GRIMGAR V8 CHAPITRE 8

Fierté

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Traduction : Dailio
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Dans le village, il existait quatre maisons de samurai. La plus importante est la Maison Nigi, suivie par la Maison Shigano, la Maison Ganata, et la Maison Mishio dans cet ordre. Celles-ci, en plus de la Maison Katsurai, qui dirigent les espions onmitsu*, et la Maison Shuro, qui tiennent des traditions de nécromancie, forment les Six Maisons.

Jadis vivait un jeune homme. Il faisait partie de la Maison Mishio, mais au village, les femmes étaient celles qui héritées des maisons, et c’était la lignée matrimoniale qui prônait. Les garçons, peu importe leur naissance, ne portait pas de nom de famille. La seule façon d’être reconnu en tant qu’homme et de porter un nom de famille était d’épouser une fille avec un nom de famille, et ainsi le mari prenait le nom de sa femme.

Ce jeune homme n’était pas marié. Qui plus est, sa mère n’était pas à la tête de la maison Mishio, et il n’avait pas une aptitude exceptionnelle pour manier l’épée, une chose qui déterminait la valeur de ceux qui étaient nés dans une famille samurai. Il était un homme attractif, mais son magnifique faciès était en vérité sujet de nombreuses brimades. Sa gentillesse innée, qu’il montrait équitablement, ne faisait qu’encourager encore plus de moqueries, et cela ne semblait pas s’améliorer avec le temps.

Ce jeune homme se nommait Tatsuru.

Nigi Arara, née en tant qu’ainée des filles à la tête de la Maison Nigi, avait, depuis aussi longtemps qu’elle puisse s’en souvenir, toujours observé Tatsuru, qui avait un an de plus qu’elle, avec une certaine irritation.

Les enfants des quatre maisons samurai étaient, dès leur plus jeune âge, soumis à un entrainement qui, même pour les standards des maisons samurai, était extrêmement strict. Ayant plus ou moins le même âge, il était normal pour eux de suer de l’eau ensemble, si ce n’était parfois du sang, mais Tatsuru était, pour le dire gentiment, vu comme inapte, et, pour être plus honnête sur sa situation, il était le sujet de méprises.

Le traitement qu’il a reçu aurait rendu n’importe qui triste. Cela n’aurait pas été surprenant s’il était devenu une personne cynique. Cependant, Tatsuru n’était pas comme ça. Même quand on le raillait, qu’on lui crachait au visage, ou qu’on lui faisait toutes sortes de choses, cela ne le fit jamais renoncer. Il travaillait encore plus dur à l’entrainement, essayant,  en  quelque  sorte,  de  se  faire  reconnaître  des  autres.  Il  était

toujours poli, se prosternant même à un très jeune âge pour qu’on le guide, et il ne se plaignît jamais quand il n’était pas satisfait où quand il ressentait de l’injustice.

Il fallait notamment souligner que, quand il s’adressait aux autres, il regardait toujours la personne dans les yeux. Bien qu’humble, il n’en demeurait pas moins docile. Son visage n’était pas aussi tout magnifique. Mais c’était un jeune homme dont les actions, et dont le coeur, était magnifiques.

Cela énervait encore plus Arara. Tatsuru possédait des compétences médiocres, soyez en sûrs, mais en s’entrainant plus que les autres, il était en bon chemin pour devenir un bon samurai. Aux yeux d’Arara, le mépris qui était dirigé vers Tatsuru lui semblait infondé. Et Tatsuru l’acceptait sans broncher.

Arara devait considérer sa position dans la Maison Nigi, donc elle hésitait avant d’ouvertement critiquer ce qu’elle voyait. Cependant, l’année de ses quatorze ans, elle ne put se retenir plus longtemps, et elle consulta son oncle sur le sujet.

« Mon oncle, vous voyez Tatsuru de la Maison Mishio, » dit Arara. « Il a un an de plus que moi. Pourquoi se comporte-t-il ainsi ? Cela me frustre à un point.

