CLASSROOM V8 : CHAPITRE 5

L’art d’évoluer

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Traduction : Nova & Raitei
Correction : Raitei & Nova
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Chapitre 5 : L’art d’évoluer

Voilà que nous étions déjà lundi, le 6ème jour d’examen. Le dimanche était passé en un éclair. La matinée fut consacrée à l’exercice physique, plus précisément marcher et courir 18 kilomètres sur le parcours qui allait être celui de la course de relais longue distance. Il fallait terminer le parcours pour arriver à temps aux cours de l’après-midi. En soit ce n’était pas bien compliqué dans la mesure où chaque élève n’allait réellement courir que 2 kilomètres, mais le terrain était rugueux et montagneux. Mais c’était bien simple : au bout de 5 kilomètres de marche, nous n’en pouvions plus. C’était le premier jour où nous suions autant, ils avaient visiblement décidé de monter le niveau. 

Ishizaki — Cette pente continue jusqu’où ? Franchement c’est une galère ce truc !

Juste après avoir dépassé un panneau nous mettant en garde contre les sangliers, Ishizaki poursuivit.

Ishizaki — D’ailleurs des sangliers… Est-ce qu’ils sont gros ? Genre comme chez lui.

Ce « lui », c’était moi. Il poursuivit avec dédain.

Ishizaki — Franchement tu m’as épaté Ayanokôji, je t’ai mal jugé !

Hashimoto et d’autres surenchérissement et me complimentèrent à leur tour. Cela me mettait plus mal à l’aise qu’autre chose toutefois. En fait ça m’énervait tellement de me dire que tout le monde allait y penser pour un moment. Albert en rajouta même en applaudissant légèrement ! Mais les taquineries prirent vite fin face à la route sinueuse en pente extrême, bien que pavée pour permettre l’accès aux voitures ; cette montée mit nos jambes à rude épreuve. Surtout que nous nous levions très tôt pour préparer le petit déjeuner, donc nous nous fatiguions bien plus que les profs pour le coup. Merci à l’école d’avoir eu la gentillesse de nous laisser le dimanche pour nous reposer !

Ishizaki — Je pense déjà au retour… on en aura pour combien de temps ?

Moriyama — La vitesse moyenne d’un marcheur est de 4 km/h. Ici on est sur une distance de 18 km, donc on en aura pour 4h et demi !

Ishizaki — C’est une blague ? On aura même pas le temps manger si c’est ça !

Moriyama — En marchant… Donc courons, Ishizaki ! 

Voici donc ce que nous proposa avec tant d’entrain Moriyama, de la classe B. Il était vrai que nous étions un peu à la traîne, tellement que les 1ère et les terminale de notre grand groupe ne nous avaient même pas attendus.

Ishizaki — Ouais, c’est ça… Genre je vais courir 18 km !

Yukimura — Gardez votre énergie pour le parcours. Si vous êtes là c’est que vous êtes d’accord avec ce que j’avais dit, non ?

Les jambes de Keisei, qui ne brillait vraiment pas par ses compétences physiques, semblaient déjà être au bord de la rupture car il commençait à perdre son sang-froid. Il avait raison, nous étions encore dans les temps, donc économiser son énergie était la réaction la plus logique. Mais une chose était sûre : Yahiko et Keisei, en grande souffr ance, n’allaient pas être nos points forts. Kôenji, dans un même temps, avait une excellente condition physique mais il était si peu fiable…

Ishizaki — Franchement tu m’as l’air bien sûr de toi pour quelqu’un qui est essoufflé juste avec une petite marche ! 

Ishizaki, lui, ne semblait visiblement pas disposé à arrêter de papoter.

Yukimura — Je parle en tant que leader… Donc tout le monde se concentre !

Ishizaki — Et mon cul sur la commode ! 

Peut-être était-ce à cause du stress, mais Ishizaki commençait à s’en prendre à Keisei. Moriyama et Tokitô se décidèrent à intervenir.

  • Bon ça va là, Ishizaki ! Yukimura a raison pour le coup.

Je me retournai pour observer le panneau s’éloigner de plus en plus. À ce moment-là, je me rendis compte que Kôenji avait disparu… pour s’aventurer dans la forêt ! Personne ne semblait l’avoir remarqué, tout le monde étant concentré sur la route. Ishizaki n’était pas le seul enfant à problème, comme ce genre de scène nous le rappelait malgré nous. Je ne le voyais plus du tout, il n’avait donc pas l’intention de revenir de sitôt.

Moi — Bon, pas le choix…

Alors que je pensais à discrètement m’éclipser pour chercher Kôenji, je me dis finalement que ce n’était pas une bonne idée au risque de faire croire à tout le monde que j’avais aussi disparu.

Moi — Je crois que Kôenji s’est enfoncé dans la forêt… Je vais tenter de le retrouver.

Ishizaki — Sérieux !?? Mais il fait chier !!!!

Ishizaki était en totale roue libre.

Yukimura — Ne te laisse pas distraire par ça, Ishizaki. La meilleure chose que tu puisses lui donner est de l’ignorance.

Donc l’idée était de faire comme s’il n’existait pas ? Dans la pratique ce n’était pas vraiment possible. Face à cette accumulation de problèmes, Keisei s’excusa puis ajouta.

Yukimura — Désolé. Kiyotaka, je te laisse t’en charger.

Je sentis bien que Keisei n‘avait absolument pas la force de jouer à chat avec Kôenji. Je lui répondis immédiatement.

Hashimoto — Kôenji ne te donnera pas trop de fil à retordre ? Je peux t’accompagner, si tu veux.

Je déclinai poliment.

Moi — On pourrait s’y mettre à 10 qu’on ne serait pas sûr de le trouver pour autant. Donc ce serait mieux que le gros du groupe continue la route et arrive, pour la forme. D’autant que je ne le pense pas si perdu que ça, en réalité.

Hashimoto — Oui, tu as raison ! Mais ne force pas trop si tu n’arrives vraiment pas à le retrouver.

J’acquiesçai comme pour dire que j’allais tenir compte de son conseil, avant de partir à la recherche de Kôenji.

Je n’avais pas forcément d’idée derrière la tête, mais il était vrai que les occasions d’être en tête à tête avec Kôenji étaient rares. Peut-être était-ce donc le bon moment d’avoir une petite conversation privée ?

1

La route étroite, loin d’être soigneusement pavée, n’était rien d’autre qu’un chemin de terre. Malgré le terrain houleux, j’accélérai la cadence. À supposer que Kôenji marchait à un rythme normal, le rattraper en une ou deux minutes était largement plausible. Toutefois, il semblait bien lui aussi avoir mis les bouchées doubles puisqu’il n’y avait littéralement aucune trace de lui.

Moi — Franchement… Il abuse.

Je me doutais qu’il n’allait pas marcher comme une tortue. Mais ne pouvait-il pas être un peu plus prudent dans une zone totalement hors sentier comme celle-ci ? Puisqu’il voulait jouer à ça, j’accélérai encore plus. Bingo ! 100 mètres plus loin, j’aperçu le dos de Kôenji. J’eus comme un air de déjà-vu… En effet, je me souvins d’une scène similaire sur l’île déserte : Airi était présente et nous étions dans une forêt où Kôenji avait fini par nous faire faux bond.

