à éviter l’abandon.

En effet, c’était très probablement la meilleure stratégie dont disposait Shinohara. Pendant les deux semaines qu’il nous restait sur l’île, elle devait espérer que d’autres groupes se fassent éliminés. Bien sûr, si aucun autre groupe ne se retirait, alors Shinohara n’allait avoir aucun moyen d’échapper à l’expulsion.

Chabashira, ayant entendu la suggestion de Nanase, s’exprima également.

Mme. Chabashira — Shinohara. Je ne veux pas t’enterrer trop tôt mais… quel est ton plan ? Ça va être difficile de continuer l’examen toute seule.

Shinohara — Je… je sais…

Mme. Chabashira — Alors, comme Nanase l’a dit, tu peux au moins retourner au port et tenir jusqu’à la fin de l’examen. Ce n’est pas comme si c’était impossible pour toi de récupérer les tâches qui apparaissent dans les environs.

Leur proposition était sans aucun doute cruelle, mais c’était la meilleure option à laquelle Shinohara pouvait prétendre maintenant qu’elle était seule. Si elle essayait de poursuivre l’examen seule, elle allait probablement finir par s’épuiser à un moment donné. Et une fois à court d’énergie etde provisions, elle allait être forcée d’abandonner à son tour.

Cependant, si elle changeait son approche de l’examen dans son ensemble, elle pouvait tenir bon au port et peut-être même obtenir de l’aide des groupes passant dans la zone. De cette façon, elle allait être en mesure de survivre jusqu’à la fin. Finalement, c’était une bien meilleure alternative que celle qui se présentait à elle : l’expulsion. Essuyant ses larmes, Shinohara hocha lentement la tête. Voyant cela, Chabashira lui dit une dernière chose.

Mme. Chabashira — J’espère que, d’une manière ou d’une autre, tu vas pouvoir atteindre la zone de l’embarcadère.

Shinohara — Oui… C’est compris !

Comme l’école n’était pas autorisée à fournir de l’aide, Shinohara devait se débrouiller pour y arriver. Après le départ des 2nde et de Sakagami-sensei, Shinohara partit chercher son sac, mais Ike s’empressa de lui saisir le poignet.

Shinohara — …Quoi ?

Ike — T’es sérieuse ! Tu vas vraiment aller là-bas ?

Shinohara — Quel autre choix j’ai ? Komiya-kun et Kinoshita-san ne sont plus là… Il n’y a absolument aucune chance que je réussisse cet examen spécial toute seule.

Ike — Mais, mais comme…

Shinohara — Je vais juste être expulsée alors lâche-moi ! C’est fini !

Elle repoussa son bras d’un coup sec, se libérant de l’emprise d’Ike, et se

retourna immédiatement pour partir.

Ike — …

Ike resta figé, les dents serrées en silence. Le Ike du passé n’aurait probablement pas eu la force d’aller de l’avant, de continuer à essayer. Mais les mots de Komiya lui avaient donné le coup de pouce dont il avait besoin pour passer à l’étape suivante.

Ike — Je… Je vais régler ça !

Il cria après Shinohara, la regardant impuissant alors qu’elle commençait à se fermer au monde qui l’entourait.

Shinohara — Arrête un peu. C’est impossible. Absolument impossible.

Shinohara continua sans même envisager d’écouter les protestations d’Ike.

Ike — Ce n’est pas impossible !

Incapable de rester debout et de la regarder partir, Ike lui courut après et lui attrapa le poignet pour la deuxième fois.

Shinohara — Lâche-moi !!

Ike — Nan ! Tu crois que je vais te laisser te faire renvoyer à cause d’un truc comme ça ?

Shinohara — Pourquoi pas ! Ça n’a rien à voir avec toi Ike ! Avec moi hors du chemin, il y aura moins de chance que ton groupe soit expulsé… Tu devrais être content !

Ike — Content ? Tu racontes n’imp’ ! Tu crois que ça va me faire plaisir ?

Shinohara — Huh… ?

Ike — Je veux dire…on va perdre un tas de points de classe si t’es expulsée ! Je, euh, tu sais, je dois empêcher que ça arrive ! Du coup, je vais te donner un coup de main !