—Cela te frustre, n’est-ce pas ? » demanda son oncle. « Et pourtant, il n’est pas assez important pour que toi, qui seras un jour à la tête de Maison Nigi, t’inquiètes pour lui.

—Je ne m’inquiète pas pour lui. Cela m’énerve tout simplement.

—Pourquoi le traitement que subi quelqu’un t’énerverait ? Ah—»

Le père d’Arara était un membre de Maison Ganata, et son oncle, qui avait huit ans de moins que lui, était un excentrique qui était resté célibataire alors même qu’il avait passé la trentaine. Il avait voyagé librement depuis son jeune âge, n’avait pas de propriété, et portait une étrange paire de lunettes qu’il avait obtenue on ne sait où.

Arara portait une grande affection à cet oncle vagabond qui était un homme de piètre talent— à l’instar de son frère, qui, en dépit d’être un homme, avait fini pas être appelé un dieu de la guerre, et qui avait été en mesure de marier la matriarche de la Maison Nigi. Pour être honnête, si on lui parlait de sa famille, le visage de son oncle viendrait avant celui de ses parents. Son oncle, à son tour, adorait Arara.

« Je vois, je vois, » dit l’oncle. « Arara, tu trouves ce jeune garçon pas complètement désagréable, si ?

—Que dites-vous, mon oncle ?! Je suis pratiquement en train de dire que je trouve ça intenable de voir cet homme se comporter d’une manière aussi faible, se laissant faire alors que tout le monde le traite injustement !

—On pourrait dire que tu es vertueusement indignée, alors. Dans ce cas, ne pourrais-tu pas en parler aux autres, et réprimander ce garçon ?

—En tant que fille de la branche principale, je ne puis faire une telle chose.

—Hmm. Je suppose que, en tant que fille de la lignée principale, tu peux pas toujours dire ce que tu souhaites dire. Quelle position inconfortable tu as là. Pour toi aussi c’est difficile, d’être née dans la Maison Nigi.

—Je ressens de la fierté à être la fille de ma mère et de mon père ! » rétorqua-t-elle.

—Je vois, je vois. Bonne fille.

—Comment osez-vous caresser la tête d’une fille !

—Désolé, désolé. Je ne le ferai plus jamais, alors s’il te plait pardonne ton maladroit oncle. Si tu me haïssais pour ça, je ne pourrais pas continuer de vivre.

—Je ne pourrais jamais vous haïr, mon oncle ! » dit Arara. « Et puis, je ne vous ai jamais dit d’arrêter. Non… »

Avant d’être les parents d’Arara, sa mère et son père ont été à la tête de maison la plus puissante des quatre maisons samurai. Leur relation n’a jamais été celle de parents à un enfant, mais celle d’un maître à son disciple. Qui plus est, les meneurs de la Maison Nigi étaient les plus strictes des maîtres, et Arara se devait d’être une disciple loyale et sérieuse. Son  oncle  pouvait  être  irresponsable,  mais  c’était  une  personne affectueuse. Il l’avait prise dans ses bras de nombreuses fois quand elle était jeune, et même maintenant il la caressait à l’arrière de la tête. Cela l’embarrassait quand il le faisait, mais elle ressentait de l’affinité avec lui,

et cela la rendait heureuse.

Son oncle était la personne à laquelle Arara pouvait tout dire. Il y avait de nombreux sujets sur lesquels elle ne pouvait exprimer ses sentiments sincères qu’avec lui.

C’était pour ça que, l’année de ses dix-sept ans, alors qu’ils marchaient avec son oncle qui était revenu de l’un de ses nombreux périples, Arara se confia secrètement à son oncle.

« Mon oncle, il semblerait… que je sois amoureuse de Tatsuru.

—Je vois. » Son oncle sourit. « C’est splendide. Ma nièce a enfin découvert l’amour. Oui, splendide en effet.