Moi — Kôenji !

Je l’appelai tout en comblant la distance qui nous séparait, en courant.

Kôenji — Si ce n’est pas le petit Ayanokôji ! Je ne crois pas que ce soit par là qu’il faille aller ! Haha.

Moi — La co-responsabilité, ça te dit quelque chose ? Pourquoi es-tu sorti de la route ?

Kôenji — J’avais vu un sanglier, et ça avait bien piqué ma curiosité !

Je me gardai bien de lui demander ce qu’il aurait fait s’il s’était retrouvé nez à nez avec.

Kôenji — Y a pas trop à s’en faire, moi je pourrai revenir et arriver dans les temps, en même pas une demi-heure !

Il semblait bien que j’allais devoir lui faire confiance. Puis il ajouta.

Kôenji — Et sinon, tu as autre chose à me dire ?

Peut-être avait-il remarqué que je n’étais pas allé droit au but, encore.

Moi — C’est à propos de l’examen. Je voudrais vraiment que t’y mettes du tiens.

Kôenji — Ho pitié, pas ce discours moralisateur infect !

Je n’étais sûrement pas le premier, Keisei et les autres avaient sûrement essayé de lui parler. Mais cela n’eut pas l’air d’avoir eu l’effet escompté.

Moi — On te demande pas d’avoir de super notes, joue juste le jeu un minimum.

Kôenji — Et c’est sûrement pas à vous de me dire ce que je dois faire. C’est pourtant évident, non ? Bon, si tu veux bien m’excuser.

Kôenji s’apprêta à partir, quand j’attrapai son bras pour le stopper. Comme il feignit de m’ignorer, je tins bon en y mettant un peu de force. Je m’attendais à ce qu’il fasse ça à son tour mais, au contraire, il parut se détendre.

Kôenji — Je vois, alors c’est comme ça qu’est le petit Ayanokôji.

Moi —  « Comme ça » ?

Kôenji — Le genre à avoir transformé notre Dragon en petit toutou !

Moi —  « Dragon »… De quoi tu parles ?

Kôenji — Je parlais bien évidemment de Ryuuen.

Moi —  Quel est le rapport avec Ryuuen ?

Kôenji — Tu es le plus fort pour jouer les imbéciles. Je dois bien admettre que tu es très convainquant quand tu le fais.

Moi —  Je ne vois vraiment pas de quoi tu parles.

Kôenji — Là, tu es en train de me toucher le bras… Le flux d’énergie et la chaleur que tu dégages en dit long.

Je savais que Kôenji n’était pas commun. Mais il semblait au contraire être encore plus étrange que moi. Donc rien qu’en me touchant il arrivait à cette conclusion ? 

Moi — Sérieusement, je crois que tu vas loin là. 

Kôenji — Vraiment ? Pourtant la façon dont notre apprenti gangster te regarde et agit face à toi, de même que ses anciens sous-fifres, en dit plus que mille mots. C’est un fait notoire finalement !

Donc il n’avait pas de preuve concrète mais semblait faire confiance à son solide sens de l’observation. Donc continuer à faire comme si de rien n’était n’allait probablement plus servir à rien.

Kôenji — Fufu… Détends-toi ! T’es rien de plus qu’un gamin sans importance à mes yeux, bien que tu ne sois pas exempt de certaines qualités. Pourquoi donc parlerais-je de toi à quiconque ? Donc tu peux tout me dire, ça ne sortira pas d’ici.

Moi —  J’aimerais bien dissiper ce malentendu, mais tu as l’air d’être si sûr de toi.

Kôenji — N’y pense même pas. Je n’ai pas le moindre doute sur ce que j’énonce, en fait.

Moi —  Je vois… Mais ça te dirait qu’on en revienne au sujet de base ?

Kôenji — À propos de m’investir dans le groupe ?

Moi —  Tu ne veux vraiment pas ?

Kôenji — Je crois pourtant avoir été clair.

Il n’allait vraiment pas changer d’avis.

Kôenji — J’agirai comme bon me semble, comme je l’ai toujours fait. Peu importe l’issue de cet examen, mes notes… Je ne ferai rien si je n’en ai pas envie.

Moi —  Je vois…

J’avais en réserve divers moyens de persuasion, mais j’avais peur que ces derniers ne se retournent contre moi. Je devais donc laisser les choses se faire, en me doutant bien sûr que ça allait nous coûter assez cher. J’avais envie de parier sur le fait que Kôenji voulait éviter la sanction ultime : l’exclusion. Je dis donc au revoir à Kôenji et le laissa s’adonner à sa chasse au sanglier.

Moi —  Personne ne peut le manipuler…

Que ce soit Horikita l’ainé ou encore Nagumo et sa bande, il était hors catégorie. Voici ma conclusion sur mon camarade de classe depuis pratiquement une année.

2

J’abandonnai donc Kôenji pour revenir dans la course. Je m’étais à peine absenté 10 minutes mais cela suffisait certainement à faire de nous les derniers. En chemin, je ne voyais personne de mon groupe ; je me décidai donc à accélérer un petit peu. Au bout d’un moment, je finis par apercevoir Keisei et les autres en train de marcher. Tokitô me remarqua tout de suite, suivi par les autres.

Moi —  Bon, officiellement je ne l’ai pas trouvé, mais…

Hashimoto —  Donc tu n’as pas réussi ? Je m’en doutais.

Hashimoto sourit amèrement, comme pour montrer qu’il s’y attendait.  Ainsi en firent les autres, qui ne semblaient donc pas me blâmer mais au contraire en vouloir plus que jamais à Kôenji. Tout en insultant copieusement ce dernier, nous fîmes par atteindre le point de demi-tour où Chabashira nous attendait, bras croisés. Je ne l’avais pas vue depuis quelques jours, pourtant il semblait qu’elle participait activement à l’organisation de l’examen et aux cours.

Mlle Chabashira —  Tous les première et terminale sont déjà sur le chemin du retour. Allez-y.

Moi —   Quelle heure est-il, sensei ?

Mlle Chabashira —  Il est presque 11 heures.

Il nous restait donc une heure si nous voulions profiter de la pause déjeuner. Un chemin normal n’aurait posé aucune difficulté avec ce temps imparti. Mais nous avions droit à  kilomètres de route irrégulière, qui n’était pas lisse, avec des parties en pente raide. Si nous ne courrions pas, nous risquions de perdre une bonne partie de notre pause déjeuner en plus de nous épuiser.

Ishizaki — Moi je vais speeder alors. Pas envie de pas bouffer !

Yukimura — Attend, on doit émarger avant !

Un cahier fut sorti. Les élèves étant passé par là avaient écrit leur nom et leur prénom, ainsi que leur classe. Une fois cela fait, Ishizaki laissa le groupe derrière lui et s’en alla. Finalement, c’était devenu chacun pour soit. Albert suivit son exemple.

Yukimura — On y va, Kiyotaka !

Moi — Partez devant. Je voudrais vérifier si Kôenji rentre bien.

