GRIMGAR V8 CHAPITRE 4

Dur labeur

—————————————-
Traduction : Dailio
———————————————–

Le chemin devant eux s’enfoncer vers le bas, et la brume tourbillonnait autour d’eux.

Les bruits de combat viennent de par là-bas, pensa Haruhiro.

Moyugi menait la troupe en écartant la brume devant lui avec son démon Moira sur ses talons.

« Huwuh ?! » Yume laissa échapper un étrange cri. « Où est-ce qu’est parti Kuroron ? »

Haruhiro fut pris de court. Kuro était parti. Il s’était évaporé. Il avait été juste en face d’eux il y avait de cela quelques instants.

Haruhiro en fut surpris, mais s’ils ne se dépêchaient pas de rattraper Moyugi et Moira, ils allaient être laissés derrière. S’il se retrouvait coincé seul avec Yume au milieu d’on-sait-où, ce serait la pire issue possible.

Lui et Yume accélérèrent le pas. Pour le moment, ils arrivaient plus ou moins à garder Moyugi à vue. Mais il avait aussi la sensation de s’enfoncer de plus en plus, peut-être ? Shihoru et les autres devaient être inquiets. Et Ranta… il espérait juste que Ranta ne fasse pas quelque chose de stupide.

Et merde.

Il venait tout juste de sceller sa résolution en tant que leader, et il faisait de son mieux pour être prudent, et puis il avait fait une erreur aussi stupide comme ça. Rien ne se passait jamais comme il le voulait. Cela fit vraiment, vraiment ressortir sa médiocrité.

Mettons tout ça de côté— ils sont là. En pleine action. C’est une bataille. Ils se combattent.

Haruhiro pouvait entendre la voix virile d’un homme qui coupait à travers la brume. Elle était humaine. Il y avait un bon nombre d’autres voix aussi.

Moyugi s’arrêta net. Moira partit seule dans la brume, disparaissant de leur champ de vision. Haruhiro et Yume rattrapèrent Moyugi, puis ils s’arrêtèrent.

En plissant les yeux, il pouvait distinguer, bien que vaguement, une silhouette humaine. Cette silhouette était en train d’agiter dans les airs une épée sacrément large. Il devait être le propriétaire de cette voix virile. Le groupe qui l’attaquait était-il composé d’orcs ? Ou  y’avait-il  d’autres races ? Haruhiro ne pouvait pas vraiment le dire, mais il était seul contre beaucoup.

En dépit de son désavantage numérique évident, l’homme à la voix virile ne faisait pas le moindre pas en arrière. Cela dit, il était clair qu’il se battait seul.

« Um, Moyugi-san ? » demanda Haruhiro avec hésitation. « Cette personne est humaine, n’est-ce pas ? Ne devrions-nous pas l’aider… ?

—Si c’était nécessaire, je le ferais, bien entendu. Cela va de soi.

Pour qui me prends-tu, espèce d’illettré ?

—Je demandais juste. Pas besoin d’être aussi désagréable…

—Ça ne me dérange pas que tu poses des questions, mais réfléchis par toi-même avant de le faire, » s’énerva Moyugi. « Pour le dire simplement, tu as l’air de me voir comme une sorte de supérieur, et tu m’as sollicité pour que je te donne des ordres, c’est exact ? En d’autres termes, tu es idiot. On dit qu’un idiot devient ce qu’on en fait, et, cela va sans dire, je pourrais te rendre utile. Que dis-tu de cela, Haruhiro-kun l’idiot ?

—…Je réfléchirai avant de parler à partir de maintenant.

—Sois assuré de le faire. Je déteste quand mon schéma de pensées est perturbé par des questions idiotes, vois-tu.

—Moyugin est vraiment trop méchant. » Yume gonfla ses joues de colère, mais Moyugi se contenta de sourire faiblement comme si ça ne le concernait pas. Après, Moyugi avait eu de bons arguments, et il avait eu raison sur le coup. Moyugi avait été dans le métier pendant bien plus longtemps qu’eux. Il était aussi, sans le moindre doute, plus compétent qu’eux. Il serait difficile de trouver quelque chose dans laquelle ils étaient meilleurs que lui. C’était pour ça que Moyugi était bien au-dessus d’Haruhiro, et c’était pour ça qu’Haruhiro avait décidé de faire comme il disait. Il avait naturellement accepté cette relation de pouvoir.

Moyugi, qui ne pesait pas ses mots, avait soulevé la question. Est-ce que ça te convient ? Demandait-il.