—Pensez-vous que nous pouvons être mariés ? » demanda Arara.

« C’était direct! »

Arara était consciente que ce serait difficile.

Tout d’abord, elle devait prendre en compte les sentiments de Tatsuru. Bien qu’ils se soient entrainés ensemble depuis leur tendre enfance en tant que descendant des quatre maisons samurai, Arara n’avait jamais familièrement adressé la parole à Tatsuru. Les mariages ne prenaient pas toujours en considération les sentiments des principaux intéressés, donc ça pourrait ne pas être un obstacle, mais si Tatsuru refusait, l’histoire s’arrêterait là. Même si Arara proposait un mariage, et que Tatsuru acceptait, il y avait toujours le problème de si les meneurs de la Maison Nigi l’autoriseraient. Dans les faits, c’était peut-être le plus gros problème.

C’était dur à dire ainsi, mais Tatsuru était un parasite de la Maison Mishi. Étant l’ainée des filles de la Maison Nigi, Arara avait une influence considérable. Il lui serait simple de plier Tatsuru à sa volonté, mais si les meneurs de la maison, ses parents, s’y opposaient, elle ne pouvait pas faire contre leur volonté.

Il y eut déjà des offres de mariages pendant son adolescence. Si les meneurs de la maison en acceptaient une, quoi que puisse ressentir Arara, ou qu’elle puisse dire, elle serait mariée de gré ou de force.

Les candidats actuels étaient le deuxième et le troisième fils de la Maison Shigano, le fils ainé de la Maison Ganata, et le fils ainé de la Maison Mishio. Plutôt que choisir lequel d’entre eux serait le meilleur parti pour elle, aux yeux d’Arara ils étaient tous plus ou moins les mêmes. Leurs âges et leurs apparences variées légèrement, mais en combat contre Arara, il pourrait comme ne pourrait pas l’emporter. Aucun d’entre eux n’était particulièrement talentueux.

Les meneurs de la maison s’étaient penchés sur la question, mais ils avaient eu du mal à trouver un partenaire pour leur fille.

Avant qu’elle n’ait réalisé son ardent désir pour Tatsuru, Arara n’avait pas vraiment eu d’intérêt pour le mariage. Aucun d’entre eux ne l’aurait dérangée. Elle s’était dit qu’elle se marierait à celui qu’on lui avait choisi, qu’elle porterait des enfants, et enfin qu’elle les élèverait et les entraînerait. Pas de problème. Elle allait faire son devoir. C’était une évidence pour elle.

Si elle n’était pas tombée amoureuse, elle ne se serait jamais posé la question. Cela dit, une fois que l’amour avait frappé, elle n’en dormait pas la nuit.

Peu de temps après avoir parlé de son amour à son oncle, Arara amena Tatsuru à l’abris des regards où personne ne pourrait les voir, et elle lui révéla ses sentiments comme si elle lui proposait un combat singulier.

« Tatsuru-sama, je vous aime. S’il vous plait, épousez-moi !

—Whuh… ? » Tatsuru la regarda affable, sa bouche entrouverte pendant un court instant, puis il lui répondit qu’il voulait y réfléchir à tête reposée, et il lui demanda poliment d’attendre sa réponse dans sept jours.

Arara attendu.

Elle dormit bien la nuit, mais cette question lui occupait l’esprit et l’empêchait de se concentrer durant les entrainements de la journée, donc elle se fit réprimander par les meneurs de sa maison. Même quand elle essayait de se remettre les idées en place, des pensées comme ce qu’elle ferait s’il lui donnait une réponse pour les moins défavorables, ou sur ce qu’elle allait faire  s’il ne lui donnait pas de réponse après sept jours envahirent son esprit, et elle ne pouvait pas vraiment y faire grand-chose.