Yukimura — Je veux bien mais on n’a plus beaucoup de temps, tu sais ?

Moi — Ne t’en fais pas. Je suis plutôt rapide, ça ira pour moi !

Yukimura — Courir sur une si grosse distance est une autre paire de manche !! Enfin, je suppose que je ne n’ai aucun conseil à te donner.

Tout en riant de lui-même, Keisei se mit à courir, à sa façon du moins.

Keisei — À tout à l’heure alors !

Moi — Oui, à toute !

Hashimoto fut le dernier à partir, me laissant seul avec Chabashira.

Mlle Chabashira —  Inutile de te demander si tu veux me parler de quelque chose, je crois que c’est clair.

Moi — Non, j’attends Kôenji. Et je n’ai d’ailleurs pas intérêt à trop l’attendre non plus, déjà que je suis bon dernier.

Mlle Chabashira —   C’est-à-dire ?

En vérité, je savais que ce n’était pas un problème d’attendre. Après tout, nous n’étions pas chronométrés.  Arriver en avance quand nous avions une bonne condition physique, comme Ishizaki, n’était en théorie pas plus valorisé qu’arriver plus en retard dans une piètre condition, comme Keisei. Ce dernier n’était pas la personne la plus sportive mais se débrouillait pour ne pas être un handicap pour nous. Puis, 20 minutes après, pendant que je me disais tout cela, il arriva enfin…

Kôenji — Aaah, le checkpoint !

Il était recouvert de terre et de feuilles. Preuve s’il en fallait qu’il était vraiment parti à l’aventure !

Mlle Chabashira — Tu es le dernier, Kôenji. Il ne te reste plus que 40 minutes.

Kôenji — En effet. Je voulais prendre mon temps mais ma rencontre nez à nez avec un sanglier écourta un peu mon excursion.

Mlle Chabashira —  Un sanglier ?

Chabashira, abasourdie, demandait plus de précision. Mais Kôenji se mit à repartir aussitôt.

Mlle Chabashira —  Kôenji, émarge ou tu seras disqualifié !!

Kôenji, sans même prendre la peine de se retourner, le fit oralement.

Kôenji — Je suis Kôenji Rokusuke. Tâchez de bien vous en souvenir, sensei !

Son rire fut amplifié grâce à l’écho des montagnes.

Moi — Est-ce que ça vous convient, madame ? Il a oublié de citer sa classe, après tout.

Mlle Chabashira —  Disons que je vais fermer les yeux puisqu’il a donné son nom.

Moi — Dans ce cas, j’y retourne aussi ! 

Dans la mesure où j’avais tout de même bien tardé, je me demandais combien de temps il me restait. Je finis par retomber sur le panneau nous avertissant des sangliers, avant d’apercevoir le dos de deux élèves. L’un deux était Keisei, sans surprise, qui était soutenu par l’autre élève. La situation était claire : il s’était blessé. L’élève avec lui n’était autre que Hashimoto, que je m’attendais à voir bien plus avancé.

Moi — Tu t’es fait une entorse ?

Hashimoto — Oui. Je crois que ses jambes étaient arrivées à leur limite au checkpoint.

Hashimoto expliqua la situation à la place de Keisei. Il devait être bien incommodé de devoir remorquer un autre élève, bien qu’il ne laissait rien transparaître de tel. Au contraire, il semblait même enchanté d’aider.

Yukimura — C’est n’importe quoi… Pourquoi est-ce que je suis si nul ? 

Il semblait frustré, mais en même temps différent de d’habitude. Certes, les examens sportifs étaient réellement une épreuve pour lui. Mais je sentais que, cette fois, traîner l’arrangeait bien, et qu’il était là pour les mêmes raisons que moi.

Moi — Je vais aider également.

C’était mieux de s’y mettre à deux. Je pris donc Keisei par l’autre côté.

Yukimura — Hé ! Vous allez tous les deux rater le déjeuner si vous faîtes ça.

Hashimoto — Si on te laisse seul, tu risques de forcer sur ta jambe et te blesser encore plus. Et ça nous mettrait bien dans le pétrin pour la suite de l’examen. Sacrifier une pause déjeuner n’est pas cher payé pour mettre les chances de notre côté, tu n’es pas d’accord Ayanokôji ?

Yukimura — Tu n’as pas tort. Mais…

Moi — Notre position à tous les deux est due à un bon concours de circonstance. Donc ne culpabilise pas, on est pas là à cause de toi !

Hashimoto — Tous les trois tu voulais dire. D’ailleurs Kôenji est vraiment un monstre, il est trop rapide !

Moi — En effet, on dirait qu’il est surhumain. Ce doit sûrement être le meilleur de l’école !

Ce n’était pas que je voulais spécialement le flatter. Mais, parfois, il faut rendre à César ce qui est à César.

Hashimoto — C’est sûrement son état d’esprit exécrable qui l’a privé de la classe A. Au lieu d’utiliser ses atouts, il me paraît au contraire être un poids pour la classe C.

Certes, il avait bien des qualités et la classe C ne demandait qu’à ce qu’il les utilise à son maximum. Je ne savais pas si on pouvait dire qu’il était notre arme secrète, après tout une arme secrète est censée être un atout caché. Ce qu’il était loin d’être pour l’instant.

Nous finîmes par amener Keisei le blessé à bon port, vers 12h40. Dès son arrivée, il fût pris en charge à l’infirmerie. J’attendis dans le couloir en compagnie de Hashimoto. 10 minutes plus tard, Keisei sortit.

Hashimoto — Alors, comment ça va ?

Keisei répondit avec un sourire légèrement dépité.

Yukimura — C’est juste une toute petite foulure, ça va ! Merci de m’avoir aidé !

Il semblait avoir quelques difficultés avec sa jambe gauche mais il semblait pouvoir marcher à peu près correctement.

Hashimoto — L’examen est tout proche. Fais bien attention à ce que ta blessure ne s’aggrave pas !

Hashimoto dit ça tout en donnant une petite tape sur l’épaule de Keisei.

 Yukimura — Je sais que tu m’as aidé et tout, toutefois…

Hashimoto — Ne t’en fais pas, cela restera entre nous. C’est ça ?

Hashimoto avait compris sans même que Keisei n’eut à lui dire. Ce dernier le remercia en faisant le signe de poser sa main sur sa poitrine.

3

Puisque j’avais manqué le déjeuner, j’attendais le dîner avec impatience. À peine assis que je me mis à manger directement.

Hasebe — Kiyopon, cette place est libre ?

J’entendis Haruka avant d’observer attentivement et de constater que tout le « Groupe Ayanokôji » était réuni.

Hasebe — Décidément, tu étais dur à trouver ces derniers jours !!

Moi — Faut dire que la cafétéria est tellement grande aussi…

Puisque tout le monde était occupé avec son groupe, réunir toute la bande n’avait pas dû être une mince affaire. Ainsi donc je changeai de table pour en trouver une autre où il y avait assez de place pour nous cinq.

Sakura — C-ça fait un moment, Kiyotaka-kun.

Airi dit ça timidement. Il était vrai que nous n’avions pas l’habitude de ne pas nous parler du tout pendant une semaine complète, même pendant les vacances.