Moyugi avait clairement mis en lumière le fait que si Haruhiro et Yume se comportaient comme de loyaux petits canidés qui ne feraient qu’agiter leurs queues et le suivre, il serait heureux de les utiliser comme des leurres ou bien comme des pions dispensables, mais il ne les traiterait pas mieux que ça. Ils étaient tous des membres des Briseurs de Levant, et alors quoi ? S’ils pensaient que cela faisait d’eux des camarades, ils se mettaient le doigt dans l’oeil, et deviendraient une nuisance dont il faudrait se débarrasser. Ils devaient faire quelque chose pour qu’il les reconnaisse

—c’était ce qu’il était en train de leur dire.

Cela avait  été dit sans prendre des pincettes, mais  il était  assez attentionné à leur égard. Ou du moins, c’était ce qu’Haruhiro avait décidé

de penser. Haruhiro n’était pas assez orgueilleux pour se motiver et penser, Très bien, je vais te montrer ce que je vaux, mais il ne pouvait pas laisser quelqu’un l’utiliser comme un leurre ou comme un pion.

Pour le moment, même s’ils ne pouvaient pas se battre côte à côte avec Moyugi et Kuro, ils pouvaient toujours réfléchir à des choses qui devaient être pensées. Ils pouvaient apprendre ce qu’ils avaient besoin d’apprendre. Ils pouvaient travailler sur les choses qu’ils devaient améliorer. Ils pouvaient, petit à petit, réduire la distance, l’écart, qui les séparait.

Est-ce que c’est trop pour nous ? Se demanda-t-il. Bah, même si c’est difficile à accomplir, on peut toujours essayer.

Réfléchis. Creuse-toi la tête. Non, juste réfléchir n’est pas suffisant. Ou plutôt, j’ai besoin d’un base sur laquelle travailler avant d’y réfléchir. J’ai besoin d’information. Cherche avec tes yeux, entends avec tes oreilles. Ressens-le avec ta peau.

Que se passe-t-il ici ? Qu’est-ce que font Moyugi et les autres ? Ils combattent des ennemis. Quel genre d’ennemi ? Ce sont des orcs. Mais il y a probablement plus que des orcs. Qu’en est-il des ennemis que le type avec la voix grave combat ? Est-ce que ce sont juste des orcs ? Ou est-ce qu’il y a aussi d’autres races ? Je veux savoir. Je dois en apprendre plus.

« Ça dérange si je m’avance un peu  plus ? »  commença Haruhiro. « Non, en fait, je pars devant. »

Sans attendre de réponse, Haruhiro marcha devant Moyugi. Yume vint avec lui.

Il pouvait le voir maintenant. L’homme avait une  épée incroyablement grande avec une forme peu commune, et il était en train de la balancer de droite à gauche.

Ça c’est de l’épée, pensa Haruhiro. J’en ai jamais vu comme ça.

Chaque épée avait un centre de gravité. C’était en ce point que, si l’épée était tenue et qu’elle trouvait son équilibre, la masse sur les deux côtés étaient égaux. Généralement, si ce point ne se trouvait pas entre les dix ou vingt-cinq centimètres sur la lame après la garde de l’épée, l’épée devenait incroyablement difficile à manier. Inutilisable même. Et pourtant.

Et pourtant, l’épée de cet homme devait faire plus d’un mètre et demi de long, ce qui la rendait déjà en soit bien trop grande. Et la pointe était large en plus. On pourrait décrire sa forme comme celle d’une fine tranche de champignon géant. Avec une forme comme celle là, le centre de gravité

devait se trouver incroyablement proche de l’extrémité. Ce qui avait pour résultats de ralentir ses coups.

Vu qu’il n’avait pas d’autre choix que de faire des grandes et lentes attaques, il laissait beaucoup d’ouvertures. L’homme résolvait ce problème en utilisant autre chose que son épée.

Ses pieds.

Quand un ennemi se rapprochait de lui, l’homme lui balançait un coup de pied. Ces coups étaient apportés avec une force monstrueuse. Après tout, l’homme avait la carrure d’un orc, peut-être même encore plus solide.

Si Haruhiro se prenait un coup de pied d’un de ces troncs qu’il avait comme jambe, il ne s’en relèverait probablement jamais. Et cela allait sans dire que, même s’il essayait de se défendre avec un bouclier ou une armure, il ne pourrait jamais tenir tête face à l’épée massive champignon. S’il essayait de casser la distance, il se prendrait un coup de pied, et s’il ne le faisait pas, il se ferait couper en rondelle par l’épée champignon géante. S’il se retrouvait à faire face à cet homme en tant qu’ennemi, que ferait-il ?

Haruhiro n’avait qu’une seule et unique réponse à cette question. Courir. Quoi d’autre ?

Rien que l’aspect de ce type le terrifiait. Il ne portait pas de casque, exposant ainsi son crâne chauve, et bien que sa moustache pouvait encore passer, pourquoi portait-il des lunettes de soleil ? Il était plus qu’intimidant. Peu importe de quelle façon on pouvait le regarder, ce type inspiré la crainte.