Après qu’exactement sept jours se soient écoulés, Tatsuru se présenta à la Maison Nigi. Arara pensa qu’il était là pour la voir, mais ce n’était pas cas. Il semblerait que Tatsuru ait demandé à avoir une audience avec ses parents, les meneurs de la maison. Ses parents, ignorant totalement la situation, se trouvaient alors libre à ce moment, et donc ils acceptèrent de le recevoir.

Quand Tatsuru se mit à marcher vers eux, il se prosterna soudainement devant eux. « Je vous implore humblement, humblement de m’accorder la main d’Arara-sama. »

En un instant, non seulement la Maison Nigi, mais le village tout entier devant aussi bruyant qu’un nid de guêpes qui viendrait de se faire attaquer. Au premier abord, ils pensèrent que c’était Tatsuru qui était tombé amoureux d’Arara, et qu’il avait eu l’audace de venir jusqu’à eux, mais ce n’était pas la vérité.

Si elle n’agissait pas rapidement, la tête de Tatsuru pourrait se retrouver au bout d’une pique, donc Arara s’empressa de s’expliquer aux meneurs de sa maison. Que c’était elle qui était tombée amoureuse de Tatsuru, et que c’était elle qui l’avait proposé en mariage. Tatsuru avait, après sept jours d’intenses réflexions, consenti à sa demande, et il s’était dit que ce serait la moindre des politesses que de venir faire la demande lui-même.

Après tout, les mariages avaient beaucoup d’importance pour les familles. Arara était l’ainée des filles de la Maison Nigi, la plus puissante des quatre maisons samurais, donc la chose la plus appropriée à faire était

de demander la permission aux meneurs en premier. Du Tatsuru tout craché. Il avait suivi le protocole. Il avait fait ce qu’il avait à faire, mais il aurait pu en toucher deux mots à Arara d’abord.

Mais c’était une bonne chose. Cette part de lui était une des choses qu’Arara trouvait si agréable chez lui. A cet instant, elle ne se voyait pas marier un autre. Elle n’aurait pas d’autres hommes. Pour commencer, elle n’avait jamais, jamais de sa vie, vu quelqu’un d’autre à part Tatsuru comme un homme. Tatsuru était le seul. Tatsuru était l’élu de son coeur.

Les meneurs semblaient contre ne serait-ce que considérer cette demande, mais Arara vint défendre sa position genoux à terre. Elle inclina aussi sa tête. Elle les supplia de la laisser épouser Tatsuru.

Naturellement, une part d’elle voulait aussi sauver Tatsuru, qui n’était pas seulement crûment critiqué par les gens du village, lapidé à coup de pierre en place publique plutôt que juste quelques railleries derrière son dos,  mais il était aussi réprimandé par ses parents et sa fratrie. Tatsuru n’était pas seulement isolé ; il était persécuté. Nombre de samurais avait soif de sang. Si elle n’intervenait pas, une marre de sang pourrait être retrouvée un beau matin.

« Ma dame ! Non, mère ! Je vous en supplie ! Je vous en supplie, laissez-moi l’épouser ! Moi, Arara, vous demande cette égoïste faveur, espérant que vous accorderez votre bénédiction à cette union !

—Cela ne se peut, » dit sa mère.

« C’est pour cela que je me trouve devant vous, vous suppliant de revenir sur votre décision.

—Je n’y reviendrai pas.

—Vous êtes si entêtée !

—Comment oses-tu traiter la matriarche d’une maison d’entêtée !

—Qu’y a-t-il de mal à dire d’une entêtée qu’elle est une entêtée ?! » cria-t-elle.

« Si tu ne peux pas comprendre ce que je te dis, alors c’est toi qui es entêtée ! Tu resteras dans la cave jusqu’à ce que tu sois calmée ! »

C’était la première fois de toute sa vie qu’Arara ait contesté une décision des meneurs de la maison. Elle fut enfermée dans la cave en attente de sa repentance. Elle passa cinq jours dans cette cave sans lumière, sans manger ni boire, et fut finalement relâchée. Arara était complètement épuisée, et elle espérait que peut être les meneurs de sa maison allaient revenir et être indulgent à l’égard des souhaits de leur fille.