Shinohara — Eh bien, c’est vrai, mais… Si ton groupe coule parce que vous m’aidez ? Sans compter que ça finira par créer des ennuis à Sudou-kun et Hondô-kun.

Ike — Bah…

Shinohara — Ike, tu ne réfléchis jamais, n’est-ce pas ? Si tu continues comme ça, tôt ou tard, tu vas te faire renvoyer.

Shinohara esquissa un sourire quelque peu exaspéré et serra légèrement la

main d’Ike.

Shinohara — De toute façon, je n’abandonnerai pas jusqu’à la fin, alors tu devrais faire de ton mieux aussi, Ike.

Elle rejeta son offre avec tact avant de se détourner pour ce qui semblait être la dernière fois.

Ike — A-a-attends…!

L’attitude précédemment confiante d’Ike avait disparu sans laisser de trace. Il ne pouvait plus rien faire pour empêcher Shinohara de partir.

Sudou — Kanji.

Voyant cela, Sudou appela Ike avec un sourire intrépide sur le visage. Il se frappa deux fois la poitrine, l’encourageant ainsi à persévérer. À ce moment-là, Ike essaya d’aller de l’avant une fois de plus, galvanisé par le soutien inconditionnel de son meilleur ami.

Ike — Attends… ! Attends Shinohara… ! Je, j’ai juste… tellement… que…

Il essaya désespérément de trouver les mots justes, mais il n’eut pas la force.  

Ils étaient là, sur le bout de sa langue, mais ils ne voulaient pas sortir. Il avait besoin d’un dernier coup de pouce. C’était la dernière ligne droite. Mais ni moi, ni Sudou, ni Nanase n’allaient être capables de parler à sa place. La seule personne qui pouvait le faire était Ike lui-même. Il n’avait pas d’autre choix que de réprimer la peur dans son cœur et de faire le dernier pas en avant tout seul.

Ike — Attends, j’ai dit attends !

Shinohara — M-mon dieu, tu m’as fait peur. Je t’ai déjà entendu… Qu’est-ce que tu me veux encore ?

Ike — Pleins de trucs ! Je ne veux vraiment pas que tu sois expulsée ! Voilà pourquoi je vais te sauver, que ça te plaise ou non !

Les mots qu’il avait choisis… n’étaient pas élégants ou éloquents comme une déclaration d’amour usuelle qui serait empreinte de lyrisme.  Mais ils incarnaient la personnalité d’Ike, ils lui ressemblaient.

Sudou — Bon, si Kanji est aussi déter, on va discuter du plan, Ryôtarô !

Hondô — Ouais !

Sudou et Hondô firent le tour et prirent position derrière Ike, soutenant pleinement sa résolution d’aider Shinohara. Ils lui firent signe de se joindre à eux.

Shinohara — Huh… ? Qu’est-ce que… ? Vous êtes stupides ? Vous ne devriez pas perdre votre temps avec quelqu’un comme moi, vous…

Ne voulant pas attendre une Shinohara qui ne viendrait peut-être même pas, Ike courut vers elle et lui saisit le poignet pour la troisième et dernière fois.

Il brûlait d’une détermination qui semblait crier au monde entier qu’il ne la lâcherait plus jamais. En voyant cela, même Chabashira, habituellement indifférente, esquissa un léger sourire. Cela dû être suffisant pour lui faire sentir que Shinohara était entre de bonnes mains car elle disparut ensuite dans la forêt, dans la même direction que Sakagami-sensei et l’équipe médicale. Ceci étant dit, ce n’était pas le moment de faire preuve d’un optimisme aveugle. Après tout, sauver Shinohara n’allait certainement pas facile.

Moi — Pour garantir que vous sauverez Shinohara, elle devra rejoindre un groupe ayant au moins trois places pour des membres supplémentaires.

Une fois les quatre réunis, je pris la parole. Il était difficile de dire si Sudou et son groupe parviendraient ou non à obtenir pour eux-mêmes ces trois places.

Shinohara — Ce serait plus réaliste d’essayer de demander de l’aide aux gens de la classe, nan ?