Il criait et balançait son épée géante champignon, transformant ses ennemis en corps inertes. Il cria trois fois de plus, et pour chaque coup, une victime venait s’ajouter à la liste. Un ennemi essaya de le charger pour lui asséner le coup fatal, mais il se fit repousser par un coup de pied, et ensuite, avec un autre cri, il le découpa immédiatement en deux.

Les corps s’empilaient tandis qu’Haruhiro regardait. Ok, il y a peut-être exagération, mais l’épée géante champignon de l’homme, ses techniques d’escrime dynamiques, et ses coups de pieds qui étaient assez agiles pour un homme de cette carrure donnaient envie à Haruhiro de décrire cette scène ainsi.

Pour ajouter une chose de plus, l’homme utilisait aussi la brume à son avantage. Pour lui, tout ce qui essayait de se rapprocher de lui était un ennemi, mais ses ennemis ne pouvaient pas partir du même principe. Avec une visibilité aussi mauvaise, il serait difficile pour eux de l’encercler avec dix ou vingt hommes de chaque côté qui avanceraient vers la cible.

Haruhiro pouvait comprendre pourquoi Moyugi n’avait pas essayé de se joindre aux festivités. S’il s’approchait impunément et qu’il essayait de donner un coup de main, il n’arriverait qu’à mettre des bâtons dans les roues de l’homme. Cela étant le cas, ne pouvaient-ils pas l’aider à distance ?

Cela n’était en aucun cas quelque chose qu’Haruhiro était en train de penser.

Mais ensuite, à cause de sa négligence, il se fit repérer par l’ennemi.

C’était maintenant.

« Yume ! » Haruhiro prépara son poignard et son couteau avec la garde.

Les ennemis étaient plus proche que ce qu’il avait pensé.

Ça arrive. Des peaux vertes. Des orcs. Deux. Un avec des cheveux bleus, l’autre rouges. Des armures de métal. Leurs épées sont probablement à tranchant unique. Elles sont incurvées. Des katanas, peut-être ?

S’ils arrivaient sur lui ensemble, lui et Yume ne pourraient probablement pas les contenir, même pas pendant quelques instants. Ils devaient en premier temps séparer les orcs, répartissant un orc pour Haruhiro et l’autre pour Yume.

Haruhiro chargea l’orc aux cheveux bleus en lui assénant un pluie de coups avec ses deux lames. Il se concentrait uniquement sur la vitesse de ses attaques. Même s’ils faisaient mouche, ils ne feraient pas beaucoup de dégâts. Et pourtant, il arriva tout de même à damer le pion de l’orc.

Il pouvait aussi entendre Yume criait tandis qu’elle utilisait sa machette pour échanger des coups avec l’orc aux cheveux rouges. Alors qu’Haruhiro forçait l’orc bleu à se mettre sur sa défensive, il ajusta sa position de telle sorte à ce que son dos fasse face à celui de Yume. De cette façon, même si de nouveaux arrivants se joignaient à la bataille, ils pourraient au moins éviter de se faire attaquer par-derrière.

Moyugi, Moira, Kuro, n’importe qui, pourriez-vous venir nous sauver, s’il vous plait ? Pensa-t-il désespérément.

N’espère pas trop, se prévint-il. S’il ne pouvait pas gérer ça par lui- même, comment pourrait-il faire quoi que ce soit ?

Dans les faits, c’était parce qu’il essayait de se reposer sur les autres que, au moment ou l’orc bleu passa à l’offensive, il essaya de se replier.

« Ah… ! » cria Haruhiro.

Whoa ! Putain ! Il est rapide !

Alors que l’orc bleu lança un coup sauvage au niveau de sa gorge, Haruhiro utilisa son couteau dans sa main gauche et il utilisa Frappe dessus. L’orc tourna ensuite immédiatement son poignet pour asséner un coup descendant vers la tête du voleur. Le couteau d’Haruhiro dans sa main gauche n’y arriverait pas à temps. Il utilisa Frappe avec son poignard dans sa main droite. Il ne put pleinement le dévier.

L’orc aux cheveux bleus lui asséna un coup. Il avait le sentiment qu’il se ferait surpasser s’il utilisait sa main gauche, donc Haruhiro utilisa son poignard dans sa main droite pour utiliser Frappe, Frappe, Frappe.

Il est fort, cet orc.

Il était déjà conscient que chacun de ses coups allait être d’une force démesurée, mais les coups de l’orc étaient aussi aiguisés. L’orc ne se reposait pas uniquement sur sa force ; sa technique était précise et maitrisée. Si Haruhiro comparait son adversaire à un humain, ne serait-ce pas prendre les orcs trop à la légère ? Cela dit, c’était le sentiment qu’en avait Haruhiro. Ce type avait l’air différent, mais il était humain.