Les espoirs d’Arara furent brisés en mille morceaux.

« …Mère, s’il vous plait… Je vous en supplie, laissez-moi épouser Tatsuru-sama…

—Ce n’est pas possible, » dit sa mère. « Il semblerait que tu n’as pas assez réfléchi à tes actions. Qu’on la remette dans la cave. »

Elle doit plaisanter, pensa Arara. Si elle retournait dans la cave dans son état, elle n’y survivrait pas.

Mais ce n’était pas de l’humour. Sous les ordres de la matriarche de sa maison, Arara fut jetée dans la cave une fois de plus.

La deuxième fois elle fut libérée après trois jours, elle avait seulement survécu grâce aux entrainements corporels et psychiques qu’elle avait subis, et parce qu’elle avait ravalé sa fierté en léchant le peu de moisissure qu’il y avait dans la cave.

Elle devait prendre en compte que la matriarche pourrait être sérieuse. Si elle ne faisait pas comme on lui disait de faire, qu’elle soit sa fille ou pas, la matriarche pouvait être prête à la voir mourir. Ou peut-être était-elle certaine que, si elle était prête à la tuer, elle pouvait faire obéir sa fille.

Arara n’avait pas l’intention de faire ce qu’on lui disait. Mais elle ne pouvait pas non plus laisser la matriarche de sa maison la tuer. Elle ne pourrait pas être avec Tatsuru-sama si elle était morte après tout.

Si Arara restait sur ses positions et qu’elle en perdait la vie, Tatsuru pourrait s’en sentir responsable. Il pourrait même mettre fin à ses jours. Ce n’était ce que voulait Arara.

Donc Arara abandonna l’idée de directement convaincre les meneurs de sa maison. En surface, elle retourna s’entrainer à l’épée comme avant, mais elle et Tatsuru eurent de nombreux rendez-vous secrets. Bien qu’il y en ait eu un certain nombre, aucun des deux n’était particulièrement à l’aise avec les mots. Ils ne faisaient que parler pendant très peu de temps, et ils s’échangeaient des lettres.

Sur ordre de la matriarche de sa maison, les nyaas omnitsu les surveillaient, donc rien que le fait de se voir demandait beaucoup d’effort. Ils devaient se débarrasser des lettres immédiatement après les avoir lu. S’ils les gardaient dissimulées quelque part, et que les habiles et intelligents nyaas se mettaient à fouiller, ils pourraient les trouver.

La matriarche allait un jour passer à autre chose avec un autre mariage pour elle. Que ferait-elle à ce moment-là ? Si résistance il y avait, la matriarche pourrait faire ce qu’elle avait à faire pour la faire plier. Même si elle refusait, serait-elle en mesure de la rejeter ? Au final, n’était-elle pas sous l’emprise de la matriarche de sa maison ?

Même alors que Tatsuru était isolé et sans soutien, souffrant d’insupportables brimades, d’interminables calomnies , d’abus non dissimulés, rien ô grand jamais n’embua ses yeux. Qui plus est, il vit que cela était inévitable, et ainsi il ne rejeta la faute sur personne, et dit à plusieurs reprises à Arara de faire de même.

Arara avait l’impression qu’il parlait avec son coeur quand il disait ce genre de choses. Son respect pour lui se renforça, ainsi que son amour. Quand cela en fut trop pour elle, elle laissa sous-entendre à son oncle qu’elle voulait s’envoler avec son amour.

« Si c’est ce que tu souhaites faire, je ne t’arrêterai pas, mais je me sentirais un tout petit peu mal à l’aise à l’idée de vous envoyer seul dans se monde extérieur inconnu, » dit-il. « Laissez-moi vous guider où que vous vouliez aller.

—Mon oncle, je ne plaisante pas.