Hasebe — Plus sérieusement, est-ce que tu t’en sors Miyachi ? Tu es dans le même groupe que Ryuuen non ?

Haruka interrogea Akito à propos de son groupe. Je n’aurais pas pu dire où elle en avait eu vent.

Miyake — Je ne baisse pas ma garde mais rien de spécial, pour l’instant. Il est même plutôt sérieux en cours.

Hasebe — Même pendant le Zazen et pendant le relais longue distance ?

Miyake — Oui. En fait il est sage comme une image, c’en est flippant ! Mais on dirait qu’il ne veut parler à personne, pourtant j’ai essayé plusieurs fois de briser la glace.

Hasebe — Avoir perdu a mis un coup à sa fierté, certainement.

Miyake — Je sais pas… Il ne m’a pas l’air d’être le genre à vraiment s’apitoyer sur son sort.

Akito semblait vraiment se tenir prêt, au cas où.

Miyake — M’enfin, et toi ? Tu es bien dans ton groupe ? 

Hasebe — Rhoo, tu me connais. Je suis proche de personne mais ennemie de personne en même. Surtout qu’Airi et moi sommes dans le même groupe, donc c’est juste parfait !

Sakura — Je suis contente d’avoir Haruka-chan à mes côtés.

Donc elles étaient dans le même groupe. Cela devait être rassurant d’être avec des visages familliers.

Yukimura — On dirait bien que notre groupe est le plus problématique, Kiyotaka.

  • Hein, vraiment ??

Haruka et Airi se regardèrent, comme pour signifier qu’elles n’avaient rien entendu de particulier sur nous.

Yukimura — Il y a Kôenji, qui n’en fait qu’à sa tête, et Ishizaki qui s’en prend à tout le monde. Peut-être qu’avec Albert à ses côtés il se sent pousser des ailes. Du coup le groupe est ingérable.

Hasebe — Alors Kôenji est avec vous… Et toi, tu tiens le coup Kiyotaka-kun ?

Moi — Disons que ce n’est pas celui qui pose directement problème.

Hasebe — C’est Ishizaki, hein ? Peut-être est-il comme ça parce que Ryuuen-kun a été battu. Après tout il était un de ses sous-fifres il n’y a encore pas si longtemps, il ne doit plus se sentir.

Pour Ishizaki, j’avais l’impression d’être la cause de son comportement. Puisqu’il était dans mon groupe mais ne pouvait s’en prendre à moi directement, il passait ses nerfs sur tous les autres.

Yukimura — Dans tous les cas, j’ai du travail en tant que leader…

C’était comme si Keisei devait unir le groupe avec une ceinture d’explosifs attachée autour de la taille. Il avait une telle pression.

Hasebe — C’est pas facile pour vous les garçons aussi, on dirait ! ~

Sakura — Je c-culpabilise un petit peu, d’un coup.

Miyake — Mais non, c’est très bien. Si ça se passe bien pour vous ça veut dire qu’on peut avoir la conscience tranquille !

Akito avait raison. Même si j’essayais de glaner des informations sur les filles grâce à Kei, leur situation ne me paraissait pas si claire. Mais si Haruka et Airi s’en sortaient bien, c’était déjà ça de moins sur la conscience.

4

Mardi, 6ème jour de camp. Des complaintes étranges commencèrent à émerger parmi les garçons. La plus grande : « le sexe opposé nous manque », ou quelque chose comme ça. Le dîner devint le moment plus attendu de la journée. Il était vrai qu’être entre hommes était assez reposant mais, en même temps, pas très glamour.

— Bordel, je commence à ne plus en pouvoir d’être entouré de mecs !

— Heureusement qu’on est pas dans une école de mecs, sérieux !

Ces pensées étaient collectivement partagées au sein du groupe.

— D’ailleurs on en parle de l’odeur quand on est qu’entre nous ?

C’était un problème inévitable. Encore que je nous trouvais assez bien lotis, les garçons de la chambre n’étaient pas les plus odorants. Puis ce n’était pas l’été, fort heureusement. M’enfin, comme je le disais, j’étais plutôt à l’aise parmi les hommes.

Yukimura — Aaah, mes hanches…

Alors que nous étions en plein nettoyage, Keisei cria et s’accroupit périodiquement. Nous devions quotidiennement nettoyer et préparer le petit déjeuner, peu importe la journée. Par conséquent, les élèves avec une petite forme commençaient à atteindre leur limite, d’autant que la zone que nous devions nettoyer était large et que notre groupe était parmi les moins nombreux. Keisei se plaignait ainsi souvent de douleur, et en étant un petit groupe nous ne pouvions pas nous permettre d’avoir une personne HS.

Ishizaki — Qu’est-ce que tu racontes ? Tes hanches ? Fais le truc correctement !

Ishizaki s’approcha de Keisei et le tira vers le bras.

Yukimura — J-je sais oui, alors lâche moi je t’en prie !!

Ishizaki — Alors applique-toi.

Ishizaki retourna ensuite à ses propres tâches. Keisei tenta immédiatement de s’y remettre mais son corps ne suivait plus. Plus particulièrement, il ne pouvait plus bouger la jambe qu’il s’était foulé.

Yukimura — Rhaa….

Keisei gémit discrètement. Il semblait être poussé dans ses derniers retranchements.

Moi — Repose-toi deux minutes, je vais te remplacer.

Yukimura — Désolé, Kiyotaka.

Moi — On s’entraide quand quelqu’un va mal, c’est naturel.

Et tout est bien qui finit bien ! Enfin…

Ishizaki — Hé, t’avais pas dit que t’allais te remettre au boulot ?

Je voulais aider mais Ishizaki ne l’entendait pas de cette oreille. Bien sûr il n’osa pas me regarder dans les yeux.

Moi — Ne t’en fais pas, je vais m’en occuper.

Je répondis mais cela ne convint pas à monsieur. Il continua donc à harceler Keisei tout en m’ignorant.

Ishizaki — T’es le leader, non ? Et tu te plains pour le ménage !

Yukimura — Je sais bien…

Keisei culpabilisait, il ne savait que dire.

Ishizaki — Et pourtant tu essayes de refiler ta part à quelqu’un d’autre ! Dis que tu vas te démerder !

Yukimura — Oui oui, j’ai compris. Je vais m’en occuper.

Ishizaki — Je préfère. Ayanokôji, ne l’aide sous aucun prétexte.

Ishizaki me parla directement pour la première fois, tout en prenant ensuite ses distances comme pour s’échapper.

Moi — Même si cela veut dire que Keisei risque d’être très mal en point ?

Ishizaki — C’est son problème si c’est le cas !

Donc Ishizaki n’avait vraiment aucunement l’intention d’aider Keisei, même si la pérennité du groupe en dépendait. Albert tenta de dire quelque chose à Ishizaki mais cela ne sembla pas avoir eu l’effet escompté.