Humain… ?

Non, il ne l’était pas. Non seulement son corps était plus large que celui d’un humain, mais en plus sa force l’était bien plus. S’il était plus intelligent en plus d’être adroit, cela signifiait que, dans l’ensemble, il était plus fort qu’un humain.

Tout en utilisant Frappe avec la plus grande attention pour dévier les coups de katana de l’orc aux cheveux bleus, Haruhiro frissonna. Il se pourrait qu’il ait mal compris certaines choses depuis le début.

Le Roi Mort-Vivant est apparu il y a environ un siècle et demi de cela, donnant naissance aux morts-vivants, et il unifia les orcs, les kobolds, les gobelins et bien  d’autres sous une  unique  bannière. Ensemble, ils détruisirent les royaumes humains de Nananka et Ishmal, et ils forcèrent les humains du Royaume d’Arabakia à se réfugier au sud de la Chaine de Montagnes Tenryu. A la fin de ces conflits, les orcs et les morts-vivants sont devenus de puissantes factions dans la frontière de Grimgar.

Cela démontrait à quel point le Roi Mort-vivant avait été puissant.

C’était en quelque sorte ce qu’avait fini par penser Haruhiro.

Les orcs étaient intelligents, et plus forts que les humains, et c’était pour ça qu’ils étaient en meilleure position que les humains dans la frontière. Haruhiro avait-il juste une fois considéré cette possibilité ?

Pour être franc, non, absolument pas.

Peut être Haruhiro n’avait jamais su qui étaient vraiment les orcs.

« Yume ! » Haruhiro échappa d’un cheveu à l’attaque suivant de l’orc bleu en utilisant Frappe, une attaque consistant en un combo en deux temps avec une attaque horizontale suivi d’une attaque basse, puis il regarda en direction de Yume. Il ne la vit que pendant un bref moment, mais il était évident qu’elle passait un mauvais quart d’heure.

On peut pas les tenir, réalisa-t-il. Pas comme ça.

Vu comment cela se présentait, Haruhiro et Yume allait être mis au tapis tôt ou tard.

Ce fut un frais et clair rappelle d’à quel point Moyugi et son groupe étaient plus forts qu’eux. Tout semblait clairement sans espoir, et ils ne pouvaient pas gagner dans tous les cas, alors devait-il simplement abandonner ? Non, ce n’était pas une option. Une idée. Il devait se montrer plus malin. Haruhiro pourrait ne pas avoir réalisé ce qu’était un orc, mais leurs ennemis ne savaient rien d’eux non plus.

« Deux, un… ! » s’exclama-t-il.

« Meow ! » Yume se tourna rapidement. Au même moment, Haruhiro fit un demi-tour.

Ils échangèrent d’adversaire.

L’orc aux cheveux bleus s’était habitué au style de combat d’Haruhiro, et le rouge avait probablement fait de même avec les mouvements de Yume. Si leurs adversaires venaient à changer soudainement, cela rendrait confus n’importe qui. Humain ou orc, cela ne faisait pas de différence.

Haruhiro décida de presser son attaque. Naturellement, il ne comprenait pas son adversaire, donc c’était risqué. Cela dit, vu l’avancée du combat, il avait déjà de petites chances de l’emporter, donc il allait devoir saisir cette chance et attaquer.

Haruhiro s’engagea, se rapprochant de l’orc rouge. Il utilisa Torgnole et Brise-genoux, et il fit semblant d’être sur le point d’utiliser Arrêt, mais il utilisa Coupe, puis un autre Brise-genoux. Les coups étaient tous superficiels, mais l’orc rouge était complètement dépassé par son combo.

Maintenant, pensa Haruhiro.

Il se faufila derrière lui. Il performa une Attaque Sournoise avec son poignard.

Il ne fit pas qu’un coup. Il y en eut deux, puis trois. Il transperça son armure, mais ce n’était pas un coup fatal.

L’orc aux cheveux rouges se tourna pour lui faire face.

Effectuant un cercle pour passer à nouveau derrière lui, Haruhiro enchaina une nouvelle fois une série de trois Attaques Sournoises.

L’orc aux cheveux rouges tituba, mais avec un « Orrrrrsh ! » il arriva à se maintenir sur ses pieds.

Ayant anticipé cela, Haruhiro l’attrapa immédiatement par-derrière. L’orc rouge portait un heaume. Cependant, il y avait une grande ouverture au niveau de ses yeux et de sa bouche, et les cheveux rouges de l’orc dépassaient de ceux-ci.

Haruhiro enfonça son couteau avec la garde dans le trou pour la bouche, puis il planta son poignard dans l’oeil droit de l’orc. Il les retira en un instant, avant de finalement sauter en arrière.