—Et c’est mon cas aussi. Enfin, si la vérité éclatée au grand jour, je suis sûr que tes parents voudraient me tuer, mais si c’est pour ton bien, je t’offrirai avec joie ma vie.

—Je vous prends sur parole.

—Bien sûr, vas-y, vas-y. »

En partie parce que son oncle l’avait incité à le faire, Arara mit l’idée sur la table lors d’une de ses nombreuses réunions secrètes avec Tatsuru. Elle était certaine qu’il ne refuserait pas.

Arara avait tort.

« Nous ne devons pas, Arara-sama, » dit-il. « Disparaitre est hors de question. Je ne peux pas le supporter. Même si nous nous échappions avec succès, cela nous apporterait la malchance durant toute notre vie.

—…Mais, Tatsuru-sama. Y’a-t-il une autre façon pour nous d’être ensemble à moins de s’enfuir ? La matriarche me trouvera bien assez tôt un mari. Même si je me bats contre cette union, je n’aurai pas mon mot à dire sur la question…

—Pour tout vous dire, j’ai en fait un plan. »

Alors qu’elle l’écoutait, elle apprit que Tatsuru avait élaboré un plan, et qu’il s’était entrainé jour après jour dans le but de l’exécuter. À vrai dire, comparé à avant qu’Arara ne soit enfermée dans la cave, le corps de Tatsuru était devenu plus large, et plus virile.

D’après Tatsuru, la faute revenait à son manque de compétence, et s’il avait atteint un niveau de prouesse que même les meneurs de sa maison ne pouvaient ignorer, ils n’auraient pas rejeté sa demande en mariage.

En effet, un samurai se devait d’être fort. La force n’était pas une chose qui devait être exhibée, mais si elle n’était jamais montrée, les autres ne la reconnaitraient pas. Tatsuru lui expliqua qu’il avait emprunté le mauvais chemin, et qu’il avait fait les choses dans le mauvais ordre. Pour gagner l’approbation de la matriarche, il devait en premier lieu devenir un samurai digne de son rang. Cela avait été une erreur que de demander sa main avant ça.

« Mais comment ferez-vous pour que tout le monde vous respecte ? » demanda Arara.

« En vainquant un puissant adversaire, bien entendu.

—Vous ne voulez pas…

—En effet, Arara-sama. Récemment, il n’y a eu qu’un seul adversaire qui ait fait trembler le village de peur.

—Vous voulez pourfendre Arnold la ‘’Tornade Sanglante’ ? »

Le village ne demeurait pas à un seul endroit. Depuis qu’ils avaient perdu leur terre natale, cela était devenu une coutume de faire des présages, et de bouger le village le jour où les bons augures étaient présents. En plus de ça, tout le monde était habitué à utiliser le terrain labyrinthique des Milles Vallées à leur avantage, donc le village n’était pas souvent menacé par des menaces extérieures.

Ni les morts-vivants qui avaient infesté le domaine de l’ancien Royaume d’Ishmal, ni les orcs qui avaient bâti leur Royaume de Vangish, sur les terres de l’ancien Royaume de Nananka, ne se risquaient à venir attaquer le village. Bien entendu, c’était parce que les villageois étaient toujours en alerte, et qu’ils passaient leur jours sans le moindre moment de répit à s’améliorer. C’était toujours mieux d’être préparé que de le regretter plus tard.

Le village était toujours prêt, et les morts-vivants et les orcs qui avaient détruit leur terre natale le savaient eux aussi, donc ils n’attaquaient pas .

Ce n’était pas que le village avait baissé sa garde. Il y a de cela à peu près six mois, a la tombée de la nuit, ce mort-vivant double bras, Arnold, avait percé les défenses avec sa force brute et avait pénétré le village.

Il y eut sept morts, et vingt-trois blessés.