Yukimura — Désolé Kiyotaka, on dirait bien que je vais devoir gérer…

Keisei ne voulait pas que l’ambiance se dégrade. Ishizaki, depuis quelques jours, n’avait pas trop l’air d’apprécier le comportement de Keisei. Était-ce le fait qu’il compte autant sur quelqu’un d’autre ? Keisei en avait conscience, et c’était pourquoi il avait décidé de tenir compte des remarques d’Ishizaki. Au détriment peut-être de sa santé physique et des conséquences qui pouvaient en découler : après tout, même s’il tenait bon ce jour-là, qu’est-ce qui nous disait que cela allait être le cas le lendemain ? D’autant que l’examen comportait des épreuves physiquement éprouvantes, comme le Zazen et le relai longue distance. Il avait donc tout intérêt à s’économiser. Je voulais qu’Ishizaki en tienne compte, mais j’avais comme l’impression qu’il n’allait pas m’écouter comme ça.

Yahiko — Ho, Ishizaki. C’est bon !

Yahiko, qui assistait à la scène,  réprimanda Ishizaki.

Ishizaki — Il a qu’à mieux nettoyer aussi, non ?

Yahiko — Oui, mais dans ce cas, pourquoi est-ce que tu ne t’en prends pas à lui ?

Yahiko pointa Kôenji, qui n’avait strictement rien fait depuis le premier jour.

Ishizaki — Je pense que le langage ne sert à rien pour discuter avec ce macaque.

Pour le coup, on ne pouvait pas dire qu’Ishizaki n’avait pas essayé. Mais face à la désinvolture de Kôenji, n’importe qui aurait fini par abandonner. En gros, il était plus simple de parler à Keisei.

Ishizaki — Au pire t’as qu’à essayer pour voir ? Tu verras, c’est une perte de temps.

Yahiko — D’accord… Je vais tenter.

Yahiko prit un balai et se dirigea vers Kôenji.

Ishizaki —  Mais ça sert à rien, bordel ! Regardez !

Ishizaki éclata de rire alors que Yahiko prit le balai et tenta de le donner à Kôenji, bien entendu sans succès.

C’était là où je me disais que, finalement, bien que nous partagions un même groupe, nous restions des ennemis. En théorie cela ne pouvait pas bien se passer, en effet. Pourtant tous les groupes ne réagissaient pas comme au sein du notre, parce que la majorité des élèves avaient compris que la coopération était profitable à tous. Ainsi, dans certains groupes, les gens arrivaient même à tisser des liens et créer l’illusion d’une véritable cohésion. Je pouvais observer ce phénomène aussi bien chez les secondes que les autres. Bref, il y avait donc ceux qui savaient voir plus loin que le bout de leur nez et les autres, qui n’agissaient que par malveillance en suivant leurs bas instincts. Et l’issue pour les derniers n’était pas difficile à deviner, à moins d’avoir des capacités hors-normes.

Ishizaki — Non mais sérieusement, pourquoi est-ce que je dois faire ami-ami avec des mecs d’autres classes ? Pas vrai, Albert ?

Albert ne conforta ni ne contredit Ishizaki, qui continuait à parler seul.

Ishizaki — Je hais ce putain de groupe. Entre le macaque de Kôenji et cette larve de Yukimura qui ne peut même pas survivre à un entrainement. Ceux des classes A et B qui n’améliorent rien. Qu’est-ce que vous êtes claqués au sol, sérieux !!

Ishizaki donna un coup dans la porte, pour illustrer ses propos.

Hashimoto — Tu peux parler de nous comme tu veux, mais fais ta part de travail !

Ishizaki — Ta gueule ! Kôenji le fait pas, pourquoi est-ce que je le ferais ?

Hashimoto — Alors t’as aucune leçon à donner à Yukimura, non ?

Hashimoto tenta de le raisonner mais ce dernier n’écoutait plus. « Toilettes » furent les derniers mots d’Ishizaki avant de quitter la pièce. Impuissant, Keisei se mordilla les lèvres par frustration.

Moi  — Keisei, je pense que tu devrais arrêter d’essayer de tout assumer. Je crois qu’il y a des choses auxquelles tu ne peux rien, et ce n’est pas en un jour ou deux que ça changera. Alors agis toujours avec raison.

Je lui donnai ce conseil. Ou, du moins, je voulais confirmer quelque chose.

Yukimura — Je sais, mais on est dans une impasse non ? Je veux dire, si je me fais trop aider, Ishizaki va être encore plus turbulent qu’il ne l’est déjà. Mais, si vraiment rien ne change, notre groupe risque bien de finir dernier.  Au final, dans tous les cas, je crois bien que je dois travailler encore plus !

Donc  Keisei disait qu’il valait mieux continuer ainsi, même si c’était du suicide, car il n’y avait pas d’autre solution. Mais l’idée, quand il n’y a pas de solution, c’est de la créer. Or Keisei n’était pas vraiment apte à ça. En fait il fallait quelqu’un capable de comprendre ce groupe et d’agir pour le bien des autres. Je vis Hashimoto, celui qui nettoyait tranquillement.  Non seulement il avait empêché Ishizaki de s’en prendre à Kôenji le deuxième jour, mais en plus il avait eu un comportement exemplaire lors de l’entraînement pour le marathon. Il me donnait l’impression d’être le genre de personne à rassembler les gens. Je ne savais pas à quel point Sakayanagi et Katsuragi l’appréciaient, mais il me paraissait très compétent. Et en tant qu’adversaire, il me paraissait plus difficile de lire en lui que dans l’agressive Sakayanagi ou le très posé Katsuragi, ce qui allait le rendre plus dur à combattre.

Moi  — Franchement, n’oublie pas que je suis là. N’hésite pas s’il y a quelque chose, je t’aiderai comme je peux !

Yukimura — Merci, Kiyotaka. Rien que d’entendre ça me fait du bien.

Si ça pouvait lui remonter un peu le moral, ça ne coûtait rien.

5

Je ne pouvais plus dire que mon groupe se portait bien après ça, même pour la forme. Keisei, malgré sa bonne volonté, n’avait pas réussi à se faire entendre. Ainsi Ishizaki fit la tête à tout le monde excepté Albert. Même durant le déjeuner, seule occasion de se détendre et de parler entre nous, notre groupe ne s’était pas réuni et je n’avais aucunement l’intention de les réconcilier ou de leur donner des conseils. Ce groupe était une cause perdue de toute manière, cela ne servait à rien de forcer et de les attendre ici. 

En partant, je repensai à Haruka et Airi et décidai de recueillir encore des informations sur les filles. Cependant, il m’était difficile de joindre Kei. Après tout elle avait sa vie aussi, d’autant que je ne voulais pas la voir trop souvent pour ne pas attirer l’attention. D’autant que c’était les filles de première et de terminale qui m’intéressaient pour le coup, dans le cadre du défi de Nagumo à Horikita l’ainé, donc ça réduisait les interlocuteurs possibles… Je pris donc la décision d’entrer en contact avec Kiriyama en lui laissant un petit indice discrètement. Mais même s’il haïssait Nagumo au plus haut point, il faisait tout de même partie de son groupe alors il n’allait sûrement pas m’aider sur ce coup. 