L’orc aux cheveux rouges grogna, posant un genou à terre, mais il tenait encore bon.

A quel point ce gars est résistant ? Se demanda Haruhiro. Même s’il est en train de mourir, on peut pas savoir ce qu’il pourrait faire avant d’être complètement mort. Je dois penser comme ça. Je dois renforcer mon coeur.

Haruhiro poussa l’orc au sol avec son pied, et ensuite il déchaina son poignard dans l’oeil droit de l’orc.

« Désolé pour ça ! » cria-t-il.

Meurs. Meurs. Meurs. Meurs. S’il te plait, meurs.

Laissant reposer le désormais inerte orc aux cheveux rouges là où il était, Haruhiro se tourna vers Yume. Elle était en train d’utiliser Wan-chan pour dévier l’épée de l’orc aux cheveux bleus, mais il pouvait clairement voir qu’elle était fatiguée. Il voulait se jeter dans la mêlée et l’aider immédiatement—

Mais te précipite pas, se prévint-il. Haruhiro avait sa propre façon de faire les choses.

Tout d’abord il devait calmer sa respiration, la mettre sous contrôle, relâcher l’excès de tension dans son corps, et effacer sa présence. Il ne pouvait pas faire disparaître la brume, mais il pouvait se vider l’esprit.

Son champ de vision s’élargit rapidement. Il pouvait voir. Il pouvait entendre. Il pouvait ressentir. Son esprit était détaché de son corps, et il avait la sensation d’assister à la scène depuis le ciel, se voyant lui-même. Il avait la sensation que c’était un peu différent de la compétence Furtivité que Barbara-sensei lui avait appris, mais Haruhiro était à son meilleur ainsi.

Moyugi n’avait pas bouger d’un pouce, et il se tenait là, comme s’il était en train de dire, Montre-moi ce que t’as dans le ventre. Haruhiro s’était attendu à ça, donc ça ne l’énervait pas. Il ne pourrait pas faire en

sorte que cet homme lâche un grognement d’admiration, mais il allait faire ce qu’il pouvait.

En bougeant calmement, comme s’il ne faisait qu’un avec la brume, Haruhiro alla se placer derrière l’orc aux cheveux bleus que Yume était en train de combattre. Non seulement l’orc ne l’avait pas remarqué, mais Yume non plus n’avait pas détecté les agissements d’Haruhiro.

Il ne pouvait pas voir cette ligne, mais il bougea sans la moindre once d’hésitation. Revêtant son couteau, il décida de partir sur une Attaque Sournoise avec son poignard. Il s’enfonça profondément, et, pendant un instant, l’orc bleu s’arrêta.

Sans perdre une seconde, Haruhiro utilisa Barrage. Il attrapa le bras gauche de l’orc bleu. Pris par surprise, et avec Haruhiro qui avait une prise solide sur son coude, la différence de taille importait guère. Il était facile de le déstabiliser et de le faire tomber. Haruhiro planta son poignard dans l’oeil droit de l’orc au sol.

« Meow ! » Yume lui sauta dessus, déchainant sa lame incurvée sur le poignet droit de l’orc. Bien qu’elle ne fut pas en mesure de couper la main de l’orc, l’épée qu’il tenait ne resta pas en place.

Ce fut probablement à ce moment que l’orc aux cheveux bleus pensa, Je suis mort. Son désespoir était palpable. Et pourtant, l’orc bleu rassembla ses forces pour essayer de se relever une fois de plus.

Tu rêves mon grand, pensa Haruhiro.

Il chevaucha l’orc, retira son poignard, puis il l’enfonça une fois de plus. Il le retira et l’enfonça à nouveau. Il saccagea le visage de l’orc.

Le poignard était une arme spécialisée dans les attaques en pointes, donc sa puissance de pénétration et sa capacité à infliger des coups létaux était effrayante. Cela ne prit pas très longtemps à l’orc aux cheveux bleus pour mourir.

Qu’est-ce tu dis de ça ? Pensa Haruhiro. Ce n’était pas quelque chose qu’il allait dire, mais il se tourna vers Moyugi. Il n’est même pas là.

Couplé avec une série de cris et de grognements, l’homme chauve était toujours en plein combat, tranchant ses ennemis avec son épée champignon massive, les intimidant en les faisant reculer, et les repoussant avec ses coups de pied.

L’orc qui avait été jeté au sol par le coup de pied du chauve aux lunettes de soleil essaya de se relever— et échoua. Avant qu’il n’y arrive, Moyugi, qui avait bougé jusqu’à là-bas à un certain moment, transperça la nuque de l’orc avec sa fine épée.