Le mort-vivant qui avait agité ses quatre katanas dans tous les sens, massacrant les samurais les uns après les autres, et découpant les golems de chaires qui servaient les nécromanciens en petit morceaux, avait clairement apprécié son massacre depuis le centre de sa tornade écarlate qu’il avait formé autour de lui. Aussi choquant cela soit-il, ce mort-vivant

était venu seul. Juste une personne était entrée au village, prenant maintes vies, et en blessant encore plus, avant de se débarrasser des samurais et des omnitsus qui le poursuivaient.

Cela allait sans dire que ce fut un incident douloureux pour le village.

Cela fut une tragédie sans précédent, et une grande humiliation.

Ils découvrirent rapidement le responsable du mort-vivant. Il était un membre de la Coalition de l’Aigle Noir, Forgan, mené par l’orc Jumbo, et son nom était Arnold. Il était dit qu’il faisait partie des combattants les plus forts de Forgan.

Forgan opérait dans une zone très étendue, incluant les anciennes terres des Royaumes d’Ishmal, de Nananka et d’Arabakia. Leur vrai nature demeurait inconnue, mais ils étaient vus comme un groupe de réfugiés dissidents qui entrait en conflit avec des factions partout dans le monde.

Cela dit, ils n’étaient pas de simples réfugiés. Ils avaient participé à de nombreux conflits sanglants, et cela incluait certaines batailles d’une ampleur assez grandes pour être appelées des guerres.

Ils avaient subi leur part de défaites aussi, mais leur renom n’avait fait que croitre avec le temps. On disait même que le roi du nouveau Royaume de Vangish avait demandé à Jumbo de servir sous ses ordres, mais qu’il avait sommairement refusé. Cela fut un affront violent à son prestige. Epris de colère, le roi envoya son armée dans le but de les soumettre. Cependant, alors que les forces de Vanguish s’étaient vaillamment battues, et avaient été plus nombreuses un bon paquet de fois, ils furent balayés. Au lieu de restaurer son autorité, le roi fut privé de son trône.

La seule chose étrange était qu’Arnold était venu seul au village. Les omnitsus avaient pu être en mesure de déterminer que Forgan avait établi un camp à environ dix kilomètres du village. Cependant, Arnold n’avait pas continué d’attaquer le village. À vrai dire, il ne semblait pas du tout intéressé par le village.

Allaient-ils réclamer vengeance, ou observer et attendre ?

Les meneurs des six maisons se rassemblèrent pour former un conseil, et revinrent avec une réponse.

Ils allaient renforcer leur sécurité, puis se venger à l’aide d’embuscade et d’attaques-surprises, et voir ce que Forgan allait faire.

Ils formèrent immédiatement et dispatchèrent une force de rétribution composée de samurais, d’omnitsus et de nécromanciens, mais Forgan se

divisa comme s’ils avaient anticipé cela, cela qui les rendit difficiles à capturer.

Si l’ennemi était conscient qu’ils s’étaient séparés pour les attaquer, le village pourrait se faire attaquer à son tour. Bien qu’ils aient renforcé leurs défenses, avec la force de rétribution hors du village le potentiel militaire du village s’en retrouvait réduit. La force de rétribution devait aussi considérer la possibilité qu’ils soient pris en embuscade.

L’histoire du village n’avait en aucun cas été un long fleuve tranquille, et ils avaient fait face à de nombreuses crises dans le passé. Ce n’était pas comme si les meneurs actuels des six maisons n’avaient jamais fait face à des crises menaçant leur survie. Cependant, les gens du village, incluant les meneurs des six maisons, n’avaient jamais connu la guerre.

Il y a longtemps, leurs ancêtres avaient tenté de repousser la grande armée du Roi Mort-Vivant, se battant vaillamment, avaient été vaincus et misérablement détruits. C’était pour cela que désormais ils faisaient tout pour éviter les guerres.

À cause de ça, ils avaient bâti leur société de telle manière à ce que personne ne les attaque. C’était la politique prédominante du village.

Les meneurs des six maisons prirent la décisions de rappeler la force de rétribution, de renforcer leurs patrouilles, et de rester prêts à se battre. Certains critiquèrent cette décision comme de la faiblesse, mais tout le monde obéit.