Il fallait ainsi que j’attaque là où Nagumo ne s’y attendait pas, ce qui m’amena à réaliser l’existence d’une fille de première, Asahina Nazuna. J’avais chargé Kei de mener l’enquête sur elle. En effet, elle se trouvait être une camarade de classe très proche de Nagumo Miyabi. Je l’avais souvent en visuel quand elle prenait ses repas à la cafet’ mais, cette fois, je m’étais décider à l’observer de plus près. Bien qu’elle ne fasse pas partie du conseil des élèves, elle avait une influence considérable sur sa classe, encore plus sur Nagumo.

Il y’avait d’autres élèves qui auraient pu être éligibles à la qualité d’informateur, mais Asahina avait piqué mon intérêt pour deux raisons. D’une part car, malgré son apparente désinvolture, elle était très responsable et était du genre à toujours rembourser ses dettes. De plus, elle n’adulait pas Nagumo : demander des informations sur Nagumo à des élèves de seconde, par exemple, était risqué tant ces derniers avaient tendance à lui lécher les bottes. Et puis, autre détail et pas des moindres, nous nous étions déjà rencontrés fortuitement. Cette rencontre du hasard, cette amulette qu’elle avait fait tomber et que j’avais ramassée… Je n’avais strictement eu aucune arrière-pensée en le lui rendant mais, contre toute attente, il s’était trouvé que c’était quelque chose de vraiment précieux pour elle. Ainsi donc cet objet allait me permettre de l’approcher on ne plus naturellement, elle n’allait pas pouvoir penser à autre chose qu’une coïncidence.  

Cette approche allait me permettre de la jauger afin de savoir si elle oui ou non fiable pour m’informer sur Nagumo. D’autant que le fait que toutes les années soient mélangés ne rendait pas suspect le fait de l’approcher. Encore fallait-il attendre qu’elle soit seule… Ce qui ne fut jamais le cas depuis le début du camp. J’attendais donc une ouverture. Mais une occasion se présenta enfin quand, en plein milieu du repas, elle déclara vouloir aller aux toilettes. Aucune fille ne la suivit, donc je le fis de loin et attendis qu’elle finisse.  J’avais ainsi environ 5 minutes pour lui parler. Il y avait aussi une possibilité qu’elle me snobe alors j’étais curieux de voir jusqu’à quel point je pouvais me rapprocher d’elle en si peu de temps. Il fallait absolument insister sur le fait que ce soit un hasard. Lorsqu’elle finit, je regardai son amulette sur le côté gauche de son poignet tout en faisant semblant d’être de passage.

Moi — Hmm ?

Je chuchotai de telle manière que l’on aurait pu croire que je me parlais à moi-même. Lorsqu’elle m’entendit, Asahina s’arrêta aussitôt. Il fallait que je poursuive sinon elle allait continuer son chemin. Je profitai de cette fenêtre de tir pour agir.

Moi — Ahh, désolé. Je me disais juste que j’avais déjà vu cette amulette quelque part. Ne fais pas attention.

Je dis cela tout en me préparant à partir. Si elle ne me répondait pas, je m’étais préparé à continuer ma route.

Asahina — Elle n’est plus en stock ici en boutique.

Vu qu’elle m’avait répondu, je continuai sur la lancée.

Moi — Je vois. À tout hasard, tu ne l’avais pas perdue ?

En disant cela, elle allait sûrement comprendre.

Asahina — Tu ne serais pas…Celui qui me l’avait ramassée ?

Moi — Je me le demande. Il me semblait avoir vu une amulette comme ça durant les vacances d’hiver. Je sais plus quand exactement.

Je devais prétendre ne pas m’en rappeler exactement.

Asahina — Je suis sûr que c’est toi. Sûre et certaine.

Asahina se mit à rire et s’approcha.

Asahina — Merci beaucoup. J’étais super déprimée après l’avoir perdue Depuis, je la garde toujours sur moi car j’ai peur que ça se reproduise.

Elle me montra ainsi timidement son poignet.

Asahina — Je l’ai achetée dans ce lycée alors je n’y suis pas non plus si attachée, mais c’est plus un… Comment dire… Ça m’aide mentalement ?  Je me sens vraiment en paix avec ça près de moi.  Sans cette amulette, je me sens anxieuse alors j’étais heureuse qu’on me la rende !

L’objectif d’une amulette est en effet ce confort psychologique.

Asahina — De là à penser que c’était toi.

Moi — Tu me connais ?

Asahina — Tu as attiré l’attention durant le relais contre Horikita-senpai. D’ailleurs, Miyabi, enfin, le président Nagumo, t’avait parlé non ?

Moi — Tu étais présente ?

Bien entendu je le savais. Ichinose était aussi là.

Asahina —  Eh bien, oui.

Il fallait absolument faire mine de ne pas la connaître, ou ma stratégie allait tomber à l’eau. Il fallait vraiment qu’elle croit à la coïncidence.  

Moi — Je suis rapide mais c’est le seul domaine où je suis confiant. Peut-être que j’ai attiré l’attention du président Nagumo sur un malentendu.

Asahina hocha la tête plusieurs fois en guise de compréhension.

 Asahina — Il respecte tellement Horikita-senpai. Il a dû être jaloux de toi.

Je ne sentis aucune arrière pensée dans ses propos.

Pour le meilleur ou pour le pire, elle était du genre honnête. Je décidai ainsi d’y aller plus en profondeur.

Moi — Comment pourrais-je faire en sorte que Nagumo-senpai ne s’intéresse plus trop à moi ?

Asahina — Il faudrait le battre. Ça lui ferait les pieds d’ailleurs. J’aimerais bien qu’il perde un peu, personnellement.

Elle dit cela tout en riant. Bien entendu, elle devait le dire en rigolant mais je décidai de prendre la chose littéralement.

Moi — Je vois. C’est effectivement une option.

Asahina fut abasourdie et me fixa. Quelque secondes après, elle explosa de rire.

Asahina — Ahahaha ! Je rigolais. Tu ne l’avais pas compris ?

Asahina fut en pleurs et me tapota l’épaule

Moi — Si Nagumo tombe, cela te troublerait ou pas ?

Vu qu’elle pensait que je rigolais, autant foncer et être super sérieux. Si elle comptait faire part de notre entrevue à Nagumo, je m’étais dit « qu’il en soit ainsi », au moins je l’aurais cernée. Au pire des cas, elle allait seulement voir en moi un seconde impertinent.

Asahina — T’es vraiment sérieux là ?

Moi — C’était vraiment une blague, senpai ?

Asahina — Ecoute, en tant que seconde, tu ne peux pas vraiment lui faire face.

Elle s’excusa en même temps pour sa blague. Mais je continuai sur le même ton.

Moi — Parmi tous les première que j’ai vus,  Asahina-senpai, tu es la plus franche.

Asahina — …La plus franche ?

Moi — Car il est difficile d’acquérir des informations auprès des élèves de première quand Nagumo Miyabi règne en maître sur eux.

Asahina — Je suis un peu outrée là. Je suis en première aussi et Miyabi et moi avons des liens profonds, tu sais ?

Moi — Il n’est pas question de la teneur de votre relation. Ce qui est important c’est à quel point tu es influencée par lui.