« Maintenant, alors. » Retirant son épée, Moyugi ajusta la position de ses lunettes avec le majeur de sa main gauche. « Je dirai que le moment est venu. Nous allons en finir avant que je ne compte jusqu’a huit. Un… »

Il y eut un changement visible dans le chaos de la bataille. Les ennemis qui, jusqu’à présent, étaient entièrement concentrés sur le chauve avec les lunettes de soleil décidèrent de se séparer. Environ la moitié des forces ennemi portèrent leur attention sur Moyugi.

Peu de temps après, l’un d’eux toucha terre.

Une flèche, huh ?

Cela devait être l’une de celle de Kuro. Mais un autre ennemi se jeta sur Moyugi.

Il n’esquiva pas. A la place, il dit, « Deux, » tout en continuant d’ajuster la position de ses lunettes.

Mais qu’est-ce qu’il fout ? C’est pas un peu dangereux ça ?

Comme si elle le faisait pour donner tort à Haruhiro, Moira émergea de la brume, et avec un « Noooooooon », elle plaqua l’ennemi qui était sur le point de s’en prendre à Moyugi au sol. Exactement au même moment, un autre ennemi s’effondra, touché par deux flèches en succession rapide.

Tout en énumérant le « Trois, », Moyugi croisa le fer avec encore un autre ennemi, celui-ci était un orc aux cheveux blancs. A cet instant, Moyugi lança un regard à Haruhiro.

Quoi ? Pensa-t-il, étonné. Au final, tu nous  utilises  après  tout, huh ? Bah, ça me dérange pas vraiment.

Haruhiro plongea dans la brume en utilisant Furtivité. Quand il arriva derrière l’orc blanc, Moyugi compta « Quatre, » puis il se tourna sur la gauche comme s’il avait perdu tout intérêt envers son adversaire et il marcha comme s’il se dégourdissait les jambes dans la forêt. L’orc aux cheveux blancs fut pris par surprise, probablement enragé aussi, et  il essaya d’attaquer Moyugi.

Son dos était complètement à sa merci. Eh bien, il n’y avait qu’une seule chose à faire dans cette situation. Avec un regard désintéressé en direction d’Haruhiro, qui avait effectué une Araignée et qui avait du mal à finir l’orc aux cheveux blancs, Moyugi était arrogamment en train de courir à travers les autres ennemis.

« Cinq, six. »

Sérieusement, c’était quoi son problème ? Le nombre d’ennemi était en chute libre.

Caché dans la brume, Kuro les canardait. Moira utilisait Moyugi comme d’un leurre pour attaquer les ennemis. Moyugi enchainé les coups

létaux. Cela allait sans dire que le chauve aux lunettes de soleil était lui aussi toujours en train d’abattre des ennemis avec son épée champignon géante.

Comment les ennemis se faisaient tuer, ça, même Haruhiro pouvait le dire. Mais n’était-ce pas étrange que tout se déroule aussi bien ? Il avait la sensation d’assister à un tour de magie.

« Sept. » Moyugi recula et on aurait dit qu’il était sur le point de tomber. Celui-là n’était pas un orc ; un humanoïde à quatre bras était en train de charger Moyugi.

Une flèche alla se planter dans son flanc droit, et ensuite Moira le tacla du côté opposé avec un « Noooooooooon ! »

Moira se plaça au-dessus de l’ennemi.

« Nooooooon…                                                      Nooooooooooooon… Nooooooooooooooooooooooooon… ! »

Avec un regard en direction de Moira, qui était en train de massacrer son ennemi d’une manière que nous ne décrirons pas ici, Moyugi rangea sa fine épée dans son fourreau d’un geste élégant. « Huit. Terminé. Comme je l’avais calculé.

—Whoo… » Yume observa tout autour d’elle. Haruhiro ne pouvait que soupirer. Il se secoua la tête.

Les orcs étaient morts. Il y en avait eu tellement. Mais, du moins jusqu’à aussi loin qu’il puisse voir, aucun d’eux n’était encore debout.

Cela s’était vraiment terminé en huit secondes comme l’avait compté Moyugi.

Enfin, vu que Moyugi avait fait le décompte lui-même, et qu’il avait pu adapter la durée du décompte, cela ne semblait pas vraiment juste, mais bref.

« Hrmm… » Le chauve aux lunettes de soleil laissa échapper un grognement en plantant son épée champignon massive dans le sol, puis il tordit sa tête des deux côtés lentement. « En effet.

—Bon boulot. » Kuro apparut de nulle part en donnant une tape sur l’épaule du chauve aux lunettes de soleil. « Kajita. »

Le chauve aux lunettes de soleil qu’il avait appelé Kajita sourit et lui fit un pouce en l’air.

Moira se leva lentement. Son ennemi à quatre bras ne bougeait pas le moindre petit doigt. Ou plutôt qu’un ennemi, c’était une boucherie indescriptible. Ennemi ou pas, devait-elle vraiment mutiler le corps à ce point ?