Nanase — Je ne crois pas qu’il y ait quoi que ce soit de mal à cela, mais d’après ce dont je me souviens des règles de l’examen, il est impossible de savoir quels groupes ont gagné le droit d’augmenter leur taille maximale. J’imagine également que tu auras du mal à trouver un groupe prêt à t’accueillir Shinohara-senpai alors que deux membres de son groupe sont sur le carreau. De plus, comme la perte de points est un effet secondaire direct du processus de fusion, l’ensemble de cette notion comporte de nombreux risques. Dans ces conditions, plutôt que de faire l’effort de former un autre groupe, il est sans doute plus réaliste pour elle de donner la priorité à l’accumulation de points. Je pense qu’elle devrait cibler le cumul progressif de points en participant à des tâches.

Nanase recommandait à Shinohara de renoncer à fusionner avec un autre groupe et de se concentrer sur la collecte de points de façon indépendante.

Ike — Mais ce ne serait pas mieux de supposer qu’il n’y aura aucune tâche qu’elle pourra gagner par elle-même ? Elle devra probablement compter sur la chance  pour gagner.

Sudou — Y’a vraiment aucun moyen pour elle d’intégrer un groupe en douceur, Ayanokôji ?

Au milieu de leur conversation, Sudou se tourna soudainement vers moi, pour voir si j’avais une idée.

Moi — Ce n’est pas comme si c’était impossible. Il y a une idée qui me vient à l’esprit et qui a une forte probabilité de fonctionner.

Sudou — V-vraiment ? Qu’est-ce que c’est ?

Je me demandais pendant un moment si je devais ou non la partager avec eux, mais j’avais finalement décidé de ne pas le faire. Si je leur disais mon plan maintenant, une lueur d’espoir serait née au milieu de leur désespoir, mais en même temps cela aurait affaibli leur détermination à sauver Shinohara. Or il nous fallait, je pense, capitaliser là-dessus pour que Ike et les autres maintiennent un fort esprit de motivation jusqu’à la toute fin de l’examen.

Sans compter qu’il y avait plusieurs choses à faire pour réaliser le plan. Je commençais à me diriger vers l’endroit où se trouvaient les bagages et je demandais à Nanase de se préparer à partir elle aussi.

Sudou — O-oiii, Ayanokôji ? Quel est ton plan ?

Moi — La seule chose que vous pouvez faire pour l’instant est de demander à Ike de se charger de la protection de Shinohara et de vous concentrer sur l’obtention d’un maximum de points. En plus de ça, vous devriez essayer de prendre part aux tâches qui augmentent le nombre maximum de personnes autorisées dans votre groupe si vous en avez l’occasion.

Sudou — Qu’est-ce que tu vas faire ?

Moi — Je vais mettre en place une sorte de plan d’urgence au cas où quelque chose tournerait mal.

C’est pour cette raison que je n’avais pas le temps de rester ici et de traîner

avec Ike et les autres.

Moi — Mais, comme je l’ai dit plus tôt, il n’y a aucun moyen de garantir quoi que ce soit ici. De plus, si l’un de nos autres camarades de classe devait tomber dans les cinq derniers, alors… nous pourrions être obligés de faire un choix difficile pour savoir qui sauver.

Je voulais m’assurer qu’ils savaient à l’avance que nous pourrions avoir à renoncer à Shinohara à un moment donné. Cet examen spécial était tel que cinq groupes allaient être soumis à la sanction ultime. Certains élèves ne pourront ainsi  être sauvés.

Moi — Garde bien ça en tête, Ike.

Ike — Oui…

Environ deux heures et demie après les évènements, nous arrivâmes finalement à notre campement avec Shinohara à nos côtés. Il semblait que le groupe de Kei, qui campait à proximité, était déjà parti pour la prochaine zone désignée. Les sacs à dos que Komiya et Kinoshita avaient laissés derrière eux avaient été respectivement rapportés par Sudou et Ike.

Moi — Sudou, occupe-toi d’Ike et des autres. De tous, tu es celui qui est capable de prendre les décisions les plus sensées.

Sudou — C-compte sur moi !

Puisque la prochaine zone désignée avait déjà été annoncée, je récupérai ma tablette auprès de Nanase alors que je terminais les derniers arrangements.

Moi — On dirait que tu t’es vraiment dépensée ce matin…

Nanase — Ne t’en fais pas. J’ai encore assez d’énergie pour te suivre.