Vu qu’ils étaient dans la même classe, ils ne pouvaient pas être ennemis. Et peu importe ce qu’elle pensait de lui, elle n’allait pas mettre sa classe en danger.

Asahina — Pour moi c’est la même chose.

Moi — Je vois. Pars du principe que ce n’était que du blabla d’un seconde.

Et avec ça, je m’inclinai un peu en guise de respect.

Moi — Si tu veux bien m’excuser.

Asahina — Ahh, attends une minute. J’ai l’impression d’être méchante là !

Elle prit sa respiration et se mit à sourire.

Asahina — J’ai compris que tu ne rigolais pas. En guise d’excuse et pour mon amulette, si tu as des questions, n’hésite pas, j’y répondrais.

Moi — Tu en es sûre ? Je pourrais me servir de tes informations pour mettre à terre Nagumo-senpai.

Asahina — Pour être honnête avec toi, je ne pense pas que te parler changera quoi que ce soit.

Elle était donc certaine que donner des informations à son sujet à un seconde ne présentait aucun risque. Si elle pensait que des informations inutiles en apparence ne pouvaient être utilisées comme talon d’Achille, alors je remerciais sa naïveté !

Moi — Parmi les filles de première, combien sont-elles intimes avec lui ?

Asahina — Toutes lui font confiance. Plus qu’à tous les autres garçons.

Je savais que des méthodes ordinaires n’allaient pas marcher sur lui mais il fallait avouer qu’il avait un charisme phénoménal.

Moi — Et qu’en est-il de ceux qui lui sont très fidèles au point d’accepter d’être ses pions ?

Asahina — Tu penses que je vais te révéler ce genre de chose ?

Moi — En tant que senpai, tu ne peux pas soutenir un pauvre petit seconde ?

Asahina — Tu ne manques vraiment pas d’air.

Elle ricana et, curieusement, n’eut pas l’air d’être contre.

Asahina — Je ne sais pas si je de vrais te dire ça, mais nous autres, en première, sommes plutôt proches. Nous avions en effet formé nos petits groupes très rapidement, plus vite que vous les seconde ou les terminale. Dans le bus déjà, nous nous sommes très rapidement échangés des informations entre classes, sur demande de Miyabi.

Donc ils jouaient le jeu de la coopération alors qu’ils étaient ennemis, comme je le pensais. Asahina me donna les noms de tous les meneurs de classes. Tout en communiquant entre les bus, ils étaient parvenus à se mettre d’accord sur la composition des groupes. Garçons comme filles.

Moi — Et quant à votre choix de groupes de seconde et de terminale pour former les grands groupes, vous avez décidé ça au hasard ?

Nagumo, par exemple, avait décidé de laisser choisir les seconde.

Asahina — Oui, pratiquement.

Moi — « Pratiquement », donc il y a eu des exceptions ?

Asahina fit mine de réfléchir tout en croisant les bras

Asahina — Pourquoi demandes-tu ça, au juste…?

Alors elle commençait à avoir des doutes ?

Moi — Tu… ne veux pas me le dire ?

Asahina — Ce n’est pas ça. En fait les filles de première avaient demandé à faire quelques ajustements entre les groupes. Au final, un petit groupe avait émargé avec des gens très fidèles à Nagumo.

Si Nagumo avait influencé la composition des groupes, il fallait supposer qui leur avait conféré des rôles. Du moins c’était la conclusion à laquelle j’étais arrivé dans la mesure où j’étais au courant de tout ce qui se passait en coulisse, en première : du point de vue des seconde et des terminale, ça n’avait sûrement l’air que d’amis qui voulaient se retrouver ensemble.

Moi — Et y a des élèves de seconde et de terminale notables qui se sont joint au groupe dont tu parles, pour former leur grand groupe ?

Asahina — Et bien… C’est compliqué, je ne connais pas si bien les seconde. Mais, en terminale, il y a Tachibana-senpai qui était la secrétaire de Horikita-senpai. Mais c’est quelqu’un d’autre qui est leader de ce groupe… Enfin, de toute façon, Miyabi avait dit qu’il allait gagner à la loyale, pas vrai ?

Moi — Tu lui fais vraiment confiance on dirait.

Horikita l’ainé semblait lui aussi croire aveuglément les paroles de Nagumo. Si je me fiais à eux deux, alors je m’en faisais pour rien. Mais, finalement, rien ne garantissait qu’il n’allait pas feindre d’être réglo, en apparence, pour nous faire ensuite des coups dans le dos.

Asahina — Il tient toujours parole. Puis, même s’il se passe des choses entre les filles, cela n’aura rien à voir avec leur duel à eux non ?

Moi — Oui, c’est vrai.

L’observation d’Asahina était assez révélatrice. Donc ce n’était pas grave que Tachibana soit dans le groupe de filles proches de Nagumo, les filles n’avaient officiellement rien à voir avec leur combat. Ce dernier allait alors faire le jeu d’un combat réglo tout en planifiant des coups bas. Alors les paroles qu’il avait prononcées face à Ishikura-senpai, en terminale, étaient également du vent. En d’autres termes, il allait diviser ses actions et jouer sur plusieurs petits fronts en même temps. C’était différent des méthodes de Sakayanagi ou de Ryuuen, par exemple, mais c’était intéressant.

Asahina — Enfin, j’ai envie de te dire que ce n’est pas très intéressant pour toi.

Moi — Merci, c’était tout de même intéressant ! 

Je devais la remercier de m’en avoir autant dit sur les affaires internes des première, bien qu’elle pensait sûrement me dire des choses tout à fait anodines. Après tout elle ne se disait sûrement pas que je pouvais me mettre en travers de la route de Miyabi.

Asahina — Bon courage à toi. Et mets un léger coup de pression à Miyabi, je t’encouragerai un tout petit peu !

Moi — Ah… En fait j’aimerais bien te demander autre chose aussi.

Asahina — Hein ?

6

Alors que la nuit du sixième jour tomba, notre groupe était au bord de l’implosion. A ce train-là, nous n’allions pas venir tous ensemble demain en cours car ce n’était pas prêt de s’améliorer. L’examen allait se dérouler dans deux jours alors on pouvait toujours rêver pour obtenir une bonne note. Quand je revins dans la chambre après le bain, rien n’avait changé.  Ishizaki ne parlait à personne, Keisei s’était enfermé dans sa coquille, se sentant responsable, et ne parlait pas non plus. Les élèves de la classe B essayèrent de mettre de l’ambiance en discutant à voix haute mais ils se turent au bout d’un moment, ne pouvant résister à l’ambiance pesante. Après avoir confirmé qu’il était temps d’aller se coucher, Yahiko eteignit la lumière et mis fin à cette journée interminable.

— Hey, Ishizaki. T’as une minute ?

Dans la pénombre, Hashimoto brisa ce long silence.

Ishizaki — Non.

Hashimoto lui demanda cela du haut de son perchoir mais en  vain. Au vu du bruit des couvertures, il avait l’air de s’être relevé.

Hashimoto — Si ça continue, notre groupe va y passer. On a peut-être des avantages vu que nous sommes peu nombreux mais cela ne joue pas en notre faveur lorsqu’il s’agit des examens.  Dans le pire des scénarios, Yukimura et quelqu’un d’autre peuvent se faire exclure.