Ou alors était-ce juste la manière d’opérer des démons ? Est-ce que le Zodiac-kun de Ranta allait finir par se comporter comme ça ?

Haruhiro grimaça avec cette pensée déplaisante en tête.

« Um… » Haruhiro se secoua la tête. « Ça— je sais pas comme ça s’appelle, l’ennemi à quatre bras… c’est quoi ?

—Quoi ? Tu ne  le  sais pas ? » dit Kuro  avec une  expression  de surprise exagérée. « C’est un mort-vivant, bien évidemment. Ceux avec quatre bras sont appelés double bras. Ou plutôt, c’est comme ça qu’ils s’appellent entre eux.

—C’est un mort-vivant… » Haruhiro se racla la gorge.

Celui que Moira avait tué avait été détruit jusqu’à ce qu’on ne puisse plus le reconnaître, donc il chercha parmi les autres corps pour en trouver un, et— en voila. Là, là, partout, tous ceux qui n’étaient pas des orcs devaient être des morts-vivants.

Les morts-vivants ne ressemblaient pas à des humains. Ils étaient plus ou moins humanoïdes, mais ceux qui étaient appelés double bras avec quatre bras, et il y en avait d’autres qui avaient deux bras mais qui étaient étrangement longs, ou ils avaient des torses extrêmement longs et des petites jambes, ou de grandes fesses, ou des d’étranges grosses têtes. Ils avaient aussi très peu de peau exposée. Leurs corps étaient couverts de tissus, de cuir, ou de métal, et les rares bouts de chair qui dépassaient étaient horriblement noirs, ou brun, ou gris, ou bleu pâle.

Une autre différence entre eux et les orcs était qu’il n’y avait pas de sang qui s’échappait de leurs blessures. A la place, un mucus verdâtre répugnant semblait s’écouler de leurs plaies.

« Huh… » Yume se rapprocha en hésitant et s’accroupit près du corps du mort-vivant. « Ecoutez, Yume, y’a ce truc qui lui trotte dans la tête depuis un p’tit moment déjà.

« Ça marche. »  Kuro  se  rapprocha  et  s’accroupit  près  de Yume. « Vas-y demande. Mais, si je connais pas la réponse, tout ce que je peux faire c’est de te mentir.

—Si vous allez mentir, dites à Yume qu’c’est un mensonge, ok, comme ça elle vous croira pas, ok ?

—Wah ha ha ! » rit Kuro. « D’accord, d’accord. J’ai compris. Je vais faire ça.

—Genre, les morts-vivants, c’est des vivants qui ont mourut, hein ?

—Huh ? Quoi, quoi ? Des vivants qui ont mourut ? C’est censé dire quoi ?

—Genre, c’est des morts qui ont mourut, non ? Genre ils ont mourut!

C’est ça ?

—Wah ha ha ! » caqueta Kuro. « Elle est marrante celle-là, mais j’ai pas la moindre idée de ce que ça veut dire, ok ? Tu sais quoi, je t’aime bien. Comme une sorte d’animal.

—Murrgh ! Yume, elle est une animale, mais elle est humaine, ok !

Oh, mais les humains sont des animaux aussi.

—Ha ha ! Mais t’es quoi toi, l’animal de compagnie que toutes les familles veulent ? Whahahahahaha » Kuro prit la tête de Yume dans ses bras et lui ébouriffa les cheveux. « Hé, Moyugi, Kajita, je peux la garder ?

—Si tu veux la garder, c’est toi qui la nourriras. »Les yeux de Moyugi avaient un reflet inquiétant à l’intérieur d’eux.

Kajita sourit et lui fit un pouce en l’aire. « En effet.

—En gros… » Vu que ça partait dans tous les sens, Haruhiro fit de son mieux pour jouer le rôle de l’interprète. « …avec le ‘’mourut’ qui fait référence à la mort, et le ‘’vivant’ qui se trouve être le contraire, je pense qu’elle veut dire que, les morts-vivants ne sont pas censés mourir ?

—Haru-kun, c’est ça ! » Yume écarta la main de Kuro. « Raaaaaaah !

Les cheveux de Yume sont tout boche maintenant !

—…Yume, je pense pas que boche soit le mot que tu cherches…

—Hoh ? Roche ? Coche ? Oh, Yume sait plus du tout.

—Heh heh heh… » Kuro était plié en deux en train de se tenir les côtes. « Oh, bordel. Mes abdos. T’es en train de me tuer, sérieusement.

Ok, ok. Je comprends ce que tu dis. Je vois. Bien sûr. t’as raison. Si on l’écrit en kanji, ça donne « la race sans mort », mais ces types-là, ils meurent assez facilement. »

En kanji ? Pensa Haruhiro, étonné.Oh, c’est vrai en kanji. Si on l’écrit en kanji— Attendez, huh… ?