Forgan ne semblait pas faire quoi que ce soit de spécial. Ils étaient bien présents dans les Milles Vallées, mais ils se tenaient tranquilles, comme s’ils évitaient tout contact avec les gens du village.

Un mois passa ainsi, puis deux, puis trois… Et en un rien de temps, cela faisait six mois.

Le village en est arrivé à un point où la majorité de ses habitants pensaient que Forgan n’avait pas l’intention de se battre. Et pourtant, ils ne pouvaient pas baisser leur garde. Le massacre d’Arnold à travers le village s’était déroulé peu de temps après qu’Arara fut enfermée pour la deuxième fois. Tout le village était tendu, donc peut-être que Tatsuru leur servait de défouloir.

Si Tatsuru pouvait abattre Arnold, personne ne pourrait ignorer ce fait d’armes. Cependant, cela pourrait être aussi la goutte d’eau qui ferrait déborder le verre de la guerre.

Même si elle ne l’avait pas toujours voulu, Arara était la fille ainée de la Maison Nigi. Ce problème lui traversa immédiatement l’esprit, mais elle hésita à utiliser  cet argument afin de persuader Tatsuru d’y renoncer. Il lui

était aussi difficile de dire que l’ennemi était trop fort pour lui. Elle ne voulait pas blesser la fierté de Tatsuru.

« Je pense vraiment que nous devrions nous enfuir, Tatsuru, » dit Arara. « Si tu es avec moi, je n’ai besoin de rien d’autre. Même si cela signifie tout laisser derrière moi, je n’aurai aucun regret.

—Je ne veux pas tout laisser derrière moi, Arara-sama, » dit Tatsuru. « Les meneurs de votre maison sont particulièrement concernés par votre bien-être. Si nous déchirons les coeurs de vos parents en nous enfuyant, nous le regretterons assurément plus tard.

—Ces deux-là ne jurent que par leur maison et le village !

—Non. Vous avez tort, Arara-sama. Les meneurs de votre maison sont aussi des personnes. Cependant, en ayant pour charge de mener la plus grande des quatre maisons samurai, ils se doivent de contenir leurs larmes et de tuer leurs propres désirs égoïstes. Ne comprenez-vous point cela ?! »

Quand il la réprimanda, elle ne put que se soumettre. La considération de Tatsuru et sa courageuse résolution eurent raison de son coeur.

Et pourtant, elle n’aurait pas dû le laisser partir. Peu importe ô combien il s’entrainait, Tatsuru ne pouvait devenir un maître épéiste. Il aurait pu devenir un instructeur expérimenté un jour, mais il n’aurait pas pu aspirer à mieux. Étant née avec le potentiel que se devait d’avoir l’ainée de la maison Nigi, Arara connaissait pratiquement parfaitement le talent de Tatsuru, et ses limites. A moins d’être doté d’une chance frauduleuse, Tatsuru ne pouvait vaincre Arnold la Tornade Sanglante.

Et bien qu’elle savait ça, Arara ne l’arrêta pas. Non, elle ne pouvait pas l’arrêter. Il demeurait un guerrier samurai, risquant sa vie pour accomplir son devoir. Même si c’était imprudent, ou irresponsable, elle ne pouvait pas lui demander de restreindre sa volonté en tant que samurai.

Parce qu’elle l’aimait, et que c’était la seule chose qu’elle ne pouvait pas faire.

À cause de ce crédo des guerriers samurais, il y avait des fois où les meneurs des maisons déposaient des ordres à l’autorité absolue afin de les arrêter. Mais du moment que leurs supérieurs ne les retenaient pas, et qu’ils n’y voyaient pas d’inconvenants, un samurai ne s’arrêtait jamais.

Le jour suivant, Tatsuru quitta le village, et jamais il n’y revint…

*Sorte de guerriers ninja

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Traduction de mangas/novels.