À partir d’aujourd’hui, le quatrième jour de l’examen, les dix groupes les mieux et les moins bien classés allaient être révélés. Parallèlement à cela, c’est également le jour où les tâches permettant la création de grands groupes allaient apparaître. Si l’une de ces tâches apparaissait, elle atteindrait probablement sa capacité maximale d’inscription en un instant et la compétition qui allait s’en suivre allait sûrement être féroce.

Cependant, avant tout cela, nous devions d’abord confirmer notre prochaine zone désignée. La zone qui nous avait été donnée était G3, ce qui signifiait que nous devions aller au nord-ouest de notre emplacement actuel.

Nous avions déjà une demi-heure de retard sur l’horaire prévu, il était donc très peu probable que nous puissions bénéficier de la prime d’arrivée cette fois-ci.

Malgré le fait que cela prendrait au moins une heure pour y arriver, j’avais décidé d’assouvir ma curiosité et de d’abord jeter un œil au classement actuel des groupes.

Même si je m’intéressais aux groupes qui étaient en tête, il était bien plus important de vérifier les cinq derniers, car c’était eux qui risquaient d’être expulsés. Intéressée elle aussi, Nanase jeta un coup d’œil à ma tablette par-dessus mon épaule.

Les dix derniers groupes étaient classés dans un tableau, du plus élevé au plus bas. Les informations affichées dans celui-ci étaient plus détaillées que prévu, puisqu’elles indiquaient non seulement les membres et les scores de chaque groupe, mais aussi un aperçu général de la manière dont ils avaient obtenu leurs points.

Moi — Eh…

Sur les dix derniers groupes, sept étaient composés d’élèves des terminale B et D. Le groupe en dernière position était un groupe de trois personnes de la terminale D avec un total de 21 points, dont cinq provenaient des tâches et 16 des zones désignées. Cependant, ce groupe avait eu un membre qui s’était retiré pour cause de maladie le tout premier jour de l’examen, il y avait donc des circonstances atténuantes. 

Parmi les trois autres, il y avait un groupe de 1ère et deux groupes 2nde.  Le seul groupe de 1ère était composé de trois de mes camarades de classe : Akito, Haruka, et Airi.

Nanase — Il semble que certains de tes camarades de classe sont dans une position délicate, Senpai.

Actuellement, ils étaient classés à la neuvième place avec un total de 28 points, ce qui était pire que ce à quoi je m’attendais. Il fallait une certaine quantité de force et de courage pour voyager continuellement entre les zones désignées. Comme ils avaient Airi dans leur groupe, qui avait assez peu d’endurance, les primes d’arrivée étaient sûrement non envisageables.

Il y avait deux groupes de 2nde  dans les dix derniers, mais ils étaient tous deux composés de deux personnes chacun. Étant donné que les 2nde avaient été autorisées à former des groupes de quatre personnes dès le début, il était logique qu’ils ne soient pas très nombreux à occuper les dernières places.

Nanase — Tout bien considéré, c’est surprenant. Penser que tant d’élèves de terminale allaient être en bas de l’échelle…

Même si c’était certainement inattendu, je doutais que leur mauvaise performance soit simplement due à l’incompétence. J’avais décidé de vérifier les classements supérieurs plus tard et revins vers Nanase pour voir notre organisation.

Moi — Pour commencer, je vais viser la prime de rapidité pour G3. Mais, je vais probablement sauter les zones désignées qui viennent après pendant un certain temps.

Nanase — Il y a donc un endroit où tu souhaiterais te rendre, même si cela signifie manquer les zones désignées ?

Moi — Ouais. Si tu veux continuer à aller les chercher, alors on devra se séparer en G3.

Nanase — Non non, je vais rester avec toi. Tant qu’Amasawa-san ou Hôsen-kun arrivent à temps, mon groupe ne manquera pas la zone… D’ailleurs, c’est en rapport avec le plan auquel tu as pensé pour sauver Shinohara-senpai, n’est-ce pas ?

Après avoir répondu par un léger signe de tête, nous nous mîmes en route. Une fois arrivés G3, nous nous dirigeâmes vers la zone de départ.

Si possible, je voulais y arriver le lendemain.

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Traduction de mangas/novels.