Je sais ce que sont les kanjis. Ce sont des signes pour écrire. Ils sont utilisés ici aussi en Grimgar. Mais il y a quelque chose… Ouais, c’est vrai. Des kanjis ?

Je ne pense pas que quelqu’un les appelle kanji, non ?

C’est un type de signe d’écriture, mais je n’ai entendu parler d’eux que comme des idéogrammes. Il se peut qu’ils aient un nom, mais je ne l’ai jamais entendu. Même si je suis sûr que ce sont des kanjis.

« Qu’est-ce qui va pas, garçon ? » lui demanda Kuro.

Quand Haruhiro leva les yeux, il vit Kuro avec un sourire stupide sur le visage, mais il y avait un regard perçant dans ses yeux.

« Y’a quelque chose qui te dérange ? Dis-nous.

—…Non. » Haruhiro se secoua la tête. « C’est rien.

—Oh, ouais ? » Kuro prit une courte inspiration, puis il désigna les corps des morts-vivants avec son menton. « Bah, peu importe. Donc, revenons à nos morts-vivants. Ils ont cette chose qu’on appelle une essence, et on pense qu’ils meurent si on la détruit. L’essence se trouve généralement dans la tête, donc même s’ils ne leur restent plus rien à part la cervelle, ils vont se balader un peu partout pour se trouver des morceaux de corps afin de se rafistoler. Bizarre, huh ?

—Ce n’est qu’une supposition ? » Haruhiro releva ses sourcils. « Ça n’a pas été proprement confirmé ? Que cette essence, ou je ne sais quoi, existe ?

—Exactement. L’essence n’a pas encore été découverte, » dit Moyugi avec aisance. « On dit que les morts-vivants sont une race qui a été initialement créée par la malédiction du Roi Mort-Vivant. Le problème étant, même de nos jours, si une personne est laissée telle quelle après que ses fonctions vitales aient cessé de fonctionner, elle finira par se mouvoir à cause de la malédiction. Et cela ne se limite pas qu’aux humains. Nous savons que non seulement les elfes, mais aussi les nains, le orcs, les gobelins, les kobolds, les centaures et les gnomes, la majeure partie des races dotées d’intelligence, se transforment en ce qu’on appelle des zombies entre trois et cinq jours après leur mort, mais ce phénomène à aussi été observé chez un grand nombre d’autres créatures intelligentes.

Cependant, bien qu’ils puissent se transformer en zombie, ils ne peuvent pas devenir des morts-vivants. Pourquoi cela ?

—Certains théorisent en affirmant que la cause étant la disparition du Roi Mort-Vivant de ce monde, mais quoi qu’ils puissent dire, sa malédiction est toujours active. Qui plus est, alors que le Roi Mort-Vivant était toujours en vie, les morts-vivants sont nés de cette malédiction. En partant de ce postulat, je théorise que la susnommée essence n’est pas une chose qui se trouve à l’intérieur des morts-vivants, mais que c’est une chose qui réside en eux avec une certaine forme. Quand cette forme se brise, ils cessent d’être des morts-vivants. En d’autres termes…

—C’est long. » Kajita fit un pouce en l’air, puis le fit tomber pour faire un pouce en bas. « Putain de trop long. »

Moyugi claqua sa langue. « Bien, arrêtons-nous là alors. Nous avons parlé pendant beaucoup trop de temps. Mon opération, cela va sans dire, n’est pas encore achevée. Allez, nous avançons vers notre prochaine destination. Allez !

—Huh… ? » Haruhiro et Yume échangèrent des regards. Yume était dans la lune. Pour dire vrai, Haruhiro l’était aussi.

« Que voulez-vous dire pas, prochaine destination ? » demanda-t-il.

« Suppose qu’on doit y aller. » Kuro se leva en s’étirant et en faisant craquer ses doigts. « Plus que deux. C’est dur pour un vieillard comme moi. »

Kajita épaula son épée champignon massive comme si c’était un bout de bois. « En effet.

—Non, Kajita, je sais que t’en a pas l’air, mais t’es bieeeeen plus jeune que moi, ok ? Je parie que c’est facile pour toi. C’est du gâteau, pas vrai ? » Kajita lui fit un silencieux pouce en l’air.

Moyugi était déjà parti loin devant avec Moira.

« Plus que deux… » Haruhiro marcha avec des jambes instables. « Je suppose qu’on va devoir en finir rapidement ? »

Cela lui convenait-il ? Ou pas ? Il ne le savait plus vraiment. La brume était toujours dense, et profonde.

———————————

<= Précédent // Suivant =>
———————————————–

Traduction de mangas/novels.