Il voulait probablement signifier qu’Ishizaki serait la deuxième personne.

Ishizaki — Ferme là ! Je m’en ballec de l’expulsion.

Hashimoto — Bon sang

Bien que Hashimoto lui tendit la main, Ishizaki la refusa. Hashimoto soupira, signe qu’il abandonnait.

Hashimoto — ……fuu

Je ne pouvais voir son visage dans le noir mais cela voulait dire qu’il n’y avait probablement plus de retour en arrière possible.

Hashimoto — J’ai joué au foot en primaire et au collège. Vu le club prestigieux que j’avais au collège, chaque année on se retrouvait dans la meilleure des compétitions footballistiques. On était pas des génies non plus mais on était solides et on s’en sortait bien.

Hashimoto s’adressa à tout le monde et non pour quelqu’un en particulier.

Yahiko — Pourquoi tu joues pas au foot ici alors ? T’as pas l’air blessé.

Yahiko souleva cette question, toujours dans la pénombre.

Hashimoto — Je sais que maintenant c’est plus vraiment une mode mais il fut un temps où je fumais.

Yahiko — Ils t’ont renvoyé quand ils l’ont su ?

Hashimoto — Non, je m’étais débrouillé pour ne pas me faire prendre. Seule ma famille était au courant.

Yahiko — Ok mais est-ce une raison pour arrêter le foot ?

Il n’avait pas tort. Si personne le savait, il n’y avait aucune raison d’arrêter.

Hashimoto — J’étais littéralement ailleurs. Alors que tout le monde était unis pour gagner le tournoi national, j’étais le seul qui s’en fichait et je me sentais pas à ma place. D’autant plus que je n’aimais pas tant que ça le foot. Du coup cela a été facile de quitter ce monde et puis, j’étais plutôt bon en cours alors cela ne changea pas ma vie.

Ishizaki — C’est moi où tu te la pètes ? Azy, flemme d’écouter.

Hashimoto — Pour le meilleur ou pour le pire, j’ai réussi à m’en sortir comme ça mais parfois je regrette quand je vois Hirata et Shibata s’entrainer dur. Je finis par penser que ça aurait pu être moi à leur place bien que je ne sois pas fan de foot non plus. C’est bizarre n’est-ce pas ?!

Hashimoto rit pour se moquer de lui-même.

Hashimoto — Et toi alors Ishizaki ? C’était comment ton enfance ?

Ishizaki — Huh? Pourquoi tu me demandes ça ?

Hashimoto — comme ça. 

Ishizaki — Hah…j’ai rien à dire !

Il refusa de s’ouvrir. Keisei en profita pour se joindre à la conversation.

Yukimura — Depuis que je suis tout petit, je n’ai fait qu’étudier. Peut-être que j’ai été influencé par ma grande sœur qui aspirait à être professeur. Du coup, j’ai fini par jouer le rôle de l’élève modèle. Alors que je n’étais qu’en primaire, ma sœur me donnait des problèmes super difficiles à résoudre. C’était absurde.

Hashimoto — C’est comme ça que tu es devenu bon en cours ?

Hashimoto, histoire de prolonger la conversation, demanda ça à Keisei.

Yukimura — Oui. Le revers de la médaille est que je ne suis pas bon en sport. Mais plutôt que de m’attarder sur mes faiblesses, j’avais préféré consolider mes points forts. Après tout, je me disais que ça ne servait à rien d’être spécialement bon en sport, à moins de vouloir devenir sportif professionnel. En arrivant ici, j’ai douté plusieurs fois. Pourtant, j’avais toujours pensé, grâce à mes compétences scolaires, davantage mériter la classe A.

Keisei s’arrêta net. Après tout, c’était à la classe D qu’il fut assigné. Le désespoir qu’il avait dû ressentir à ce moment-là devait être énorme. 

Yukimura — Après ça, des choses qui m’étaient insupportables se succédèrent. Tout d’abord ce système de solidarité dans la classe, cette idée que nous étions tous liés les uns aux autres. Ensuite l’épreuve de l’île déserte… Dans notre classe, Sudou est un peu mon opposé, c’est-à-dire qu’il excelle en sport et beaucoup moins en classe. Au départ je le voyais vraiment comme un boulet. Mais, au cours du festival sportif et sur l’île, il s’était révélé bien plus utile que moi.

On pouvait sentir la frustration dans ses mots.

Yukimura — Pour dire la vérité, il y a encore des choses que j’ai du mal à accepter. Mais je commence à comprendre certaines choses. Qu’être un rat de bibliothèque ou n’être bon qu’en sport, ces deux extrêmes sont mauvais. Alors en étant pas bon dans les deux domaines, nous ne pouvons pas réussir… Pas vrai, Ishizaki ? 

Keisei mit Ishizaki dans la discussion.

Ishizaki — Alors pourquoi…

Keisei — Tout comme pendant le festival sportif, j’ai fini par devenir un fardeau. Comme c’est humiliant. Je me blesse et finis par être un poids pour les autres, ce qui a porté atteinte à notre moral. Je n’ai rien pu montrer à Ishizaki qui, malgré ses plaintes, a tout de même bien contribué au groupe.

Ishizaki, comme prêt à se moquer, se rétracta. Après tout nous étions dans le noir, les visages invisibles. Et c’était précisément pour cela que nous étions aptes à nous confier.

Yukimura — Je suis désolé Ishizaki… Désolé que le leader soit quelqu’un dans une si piètre condition.

Il essayait de se retenir, mais il était évident qu’il pleurait. Personne n’osa l’arrêter. Après tout, il pleurait réellement par frustration, ce n’était pas fait exprès.

Ishizaki — Sérieux. Pourquoi tu t’excuses ? C’est moi qui ai passé mon temps à te pourrir.

Ishizaki ria d’amertume.

Ishizaki — Pour commencer, t’avais accepté le rôle parce que justement personne ne le voulait.

Mais c’était malgré tout le choix de Keisei, il était libre de refuser. Ishizaki lui-même ne s’était pas gêné, d’ailleurs. Mais ce dernier avait peut-être fini par se rendre compte de la bonne foi de Keisei.

Ishizaki — Recevoir des ordres de toi me faisait vraiment chier. Pourtant, je sais que ça aurait été encore pire si t’avais pas été là pour superviser. Que ce soit pour le petit-déj ou même à l’entraînement pour la course.

Hashimoto — Ça, c’est sûr !

Hashimoto ajouta ça en riant.

Les élèves qui excellent dans les études, les élèves qui sont très mauvais dans les études. Les élèves qui excellent en sport, les élèves qui sont très mauvais en sport… Tout ce petit monde se mélange pour former un tout, que ce soit une classe ou, dans le cas présent, un groupe.  Mais cette diversité, si mal gérée, peut être source de tension. Pendant que je me disais ça, j’entendis Yahiko et les autres se mettre à papoter.

Cette nuit, et pour la première fois depuis le départ, j’avais l’impression que nous agissions enfin comme un véritable groupe.

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